SILT : Echo de l’abysse (Avis express)

Grâce à un très beau noir et blanc et gris, Silt renouvelle l’exploration sous-marine périlleuse inaugurée par le célèbre Ecco Le Dauphin (1992, sur console Mega Drive de Sega).

Équipé d’une lampe torche, le petit plongeur se faufile au fond des abysses inconnus à travers plantes, roches, mystérieux temples engloutis et entités géantes (des « Goliaths ») définitivement mortelles. Pour survivre, le plongeur contrôle temporairement requins marteaux, poissons carnivores et autres créatures aptes à lui ouvrir le chemin.

Aventure immersive à l’ambiance fantastico-surréaliste et jeu de réflexion pas si facile, SILT se la joue aussi spectacle d’esthète en eaux profondes.

  • Supports (téléchargement) : PC, Xbox One & Series, PS4 & PS5, Switch
  • Genre : exploration/puzzle game
  • 1 joueur
  • Démo gratuite sur PC et Switch
  • PEGI : à partir de 16 ans
  • Fireshine Games

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)

Revoir Paris : Décharge émotionnelle (Avis Express)

Les films Augustine et Maryland, ont démontré la force unique du cinéma de la réalisatrice française Alice Winocour. Qu’elle réussisse à faire partager avec tant de justesse et de respect l’indicible retour à la vie de survivants à un attentat au coeur de Paris ne surprend donc pas.

De l’amnésie absolue sous le choc, aux incompréhensions, reconstructions individuelles et solidarité collective, le film épouse le parcours émotionnel des survivants à un attentat hagards en quête de sens.

Aux côtés d’une Virginie Efira d’une grande justesse introspective à la recherche de sa mémoire perdue, la grouillante ville de Paris – oui avec ses lumières, mais elle aussi meurtrie, est un personnage à part entière. Pleurer est recommandé.

De Alice Winocour, avec Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin…

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)

Tokyo Vice Saison 1 : Signé Michael Mann

Michael Mann, l’immense réalisateur des années 90-2000 (Le Dernier des Mohicans, Heat, Miami Vice…) produit et réalise le pilote d’un récit adapté d’un livre-enquête sur le crime organisé à Tokyo.

On y suit un américain japanophile, Ansel Elgort, haute silhouette charismatique de Baby Driver et West Side Story (version 2021), apprenti journaliste recruté en 1999 par… concours dans un quotidien japonais !

Parmi toutes les découvertes de la culture japonaise de surface, police, comme underground, Yakuzas, il subit avec stupeur, et nous avec, le mode de fonctionnement tyrannique du journal qui reflète la terrible hiérarchisation de toute la société japonaise.

Sur le chemin du jeune reporter, le grand Ken Watanabe (Le Dernier Samouraï, Inception…), inspecteur de police vertueux et bougonnant, fera l’intermédiaire avec le monde à peine sous-terrain de la mafia japonaise.

Petit regret, après le premier épisode mis en scène par Michael Mann lui-même où son style caméra à l’épaule et montage fait des merveilles, les épisodes suivants deviennent formellement plus ordinaire. Au moins aucun des réalisateurs conviés n’a cherché à (mal) singer le style de Mann. Malgré tout, une passionnante immersion au coeur de Tokyo, sur les pas d’un jeune reporter culotté et sans peur.

De J.T. Rogers, avec Ansel Elgort, Ken Watanabe, Rinko Kikuchi… Série en 8 épisodes de 52’ sur Canal+.

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)


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The Quarry : À qui le mauvais tour ? (Avis Express)

Le genre « teen horror » (horreur avec et pour ados) fait le succès des films et des séries, alors pourquoi pas aussi en jeu vidéo ?

Quitte à s’éloigner du jeu vidéo traditionnel en devenant récit cinématographique aux interactions limitées à des choix narratifs.

D’un chapitre à l’autre, le joueur se glisse tour à tour dans la peau des jeunes moniteurs invités à un camp de vacances dans les bois. Mineure ou importante, chaque décision sauve ou entraine la mort mystérieuse des uns et des autres. Malgré les clichés éculés et la lenteur générale, le suspens fonctionne à peu près grâce au réalisme bluffant des visages de comédiens connus animés en motion capture. 

  • Supports : PC, Xbox One & Series, PS4 & PS5
  • Genre : aventure-horreur narrative cinématographique
  • 1 joueur, multijoueur coopératif en ligne
  • PEGI : à partir de 18 ans
  • Supermassive Games

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)

La Cour des miracles : Des moutons dans l’école (Avis Express)

La cour des miracles en question est une école primaire de Seine Saint-Denis (93) qui cherche à se rendre attractive et garder ses élèves quand une école neuve et « moderne » s’installe dans un quartier neuf deux rues plus loin.

Après l’excellent La Lutte des classes (2019) voilà une nouvelle occasion de rire et compatir à toutes les difficultés liées à la cohabitation, dans l’école, des nombreuses communautés et cultures qui font la France d’aujourd’hui. À commencer ici par les profs, plus ou moins blasés, usés voire même dépressifs que tous les efforts de l’énergique directrice n’arrivent plus à motiver.

Planche de salut inattendue, l’initiative contestée d’une nouvelle institutrice transforme l’école en laboratoire expérimental écologique. Une école « verte » avec potagers, poules et moutons qui font la joie des enfants.

De Carine May et Hakim Zouhani, avec Rachida Brakni, Anaïde Rozam, Gilbert Melki…

François Bliss de la Boissière

Le Sixième enfant : Maman à tout prix (Avis Express)

Trop fertile, un couple de gitans catholiques pratiquants a cinq enfants. Ils vivent dans un lotissement de caravanes. Stérile, un couple d’avocats aisés n’arrivent pas à concevoir d’enfant ni à en adopter.

Les deux couples se croisent et envisagent un échange de service lorsqu’une sixième grossesse involontaire se profile. Peut-on vendre ou acheter un bébé ? Non bien sûr, la loi interdit ce qu’elle qualifie de « trafic d’êtres humains ». Et pourtant, l’un parce qu’il en a les moyens, l’autre par misère, les deux couples s’engagent vers un processus qui va les déchirer. Grâce aux acteurs-rices, la tension est totale dans ce suspens psychologique qui finit par transcender les clichés sociétaux.

De Léopold Legrand, avec Sara Giraudeau, Judith Chemla, Benjamin Lavernhe, Damien Bonnard…

François Bliss de la Boissière

(Publié en octobre 2022 dans le mensuel Comment ça Marche #142)

Cœurs vaillants : Rien d’impossible

Quand l’actualité rattrape l’Histoire, le témoignage dramatique de la population d’un pays fuyant désespérément une armée d’occupation redevient plus terrifiant encore.

Inédit et réussi, le récit rocambolesque d’une poignée d’enfants juifs cachés pendant la Seconde Guerre Mondiale dans le célèbre château de Chambord puis dans sa forêt offre de belles opportunités cinématographiques dont se saisit la réalisatrice. Ainsi, son premier long métrage manoeuvre avec talent entre drame odieux (dont la spoliation d’oeuvres d’art par l’armée allemande), légèreté enfantine et belles images du lieu prestigieux et de la nature qui l’entoure. La visite rare des coulisses, toits et coursives du fameux château où se cachent les enfants, les brumes du petit matin dans la forêt, où les enfants en fuite croisent des cerfs majestueux, montrent sans trop surligner la bêtise inexcusable des activités humaines.

Film avec des enfants qui évite les ficelles du film destiné aux enfants, Cœurs vaillants, du nom de « l’illustré » de BD d’origine catholique alors populaire, vire parfois au film de survie dans la nature plus présente, heureusement, que les soldats allemands. Conservatrice du musée du Louvre embarquée malgré elle dans l’aventure, Camille Cottin émeut aussi dans un rôle généreux quoique sévère.

De Mona Achache, avec Camille Cottin, Swann Arlaud…

François Bliss de la Boissière

(Publié en juin 2022 dans le mensuel Comment ça marche)


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Mi iubita mon amour : Vacances gitanes roumaines

Appréciée dans Portrait de la Jeune fille en feu (2019) et Les Olympiades de Jacques Audiard, l’actrice Noémie Merlant passe à la réalisation avec un premier long métrage plus tragique que son allure de film de vacances ne laisse supposer.

Projet de copines comédiennes semi improvisé à l’écran, quatre amies libres et insouciantes partent en virée en Roumanie. Hébergées par une famille de Roms, elles découvrent leur vie rurale ordinaire loin des clichés des rues de Paris où ils font la manche.

Co-écrit et dirigé avec le jeune acteur roumain principal (Gimi Covaci), visiblement talentueux, le flirt sensuel entre lui et Noémie Merlant, témoigne aussi de leur histoire d’amour et de travail dans la vraie vie. Impudique et rafraichissant.

De Noémie Merlant, avec Gimi Covaci, Noémie Merlant, Sandra Codreanu…

François Bliss de la Boissière

(Publié en juillet-août 2022 dans le mensuel Comment ça Marche #140)

After Yang : Techno-sapiens (Avis Express)

Nous revoilà encore une fois confronté aux androïdes conçus à notre image. Sont-ils humains ou pas ?

Quand un père de famille tente de faire réparer Yang, l’androïde qui participe à l’éducation de leur fille, il découvre dans sa mémoire informatique une vie sensible au-delà de sa programmation. Le spectateur habitué à cette thématique découvre de son côté un traitement esthético-expérimental inédit qui ravive le sujet. Dans cette société écologique, douce et japonisante de demain, les humains vivent entourés de plantes, de « techno-sapiens » et même de clones indiscernables. Poétique, picturale et lente, cette nouvelle quête co-existentielle se vit comme un rêve semi éveillé.

De Kogonada, avec Colin Farrell, Jodie Turner-Smith, Malea Emma Tjandrawidjaja…

François Bliss de la Boissière

(Publié en juillet-août 2022 dans le mensuel Comment ça Marche #140)

Stranger Things (Saison 4) Volume 1 & 2

Netflix a gardé jusqu’à la dernière minute le plus grand secret sur le retour de sa série phénomène et les nouvelles péripéties surnaturelles de la bande de copains originaire de la petite ville de Hawkins.

À l’heure où ces lignes sont écrites juste avant le bouclage du mensuel (mai 2022), tout le monde aura vu la première salve d’épisodes de cette saison 4 (29 mai) qui en comptabilise neuf séparés en deux « volumes » (1er juillet) pour une durée totale deux fois plus longue qu’auparavant ont annoncé les frères Duffer créateurs de la série à qui Netflix ne refuse rien (30 millions de dollars par épisode, un record). Les épisodes durent ainsi 64, 75, 98 mn jusqu’u final à 150 mn (!!) et cela se ressent.

Trop de situations s’éternisent, le retour en groupe des copains et copines dispersés à la fin de la saison 3 prend trop de temps. Puisqu’elle se déroule en 1986, cette saison 4, rejoue le pot-pourri des films d’adolescents et d’horreur des années 80 en piochant aussi dans les 70s et 90s. La surenchère de décors, de la figuration généreuse et donc des costumes, coiffures et accessoires entraine l’hommage aux 80s jusqu’au fétichisme. Quand cela n’arrache pas un sourire.

Plus horrifique et parfois exagérément cruelle entre lycéens, ce début de saison 4 permet surtout de renouer avec les sympathiques, plus si jeunes, acteurs passés de l’enfance à l’adolescence, du collège au lycée. Pas toujours convaincant mais devenu un incontournable de la culture pop.

De Matt et Ross Duffer, avec Millie Bobby Brown, David Harbour, Winona Ryder… Série en 9 épisodes de 60 à 150 min sur Netflix.

François Bliss de la Boissière

(Publié en juillet-août 2022 dans le mensuel Comment ça Marche #140)

Kirby et le monde oublié : La vie en rose

Aux côtés des déjà bien étranges héros Nintendo, plombier moustachu (Mario), mini dino (Yoshi), champignon causeur (Toad), elfe (Link), bourgeons animés (Pikmin), calamars arroseurs (Splatoon), la boule rose Kirby apparait encore plus improbable.

Et pourtant, 30 ans après sa naissance en 1992 sur Game Boy, le personnage sans véritable forme continue de ravir toutes les générations. Sa particularité qui compense son apparence simpliste ? Kirby est un transformiste instantané. Glouton insatiable, sa bouche aspirateur brusquement géante engloutit tout ce qu’elle trouve sur son chemin. Kirby recrache ennemis et obstacles avalés devenus projectiles, ou acquiert aussitôt leurs pouvoirs tout en adoptant peu ou prou la forme de l’objet ou créature digérée. Une aptitude baptisée ici « transmorphisme ».

Ainsi, dans ce nouvel épisode plus ambitieux profitant pour la première fois d’un gameplay en 3D où Kirby se déplace dans toutes les directions, la boule rose va jusqu’à avaler un escalier qui lui sert de marche-pied, ou une voiture que le joueur se doit de piloter en fonçant à travers les murs destructibles. Chaque étape propose ainsi des mécaniques créatives et rigolotes de jeu et donc de challenge. Le tout bien sûr arrosé d’une overdose irrésistible de mignon. Un jeu estival parfait pour retrouver le sourire.

  • Support : Switch
  • Genre : action, platforme
  • 1 joueur, 2 joueurs en coopération locale
  • Démo gratuite téléchargeable
  • PEGI : à partir de 7 ans
  • Nintendo

François Bliss de la Boissière

(Publié en juillet-août 2022 dans le mensuel Comment ça Marche #140)

Weird West : Cow-boys de poche (Avis Express)

Premier jeu au budget limité d’une équipe où se retrouve des membres du studio français Arkane, dont son fondateur, cette simulation de far-west sombre imbibé de fantastique renoue avec les qualités immersives des jeux Dishonored.

Même si, plus modeste, l’interface de jeu avec caméra au-dessus et petits personnages manipulés de loin a d’avantage l’allure d’un jeu PC que console. Car très vite, manette en main, on identifie les qualités interactives et artistiques (visuels stylisés et bande son travaillée) qui font la marque de fabrique des talentueux développeurs et artistes.

  • Supports (téléchargement) : PC, Xbox One et Series, PS4 et PS5
  • Genre : action-aventure, jeu de rôle, simulation
  • VO anglaise sous-titrée
  • Inclus au lancement dans abonnement Xbox Game Pass
  • 1 joueur
  • PEGI : à partir de 16 ans
  • Wolfeye Studios

François Bliss de la Boissière

(Publié en juillet-août 2022 dans le mensuel Comment ça Marche #140)

Tunic : Génération 90 (Avis Express)

Remarquablement fignolée cette production indée rend hommage à la génération des jeux d’aventure en 2D des années 90.

Le jeu va jusqu’à offrir en cours de l’aventure un fac-similé de manuel de jeu dessiné à la main tel qu’en contenaient les boites de jeu de l’époque.

Jeu d’aventure, d’action et d’énigmes mécaniques pratiqué en « top-down » et 3D isométrique (vue de haut et en perspective), le très joli et maniable Tunic met en scène un petit renard qui, épée à la main, explore progressivement son mystérieux environnement.

Toute ressemblance avec le célèbre Zelda : A Link to the Past (1991) de Nintendo n’est pas fortuite.

  • Supports (téléchargement) : PC, Mac, Xbox One et Series
  • Genre : action-aventure
  • Inclus au lancement dans abonnement PC-Xbox Game Pass
  • 1 joueur
  • PEGI : à partir de 7 ans
  • Finji

François Bliss de la Boissière

(Publié en juillet-août 2022 dans le mensuel Comment ça Marche #140)

Gran Turismo 7 : Grand-messe automobile (Avis Express)

Auto proclamé sans tromper « vrai simulateur de conduite » depuis sa révélation choc en 1996 sur la toute première PlayStation, Gran Turismo est devenu en 25 ans une institution.

Chaque édition se veut une grandiose célébration de la culture automobile d’hier et d’aujourd’hui capable de séduire même ceux peu concernés dans le monde réel. Démonstration technique au photo réalisme bluffant mais à la froideur clinique malgré l’énorme sélection de musique rocks ou classiques, GT7 remplit son contrat sans surprendre figé dans sa classieuse formule.

Manette à retour haptique en main, les sensations de conduite sur circuits restent sans égal et la précision des contrôle redoutable à la difficulté progressive. Et bien sûr, les rediffusions/replays avec des caméras en mouvements judicieusement placées sur les parcours, les sont toujours les plus belles et fascinantes à voir.

  • Supports : PS4, PS5
  • Genre : simulation automobile
  • 1 à 2 joueurs, multijoueur en ligne
  • PEGI : tout public
  • Polyphony Digital

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche #139, juin 2022)

Lire aussi…

Gran Turismo 4 : DIVAS

Gran Turismo 4 Prologue : L’expérience sans prix

Forza Motorsport 3 vs Gran Turismo 5 : Les absents ont toujours tort

Sifu : Kung-fu made in France (Avis Express)

Qui l’eut cru ? Un studio de développement parisien réussit un tour de force technique, artistique, et culturel en réconciliant le « beat ’em all » (jeux de combat star des années 80-90) avec la culture chinoise et les films de kung-fu – de karaté comme disaient les français des années 70 quand Bruce Lee était en haut de l’affiche. Le tout dans un emballage graphique dessiné-BD somptueux et une mise en scène digne des films de l’époque.

