Rhythm Paradise : Nintendo Power

Pour réussir un tel mixe d’épure, d’humour, d’ambiance mécanique rythmée à la Kraftwerk, et de challenge hardcore gamer, il faut un maître du jeu hors pairs. À ce petit jeu là, Nintendo reste el maestro.

Il y a quelque chose d’effrayant et de déconcertant à jouer un jeu signé Nintendo de nos jours. Contrairement à la concurrence sur consoles haut de gamme, le joueur Nintendo embarqué sur Wii ou comme ici sur DS, manipule des idées, des concepts plutôt que des millions de polygones. En abordant la catégorie devenue populaire des jeux musicaux rythmique avec Rhythm Paradise, Nintendo dégueule à la cantonade des dizaines d’idées là où la plupart des autres jeux se construisent sur une ou deux idées. Un intimidant tsunami d’imagination que tout adulte concerné abordera avec une stupeur 50 fois renouvelée. Ignorant la préciosité de cette source d’imagination, un enfant, évidemment, se contentera de comprendre instinctivement les mécanismes et s’y appliquera fidèlement, en tolérant comme un exercice commun de sa vie d’apprentissage l’indispensable répétition conduisant à la réussite.

Comme chaque nouveau jeu Nintendo, à commencer par l’irrévérencieuse série des WarioWare, Rhythm Paradise déconstruit 30 ans de syntaxe et de codes visuels du jeu vidéo pour s’employer aussitôt à les reconstruire avec la complicité du joueur. Double preuve de la double lecture, de la double résonnance et de la dualité permanente de Nintendo, le jeu se pratique en tenant verticalement les deux écrans de la DS devenu livre électronique. Alors que les propositions de jeux se dessinent sur l’écran de gauche, le stylet, lui, agit sur l’écran de droite toujours vide et vierge. Les actions simplistes, maintenir le stylet appuyé pour faire durer un chant de chorale, tapoter sur un rythme à 3 ou 4 temps, glissements vifs du stylet pour projeter un objet comme une raquette de ping-pong, se pratiquent donc en dehors du terrain de jeu. Les robots d’une chaine de montage qu’il faut remplir de carburant défilent à gauche, mais le stylet qui l’immobilise appuie sur l’écran vide à droite. Les 3 clappements de mains suivis d’un léger glissement vers le haut sur l’écran noir à droite doivent coordonner un petit singe avec une foule de petits singes applaudissant en rythme à gauche sous peine de regards accusateurs. L’intervention visuellement et spatialement décalée de la main du joueur à droite doit pourtant coïncider avec l’action présentée à gauche. Le son et en particulier le beat des musiques créent le lien immatériel qui doit inciter le joueur à coordonner son geste détaché avec l’image et passer de l’abstraction au concret.

La description est rude alors que, jeu en main, la façon de jouer se comprend très vite. Mais il ne faut pas s’y tromper, pour arriver à ce résultat étonnant, capable de faire appel à toute la mémoire sensorielle et culturel du gamer pour mieux le déstabiliser et le challenger, Rhythm Paradise est l’aboutissement d’une réflexion et d’une compréhension intime, intellectuelle et tactile, des fondements du jeu vidéo. Derrière le minimalisme des animations et des musiques et, logiquement, celui des gestes demandés au joueur, se cache un maître du jeu aux pieds duquel l’orgueilleux gagnant qui réussira à dompter les 50 épreuves devra humblement s’incliner.

François Bliss de la Boissière (Beat agent)

(Publié en 2009 dans AMUSEMENT #5)


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Comme dans la rue, pas de minimum requis. Ça fera plaisir, et si la révolution des microtransactions se confirme, l’auteur pourra peut-être continuer son travail d’information critique sans intermédiaire. Pour en savoir plus, n
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