Vif et précis, le gameplay se réserve aux mains les plus nerveuses. Superbe trouvaille visuelle et conceptuelle, à chaque échec le héros vieillit de plusieurs années. Au fur et à mesure de ses mises à jour, le jeu de combat a gagné quelques options qui peuvent rendre les combats moins difficiles et donc plus accessibles. Totalement brillant.

  • Supports : PC, PS4, PS5
  • Genre : action-combat (beat ’em all)
  • VO anglaise et chinoise sous-titrée
  • 1 joueur
  • PEGI : à partir de 16 ans
  • Slopclap

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche # 139, juin 2022)

Ghostwire : Tokyo : Suceur d’âmes

Entre le Dr Strange de Marvel pour le ballet des mains devant soi et la vivacité du jeu Doom Eternal, le joueur lance des sorts et aspire le coeur, ou l’âme, des spectres qui hantent un Tokyo désert et hanté.

Après Elden Ring (voir notre avis trop express pour un tel monument), une nouvelle prestigieuse réalisation japonaise revisite avec originalité les jeux d’action et d’aventure dit en « monde ouvert » jusque là spécialité de l’occident. Plus étonnant encore, Ghostwire se pratique en vue subjective là où les joueurs japonais préfèrent depuis toujours un contrôle des personnages à distance.

Sur PS5, Ghostwire accentue beaucoup les sensations d’immersion en exploitant avec force et subtilité les aptitudes haptiques uniques de la manette DualSense. Caresser chiens ou chats, collecte de ressources… le moindre geste s’accompagne d’une vibration adaptée. Effet spectral particulièrement troublant, la voix de l’entité surnaturelle qui habite notre héros et lui prête ses pouvoirs sort simultanément des haut-parleurs de la manette et de la TV.

Sous la pluie et les néons éclatants, la traversée nocturne du célèbre quartier de Shibuya réserve bien des trouvailles. Messages, indices, lieux, mets, créatures étranges et clins d’oeil mettent en avant la richesse et les singularités de la culture traditionnelle japonaise.

  • Supports : PC, PS5
  • Genre : action-aventure en monde ouvert urbain
  • VF, VO japonaise et anglaise sous-titrée
  • 1 joueur
  • PEGI : à partir de 12 ans
  • Tango Gameworks / Bethesda

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche #139, juin 2022)

Destiny 2 : La Reine sorcière : Et la lumière fut (Avis express)

Nouvelle extension inédite* payante d’un Destiny 2 toujours ambitieux jouable gratuitement depuis 2019, La Reine Sorcière redonne du coeur à l’ouvrage, même à ceux qui ne participent pas aux « saisons » multijoueur régulières.

Campagne scénarisée à suivre seul ou en escouade d’amis, ce généreux chapitre renvoie sur Mars et dans de très beaux décors malicieusement agencés au service de dynamiques échanges de tir et, toujours, de cache-cache avec des aliens pas si sérieux. Seuls les plus assidus, cependant, apprécieront un scénario/quête de la « Lumière » abscons et bien plus solennel que nécessaire.

* Pour tous les joueurs : augmentation automatique de la puissance nécessaire de son personnage pour jouer au niveau 1350 

  • En téléchargement : PC, Xbox One et Series, PS4, PS5
  • FPS / SF – aventure
  • 1 joueur, multijoueur en ligne
  • PEGI : à partir de 16 ans
  • Bungie

François Bliss de la Boissière

(Publié en Mai 2022 dans le mensuel Comment ça marche #138)

Horizon Forbidden West : La nouvelle aristocratie du jeu d’aventure

Forcée, mille ans après le déclin de notre civilisation, à devenir championne du nouveau monde dans Horizon Zero Dawn (2017), la jeune Aloy aux cheveux de feu a depuis atteint le statut d’icône féminine, voire féministe. Car contrairement à trop de jeux, son apparence et ses manières n’exploitent pas une hyper sexualisation de sa silhouette.

Parmi les nouvelles prouesses techniques de cette suite directe de son histoire, les dialogues à partir de personnages animés en motion capture jouissent d’un niveau de rendu graphique jamais vu en jeu vidéo. Même si les discours s’enlisent dans trop de circonvolutions façon jeu de rôle inutilement touffu. Surtout que, de jour ou de nuit, sous la pluie, les tempêtes de sable ou les aurores boréales, les paysages et les vestiges de l’humanité parlent d’eux-même.

Époustouflante démonstration technique et artistique (privilégier la version PS5 si possible), Forbidden West entraine Aloy vers le désert du Nevada et la côte Ouest « interdite » américaine, la mer. Plus précis et maniables encore, ses combats à l’arc ou à la lance high-tech contre les majestueux animaux-robots préhistoriques laissent sans voix.

Et avec des aptitudes inédites, nager sous l’eau, grimper à flanc de montagnes, se hisser instantanément avec un super grappin, planer en Para-pente, Aloy surclasse même la vétérante Lara Croft.

  • PS4 & PS5 (exclusivité)
  • Aventure- action / jeu de rôle
  • VF et VO anglaise sous-titrée
  • 1 joueur
  • PEGI : à partir de 16 ans
  • Guerrilla Games / Sony Interactive Entertainment

François Bliss de la Boissière

(Publié en Mai 2022 dans le mensuel Comment ça marche)


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Elden Ring : Abyssal (Avis Express)

Oeuvre gothique, cryptique, taiseuse, rare et complexe à la beauté minérale intimidante, la nouvelle production du studio japonais culte FromSoftware cherche pour la première fois à se rendre accessible à tous, ou presque.

La difficulté impitoyable des combats de la série des Souls à laquelle appartient ce Elden Ring ne faiblit certes pas. En revanche, devenu un monde ouvert à l’exploration libre, Elden Ring offre au joueur malin et vif la possibilité de contourner les plus rudes affrontements et de visiter à son rythme L’Entre-terre, un abyssal monde de Dark Fantasy médiéval à nul autre pareil.

  • PC, Xbox One et Series, PS4 et PS5
  • Action-jeu de rôle / aventure exploration
  • VO anglaise sous-titrée
  • 1 joueur, multijoueur en ligne
  • PEGI : à partir de 16 ans
  • From Software / Bandai Namco

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Comment ça marche en mai 2022 )

Metroid Dread : Oled soit qui mal y pense

Nintendo ne commercialise jamais une nouvelle console sans l’associer à un jeu qui la justifie et la met en valeur, ou réciproquement. Mario, son frère Luigi et les Zelda ont eu ce rare honneur. En 2021, c’est au tour de Metroid, série SF Nintendo mature et culte depuis 35 ans, de faire valoir la presque nouvelle console Switch.

Presque, parce que cette Switch au suffixe Oled n’est pas l’espéré modèle en 4K, mais une console équipée d’un écran… Oled là où le modèle classique utilise un écran LCD. Un poil plus large (7 pouces au lieu de 6,2), cet écran amélioré garde néanmoins la même définition (720p en mode portable, 1080p relié à la TV). Mis à part l’ajout d’une prise ethernet en complément du Wi-fi, et un stockage doublé (64 Go au lieu de 32), la Switch Oled 2021 abrite la même technologie et ne propose donc pas plus de puissance, même en mode « docké » relié à la TV.

Pour autant, l’écran Oled offre à ce nouveau jeu Metroid un écrin digne de son histoire. Grâce aux contrastes infinis de la technologie d’affichage Oled, les couleurs brillent d’un feu nouveau, y compris sur tous les jeux du catalogue Switch.

Mais il s’agit d’abord de la résurrection glorieuse de Samus Aran, une des toutes premières héroïnes du jeu vidéo, camouflée dans son armure iconique de chasseuse de prime de l’espace. Metroid Dread signe son grand retour et, surtout, celui du si apprécié et influent gameplay original en 2D.

Modernisé, cet opus réinvente ainsi le coeur interactif et cérébral (s’orienter dans le dédale) de l’aventure des années 80. Porté par les moyens technologiques de 2021 et l’écran de la Switch Oled, Metroid redevient contemporain.

Switch Oled (compatible Switch et Switch Lite)
Action/tir/aventure
1 joueur
PEGI : à partir de 12 ans
MercurySteam / Nintendo

François Bliss de la Boissière

(publié dans le mensuel Comment ça marche / Janvier 2022)

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MARVEL’S GUARDIANS OF THE GALAXY : Les nouveaux champions du jeu vidéo

Personne n’attendait vraiment une telle réussite. En jeu vidéo, les chamailleurs gardiens de la galaxie n’ont rien à envier à ceux du cinéma !

La production ambitieuse s’impose dès la première mission. L’équipe hétéroclite de mercenaires de l’espace cherche son chemin dans le dédale d’un cimetière de vaisseaux spatiaux englués dans des bulles de matière rose (« nanorésine ») qui ressemblent furieusement à du chewing-gum. Plus tard, la flore sinueuse d’une planète orageuse évoque de la guimauve luisante.

Depuis Pandora d’Avatar, on n’avait pas visité des planètes aussi belles et folles. Psychédélisme, surréalisme et humour visuel cohabitent avec décontraction et imagination. Particulièrement bien écrites, les disputes hilarantes des héros égocentrés, vanneurs et jamais d’accord, surfent sur une bande son musicale années 80 choc (Simple Minds, Culture Club, WHAM!, Blondie, A-HA…). Le tout soutenu par généreuse partition orchestrale hollywoodienne.

Plus important encore, manette en main, entre balade découverte, exploration, mini casse-têtes et combats où Star-Lord commande à distance ses partenaires Drax, Gamora, Groot et même le grognon Rocket, le gameplay tout terrain entretien la flamme. Privilège rare, Les Gardiens de la Galaxie rentrent ainsi dans le club très fermé des adaptations réussies en jeu vidéo.

PC, PS4, PS5, Xbox One et Series
Action-aventure
VF et VO sous-titrée
1 joueur
PEGI : à partir de 16 ans
Eidos Montreal, Square Enix

François Bliss de la Boissière

(publié dans le mensuel Comment ça marche / novembre 2021)


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The Ascent : ivresse cyberpunk

L’univers cyberpunk confirme son grand retour au premier plan dans le jeu vidéo depuis un an ou deux. Et, bonne nouvelle, en prenant le joueur par surprise, le presque inconnu The Ascent réussit enfin ce que le trop médiatisé Cyberpunk 2077 avait promis : l’immersion dans une grouillante mégalopole cyberpunk de demain.

La réussite étonne d’autant plus que toute la perspective de jeu utilise une vue éloignée en 3D isométrique à l’ancienne (caméra toujours au-dessus du décor et des personnages). Ville industrielle verticale habillée de néons, fumées, vapeurs et métaux luisants, l’Arcologie fourmille de détails crédibles, des machineries mystérieuses aux voitures volantes, des androïdes ouvriers aux drones fluorescents survolant les rues.

Le joueur, ouvrier lui-même, commence son trajet dans le Cloaque, le sous-sol poubelle, et remonte, armes à la main, les strates verticales de la mégalopole. Le gameplay nerveux et solide, praticable seul ou à plusieurs ensemble, utilise un système de tirs et de roulades d’esquive très performants, surtout avec la possibilité de s’abriter derrière des obstacles façon « cover shooter » culottée dans cette perspective à distance du jeu.

Créé par un nouveau studio indépendant installé en Suède réunissant toutefois des vétérans du jeu vidéo, The Ascent est une sorte de rêve éveillé où on arpente les ambiances jusque là inaccessibles des films Blade Runner ou Outland, des intérieurs poisseux digne de l’univers des films Alien… Le joueur y vient pour les fusillades et y reste pour absorber une ambiance cyberpunk noire, dense et hypnotisante.

PC, Xbox One et Series
Genre : action-tir/jeu de rôle
VO anglaise sous-titrée

1 à 4 joueurs en coopération (local ou en ligne)
Inclus dans abonnement Xbox/PC Game Pass
PEGI : à partir de 18 ans
Neon Giant

François Bliss de la Boissière

(publié dans le mensuel Comment ça marche / novembre 2021)


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Comme dans la rue, pas de minimum requis. Ça fera plaisir, et si la révolution des microtransactions se confirme, l’auteur pourra peut-être continuer son travail d’information critique sans intermédiaire.
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire ma Note d’intention.

Microsoft Flight Simulator : Ça plane pour nous

Déjà un an que les joueurs PC survolent paisiblement la planète aux commandes d’avions de ligne ou de plaisance. Un an afin que l’équipe bordelaise d’Asobo Studio adapte sur consoles Xbox Series les gourmandes technologies graphiques et de modélisations cartographiques et météorologiques en temps réel.

Bien que ce simulateur de vol arbore historiquement le nom de Microsoft depuis son origine en 1982, un studio français (cocorico !) a pour l’essentiel a développé le programme. Si tous les jeux vidéo sont de facto des simulateurs (de guerre, de jeux de rôle, de sports…), la frontière séparant logiciel d’apprentissage et jeu devient plus compliqué à cerner avec ce simulateur de vol reproduisant fidèlement le comportement de vrais avions. Ici, d’épreuves il n’y a pas sinon de réussir à faire décoller son avion en suivant les très exigeantes règles de pilotage.

Heureusement, devant des interfaces pas toujours intuitives héritées des souris et claviers du monde PC, le programme contient une sélection de décollages clés en mains où le pilote amateur se contente de survoler des destinations préenregistrées. Une fois les commandes « maîtrisées », chacun choisira sa première destination, souvent le survol de sa maison ou immeuble.

Façon Icare, nos premiers vols ont d’abord visé le soleil et la canopée de nuages au-dessus de la terre.

Xbox Series S et X (déjà sur PC)
Simulateur de vol
1 joueur
Inclus dans abonnement Xbox/PC Game Pass
PEGI : tout public
Asobo Studio, Microsoft

François Bliss de la Boissière

(publié dans le mensuel Comment ça marche / novembre 2021)


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Immortals Fenyx Rising : Quand l’élève dépasse le maître

Initialement baptisé Gods & Monsters, ce projet inédit d’Ubisoft Québec embarrasse d’abord en décalquant l’essentiel du gameplay de Zelda : Breath of the WildAvant de dépasser le maître Nintendo en jouabilité, humour et technique…

Surprise totale qui l’absout, osons l’affirmer, la copie surclasse l’original signé par le maître Nintendo, notamment parce qu’il s’épanouit sur des consoles de salon puissantes, dont les PS5 et Xbox Series.

Guidé d’abord par la curiosité, à pied, à cheval (renne, licorne ou pégase… !) ou en planant avec les ailes mythiques d’Icare, Fenyx arpente librement sept contrées d’une Grèce antique de BD très joliment colorée façon « coups de pinceaux ». Une époque déjà documentée par Ubisoft Québec dans Assassin’s Creed : Odyssey.

Unique à cette énorme aventure : l’humour réussi des dialogues (VO anglaise recommandée) rend le joueur complice. Zeus et Prométhée commentent ou ironisent les actes de bravoure de la championne mortelle lancée contre les gorgones, cyclopes et autres Minotaures. Tous les dieux de l’Olympe deviennent vite des familiers.

Sur le chemin parsemé d’embuches de Fenyx (ours, sangliers, lions, harpies…) mais aussi de moments de grâce à l’ombre d’un saule pleureur ou sous le clair de lune face à l’horizon, de superbes et intuitifs casse-têtes d’adresse et de logique s’intègrent aux paysages et architectures (leviers, contre-poids, défis, tirs à l’arc…).

Devenus créateurs de jeux à leur tour, les enfants de la génération Nintendo rattrapent désormais le maître. Fenyx Rising ne se contente pas d’imiter le dernier Zelda, il fait mieux sur bien des points techniques, artistiques et même en maniabilité, et donc plaisir.

DLC : MYTHES DE L’EMPIRE CÉLESTE : Le retour miracle

Quand on sait qu’il a fallu quatre années à Ubisoft Québec pour développer et réussir Fenyx Rising (voir notre n° 125) on n’imaginait pas jouir d’une suite déjà six mois plus tard. Et pourtant, via la capacité de coordination assez unique des studios internationaux d’Ubisoft, le miracle a lieu dès 2021. En confiant à l’équipe d’Ubisoft Chengdu, en Chine donc, la réalisation d’une extension, l’essentiel du plaisir joyeux de l’aventure Fenyx Rising revient déjà. L’extension troque la mythologie grecque contre une mythologie chinoise avec la déesse créatrice Nuwa en vedette centrale, dragon-serpent oriental et roi singe (Sun Wukong) en menaces, tout en conservant les si agréables mécaniques de gameplay. Même si les nouveaux casse-têtes moins intuitifs et les épreuves physiques plus arbitraires laissent parfois perplexe. Les pagodes remplacent les temples grecs, certains arbres deviennent bambous, le nom et l’aspect des fleurs à cueillir changent, et cela suffit à susciter curiosité, envie de découvrir et d’en découdre. L’aventure se pratique indépendamment du jeu principal (qu’il faut quand même posséder) et sans prérequis. Et si l’archipel suspendu dans une mer de nuages ne comprend que deux zones à explorer, celles-ci, toute en verticalités rocheuses, restent généreuses. Équipé d’une épée chinoise plus vive et frappant d’estoc, Ku, le nouveau héros n’arrive pas nu puisqu’il commence son aventure avec quelques aptitudes avancées. 

DLC : LES DIEUX PERDUS : Leçon de game design

Oyez, Oyez aspirants créateurs de jeux vidéo, venez par ici. Tout en conservant son divin gameplay, l’ultime extension des aventures de Fenyx (voir nos n° 125 et 128) change complètement la perspective du jeu original en fixant la caméra au-dessus de l’action, à la Diablo ! La nouvelle championne Ash récupère la liberté d’action de Fenyx sur une nouvelle île fractionnée en archipel. Sauf que la perspective forcée change tout (ennemis plus nombreux et tenaces, répartition des pouvoirs célestes…) et transforme ce chapitre inédit en étonnante leçon comparée de game design (conception de jeu).

François Bliss de la Boissière

(publié en 2021 dans les n° 125, 128 et 129 du mensuel Comment ça marche)


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Resident Evil Village : 25 ans d’horreur

En 1996, Resident Evil faisait trembler le tout frais CD-Rom de la première PlayStation et offrait au genre survival-horror ses lettres de noblesse*. Vingt-cinq ans plus tard, le classieux chapitre VIII rend hommage au manoir bourgeois infesté du 1er épisode et au village paysan zombifié du 4e, les deux plus iconiques.

Entre les séquences cauchemardesques finalement plutôt brèves, toujours vécues, comme le gameplay, en vue subjective, R.E. Village s’apparente à une luxuriante visite virtuelle. Du village moyenâgeux enneigé au château gothique de Transylvanie/Roumanie, en passant par des cryptes et geôles macabres qu’on préfèrerait éviter, le détail minutieux des décors fascinent à chaque pas du père de famille à la recherche de son bébé.

Tapis cossus, dorures clinquantes, mobilier rococo, statues de marbre, peintures d’époque… habillent hall majestueux, salle à manger, de bains et de tortures, salon de lecture et chambre des plaisirs. Surtout que, exercice classique, il faut y fouiner des objets précieux donnant accès à des passages secrets.

Soulagement, même s’il reste des scènes inutilement atroces de cirque de foire, les lycans (loups-garous) et monstres animaliers délirants (clin d’oeil à L’Île du Docteur Moreau) se substituent aux zombies habituels et aux anthropophages du malsain et claustrophobe Resident Evil VII. Haute de trois mètres, la plantureuse châtelaine vampire Lady Dimitrescu a déjà rejoint le panthéon des grand(e)s méchant(e)s du jeu vidéo.

Plus accessible, esthétique, grand guignolesque, ultime cabinet de curiosités, R.E. Village redonne à la série un vernis haut de gamme.

* La série japonaise Resident Evil s’est inspirée du jeu Alone in the Dark signé en 1992 par un des pionniers français du jeu vidéo : Frédérick Raynal.

PC, PS4, PS5, Xbox One et Series
Survival-horror

VO anglaise sous-titrée
1 joueur
PEGI : à partir de 18 ans
Capcom

François Bliss de la Boissière

(publié dans le mensuel Comment ça marche / septembre 2021)


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Oddworld Soulstorm : La Revanche d’Abe

Dès l’origine, L’Odyssée d’Abe devait compter cinq épisodes, une « pentalogie » vantait alors son ambitieux créateur Lorne Lanning en… 1997 ! Après bien des détours, des épisodes inutiles, des déceptions et des fâcheries avec les éditeurs et même sa fermeture, le studio californien Oddworld Inhabitants, cette fois auto-produit, présente enfin le deuxième épisode officiel de sa pentalogie. Mais sur le fond comme la forme, il est sans doute trop tard.

Entre les séquences interactives, de belles cinématiques en images de synthèse racontent justement en longueur le nouveau combat d’Abe contre les affreux industriels Glukkons qui asservissent le gentil peuple Mudokon. Car jeu Oddworld oblige, il s’agit évidemment d’une fable sur le servage et l’exploitation ouvrière.

Côté gameplay, Soulstorm renoue avec la formule aujourd’hui vieillotte de casse-têtes et de plateforme rigide en 2.5 D. Abe surmonte les pièges et cherche son chemin en trottant de gauche à droite sur une voie toute tracée. Modernisés, les angles de vue changent en revanche d’axe et dynamisent l’action. Sa mission consiste à survivre et guider vers la sortie ses frères Mudokons devenus pour de bon une foule incontrôlable de Lemmings (jeux célèbres de 1991 à 2006).

Désormais capable d’un double saut, de se suspendre, de jeter des bouteilles inflammables puis d’eau pour éteindre l’incendie, de contrôler les Sligs armés de mitraillettes grâce à son chant chamanique, l’ex pacifique Abe donne du fil à retordre. Malheureusement, trop souvent, la bonne combinaison de gestes indispensables à franchir l’obstacle se fait sous les balles et les explosions. Heureusement, juste avant les périls, de nombreux points de sauvegarde automatique sauvent l’honneur. 

PC (Epic Games Store), PS4, PS5, Xbox Series
Plateforme 2,5 D, action-casse-têtes
VO anglaise sous-titrée
Upgrade gratuit PS4 vers PS5
1 joueur
PEGI : à partir de 12 ans
Oddworld Inhabitants / Microïds

François Bliss de la Boissière

(publié dans le mensuel Comment ça marche / Juillet-août 2021)


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Ratchet & Clank Rift Apart : Plein la vue

Le style visuel et narratif dessin animé 3D pour enfants ne doit pas tromper l’observateur. Pratiquement chaque décor surchargé de détails en mouvement est en réalité interactif et donc un morceau de bravoure technique.

Comme promis par les aptitudes de la PlayStation 5, le félin Ratchet et son acolyte robot Clank rebondissent en un clin d’oeil d’étourdissantes mégalopoles du futur en planètes aliens sauvages. Des décors futuristes foisonnants à faire pâlir les grands frères figés du cinéma.

Le joyeux gameplay tout terrain et presque tout public (tir, plateforme, glissades sur rails, vols planés, aquaplanning, course sur les murs, recherche de secrets…) réjouira d’abord les plus jeunes avec son action bouillonnante et vive. Moins stimulé par un gameplay mille fois pratiqués ici (la série a fait ses débuts en 2002 sur PlayStation 2) ou ailleurs, les gamers plus avertis, comme les professionnels du jeu vidéo eux-mêmes, relèveront en revanche avec ébahissement les avancées techniques novatrices désormais possibles sur cette génération de consoles.

L’esbroufe visuelle ne change évidemment pas grand chose au gameplay lui-même. Mais la démonstration va faire école et changer la manière de concevoir les jeux vidéo et, par conséquent, de les jouer. Une nouvelle (et onéreuse) exclusivité PS5 réussie.

PS5
Action – plateforme – tir

VF et VO anglaise sous-titrée
1 joueur
PEGI : à partir de 7 ans
Insomniac Games / Sony Interactive Entertainment

Lire également…
RATCHET & CLANK : Mascotte armée
TED PRICE : PAPA POULE DE RATCHET & CLANK

François Bliss de la Boissière

(publié dans le mensuel Comment ça marche / septembre 2021)


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Super Mario 3D World + Bower’s Fury : Chat alors ! Encore une réédition Wii U…

Suite et presque fin des 35 ans de Mario avec la ressortie, encore, d’un jeu majeur de la Wii U de 2013. Console qui, à l’échelle des succès Nintendo, avait fait un flop commercial entrainant avec elle tous ses bons jeux.

Sept ans plus tard, soit au moins une génération de nouveaux joueurs, ce Mario hybride revient en forme sur Switch. Les initiés le savent, le titre porte en lui son hybridation. La 3D implique un gameplay où Mario court et saute librement dans toutes les directions, tandis que le suffixe « World » induit un level design (conception des niveaux) renvoyant à la lignée des Super Mario World qui se jouent en 2D depuis 1990, c’est à dire sur un axe limité gauche droite.

Cela étant dit, même guidé dans des décors étroits, Mario jouit toujours d’une panoplie d’acrobaties plus rigolotes que jamais. Mario enfile ainsi ici un déguisement de chat qui lui permet, entre autre, de grimper sur les murs ! Et puisque le ridicule ne le tue pas (voir ici avis original), il le rend plus fort.

Bonus 100% inédit et fort bienvenu à cette réédition, le chapitre Bower’s Fury entraine Mario dans un parcours cette fois libre en 3D évoquant le gameplay de Mario Sunshine, sans le pistolet à eau. Un monde aquatique original où l’emblème du félin est tellement en vedette que même les mouettes ont des têtes de… chat !

Switch
Plateforme 3D
1 à 4 joueurs en local
PEGI : à partir de 7 ans
Nintendo

 François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Comment ça marche / mai 2021)


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Little Nightmares II : Chef d’oeuvre macabre

Tel un sombre conte de Grimm ou de Perrault mis en image, l’univers magnifiquement inquiétant de Little Nightmares ne s’oublie pas une fois croisé.

Chef d’oeuvre pictural tout en clair-obscurs et sépias dans la lignée des admirés Limbo et INSIDE, auxquels il rend hommage, ce nouveau chapitre remet en scène avec talent les peurs enfantines. Celles des adultes géants et grimaçants, des institutrices sadiques à qui rien n’échappent dans la salle de classe, des cuisiniers ogres prêts à découper les enfants et les manger…

Raffinée, la modélisation des personnages évoque, tout en restant d’une fluidité parfaite, l’animation en stop motion (image par image) en argile.

Visage caché par un sac papier troué, le nouveau petit Poucet traverse cette fois forêt brumeuse et maisons glauques, cité oubliée et ruelles jonchées de gravas. Lors de son parcours transversal à travers des pièces plus génialement angoissantes les unes que les autres (dortoir d’enfants abandonné, bibliothèque cathédrale poussiéreuse, hôpital dans le noir…), le petit héros libère une petite fille qui partagera son aventure.

Dès lors, le couple s’entraide, se tient par la main comme dans l’immense Ico de Fumito Ueda (2001), s’appelle d’un souffle, se fait la courte échelle pour atteindre les poignées de porte de ce monde de géants, tire ensemble des valises gigantesques, des chariots, tout ce qui peut aider à grimper et trouver la sortie.

Bruitages chirurgicaux sur fond de comptine enfantine participent à créer un univers surréaliste où le cauchemar des petits héros devient le nôtre.

PC, Switch, PS4, PS5, Xbox One et Series
Plate-forme réflexion 
Démo gratuite téléchargeable
1 joueur
PEGI : à partir de 16 ans
Tarser Studios / Bandai Namco

François Bliss de la Boissière

(publié dans le mensuel Comment ça marche / mai 2021)


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Returnal : Feu d’artifice élitiste

Bon courage avant de découvrir les six biomes / écosystèmes de la planète Atropos inclus dans cette super production PlayStation 5.

Le frénétique jeu d’esquive et de tir d’arcade 2D de Housemarque devenu démonstration techniquo artistique next-gen 3D requiert des aptitudes à la manette hors norme. Returnal a d’ailleurs relancé le débat du seuil infranchissable de difficulté retenu parfois délibérément par les créateurs de jeu, surtout payé au prix fort des exclusivités PS5.

D’évidence Sony vise sa clientèle la plus élitiste, pour ne pas dire hardcore. Difficile mais pas bloquant (recomposé à chaque tentative, chaque périple dans le dédale d’Atropos est unique) et surtout extrêmement maniable, Returnal tient ses promesses de spectaculaire.

Les développeurs de Resogun réinventent avec brio le jeu de tir et d’exploration immersive à la Metroid Prime de Nintendo. L’impressionnante bande son atmosphérique donne vie à une grouillante planète organique. Sensations troublantes, la manette DualSense vibrante et sonore témoigne de chaque respiration et goutte de pluie. Les aliens protéiformes et la flore fluorescente transforment les confrontations en éblouissants ballets de lumières et de particules. Sélène, l’astronaute échouée sur Atropos, meurt, ressuscite, et revit en boucle son crash. Le joueur aussi et partage ainsi son traumatisme en recommençant inlassablement l’aventure.

PS5
Aventure – jeu de tir et d’esquive
1 joueur
PEGI : à partir de 16 ans
Housemarque / Sony Interactive Entertainment

François Bliss de la Boissière

(publié sous forme raccourcie dans le mensuel Comment ça marche / Juillet-Août 2021)


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ADN : L’origine du moi

Du Bal des actrices à Polisse et Mon Roi, Maïwenn nous a habitué à son cinéma ou fiction et réalité s’entremêlent avec une sincérité confondante.

Cette fois encore, la réalisatrice/actrice nous fait vivre, littéralement, le deuil du grand-père bien aimé de sa famille. Jusqu’à tomber dans un excès lacrymal, la première partie du film suit les dernières heures du grand-père en Ehpad, entouré des petits enfants qui l’adorent.
On retiendra de cette longue et lourde séquence une pertinence évidemment non prévue au tournage. Depuis son arrivée, le Covid-19 a provoqué de nombreux décès dans des maisons de retraite confinées sans que les familles puissent se réunir. Quitte à tomber en larmes, ADN servira alors peut-être de catharsis. Le film sera par contre à éviter si une douleur familiale reste trop vive. Heureusement, la présence finement utilisée de Louis Garrel (Le Bureau des Légendes) désamorce régulièrement le drame. Bien écrit, son personnage faussement désinvolte introduit de l’humour là où il ne devrait pas y en avoir et offre des bouffées d’air frais et de rires qui soulagent.
Et puisqu’il s’agit d’une histoire de famille en deuil, les scènes d’embrassades et de disputes s’enchainent entre tragédie et drôlerie comme dans la vraie vie. La mort du grand-père né en Algérie envoie ensuite Maïwenn en quête de ses origines et ouvre le film sur d’autres perspectives, toujours intenses mais aussi plus légères.

De Maïwenn, avec Maïwenn, Louis Garrel, Fanny Ardant…

François Bliss de la Boissière

Publié en novembre 2020 dans le mensuel Comment ça marche


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Slalom : Dérapages glacés (avis express)

À peine arrivée à sa formation de ski-étude dans les Alpes, Lyz, 15 ans, se fascine pour l’entraineur pourtant autoritaire du club. « C’est la première fois que quelqu’un s’intéresse à moi » confesse-t-elle à une amie. Ses parents divorcés la délaissent trop et, sans surprise, l’entraineur va entamer avec sa jeune championne une relation inappropriée.
L’emprise des hommes en situation de pouvoir sur des jeunes aspirantes sportives, actrices ou autres mineures est un des graves problèmes de société qui remontent enfin.
Ce film, convenu mais utile, essaie d’en témoigner en gardant le point de vue de l’adolescente qui ne dit pas non, mais pas oui non plus.

De Charlène Favier, avec Noée Abita, Jérémie Renier, Muriel Combeau…

François Bliss de la Boissière

(Publié en novembre 2020 dans le mensuel Comment ça marche)


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Effacer l’historique : Numérique pour les nuls

Ici franchement décalé et à la limite d’un 3e degré inculte, le procès des usages du numérique se concentre sur les banalités de ses embrouilles quotidiennes. Quitte à présenter une version désuète du numérique.
Avis express…

Les trois héros paumés du film luttent ainsi pour reprendre le contrôle de leur vie. L’une tente d’empêcher une sextape de se propager, une autre espère améliorer sa note sur une appli professionnelle et un papa essaie de protéger sa fille de cyber harcèlement. Malheureusement, la présentation du duo iconoclaste de réalisateurs est très poussiéreuse. Les plus anciens s’identifieront peut-être pendant que les plus avertis du monde 2.0 auront raison de se moquer de personnages sots et candides. Heureusement, quelques excellents caméos (Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners, Philippe Rebbot…) dynamitent le plan-plan du récit.  Et il y a Blanche Gardin.

De Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Blanche Gardin, Denis Podalydès, Corinne Masiero…

François Bliss de la Boissière


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Devs : L’IA d’Alex Garland

On aime cette série d’anticipation car elle traite des possibilités quasi miraculeuses de l’informatique sous un angle psycho-métaphysique passionnant.

Contrairement à son titre, Devs ne dresse pas le portrait du métier de développeur informatique (familièrement : les « devs »). Les Devs ici appartiennent à un projet ultra secret d’une entreprise high-tech de la Silicon Valley. D’ailleurs, un peu Steve Jobs, cheveux longs, voix trainante et baskets aux pieds, le mystérieux patron de l’entreprise se comporte comme un gourou hippie. Alors qu’il recrute les meilleurs développeurs en leur faisant jurer le secret, quitte à y engager leur vie, le suspens principal consiste à découvrir petit à petit à quoi sert le super-ordinateur quantique au coeur de l’entreprise dont les énormes capacités de calcul permettent de… ?
Sans tout révéler, disons qu’au moment où la silhouette d’un personnage célèbre du passé apparait sur un grand écran neigeux, le frisson gagne tout le monde, les spectateurs comme les devs eux-mêmes.

Depuis longtemps habité par le thème de l’humain face à l’intelligence artificielle (Ex Machina) ou venant d’ailleurs (Annihilation) le scénariste et réalisateur Alex Garland questionne une nouvelle fois et avec une formidable puissance formelle (cadres, photographie, bande son, rythme contrôlé) le rapport de l’homme avec l’ordinateur tout puissant. Une série mature et éminemment contemporaine.

Showrunner : Alex Garland, avec Sonoya Mizuno, Nick Offerman, Jin Ha…
Mini série en 8 épisodes

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #117 de juin 2020)

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Tales from The Loop : Les enfants de Stalenhag

On aime cette série fantastique car elle donne vie à un hypnotisant rétro futur tiré avec fidélité des si prégnantes peintures digitales du génial artiste suédois Simon Stålenhag.
Avis express…

Bien que l’on suive régulièrement la vie des mêmes habitants d’un village de l’Ohio, chaque épisode raconte une histoire indépendante. Telle une anthologie, l’ensemble décrit un monde rural et technologique sans date où des bâtiments futuristes façon ruines oubliées de l’architecture soviétique des années 30 à 50 occupent l’horizon. Des drôles de machines ou des robots rouillés trainent ici et là dans les bois ou sur les plages d’un lac gelé.
Déconcertante puis de plus en plus fascinante, la série vire à l’exercice de style magistral et accessible puisque racontée à la hauteur des enfants ou ados tels les films de Spielberg des années 80.

Showrunner : Nathaniel Halpern, avec Jonathan Price, Rebecca Hall, Paul Schneider… Saison 1 en 8 épisodes

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #117 de juin 2020)

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Validé : Droit de cités

On aime cette série française car l’ascension d’un jeune prodige du rap de la cité jusqu’au milieu parisien de la musique a des élans de vérité et une pêche pas possible.
Avis express…

Quand ils essaient de s’arracher au trafic de drogue du quartier tout en affrontant les grosses têtes des labels musicaux et les rappeurs stars jaloux, le trio de jeunes acteurs en tête d’affiche fait des merveilles de spontanéité et même de talent. Habité aussi par d’excellents acteurs confirmés, Adel Bencherif (Un Prophète), Sabrina Ouazani (Plan coeur…), chaque épisode de 30 mn ne laisse aucun temps mort entre sérieux espoirs, bouffonneries, gros sons, battle rap, clashs, rires et amitiés.

Showrunner (et acteur) : Franck Gastambide, avec Hatik, Saïdou Camara, Brahim Bouhlel…
Saison 1 en 10 épisodes

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #117 de juin 2020)

Franck Gastambide (Sno), Saïdou Camara (William), Clément Penhoat « Hatik » (Clément), Brahim Bouhlel (Brahim), Sabrina Ouazani (Inès) Moussa Mansaly (Mastar), Adel Bencherif (Mounir), Hakim Jemili (Rico), Liv Del Estal (Louise), Bosh (Karnage)

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The Mandalorian : Baby Star Wars

On aime cette série Star Wars à cause de… baby Yoda.
Avis express…

Ce n’est plus un secret depuis sa disponibilité aux États-Unis fin 2019, la vraie star du tout nouveau service de VOD Disney+ (en France depuis peu) est une version bébé de Yoda, le vieux sage Jedi de la trilogie Star Wars originale. Gazouillant, déjà capable d’utiliser la Force avant de sombrer, épuisé, dans le sommeil, il vole littéralement la vedette du mercenaire qui donne son titre à cette série inédite Star Wars exclusive à Disney+. The Mandalorian a le mérite de faire exister un univers Star Wars SF et western plus sobre et presque plus réaliste que les films. Les décors et effets spéciaux utilisent des moteurs graphiques 3D de jeux vidéo inégalement réussis qui facilitent les prises de vue en temps réel.

Court et ramassé, chaque épisode envoie le mercenaire toujours casqué tel un chevalier de croisade dans une nouvelle mission pour gagner sa vie. Il croise bébé Yoda et l’adopte un peu malgré lui. Et heureusement pour le spectateur, car en-dehors de cet adorable bébé tronant dans un couffin en lévitation, et de une ou deux séquences plus spectaculaires, The Mandalorian ne fait guère mieux qu’une série b. 

Showrunner : Jon Favreau, avec Pedro Pascal, Carl Weathers, Rio Hackford…
Saison 1 en 8 épisodes.

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #117 de juin 2020)

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‘hésitez pas à lire ma Note d’intention.

L’envolée : Diamant brut (Avis express)

Ce portrait d’une ado britannique en quête d’identité scintille comme un diamant brut.

Moquée par ses partenaires de gymnastique acrobatique où elle excelle, ignorée par son père veuf quasi absent, Leigh se découvre à 14 ans un demi-frère.
Dans un mélange de rejet et d’attirance réciproque, ils s’apprivoisent en commettant quelques larcins. Malgré leurs mauvaises influences, Leigh s’éveille au contact des garçons autour de son frère.
Un portrait naturaliste d’ados dont chaque minute de vie est essentielle, quand chaque émotion bascule sans transition du chaud au froid puis au chaud.

De Eva Riley, avec Frankie Box, Alfie Deegan, Sharlene Whyte…

François Bliss de la Boissière

(Publié en mai 2020 dans le mensuel Tout Comprendre +)


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Milla / babyTeeth : Bouleversant de tendresse

Un mélodrame bouleversant de tendresse

On aime cette histoire d’amour improbable entre une lycéenne et un toxico parce qu’elle entraine le spectateur dans un trip émotionnel unique et bouleversant. Leur rencontre est brusque et disruptive.
Lui, presque inoffensif, drogué tatoué et percé de partout vit au jour le jour dans la rue. Elle, fille de parents aisés, vit apparemment une vie confortable et ordinaire de lycéenne.

Quand ils se bousculent sur un quai de train, Milla se fascine pour un garçon à peine plus âgé frôlant, avec le sourire, la mort au quotidien. Elle va l’imposer chez elle à ses parents curieusement démunis et laxistes devant son choix. Ce n’est qu’assez tard dans le film que le spectateur comprend l’attitude hyper sensible et pas toujours rationnelle des uns et des autres : bien qu’aucun signe extérieur le signale, Milla souffre d’un cancer. Sa mère tient tout juste le choc en se gavant de médicaments et le père, psy dépassé par les évènements, essaie lui aussi de ne pas craquer. Des petits moments éparses d’un quotidien en train de dérailler construisent le puzzle de la vie de chacun avec une sorte de nonchalance trompeuse.
Car on entre dans ce film puissant par le petit bout d’un entonnoir. Au début étriqué, voire un peu convenus, le sujet et les personnages grandissent au contact des uns et des autres jusqu’à un final éblouissant et inoubliable. Un mélange habile de drame et d’insoutenable légèreté de l’être ponctué de musiques électro chic donnant envie de bouger et de vivre. 

Babyteeth (titre original) De Shannon Murphy, avec Eliza Scanlen, Ben Mendelson, Essie Davis…

François Bliss de la Boissière

(Publié en mai puis octobre 2020 dans le mensuel Tout comprendre)


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La Daronne : Huppert ose le deal

On aime ce film parce que Isabelle Huppert, la reine glacée du cinéma français, joue un personnage de trafiquant de drogue amateur avec un naturel et une douceur qu’on ne lui connaissait plus. Avis express…

Isabelle Huppert porte le hijab avec un mélange d’élégance fashion victime et de drôlerie qui dédramatise toutes les stigmatisations que traine le foulard des femmes musulmanes. Traductrice franco-arabe dans un service de surveillance de la police, Huppert profite d’une information pour récupérer un stock de « shit » et tenter de l’écouler. Avec comme prétexte de devoir régler les factures de la maison de retraite de sa mère. Une comédie polar pas vraiment sérieuse mais sensible.

De Jean-Paul Salomé, avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot…

François Bliss de la Boissière 

(Publié en avril 2020 dans le mensuel Tout Comprendre # 115)


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Doom Eternal : L’enfant terrible du jeu vidéo

Plus vite, plus hard, plus gore, plus dingue et speedé que jamais, revoilà l’enfant terrible du jeu vidéo.

Le Doom qui, dès 1993, redéfinissait la nature même du jeu vidéo, sa manière de jouer (en vue subjective) dans des décors en 3D qui balbutiait alors, sa mise en vente (Doom avait d’abord été distribué gratuitement sous forme de « shareware » déjà en mode underground de la culture naissante du jeu vidéo). Retour aussi au gothique moyenâgeux en 2020 après le Doom de 2016 plus SF qui envoyait combattre les démons sur Mars.
La porte des enfers à nouveau ouverte en grand, notre planète bleue subit l’invasion d’une armée de démons. Éventrées, les ruines terrestres ne sont plus que puits de lave, volcans et cathédrales sombres pointées vers des cieux fumants. Rhabillée avec toute la panoplie d’effets graphiques actuels, les créatures démoniaques classiques de Doom défient notre arsenal de « Doom Slayer » suréquipé du futur. À l’horizon, tel des Kaijū à la Godzilla, de sinistres titans sataniques plus hauts que les immeubles arpentent la Terre.

Plus vite encore qu’en 2016, le Doom de 2020 entraine le joueur dans une frénétique fuite en avant. Tirer sur les ennemis à distance ne suffit pas. Le redoutable gameplay force à ne jamais rester en place, à foncer tête baissée vers l’ennemi, sauter, contourner, foncer toujours. Après avoir été étourdis de loin, les démons doivent être achevés de près. Cela donne l’occasion d’un festival de mises à mort gores et grand-guignolesques. Rien n’est sérieux dans tout ce carnage de surface, les doses de santé et les munitions à collecter se répandent en couleurs fluo.
Aujourd’hui Doom appartient à la culture du jeu vidéo comme le Heavy Metal appartient à l’histoire de la musique rock. Vieux jeu, grotesque, bruyant, spectaculaire et indispensable à évacuer un trop plein d’énergie.

  • Sur PC, PS4, Xbox One
  • Genre : FPS
  • 1 joueur, multijoueur en ligne
  • Pegi : 18
  • Id Software / Bethesda

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre # 117 de juin 2020)

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Animal Crossing : New Horizons : Usufruits

Soyez prêts, l’invitation aux vacances d’Animal Crossing n’est pas gratuite.

On  promet au joueur un séjour de rêve sur une île déserte, on lui impose un trajet en avion, son installation sur un « petit coin de paradis », on lui offre une tente et un lit pour, à peine installé, lui présenter une facture en monnaie locale : les « clochettes ». Une facture et des tarifs non négociés. Comme depuis 19 ans (voir L’arme secrète de Nintendo sur la GameCube) sur et le premier épisode alors innovant, avec toute la gentillesse et la douceur de surface d’un jeu pour enfant, ou tout public, Animal Crossing, abrite surtout une simulation de capitalisme.

La vie commence endettée et le bonheur existera peut-être, un jour, après avoir remboursé ses dettes. Et même en vacances, la vie consiste à accumuler et exécuter de multiples tâches pour payer son droit d’exister. Joli sur grand écran grâce à la Switch reliée à la TV, cet épisode exploite aussi des mécaniques répétitives de jeu huilées depuis longtemps : accumuler du bois, des fruits, des plantes, des poissons pêchés, agrandir son domicile, l’équiper, faire du troc, entretenir de bons voisinages avec les autres colons et… rembourser sa dette à l’implacable Tom Nook.

Bien sûr, même pas subversive, cette parodie bucolique de simulation de vie sociale (calée sur l’heure réelle et les saisons) fait beaucoup sourire avec ses textes humoristiques, ses dialogues sous forme de borborygmes et ses petites animations. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Tom Nook le raton laveur est un usurier et vous êtes son éternel débiteur.

  • Sur Nintendo Switch
  • Genre : simulation de vie
  • 1 joueur, multijoueur en ligne
  • Nintendo

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #117 en juin 2020)

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Paper Beast : Un autre monde en VR

Respecté dans le monde entier depuis Another World en 1991 (voir Jeunesse éternelle) , le pionnier français Eric Chahi (entretien ici) revient avec un jeu en réalité virtuelle expérimental stupéfiant. Avis express…

Laser-pointeur en main, le joueur s’immerge dans un monde surréaliste à la beauté unique. Sans aucun mode d’emploi, il découvre en tâtonnant comment et pourquoi interagir avec de magnifiques créatures de papier. Le plus souvent pacifiques, celles-ci se laissent caresser ou attraper et aident à avancer dans un fascinant paysage minéral balayé par le vent, la pluie et les nuages. Une aventure organique et unique à tous points de vue : prise en main intuitive, décors malléables, créatures animées comme de vrais êtres vivants…

  • Sur PlayStation VR / PS4, PC / Steam VR
  • Genre : aventure/exploration/réflexion
  • 1 joueur
  • Compatible manettes Dualshock et PlayStation Move
  • VR : confortable
  • Pixel Reef

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #117 de juin 2020)

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Poissonsexe : Fable nonsensique (Avis express)

On aime ce film parce qu’il cherche à nous sensibiliser à l’état des océans envahi, vous le savez, de déchets plastiques.
Avis express…

Ainsi, dans un futur pas si alternatif, tous les poissons ont disparu (!) et le monde entier suit des yeux la dernière baleine vivante (!!). Une poignée de scientifiques français douteux essaie justement d’accoupler deux poissons de friture dans un labo minable.
Pas aussi drôle qu’il le souhaiterait, le film oscille entre maladresse formelle et fable nonsensique. En mal d’amour et incapable de finir ses phrases, l’énervant personnage principal n’aide vraiment pas. Dommage.

De Olivier Babinet, avec Gustave Kervern, India Hair, Ellen Dorrit Petersen…

François Bliss de la Boissière 

(Publié en avril 2020 sans le mensuel Tout Comprendre #115)


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Police : Human after all

On aime ce film parce qu’en nous faisant partager le quotidien de trois policiers ordinaires en mission inhabituelle, il redonne de la chair et de l’humanité à cette police que l’on ne voit plus qu’en robocop apparemment déshumanisé dans la rue ou dans les médias.

Anne Fontaine, réalisatrice habituée aux portraits forts et atypiques de femmes (Les Innocentes, Gemma Bovary, Perfect Mothers…) essaie de montrer simultanément le ressenti d’une femme policier (Virginie Efira, tout en retenue), et de deux de ses collègues : Omar Sy (grande gueule presque en mode dramatique), et le pas encore assez célèbre Grégory Gadebois. Ce dernier livre en effet la prestation la plus impressionnante et la plus chaleureuse en policier responsable en apparence ingrat luttant contre l’alcool, son épouse acariâtre et son devoir hiérarchique.

En urgence nocturne alors qu’un camp de migrants a pris feu, le trio doit conduire un réfugié étranger à l’aéroport de Roissy où il sera renvoyé dans son pays. Le temps du trajet, les trois flics dont la vie privée est également en difficulté, finissent par douter du bien fondé de leur mission.

C’est évidemment le dilemme entre l’empathie naturelle (surtout de la femme flic nous dit le film, enfonçant par là quelque porte ouverte) et le respect des ordres aveugles et hiérarchiques, auquel s’intéresse le film. Mais avant d’en arriver à ce huit-clos dans la voiture, le film se perd un peu en tentant de multiplier les points de vue. Remontrer les mêmes scènes banales de commissariat ou d’interventions vécues par chaque protagoniste est une fausse bonne idée formelle s’il ne s’agit, comme ici, que de déplacer la caméra.  

De Anne Fontaine, avec Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois…

François Bliss de la Boissière 

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #115 et en version courte #119)

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Journey to the savage planet : Touch down !

Où commencer au moment d’expliquer que ce voyage surprise (personne ne l’attendait) sur une planète dite sauvage cache une aventure d’une qualité artistique et technique totalement inattendue et la première vraie réussite de 2020.

Drôle jusqu’à rire aux éclats (version française québécoise hilarante assumée avec génie par l’équipe montréalaise de Typhoon Studios), bluffant à observer, super agréable à manipuler et maitriser, dépaysant, Journey to The Savage Planet détourne tous les clichés de la SF des années 50, 70 jusqu’à nos jours. Le jeu de tir (sans adversaires humain) et d’exploration en vue subjective évoque les meilleurs moments de la série Metroid Prime de Nintendo. Y compris lorsqu’il s’agit de documenter la planète en scannant à la volée faune délirante et flore multi colorée et faire l’équilibriste suspendu à un grappin. Au second degré, satirique, caustique même, l’humour se moque du joueur et des situations tout en informant et en nourrissant le gameplay. Il rappelle ainsi la causticité des productions Rare/Nintendo des années 2000 (Star Fox Adventures, Conker’s Bad Fur Day…). Bien sûr, nul besoin d’identifier les sources d’inspiration pour apprécier en 2020 cette lettre d’amour au jeu vidéo fignolé de bout en bout.

Comme seuls les meilleurs jeux en sont capables, Journey ménage ses effets, aiguise à son insu la curiosité et les méninges du joueur. Façon super Nerf, le pistolet à Plasma explose les créatures comme des fruits trop murs, à la Splatoon. Au fur et à mesure des améliorations de l’équipement grâce à une imprimante 3D (malin) installée dans le vaisseau échoué (double puis triple saut, grappin, projectiles gluants et explosifs…), l’explorateur prend conscience que rien du décor n’est laissé au hasard, qu’il doit sans cesse revenir vers un chemin caché, trouver un secret.
Assurément un des premiers grand jeu de 2020. Conseil : choisir le chien en photo de profil au lancement du jeu. Les larmes aux yeux, vous nous direz merci.

  • Sur PC (Epic Store, téléchargement), PS4, Xbox One et Switch
  • Genre : action-aventure/jeu de tir-exploration
  • VO et version française québécoise avec sous-titres
  • Typhoon Studios / 505 GAMES

François Bliss de la Boissière

(Publié en avril 2020 dans le mensuel Tout Comprendre #115)

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AO Tennis 2 : Sur la ligne

Il existe deux raisons exceptionnelles de s’intéresser à cette simulation de tennis en ce début 2020. À défaut de spectaculaire, la réalisation sérieuse réveillera les amateurs de tennis virtuel délaissés depuis l’âge d’or des années 2000 (les séries Virtua Tennis, de Sega, et Top Spin de 2K Games).

Développé par un studio australien (Big Ant Studios) sous le label officiel de l’Open d’Australie à Melbourne – le premier tournoi du Grand Chelem de l’année – AO Tennis 2 permet de garder à l’esprit l’Australie en catastrophe naturelle depuis ses incendies majeurs de ces derniers mois. Cela étant dit, malgré un contenu dense, un mode carrière scénarisé jusqu’aux matches de l’Open d’Australie lui-même, le prix d’entrée d’une réalisation froide et parfois moche (la modélisation grossière des joueurs célèbres), ne se justifiera qu’aux yeux des passionnés de tennis.
Heureusement, l’essentiel est là : le jeu de raquette. Au-delà de la messe des statistiques, des possibilités de customisation et des très nombreuses épreuves sur terre battue (Roland-Garros), herbe (Wimbledon) ou synthétique (Open d’Australie), les échanges de balle donnent bien toute satisfaction. Du lift au slice, le joueur a vraiment l’impression de renvoyer la balle comme il le souhaite. Même si le programme prend parfois trop le contrôle de son joueur pour monter au filet ou attraper une balle éloignée. Grâce à des positions de caméra optimisées et à une bonne ambiance sonore, le plaisir métronomique du tennis est enfin retrouvé.

  • Sur PC, PS4, Xbox One, Switch
  • Genre : simulation de tennis
  • 1 à 4 joueurs, multijoueur en ligne
  • Big Ant Studios / Big Ben

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #115 d’avril 2020)

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The Turing Test : IA question

Alan Turing, fondateur de l’informatique, prête son nom à une série de tests en vue subjective cousin de la référence Portal.
Avis express…

Selon T.O.M., l’intelligence artificielle très inspirée de HAL 9000 du film 2001 : L’Odyssée de L’espace, les épreuves servent à distinguer les humains des machines. Dans chaque pièce d’une base spatiale, le jeu teste ainsi ses aptitudes d’observation et d’orientation tout en donnant à réfléchir sur la relation de l’humain avec une I.A.
La TV ayant de la peine à afficher une image fluide, il est recommandé de jouer sur Switch en mode portable ce double jeu de réflexion mécanique et métaphysique plus appréciable sur les consoles de salon ou PC.

  • Sur Switch (déjà disponible sur PC, PS4 et Xbox One)
  • Genre : puzzle-réflexion immersif en vue subjective
  • 1 joueur
  • Version anglaise sous-titrée français
  • Bulkhead Interactive / Square Enix Collective

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #115 d’avril 2020)

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Oddworld : Stranger’s Wrath HD : Toujours rageux

Quinze ans après sa sortie initiale, on peut s’autoriser à révéler LE secret au coeur du scénario.
Avis express…

Le chasseur de primes, L’Étranger à la Clint Eastwood du titre (voir Le Cas Eastwood ici), collecte des fonds pour se payer une… opération chirurgicale ! Voilà une des singularités tragicomiques d’un western animalier dont même les munitions de l’arbalète du héros (lui-même moitié cheval, gorille et lion ?) sont des petits animaux qui couinent et grognent.
Une réédition d’un jeu qui accuse son âge mais, signé par l’atypique studio Oddworld Inhabitants connu pour les aventures d’Abe. Point fort : basculer à volonté entre vue subjective et vue à la 3e personne.

  • Sur Nintendo Switch (déjà disponible sur PS4, Xbox One et PC)
  • Genre : jeu de tir en vue subjectif/aventure
  • VO anglaise partiellement sous-titrée français (mise à jour promise)
  • 1 joueur
  • Oddworld / Microïds

François Bliss de la Boissière

(Publié dans le mensuel Tout Comprendre #115 en avril 2020)

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Best of films 2019 : Le crépuscule des idoles

Ce n’est pas à la conclusion boursoufflée de la saga Avengers que fait allusion ce « crépuscule des idoles » mais bien au vieillissement, trop visibles dans leurs oeuvres, de cinéastes légendaires. Quand il y a plus à critiquer dans une année qu’à encenser…

Mon insatiable désir de cinéma m’a conduit à voir 122 films sortis en 2019. La liste complète est consultable là. Puisque l’exercice de fin d’année consiste à n’en retenir que 10, voici ceux que j’aimerais mettre en avant. Explications à lire juste en-dessous…

Mes 10 films préférés de 2019

1/ Les Misérables 

2/ Joker

3/ Green Book

4/ Mary Queen of Scots

5/ La Lutte des classes

6/ Parasite

7/ The Two Popes 

8/ Ad Astra

9/ Ford v Ferrari

10/ 1917

Ad Astra

Nanar et art de veillir

L’année a vu un record d’inédits inintéressants sur Netflix et surtout de blockbusters cinéma ratés virant carrément au nanar. Les X-Men:  Dark Phoenix, Godzilla 2 complètement à côté de leurs sujets et potentiels, l’effroyablement inutile et hideux Rambo : Last Blood, et même l’inédit Gemini Man signé Ang Lee dont on critiquera surtout le scénario plutôt que l’image expérimentale surréaliste qui nous convient bien. Comptabilisons aussi, ou plutôt décomptabilisons les films « d’auteurs » qu’il faut absolument aimer aussi, sous peine de lèse-majestés, comme le dernier Tarantino, Once Upon a Time in Hollywood, aux thématiques de plus en plus frelatées malgré son talent formel (et non, même pour de rire, on n’égratigne pas aussi grossièrement la légende de Bruce Lee). Idem pour la troupe de retraités gérontologiques autour de Martin Scorcese, The Irishman, dont on a fait grand bruit sur Netflix. Le sujet et les personnages sont plus que surannés et le de-aging numérique d’une grande laideur. Jim Jarmusch pensait peut-être se refaire une santé économique en réalisant un film de zombies avec son The Dead Don’t Die . Mais il ne montre aucun respect au genre et, surtout, enlise ses acteurs dans une forme encore plus fatiguée et neurasthénique que le Scorcese. Un ressassement littéralement poussiéreux de ces auteurs à qui, visiblement, on donne carte blanche. Tout le monde a le droit de vieillir et même de vieillir bien comme en font, eux, la formidable démonstration des Deux Papes de Fernando Meirelles.

L’âge de la relève

Heureusement la relève est toujours là, sinon dans l’âge des metteurs en scène, mais dans leur coeur et leurs intentions. Peter Farrelly n’est pas de la dernière couvée et ses personnages de Green Book viennent d’un autre âge, mais il renouvelle son propre cinéma et y met tellement de coeur qu’il retrouve une seconde jeunesse professionnelle. Une génération en-dessous, Todd Philipps opère lui aussi un virage formel et thématique et nous offre avec Joker le meilleur résumé du malaise actuel de la société. Il a fait rire qui ?

En France, bien sûr, le même constat social est plus littéral et ce n’est pas plus mal. Ainsi Les Misérables de Ladj Ly met exactement le doigt où cela fait mal. Et La Lutte des classes de Michel Leclerc réussit le meilleur film et jeu de mot du moment pour associer lutte de l’école et classes sociales. 

On se plaindra aussi de la quête interminable du père que nous impose James Gray de film en film jusqu’au fin fond de l’espace. Mais formellement, Ad Astra est un film sensuel qui s’écoute autant qu’il se regarde. Enfin, dans un film à la plastique impressionnante, l’affrontement pour le pouvoir entre Marie Stuart et Elisabeth 1 sans se préoccuper plus que ça des hommes, Mary Queen of Scots devient de facto le film le plus féministe de l’année.

Alita Battle Angel

De battre mon coeur a continué en 2019

Puis-je m’autoriser, au risque du ridicule, à clamer mon coup de coeur pour Alita : Battle Angel ? Parce que malgré ses défauts, son côté gnangnan enfantin greffé plus ou moins exprès par Robert Rodriguez sur le projet pourtant sérieux de James Cameron, il en reste quelque chose. Le personnage motion capturé d’Alita elle-même de toute beauté, quelques scènes d’action et quelques plans neo noir steampunk. On a encore le droit d’aimer un film pour sa plastique. Et non, on ne mettra Terminator : Dark Fate ni dans les ratages ni dans le podium. Il se laisse regarder avec plaisir, il n’était juste pas utile d’exister. Surtout pas pour broyer en 5 mn d’introduction toute la mythologie passée du diptyque Cameron. C’est ce qu’on appelle une faute originelle. Mais elle ne froisse que les spécialistes concernés de la saga. Et comme semble le démontrer le box office décevant du film, cela ne concerne qu’une frange limitée et vieillissante de l’audience. 

Idem pour Avengers : Endgame. Ce n’est pas parce que le film a battu et Titanic et Avatar au box office que cela en fait un grand film. Sans tomber dans le délire auto-défensif de Scorcese, Coppola, Ken Loach et maintenant Terry Gilliam, les films Marvel sont bien du « cinéma », au moins autant qu’un film de gangsters ruminants, mais ils ne sont pas pour autant des chefs d’oeuvre immortels du 7e Art. Un peu de modération de part et d’autre serait bienvenu. Le plus grinchant dans tout cela est d’entendre maintenant, en 2019 enfin, tous ces vieux talents contester la puissance hégémonique Disney sur la production, les dates de sortie, la réservation des studios et des plateaux, et certainement des équipes d’effets spéciaux ! Où étaient tous ces vénérables râleurs quand Disney a racheté Marvel, puis Star Wars, puis la Fox. Et même Pixar auparavant, devenu depuis une machine à radoter. Il me semble que c’était au moment de ces acquisitions qui bâtissaient le méga monstre d’aujourd’hui qu’il fallait se manifester. Mais peut-être qu’ils se sont manifestés. Où qu’ils n’ont pas vu venir le monstre tout occupés à préparer leur prochain film. À ceux là, Netflix, Amazon (vous avez vu l’inédit The Report avec l’incontournable Adam Driver ? Lourd et didactique, mais politiquement engagé) et même Apple, leurs tendent les bras. Donc aucun talent ne se perdra vraiment.

Serial killers

Ce qui est certain en ce qui me concerne, au-delà des statistiques et des polémiques sur les modes de visionnage et de distribution, les séries, en l’occurrence les mini séries complètes, ont complètement pris la main sur le cinéma cette année. Même s’il y a eu aussi des bides haut de gamme comme la saison 2 de Big Little Lies, complètement inutile et réchauffée.
Le service Apple TV + est arrivé avec une poignée vraiment réussies de séries. Dickinson (enfin une héritière pop rock féministe du Marie Antoinette de Sofia Coppola), For All Mankind, The Morning Show et même See, dont la forme rattrape le fond un peu idiot, réussissent leurs paris sous des formats bien différents. Diffusée sur Amazon Prime Vidéo, la série Modern Love perpétue mieux qu’au cinéma la culture rom com new-yorkaise analytique tirée de la cuisse de Woody Allen. La saison 2 de Fleabag prend une épaisseur inespérée qui va de pair avec le talent grandissant de Phoebe Waller-Bridge. Euphoria est un Sex Education 2.0 brûlant et, on ne va pas citer toutes les séries, The Boys est le meilleur antidote à l’invasion impérialiste des super-héros du cinéma. 

François Bliss de la Boissière

Dickinson


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Best of jeux 2019 : Doubles Jeux

Qualifier 2019 d’année creuse après l’année creuse 2018 serait dévaluer une année où des réussites ont surgi de là où on ne les attendait pas forcément, voire pas du tout. 2019 serait plutôt une année de transition avant le barnum de l’année charnière entre ancienne et nouvelle génération de consoles que sera 2020. 

Les plus grands jeux et émois de l’année 2019 ont presque tous été des surprises. À l’heure du bilan de fin d’année, la sélection n’est plus une surprise, mais au moment de jouer, bien informé ou pas, chacun de ces jeux a dépassé ce que les joueurs en attendaient et, même, ce qu’ils étaient supposés capable d’offrir. Je m’explique un peu sous la liste ci-dessous…

Mes 10+ jeux préférés de 2019

1/ Metro Exodus

2/ CONTROL

3/ Days Gone

4/ Luigi’s Mansion 3

5/ The Legend of Zelda : Link’s Awakening (remake)

6/ Resident Evil 2 (remake)

7/ Destiny 2 : Nouvelle Lumière / Bastion des Ombres

8/ Dragon Quest Builders 2

9/ Arise : A Simple Story

10/ A Plague Tale : Innocence

11/ Sea of Solitude

Days Gone

Identités doubles

On savait l’équipe ukrainienne aux commandes de la série Metro passionnée et hyper compétente, mais pas au point de réussir à ce point leur sortie du métro moscovite avec Exodus. Il s’agit là autant d’un voyage complet que d’une succession de playfields façon open world savamment conçus. À quoi s’ajoutent des qualités poussées d’immersion charnelle en vue subjective qui placent la barre très haute.

Parce que Quantum Break, produit et (mal) dirigé par Microsoft, était quasi raté, il était difficile d’imaginer que Remedy allait retrouver aussi vite ses marques et ses aptitudes avec CONTROL. Et pourtant, quelle surprise et quelle réussite. À l’autre bout du spectre du Metro Exodus prenant l’air et le large, CONTROL joue le renfermé, cherche un dialogue entre exploration intérieure et architecture d’intérieur. Le gameplay psychokinétique et le décor fuyant se solidifient en se décomposant. Non seulement il fallait oser ce concept mais le réussir. 

Le bêtement mal aimé Days Gone a eu des hauts (son annonce et ses premiers extraits) et des bas (sa sortie critique mal appréciée) mais restera comme un des grands open world de cette génération. Sous leur apparence rustique et clichée, les personnages de motards grognards rejoignent les troupes humainement crédibles des personnages nés dans les studios Sony. Mal compris et, surtout, mal regardé, le faux ersatz de The Last of Us existe finalement à part entière. Et, sous le vent, la pluie et la neige, l’Oregon sauvage devient pour toujours un des plus beaux terrains à explorer, ressentir, et se faire peur. Même en se contentant de contourner les malaisantes hordes de zombies.

Confiés à des studios externes, Luigi’s Mansion 3 et Zelda : Link’s Awakening démontrent que les licences Nintendo les plus intimes arrivent à s’épanouir en-dehors des murs du temple Nintendo. Réussis et réinventés au-delà du raisonnable, ils donnent bon espoir que le savoir-faire et l’esprit Nintendo continuera d’exister même après le départ de la scène des géants créatifs japonais des années 80-90 et 2000.

Très éloigné de sa formule originale, Resident Evil VII a bien caché l’arrivée du formidable remake appliqué et pourtant modernisé de Resident Evil 2. Capcom est donc capable de faire cohabiter tradition et réinvention, et c’est une bonne nouvelle pour la suite de son programme.

Difficile de qualifier correctement le reboot de Destiny 2 en genre honni du gamer averti: le free to play. Et pourtant, d’un coup presque tout l’univers de Destiny 1 et 2 et de leurs extensions sont accessibles gratuitement. Rien n’oblige alors à acheter la dernière extension Bastion des ombres qui vaut sans regret son prix. Soulignons en passant que, avec ou sans Activision, Bungie est en train de tenir son pari de faire de Destiny une plateforme en ligne durable (un MMO ou presque) tout en gardant un esprit de campagne. Et de tous les FPS du marché, la prise en main des gardiens de Bungie est toujours des plus satisfaisantes. Et visuellement, la SF de Destiny reste la plus majestueuse.

Dans la famille Square Enix, je choisis sans hésiter ce Dragon Quest Builders 2 qui ne surprend pas vraiment sauf à proposer le bond en avant que l’on ne savait pas avoir besoin après un premier jeu déjà épatant. Une jolie preuve que les développeurs ont souvent une case d’avance sur les envies et souhaits des joueurs. Ça aussi est rassurant.

Parmi les nombreux jeux indés, et pas forcément pratiqués, je retiens Arise, A Plague Tale et Sea of Solitude parce qu’ils semblent ajuster leurs moyens techniques (plus ou moins limités) à leur envie narrative propre, et non l’inverse. Ils projettent une sincérité, une intégrité artistique, qui entrainent l’adhésion affective immédiate et durable du joueur. Ils ont une histoire à raconter et se servent d’abord du lien interactif avec le joueur pour la véhiculer. Nouvelle preuve, pour qui en douterait encore, que la magie du jeu vidéo n’a pas forcément besoin d’un énorme budget pour exister.

François Bliss de la Boissière

Arise : A simple story


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Billet : Vous n’aurez pas la peau de Jet Set Radio !

Non non et non, il faut dire stop. Mettre les taggers urbains de Jet Set Radio dans le même  sac à censure que les jeux dits gores et violents serait une grave erreur culturelle. Un amalgame qui, s’il s’installe aux Etats-Unis (voir Actu et article du Mercury News), en dit encore long sur l’ignorance, en général, de l’essence même du jeu vidéo. 

La philosophie ferait bien d’intervenir

Sous la double casquette de joueur passionné et de journaliste spécialisé dans les jeux vidéo, c’est toujours avec prudence qu’il faut aborder la polémique de la violence dans les jeux et sa réprobation populaire.
Avec, d’un côté, les défenseurs de l’ordre moral, qui radicalisent leurs discours en affirmant que la violence dans les jeux provoquent des comportements violents dans la réalité, et les joueurs, de l’autre, candides et convaincus que la violence virtuelle est totalement déconnectée du monde réel, il faut bien avouer que chacun a un peu raison et beaucoup tort.

Répétons le une énième fois, l’humanité n’a pas attendu les jeux vidéo pour être violente. S’il se trouve tant de concepteurs à faire des jeux à contenu brutal, et autant de public à l’apprécier, c’est bien que la violence est en chacun de nous. Aucun vecteur extérieur particulier n’est nécessaire pour la faire naître et, puisqu’elle est là, autant apprécier les loisirs immatériels tels la télévision, le cinéma, et les jeux vidéo comme des exutoires psychiques propices à l’évacuation de cette violence innée.

Le débat socioculturel fait rage, les institutions et entreprises privées s’organisent, la polémique fera encore les Unes des journaux, nous ne prendrons pas parti aujourd’hui, cette discussion aurait sans doute plus sa place en philosophie. Mais pourquoi Jet Set Radio risque-t-il de se retrouver dans le tourbillon ?

Pas question de laisser faire !

Circonspect sur la violence, nous ne laisserons pas, en revanche, les ligues de vertu américaines laminer Jet Set Radio sans réagir. Car cette fois, en dénigrant ce formidable jeu japonais, c’est au principe même de liberté de créer et de jouer qu’elles s’attaquent.

Les jeux vidéo ne sont pas là pour recréer un monde modèle et lisse. Tant de puissance technologique au service du virtuel pour recréer le monde déjà visible derrière sa fenêtre serait absurde et vain. Les jeux vidéo sont d’abord là pour témoigner de l’imagination, le virtuel permet de donner corps aux fantasmes, en attendant de leur donner une âme.
Dans une industrie vidéoludique progressivement formatée par les lois du marché, la formidable anarchie créatrice des jeux vidéo est « naturellement » de plus en plus étouffée. Cela fait sans doute partie du processus de maturation, malgré l’hégémonie hollywoodienne, le grand frère cinéma a réussi à s’en accommoder. Respectons donc le rythme de croissance du jeu vidéo dans l’adolescence et, surtout, ne laissons pas des associations systématiquement réactionnaires s’approprier son éducation.

Conserver l’Amérique belle à n’importe quel prix

Si l’inquiétude de l’association Keep America Beautiful citée par le Mercury News (voir Actu) concernant le vandalisme des taggers de rues est légitime (le nettoyage des graffitis aux USA coûtent des millions de dollars !), il ne faudrait pas pour autant qu’elle jette le jeu Jet Set Radio au bûcher. Oui, il est possible de graffiter furtivement les murs de Tokyo dans ce jeu Dreamcast. Oui, les jeunes taggers acrobates bravent les forces de police en glissant sur leurs rollers skates. Et, oui, ce sont des activités répréhensibles dans le réel. C’est justement tout l’intérêt de ce jeu.
Comme nous l’expliquons ci-dessus, les jeux vidéo sont des sortes de rêves de pixels, il donne accès à du merveilleux et permettent de faire des choses impossibles à un être humain dans le monde réel. Au-delà des fameux graffitis, Jet Set Radio est surtout un magnifique exemple de la liberté éprouvée dans un monde virtuel. Les personnages circulent où bon leur semble dans les rues, les skates futuristes leur permettent de jouer les équilibristes sur les rambardes jusqu’aux toîts des immeubles. Un peu à la manière des superhéros, les personnages ont la capacité de traverser une ville en ne respectant pas les moyens de locomotions traditionnels, en s’affranchissant de la pesanteur. La sensation de pouvoir accomplir toutes les prouesses physiques et aériennes d’un acrobate est le point fort de ce soft, avant tout autre objectif proposé par le jeu.

Les graffitis à appliquer sur les murs viennent se greffer tout naturellement sur cette liberté de déplacement. Dans les années 80, une même tentative mettait aux commandes d’un malheureux « Paper Boy » à vélo distribuant les journaux du matin. En 2000, l’air du temps est aux skates et aux tags et Jet Set Radio appartient à son époque.

Jet Set Radio est un des meilleurs exemples du jeu vidéo dans son essence

Jet Set Radio respecte donc totalement le médium jeu vidéo. Il redonne même l’exemple. Extension de la réalité, monde aussi identifiable qu’improbable (les forces de l’ordre pourchassent un seul skater à bord de tanks ou d’hélicoptères !!), ce jeu en particulier exprime toute la liberté de ton et de création que nous sommes en droit d’attendre d’une industrie qui, pour l’instant, se répète. Civile, la version japonaise actuellement disponible prévient dès le premier écran qu’il est interdit de graffiter n’importe où. La TV et les comics américains n’ont pas autant de scrupules pour prévenir son auditoire de ses aberrations.
Est-il concevable de vouloir transformer les jeux vidéo en Disney Land virtuel où rien ne doit choquer ni déranger ? Si le médium jeu vidéo atteint un jour la stature « noble » (comme un Art) dont il a le potentiel, il devra savoir aborder tous les sujets, avoir toutes les audaces, bousculer les idées reçues. Quitte à « déranger » de temps en temps.
Un jeu vidéo n’incitera pas à faire dans la réalité ce qu’il propose dans le virtuel si sa réalisation et ses idées vont bien au-delà du monde réel. Si le jeu rassasie en lui-même, toute tentative dans le réel ferait pâle figure et avorterait aussitôt. Du moins dans l’esprit de toute personne censée.

Le débat du risque de contamination de la violence du virtuel au réel ne sera sans doute jamais clos, ce n’est pas une raison pour y attacher un jeu qui ne respecte pas le « politiquement correct », surtout s’il est fondamentalement pacifique (les seules armes de Jet Set Radio sont le graffitiet l’agilité). Si, grands médias et défenseurs d’un certain ordre moral, vous voulez être entendus chez les joueurs, ne faîtes surtout pas un amalgame qui dénoncerait votre incompréhension de l’essence même du jeu vidéo. C’est justement parce que Jet Set Radio égratigne un petit peu les « lois citoyennes », et qu’il offre une véritable nouvelle expérience physique, qu’il a de la valeur artistique et mérite le respect.

La liberté d’expression et de création doit être préservée dans les jeux vidéo

Vous l’a-t-on dit ? Jet Set Radio n’a pas du tout les allures d’un jeu bâclé et opportuniste surfant sur des tabous pour se faire remarquer. Coloré et animé comme nulle part ailleurs, JSR est d’abord un petit miracle de réalisation artistique. L’éditeur de graffitis inclus dans le soft est à lui seul un logiciel de création, il incite au dessin et à la peinture. Qui veut tuer cet aspect 100% positif d’un jeu ? Vous comprendrez bien que juguler l’ensemble de ce travail pour respecter un ordre moral qui n’a pas sa place dans le virtuel, reviendrait à frapper des artistes japonais en plein cœur. Sans compter l’éventuel coup de frein aux nouvelles idées dont les jeux vidéo ont pourtant bien besoin. 
Conscient de l’originalité de son jeu, Sega of America semble prêt à défendre becs et ongles Jet Grind Radio aux Etats-Unis. Il faut espérer que Sega Europe saura aussi faire face aux grognements qui ne manqueront pas de surgir en France peu après. S’il faut défendre Jet Set Radio, Overgame n’hésitera pas à monter au créneau. Autant de fois qu’il le faudra.

François Bliss de la Boissière

Publié le 25 07 2000 sur Overgame

 


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Jet Set Radio Future : Révolution ludique

Loin d’un bête remix de la version Dreamcast, JSRF fait la double démonstration de la puissance de la Xbox et du savoir-faire éblouissant du studio Smilebit de… Sega. Dénonçant gentiment le corporatisme aiguë en militant pour une société s’ouvrant à l’expression artistique (musique, graffitis), JSRF ne serait-il pas, en plus du fun, un peu politique ?

Dans un Tokyo de bande dessinée, aidé par le DJ Professor K et sa radio underground, une jeune équipe de skateurs futuristes résistent à l’hégémonique culture de la vilaine mega corporation Rokkaku. Pour défendre l’idée de la jeunesse et de la liberté d’agir et de créer, les jeunes gens de l’équipe des GG s’expriment et résistent en tagguant les murs de la ville avec leurs graffitis. Mais la police et les gangs rivaux sont à la solde de Rokkaku. Les hauteurs et les sous-sols de Tokyo deviennent alors le théâtre de folles courses poursuites et d’affrontements inoffensifs à coups de graffitis. Le tout rythmé par la musique inspiré d’un DJ halluciné.

Paix sur la Dreamcast

Parmi les regrets que provoque la disparition inexorable de la Dreamcast, figure l’ultra cool Jet Set Radio du studio Sega Smilebit. Le jeu était bien sorti dans tous les pays mais le gros nuage au-dessus de la Dreamcast semble avoir freiné le succès du jeu. Sega devenu développeur multiplateforme a eu alors la bonne idée de mettre Smilebit en pole position des développements Xbox. Un choix stratégique malin puisque parmi les jeux Sega, Jet Set Radio était un des plus gourmand en ressources techniques. Alors que l’on attend de goûter le – tout aussi gourmand, mais totalement inédit – GunValkyrie des mêmes Smilebit sur Xbox, Jet Set Radio Future fait la démonstration incroyable du talent de la jeune équipe Sega et, évidemment, de la puissance de la Xbox. Surtout entre les mains des japonais…

Les japonais sont les meilleurs, même sur Xbox

Vous avez vu Wreckless sur Xbox ? Développé en un rien de temps par les japonais inconnus de Bunkash Publishing, ce jeu de voiture à la maniabilité discutable est d’une puissance graphique époustouflante. La faute à qui ? A la puissance de la technologie Xbox ? Certes, mais à la vue du brillant résultat atteint en si peu de temps comparé aux tentatives laborieuses de certains développeurs américains sur le même kit de développement Xbox, il faut bien reconnaître que les japonais ont une habileté bien à eux pour faire des jeux. Les japonais s’acharnent et réussissent depuis des années à programmer des jeux étonnant sur des kits de développement propriétaires et complexes (Saturn ?, Nintendo 64 ? PlayStation 2 ?) pendant que les occidentaux peinent à aboutir leurs programmes sur un PC à l’architecture plus ouverte – sans doute trop – et des routines Direct X allégeant le travail. Mettez à disposition, alors, un kit simple d’accès, comme on imagine celui de la Xbox, et on peut être sûr que les champions japonais vont faire des miracles. C’est en tous cas le pari que nous aurions tenu il y a quelques mois. En voyant le résultat du maladroit mais bluffant Wreckless et maintenant du très maîtrisé Jet Set Radio Future, nous aurions gagné. Si les japonais continuent de programmer sur Xbox, on peut s’attendre à des miracles de 3D, et il faudra bien se résoudre à constater l’écart de savoir faire entre le Japon et la majorité des développeurs occidentaux. Rappelons que l’extraordinaire Halo des américains de Bungie est quand même en développement depuis au moins trois ans, alors que Jet Set Radio Future, partant évidemment de la base du jeu sur Dreamcast, n’est pas en chantier depuis très longtemps.

Street attitude made in Neo Tokyo

A l’image des graffitis qu’il faut apposer sur tous les murs de la ville de Neo Tokyo, Jet Set Radio Future est avant tout une affaire de style, d’attitude. Le procédé graphique de cell-shading devenu quasiment une norme grâce au premier Jet Set Radio, et poussé à son paroxysme ici, participe grandement à l’identité visuelle du jeu, mais pas seulement. Si les personnages de JSRF sont aussi attachants c’est surtout parce que leurs créateurs ont réussi à leur donner beaucoup de personnalités. Styles vestimentaires, voix personnalisées, poses et, c’est absolument fascinant, pas de danse uniques. Observer, sans même toucher à la manette, Gum, Yoyo, Beat, Corn – comme les 18 autres personnages cachés du jeu – danser à leur façon est un plaisir incommensurable. Entraînées par des mains volontairement trop grandes au bout de bras sans doute trop longs aussi, leurs gestuelles battent le rythme de la musique avec précision et grâce, expriment un sentiment de liberté, d’humour, d’énergie et de joie de vivre qui se reflète dans tout le jeu. 

Jet Set Radio version XXXL

Que l’on ne se trompe pas, Jet Set Radio Future sur Xbox est beaucoup plus qu’un simple remix de la version Dreamcast. Pour être franchement explicite, Sega aurait aussi bien pu renommer le jeu Jet Set Radio Super XXXL. Si l’on retrouve les thèmes des environnements originaux, comme la gare routière de Tokyo, la ville nocturne, les égouts, et les autres, l’étendue des quartiers fait complètement oublier l’original, comme le prouve d’emblée le quartier général de notre gang de héros, ex garage devenu un skatepark géant, quartier d’entraînement à lui tout seul. Revisitée, la ville de la Dreamcast s’est transformée en mégalopole sur Xbox, offrant à la vue et aux skateurs un terrain d’exploration si grand et si dense qu’il peut décourager ceux effrayés par des environnements 3D grands ouverts. Heureusement, une carte symbolique aide en permanence à s’orienter et à repérer les objectifs, et le stick analogique droit permet d’observer en vue subjective les environs. Naturellement, après avoir collecté des bombes de peinture sur le trajet, il s’agit d’apposer ses graffitis là où des pointeurs l’indiquent, mais, plus retors, il faut, si possible, récupérer des Graffitis Souls cachés dans des endroits mystérieux ou inaccessibles. Et faire quelques tricks occasionnel, bien sûr.

Plus facile veut dire plus libre

Jet Set Radio était d’un accès aisé sur Dreamcast, même si compléter le jeu demandait un talent de joueur acharné. Pour être encore plus accessible sur Xbox, JSRF s’assouplit encore et prend le risque de contrarier les adeptes de la première version en modifiant son gameplay. Au final, Smilebit réussit à faire exister sur Xbox un autre jeu, plus facile, plus ouvert, encore plus dynamique et sans doute plus satisfaisant. Terminé les minis combos pour tagger les murs, une simple pression sur la gâchette droite suffit pour plaquer sa peinture sur un mur. La taille variable de certains graffitis auraient pu être l’occasion de faire appel à des combos pour dessiner les grandes tailles en laissant les petits se faire d’un coup de bombe, mais alors le nouveau gameplay concocté par Smilebit aurait été en déséquilibre. Car, sans aucun chronomètre pour limiter le temps, JSRF offre désormais le plaisir ébouriffant de se lancer dans des grinds vertigineux qui s’apparentent à de véritables rides de fête foraine.

Montagnes russes, euh non… japonaises…

Le système d’adhérence automatique des skates aux barrières et autres surfaces bonnes à grinder (y compris à la verticale !) crispent parfois lorsque que l’on veut en décrocher ou changer radicalement de direction. Mais, puisque le but est de lancer le personnage dans une glissade folle le long des innombrables garde-fous des rues, sur les arrêtes de passerelles, sur les rebords des trottoirs ou sur l’incroyable écheveau de fils électriques au-dessus des rues, il faut accepter cette contrainte pour mieux jouir du sentiment de liberté et d’impunité que vit le personnage à l’écran. Là où un GTA 3 donne, nous dit-on, une sensation de liberté en laissant le joueur agresser les passants ou en volant des voitures à volonté, Jet Set Radio Future offre la liberté en transformant la ville en une énorme piste de cirque où toutes les acrobaties sont possibles. La liberté appartient aux skateurs créatifs et gracieux, aux jeunes capables de sortir du rang de la foule qui suit sa vie rangée le long des trottoirs. Leurs armes ? La musique, l’agilité, une attitude et un peu de peinture. Et sans avoir besoin de leur faire grand mal, quel plaisir de voir les dizaines et dizaines de badauds, de pigeons et de corbeaux, crier, courir, fuir, s’envoler même, devant les nouveaux maîtres des rues. Yamakasi ! crierait Besson, Concept of Love ! hurle la radio du DJ professeur K qui encourage la bande de jeunes à résister à la Rokkaku Corporation.

Rêv…olution

Fondamentalement non violent, antimilitariste, avec son irrespect total des représentants de la loi (on tag les véhicules militaires et la police ici), de la loi elle-même, (graffiter les murs est officiellement interdit), en privilégiant la musique (de club, et alors ?) et la peinture (de rue, et alors ?), à l’uniformité de l’establishment, JSRF est peut-être un jeu vidéo vraiment politique. Habillé des meilleurs atours de la culture djeunes, apparemment simple objet ludique, JSRF défend sans insister des valeurs où l’identité de chacun s’affirme par la musique et la création artistique. Sincère, gentiment subversif, chic et éclatant, Jet Set Radio est définitivement tourné vers un futur meilleur.

Jet Set Radio Future

Editeur : Sega
Développeur : Sega
Distributeur : Sega
Plateforme : Xbox
Genre :  Sport
Note générale 9 / 10
Il faut absolument saluer et essayer un jeu de roller aussi stylisé qu’universel. Plus que tendance, comme son nouveau titre l’indique, Jet Set Radio pointe vers le futur. La Xbox se met au service d’un jeu hyper jouissif, libératoire, si frime et si dynamique qu’il réussit à faire oublier la première version culte sur la regrettée Dreamcast. Un exploit, quasi révolutionnaire, signé Sega Smilebit.
Maniabilité 8 / 10
Quelques fois trop rigide, notamment lors des grinds interminables, le contrôle agace parfois mais rend heureux tout le temps. Une fois ouverts, tous les quartiers sont accessibles en permanence et les nombreux points de sauvegarde (illimitées) facilitent l’accès au jeu. Faut-il regretter la disparition des combos pour appliquer les tags ?
Technique 9 / 10
Un temps de chargement chic et animé avant chaque environnement et c’est parti pour des kilomètres d’exploration sans interruption. Les animations sexy des skaters sur le rythme de la musique feront craquer tout le monde et le gigantisme de la mégalopole sous les yeux donne le vertige.
Durée de vie 8 / 10
Devenu, sur Xbox, plus un jeu d’exploration que de manipulations (sur Dreamcast), il faudra y revenir pour accomplir toutes les mini taches dans chaque quartier. Et il y a un mode 4 joueurs solide avec niveaux inédits entièrement dédiés aux parties à plusieurs. Sans oublier le logiciel convivial qui permet de créer autant de graffitis que l’on veut grâce au disque dur de la Xbox.
Graphisme 9 / 10
Vous croyez avoir tout vu sur Xbox avec Halo ? Dans un tout autre style graphique, JSRF montre à son tour que la Xbox est capable de bien des prouesses d’affichage. Notamment entre les mains de japonais qui ont autant de goût que de classe.
Son / Musique 9 / 10
Big Beat à la Fat Boy Slim (beaucoup de remixes de The Latch Brothers), pop psychédélique, funk dance et même du ska version 2002, on n’a jamais entendu une telle sélection de qualité radio sur un jeu vidéo. Dieu merci il n’y a pas la fonction qui permet de mettre sa propre musique à la place !
Originalité 9 / 10
Sur le papier c’est banal, entre les mains et sur l’écran, ce jeu de skate est si peu ordinaire qu’après un premier essai sur Dreamcast il continue d’être une référence. Unique.

François Bliss de la Boissière

(Publié le 27 mars 2002 sur Overgame)

 


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Best of films 2018 : La France fait de la résistance

À quel point le soulèvement populaire des Gilets jaunes était-il prévisible ? Dans la rue, dans les campagnes, et au cinéma. De très rares hommes politiques l’avaient plus ou moins anticipé, et certains cinéastes aussi si l’on en croit un retour très marqué du cinéma social politique en France. Stéphane Brizé en tête avec Vincent Lindon qui, après La Loi du Marché en 2015 et En Guerre cette année ont littéralement montré sur grand écran tous les symptômes du malaise et de la misère dans les entreprises made in France. Il suffisait d’ouvrir les yeux pour le voir. Dommage que le jury international de Cannes ait plébiscité les films jetant un coup de loupe sur les problèmes ailleurs dans le monde avec notamment BacKkKlansman aux États-Unis, Capharnaüm au Liban et Une Affaire de famille au Japon, tout en oubliant le En Guerre français, qui évoquait une urgence sociale finalement bien plus proche et bien plus brûlante comme le prouve l’actualité dans les rues de France à peine six mois plus tard. Il est vrai que le Festival de Cannes, son tapis rouge entre les palaces et les conférences de presse n’est pas le meilleur endroit pour observer le monde à ses pieds.

Le retour du cinéma français social ?

Grâce à quelques films marquants, souvent réussis même, pertinents à chaque fois, le cinéma français semble enfin plus près du monde du travail que de la petite bourgeoisie où s’enferme désormais le cinéma d’Agnès Jaoui (Place Publique et Les Bonnes Intentions) et Jean-Pierre Bacri (qui cumule aussi Place Publique et Le Sens de la fête). Ces films français à valeur sociale-réaliste (voir la liste non exhaustive ci-dessous) ne sont pas tous dans le haut de ma liste des films préférés de 2018, parce que l’écran de cinéma cherche à filmer (même sur Netflix) un monde plus grand que celui qui se déroule sous nos fenêtres. Néanmoins, les évènements de cette fin d’année tumultueuse m’incitent à mettre sans tergiverser le En Guerre de Brizé en première place. Quand le cinéma fait mouche à ce point, on s’incline.

Le cinéma français si souvent décrié pour son côté tantôt téléfilm, nombriliste, franchouillard ou littéraire (trop ostensible dans L’Homme fidèle de Louis Garrel, si immense et indispensable avec La Douleur d’après Duras), offre tout de même une planche de salut pour le cinéma mondial. Entre la violence gratuite du cinéma nord-américain, la violence sourde ou explicite du cinéma social de presque tout le reste du monde, le cinéma français arrive à osciller entre (grosse) détente, intellectualisme et social-politique. Encore un miracle en 2018.

Mes films préférés de 2018
(ma liste complète films vus ici)

1/ En Guerre

2/ La Forme de l’eau

3/ Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

4/ Le Grand bain

5 / Sans un bruit

5/ Hostiles

6/ Roma

7/ First Man

8/ Ready Player One (voir ma chronique)

9/ La Douleur

10/ Sparring

Les productions US féministes ou militantes ?

Sally Hawkins in the film THE SHAPE OF WATER.

Quitter le cinéma français des yeux renvoie assez vite aux États-Unis, inévitablement avec des films qui les uns après les autres fournissent du cinéma plus grand que la vie et pourtant si proche de l’humain. Guillermo del Toro a peut-être pondu un film français à la Jean-Pierre Jeunet avec La Forme de l’eau et alors ? La réussite de la fusion entre son univers de monstres et le rétro fétichisme de Jeunet ne contrariera que les grincheux quand la synthèse est aussi flamboyante, plastique et touchante. Étonnamment, La Forme de l’eau est rejoint par le presque subversif Three Billboards, sans doute aussi Hostiles, et enfin Roma pour former un quatuor de films offrant des rôles centraux à des personnages féminins forts interprétés par des actrices aussi puissantes que leurs rôles. Même s’ils ont été réalisés et produits avant le mouvement Metoo, ils arrivent au bon moment pour démontrer l’évidence du bon sens, oui, les rôles de femmes comptent autant que les hommes. Il paraît que, aux États-Unis (et sur le continent Africain même), le Black Panther de Marvel fait aussi la démonstration que les rôles de femmes, de surcroît noires comme tout le casting et le réalisateur, sert la même cause féminine en plus de celle des afro-américains à Hollywood. On s’en réjouit tout en restant circonspect qu’il faille, pour légitimer sa place à Hollywood, le succès d’un film de super-héros tout de même bien puéril. Un procès d’infantilisation trumpesque qui vaut pour tous les autres films de super-héros (dont je suis client depuis l’enfance, Stan Lee était un de mes mentors putatif). Y compris cette année le boursoufflé Avengers : Infinity War qui, lui, veut nous faire avaler une dramaturgie cosmique 1er degré après que la lumière se soit rallumée dans la salle. Les films de super-héros restent des films de pop-corn, tout à fait honorables, mais chercher à y voir un reflet des problèmes dans le monde est faire insulte à la réalité souffrante.

Les naufrages de classe A ou de série B, et Netflix 

Un mot encore pour évoquer quelques gros ratages pas toujours attendus. Complètement raplapla et factice malgré le « reacting » des vrais soldats, Le 15h17 pour Paris de Clint Eastwood a failli écorner le mythe du réalisateur intouchable. Le bien-aimé Terry Gilliam fait lui aussi naufrage avec L’Homme qui tua Don Quichotte qui aurait dû rester ce mystérieux projet jamais abouti. Mis à part l’incroyable et languissant Roma du si brillant Alfonso Cuaron, la majorité des gros films inédits Netflix (achetés ou produits) qui, nous dit-on, bousculent Hollywood, sont ou ratés ou des navets navrants. S’il faut des noms… Le récent Bird Box de Suzanne Bier au scénario avançant aussi en aveugle que sa protagoniste. Le Mute irregardable du pourtant motivé Duncan Jones. Le Zoé avec un casting haut de gamme Erwan McGregor et Léa Seydoux… The Cloverfield Paradox qui n’a aucun sens ni intérêt. Le Annihilation du culte Alex Garland qui part au ralenti dans tous les sens sans en développer un. Seuls les frères Cohen, heureusement pour tout le monde, s’en sortent avec un inégal mais néanmoins fascinant western à sketchs : La Balade de Buster Scruggs. En salles, du côté politique et social sérieux, le cinéma américain est sauvé par Pentagon Papers de Spielberg, Last Flag Flying de Richard Linklater, et Lean on Pete (la Route sauvage).

Des films français qui ont remis en 2018 la question vie sociale au coeur du cinéma, ou inversement…

/ Comme des rois, sur la débrouille du travail au noir

/ Normandie Nue, sur la paysannerie confrontée à la prétention des villes (chronique caricaturale mais qui prolonge le très sérieux Petit Paysan de 2017)

/ Nos Batailles, sur les conditions de travail dans un grand entrepôt façon Amazon

/ Première année, sur la folie de la première année de médecine et de la pression que subissent les étudiants bien avant d’intégrer le monde du travail

/ Roulez jeunesse avec un Eric Judor, garagiste provincial, confronté à la détresse d’enfants sans parents

/ Amanda, sur l’impact du terrorisme dans la vie de tous les jours à Paris

/ I feel good, sur la vie dans une communauté Emmaüs

/ Les Invisibles (en salle le 9 janvier 2019) où le quotidien d’un centre d’accueil pour femmes SDF

On peut aussi y inclure dans cette coupe transversale de la France de tous les jours…

/ Pupille pour suivre d’une manière presque pédagogique le parcours d’adoption

/ L’Apparition pour voir l’impact social et économique d’un lieu de pèlerinage

Quelques coups de coeur 2018

/ Love, Simon 

/ La Fête des mères

/ Lean on Pete (La Route sauvage)

/ Figlia Mia (Ma fille)

/ Désobéissance

/ Mademoiselle de Joncquières

François Bliss de la Boissière

Roma Netflix Alfonso Cuaron

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‘hésitez pas à lire ma Note d’intention.

Best of jeux 2018 : Art vs Hard, battle royale ou déloyale ?

2018 est une année creuse malgré les trois titres qui occupent les têtes et les mains. Les rares blockbusters exploitent bien toutes les ressources de cette génération de consoles, mais dans les faits, nous sommes déjà dans la période molle où se préparent dans le secret les nouvelles consoles et leurs prochains champions. Avant de livrer mon regard sur les jeux de l’année, je me penche sur une problématique de plus en plus présente dans l’espace interactif. Plus c’est dur, mieux c’est ?

Devant la recrudescence, et surtout le culte, des jeux à la difficulté hardcore, je pose la question : la prise en main, la maniabilité d’un jeu vidéo est-elle en soi qualifiable d’« art ». Puisqu’il est admis (dans les milieux avertis au moins) que le jeu vidéo appartient au champ artistique, que les visuels, la musique, l’interprétation, le scénario d’un jeu vidéo appartiennent tous individuellement au champ artistique, peut-on, doit-on aussi extraire la maniabilité du jeu vidéo comme une expression artistique autonome ? Quel que soit son habillage audiovisuel. Si oui, alors comment différencier, la prouesse, l’exploit sportif, du geste artistique ? Et d’ailleurs si la maniabilité d’un jeu vidéo est un art, faut-il qualifier d’art la conception du programme lui-même ou doit-on aussi inclure celui qui l’exécute parfaitement, en l’occurence le joueur ? En danse, le ou la chorégraphe est un artiste et le ou la danseuse qui interprète est aussi un artiste. On dit aussi d’un sportif de haut niveau qu’il maîtrise son art mais il s’agit sans doute d’une facilité de langage.

L’art est-il maniable ?

Que dire de la relation du joueur avec la maniabilité du jeu vidéo ? Les jeux Nintendo mélangent depuis toujours complexité et accessibilité. Miyamoto, qui a dû mettre un peu d’eau dans son vin depuis, considérait dès les premiers Mario que échouer et recommencer était utile et faisait partie intégrante du plaisir interactif du jeu vidéo. Depuis, la parole collective des gamers hardcore qui s’identifient avec leur maitrise haut de gamme, dénonce la prolifération des jeux qui seraient, selon leurs critères, trop accessibles. À les entendre, plus la difficulté d’un jeu serait haute, plus le jeu aurait de la valeur, une valeur intrinsèque. Cette valeur est-elle de l’ordre de l’art ou de l’exploit dit sportif. La capacité d’y jouer est-elle une performance artistique ? Et d’ailleurs que sont les speed-runners qui rajoutent des contraintes de difficultés aux règles initiales d’un jeu (voir le récent speed-run de Portal) ? L’équivalent de sportifs de haut niveau ? Ou des performers artistiques underground ?

Le gameplay est-il un art isolé ?

Des jeux épurés des origines comme Pong, Tetris, Pac-Man se résument pratiquement à un pur geste mécanique. L’essence de cette mécanique de gameplay est-elle un art ? Si oui, plus la maniabilité serait complexe plus l’art interactif serait consommé ? Dans le langage implicite des gamers, la difficulté des jeux comme les Dark Souls ou cette année Celeste en 2D, les place dans un statut pseudo élitiste spécial. Cette difficulté pourtant laisse sur le bas-côté une autre majorité de gamers alors assez ouvertement méprisée, non seulement de ne pas réussir à dominer physiquement le gameplay, mais aussi de ne pas reconnaître dans ce degré de difficulté un aboutissement du jeu vidéo. Je parle évidemment ici de la difficulté d’un jeu aux mécaniques autonomes non multijoueur. Si le module d’interactivité d’un jeu vidéo est qualifiable d’art, est-ce sa difficulté d’accès qui lui donne de la valeur ou au contraire son accessibilité ? Si l’on accepte l’idée que le gameplay seul puisse être de l’art, puisque le propre de l’art est d’inclure le participant, de l’inviter et non de l’exclure, alors la difficulté d’accès d’un jeu n’est pas au sommet d’une échelle qualitative mais juste à une extrémité d’une graduation qui va d’un bout à l’autre. Si la haute difficulté d’un Dark Souls, d’un Super Meat Boy ou en 2018 d’un Céleste ou d’un Dead Cells est de l’art, alors la (fausse) simplicité interactive d’un Myst doit l’être aussi. Pour l’instant, ce n’est pas le discours ambiant dans le monde des joueurs.

Mes 10+ jeux préférés de 2018

1/ God of War

2/ Red Dead Redemption II

3/ Shadow of the Tomb Raider

4/ Moss / Astro Bot (VR) (ex aequo)

5/ Detroit Become Human

6/ Forza Horizon 4

7/ Gris

8/ Blossom Tales

9/ Dead Cells / Guacamelee! 2 (ex aequo)

10/ Shadow of the Colossus

God of War 2018

Pour beaucoup, Red Dead Redemption II sera le jeu de l’année et, indubitablement, la production hors norme de Rockstar a une fois encore déplacé le curseur qualitatif du jeu vidéo. Mais RDR2 reste une réalisation Rockstar avec ses avancées techniques et artistiques au fond attendues mais aussi ses vieilles habitudes et clichés de gameplay « émergeants » à la GTA. L’immensité des paysages transporte mais pas le destin du personnage, cow-boy-outlaw bien ordinaire du western. RDR2 est au fond la suite logique du premier Red Dead Redemption, sans déception, sans surprise, ce qui est en soi un accomplissement vu l’incertitude de toute production étendue sur autant d’années.

God of War hors sol

Côté réalisation, God of War de son côté n’a absolument rien à envier à RDR2. Le gameplay et toutes les mécaniques de jeu sont même mieux contrôlés. Tous les éléments de conception et de réalisation sont en harmonie pour créer un ensemble complètement homogène. Et surtout, God of War a osé prendre le risque de surprendre, non seulement en s’arrachant à la zone de confort de la série mais en inventant une nouvelle entité vidéoludique par-dessus un système de jeu rabâché. Le résultat est époustouflant de beauté et de prise en main. God of War a lui aussi, et sans doute de manière plus incisive, déplacé le curseur qualitatif du jeu vidéo.

Je t’aime jeux à thème

Derrière ces deux monstres, il est difficile de justifier une hiérarchie autre que le goût personnel. La réalisation de Shadow of the Tomb Raider en fait certainement un des meilleurs épisodes (quoique j’aurais tendance à préférer le précédent avec ses zones/chapitres plus open world), mais le jeu ne fait que dupliquer et raffiner les mécaniques de jeu initiées par le reboot de 2013. Forza Horizon 4 suit sa route aussi et arrive dans ce podium de tête poussé par une réalisation spectaculaire à tous points de vue. Que l’on soit fan ou pas des jeux de voitures. La sortie du nouveau jeu de David Cage a été en partie entachée par les polémiques autour de la gestion interne du studio, mais, encore une fois avec ses maladresses et fixettes interactives énervantes, Detroit : Become Human reste une aventure nécessaire grâce à sa thématique humains vs androids. Les jeux ambitieux à thèmes sont assez rares pour ne pas les rater.

Survendus

Cette année 2018, les vraies réussites AAA se comptent sur les doigts d’une main. Mettons les pieds dans le plat, il y a davantage de blockbusters ratés ou semi ratés que de réussites. Et je ne parle pas de réussite commerciale. Pourquoi Monster Hunter : World et toutes ses approximations de gameplay d’un autre âge trouve-t-il un tel public ? Ni No Kuni II faux frère banal du bijou Ni No Kuni premier du nom mérite-t-il son titre ? L’échec technique de Fallout 76 en 2018 n’était-il pas prévisible en jouant un Fallout 4 déjà limite ? Et Darksiders III ressuscité par miracle pour être renvoyé aussitôt au purgatoire des jeux mal dégrossis ? Et Just Cause 4, parait-il, n’est pas non plus à la hauteur de sa lignée. 

Marche arrière toute

Et, surtout, quid des réussites totalement originales ? Jamais le jeu vidéo n’aura tant ruminé. Dire qu’il y a encore 10/15 ans, les anciens gamers, et sans doute une grande partie des acteurs de l’industrie, craignaient la disparition du passé du jeu vidéo. C’est oublier la force de la nostalgie (et du commerce) qui déclenche des remakes, remasterisations et rééditions à tour de bras qui réjouissent autant qu’ils violent les souvenirs (les Secret of Mana, Crash Bandicoot, Spyro, Shenmue, les compilations Mega Drive, Street Fighter, Devil May Cry, Mega Man, SNK….). Seul le remake de Shadow of the Colossus ne peut être remis en question tellement la qualité et le respect de l’original sont au rendez-vous du chef d’oeuvre initial. Et que dire à Nintendo quand chaque réédition plein tarif sur Switch d’un jeu Wii U ne fait que répéter aux fidèles de la marque, oui la Wii U a été un échec, un coup pour rien. Tout cela serait très bien pour la culture du jeu vidéo et la préservation de son histoire si seulement le quota de créations inédites maintenait un équilibre. Ce n’est pas le cas.

Indés attendris

À toutes ces rééditions d’abord mercantiles je préfère encore les créations indés qui revisitent le passé pour, sans doute, vidanger les mémoires de jeunes gamers devenus concepteurs de jeux vidéo. À ce titre, le Blossom Tales (sorti fin décembre 2017 sur Switch) est un tel duplicata hommage de Zelda A Link to the Past que toute suspicion de plagiat disparaît face à tant d’amour dans la réalisation. D’ailleurs même Nintendo a été séduit sans s’offusquer au point d’encourager sa commercialisation sur Switch. Décidément à surveiller, l’éditeur allemand de Blossom Tales, FDG Entertainment, se spécialise ainsi dans ces revisitations de légendes du jeu vidéo comme avec le récent Monster Boy qui rejoue joliment la partition de la série Wonder Boy des années 80/90. Les très réussis Guacamelee! 2 et Dead Cells (le premier jeu procédural tolérable et très malin grâce à une prise en mains plaisante à chaque seconde) rejouent aussi des souvenirs qui vont de Super Metroid à Castlevania en passant par Prince of Persia (l’original de Jordan Mechner). Malgré tous les emprunts, ils dégagent quelque chose d’unique et donnent l’impression de pratiquer une expérience presque inédite. Gris enfin, lui aussi jouable en scrolling horizontal à l’ancienne, est plus difficile à définir. Peut-être parce qu’il croise les metroidvania avec des essais plus contemporains et une démarche plus arty comme Journey. Oui, on le sait pour de bon depuis Limbo et INSIDE, de l’animation traditionnelle au pixel art, les jeux en 2D sont désormais totalement maîtrisés et presque mieux placés pour créer des émotions sans rien concéder au gameplay.

Dans cet état d’esprit général du jeu vidéo d’abord tourné vers son passé, les jeux Moss (aventure-action) et Astro Bot (plateforme 3D) déclinent aussi des gameplays et mécaniques de jeux du passé. Sauf que, en réalité virtuelle, ces mécaniques familières d’hier semblent toutes neuves. Voilà donc une autre façon de réconcilier le jeu vidéo d’hier avec celui de demain.

Et non, je n’ai pas parlé de Fortnite, Spider-Man, Assassin’s Creed Odyssey et Smash Bros. Ultimate. Il fallait ?

François Bliss de la Boissière

GRIS – Key Art

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Comme dans la rue, pas de minimum requis. Ça fera plaisir, et si la révolution des microtransactions se confirme, l’auteur pourra peut-être continuer son travail d’information critique sans intermédiaire. Pour en savoir plus, n
‘hésitez pas à lire ma Note d’intention.

Jason Schreier & video games : Just the truth (interview PART I)

Journaliste new-yorkais spécialisé jeux vidéo et désormais « auteur », depuis la sortie de son livre Blood, Sweat & Pixels en septembre 2017 aux USA, le new-yorkais Jason Schreier est venu à Paris présenter l’édition française de son livre *. Une démarche un peu inattendue, voire incestueuse dans le milieu des journalistes jeux vidéo qui connaissent normalement le même sujet sur le bout des doigts. Cela étant dit, Jason a vraiment travaillé son affaire. Le bouquin regorge de détails intéressants sur la réalisation de 10 jeux, même quand on est familier des studios en question. Alors plutôt que de lui faire répéter les anecdotes « gaming » que chacun peut trouver dans le livre, j’ai préféré l’interroger sur le making of du bouquin et connaître son regard d’américain sur l’évolution de l’industrie du jeu vidéo.

Comme j’en ai l’habitude, on trouvera ici en deux parties l’intégral de cet entretien en anglais original. Une toute petite partie synthétique doit être publiée en français dans un mensuel. Je traduirais l’ensemble en français un jour ou l’autre.

DU SANG DES LARMES ET DES PIXELS par Jason Schreier

About becoming a game journalist…


Bliss :
When and how did you start writing about games ?

Jason Schreier : I think it was 2008 or 2009… I’m 31 now, so 10 years ago I started freelancing for different websites… I’ve always been interested in doing journalism, and writing, so after I graduated from college in New York University I was doing freelance writing on any subjects. And I was very bored because I was going to meetings, like local government meetings, city councils and stuff like that, out of my mind bored. Eventually I thought that I should write about something more interesting like, say, video games. I decided to look if it was possible and I started freelancing for video games websites. I would send emails to every websites I could find and pitched myself to them that I could do reviews. At some point I got a job writing for Wired and their magazine and their website. I was a contributing writer for a couple of years when I got an email from Stephen Totilo (Kotaku Editor In chief) asking « Do you want to come to work for me ?». And I have been writing for Kotaku for six and a half years now.

Bliss : You’ve been recruited by Kotaku from Wired ? Not bad. At Wired you wrote about games or other subjects ?

J.S. : No, only about games. Game culture, game industry, the stuff I was most interested in.

Bliss : Do you have some special convincing skills that you used to convince Wired to let you in and then convince all the games studios you talked to to write your book ?

J.S. : The quality is just being very annoying (big laughs). Just bugging them over and over (laughs). But it’s a lot of things. I think I try to be very fair, they know that if I write about them it’s going to be fair, truthful and honest and that I’m not going lie or anything. They know I’ll treat them fairly. I think that’s the big part of it.

Bliss : Also because you previously wrote for Wired or Kotaku…

J.S. : Most of them are familiar with the stuff I was doing for Kotaku so they already knew me, yes.

Bliss : Kotaku is part of a network (Gizmodo Media Group ex Gawker). Do you have any constrains or obligations regarding to this group, or are you free to write what you want ? Is there a company higher hierarchy you have to answer to ?

J.S. : We’re part of a bigger company. The company’s decisions affect us all and we have sisters sites that are all part of a family so to speak, but nobody comes up and says « you can’t write about this and you should write about this ». I don’t think I would work, I think I would quit if someone would tell me I can’t write about this. Especially if it was… because « we have advertisers that won’t be happy ».

Bliss : So it doesn’t happen ?

J.S. : No. It’s never happened to me fortunately.

Bliss : Sorry also for this question but as a journalist are you on a monthly salary or freelancing ?

J.S. : No, regularly salary, yearly we call it in the States. The paycheck is twice a month.

Bliss : The book is out since September 2017 in the US, how is it doing ? You have some numbers to share ?

J.S. : It’s doing alright. I can’t show numbers but I just agreed to make a second book so it did well enough.

Bliss : The second book will be a follow up on the first ?

J.S. : It’s going to be a little different, but it will still be about video games. We’re still trying to figure it out so I don’t want to talk too much about it because I’m still like structuring and figuring out the best way to do it. But it will be about games and I’ll talk to people who make games and that sort of thing.

Bliss : How come as a journalist you had an agent ? How did this happen ?

J.S. : In the States, in order to sell a book to a big publisher, you need an agent. My agent, Charlie Olsen, and I knew each other before. We encountered each other and had a drink in the past. One day he emailed me after an article I wrote about Destiny in octobre 2015, and said : « We should talk about doing a book like this ». So he and I talked, we had a couple of meetings at lunch and formulate a plan. And what we did was, we made an outline and we took that around to different book publishers. Because the processing in the States is you : pitch it to book publishers, some will say yes and some will say no. And that’s what the agent is for, he handles the business side and negotiations side. So Harper Collins liked the idea, we met with them a couple of times, they really like it and that what lead to the book.

Bliss : It took two years to write the book. Did you keep your job as journalist at the same time ?

J.S. : Yes, it was a little tense (laughs). I had a little bit of time off to make reporting trips to some studios and fit into the schedule. But the writing itself I did on nights and week-ends mostly. Outside of Kotaku work.

Bliss : When you work for Kotaku do you have to go to the office dayly or do your work from home ? How does it work ?

J.S. : I go to the office pretty often yeah. I’ll say once a week or so.

Bliss : It’s not like you have to be there everyday ?

J.S. : My boss prefers it when I’m here but I say « hey can I work from home ? »…

Bliss : Just like a freelancer journalist then.

J.S. : Yeah (laughs).

About writing a book about game studios


Bliss :
You interviewed around a hundred people… Is everybody named in the book ?

J.S. : No, not everybody. I would say like 80% are named in the book. The Destiny chapter and the Star Wars 1313 chapters were the two with the more anonymous people. I named a few people but some stayed anonymously.

Bliss : Your investigations were authorized, yes ? You didn’t go undercover anywhere.

J.S. : Yes. No I didn’t go undercover. I think it would be a little difficult to do.

Bliss : But the people you talked to without revealing their names, you had to talk to them without anybody knowing…

J.S. : Right. The studios were involved in most of the chapters in the book. They let me in and I talked to the people working on Dragon Age or Uncharted. So I went to those studios, and sat there, and interviewed people. They were okay with it and officially approving it. With Destiny, like I mentioned, they didn’t want to participate. They don’t like me because I reported on their games too much (laughs). The people at Bungie’s who made the game didn’t want anything to do with my book, so I had to go around them, and talk to people who weren’t necessary supposed to be talking to me.

Bliss : How did you find those people then ?

J.S. : Mmm different ways. The people I known from previous reporting or people I knew I just reached out to.

Bliss : Did some studios asked to read your writing for approval or some sort before publishing ?

J.S. : If people would’ve asked I wouldn’t let them. I don’t know if anybody asked but I think they would all know I wouldn’t let them do that. A couple of people asked to fact check. If someone might say « can I see this quote juste to make sure you quoted me correctly » I would say « okay, but you can’t change it because you already said it ». So they said « fine ». But nobody has read the book before it came out.

Bliss : Did you sign any NDA (Non Disclosure Agreement) before talking to people or visiting studios ?

J.S. : Well, to get inside some of the studios, they make you sign some paperwork saying « If you happen to see some secret thing in the corner then you can’t report it »

Bliss : How do you know it’s secret or not ?

J.S. : (laughs) That’s the question, right ?

Mana Books representative present in the room : If you see a PS5 on a box then you know… (laughs)

J.S. : Exactly. I went to EA’s before they announced Bioware’s Anthem, so they wanted to make sure I wouldn’t sneak around and see it. So they only allowed me on one floor of the building. They didn’t let me go upstairs.

Bliss : Did you spot anything interesting at the time ?

J.S. : No. It worked (laughs)

Bliss : While writing the book did you worry about loosing credibility as a game journalist, or trust from the game developers because you might reveal anything ? There are some critical moments when you write about Bungie, Microsoft…

J.S. : The purpose of the book is not to report on leaks or scams or anything like that. I knew that some people would be a little anxious for a couple of chapters. But no, I wasn’t too worried about it. Because all that matters is that it’s the truth, right ? The truth will always stands out.

Bliss : Did you get any backlash from any studios once the book was finished ?

J.S. : No, not really. If there was a backlash they are quiet about it. They just don’t talk.

Bliss : No studios pulled any PR stunt saying this or this is wrong, « this is not an accurate vision of our studio » ?

J.S. : No, I mean I tried to be very thorough making sure that everything is accurate as possible

Bliss : So they couldn’t deny anything…

J.S. : Exactly.

Bliss : So your thing is bullet proof ?

J.S. : I hope so (laughs).

Bliss : Did you have some inputs or comments once the book was out ? From the people who are working in those studios for instance ?

J.S. : Yes, I got a lot of comments. Some people send me emails like « oh yeah I read your book » and wanted to say nice things.

Jason Schreier : Only the truth (interview Part II)

François Bliss de la Boissière

(Recorded April 17 2018 in Paris)


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Ready Player One : Portrait en fuite d’une génération régressive

Déclaration : Ready Player One présente le jeu vidéo sous forme de caricature, de vue extérieure et superficielle plutôt que intérieure et vécue. Ready Player One n’est pas non plus le révélateur de la réalité de la réalité virtuelle (VR). Sans doute fidèle au livre, il est d’abord le condensé fétichiste et régressif de la culture pop des années 80-90. Ni moins, ni plus.

Mettons les choses au clair dès le départ, car l’enjeu était là. Ready Player One n’a pas la pertinence thématique ni même visuelle de A.I. et Minority Report. Il n’y a dans ce film épuisant de 2h20 aucune vision futuriste crédible, aucun vrai thème à débat sociétal ou philosophique. Ready Player One est un pur popcorn movie, un film de distraction sans autre enjeu que de proposer un grand ride en images de synthèse. Et d’essayer de faire passer le message : « Wouah la réalité virtuelle, oui mais Attention ». Oui, présenté de manière aussi simpliste que ça.
Le talent de Steven Spielberg, comme tout bon cinéaste, n’est pas à mettre en cause, puisqu’il consiste avant tout à épouser son sujet écrit. Et visiblement, le bouquin de Ernest Cline (sur ma table de chevet depuis un moment, mais pas lu, désolé) n’offre pas plus de profondeur que ce que l’on voit à l’écran. Cline est co-scénariste du film, il n’y a donc aucune raison de le croire trahi. Au contraire dirions-nous puisque, tout de même, la folie visuelle du film met en images ce que les mots de l’auteur ne font qu’évoquer.

Immersion de surface

La plus grosse surprise et peut-être sa plus grand déception, en plus d’une superficialité là où on pouvait espérer une vraie réflexion, consiste à suivre un film beaucoup plus en images de synthèse (CGI) qu’en prises de vues réelles. Spielberg n’a jamais fait tournoyer autant sa caméra que pour montrer tous les mondes de l’OASIS virtuelle (plus que dans les pires séquences de son Tintin). Sa caméra devenue folle fait des 360° autour des personnages avatars virtuels comme s’il fallait sans arrêt les dynamiser ou traduire un état intérieur excité du joueur/visiteur virtuel. En tant que gamer pratiquant, on peut qualifier cela d’insultant ou de trompeur. Le jeu vidéo ne se réduit pas à cet état d’hystérie permanent, sinon il ne concernerait que les plus jeunes et non plus les adultes (la moyenne d’âge du videogame player est à 35 ans de nos jours). Autre erreur d’appréciation à l’écran, parce que l’immersion en VR décuple les sensations et le ressenti : moins on en fait plus on supporte l’immersion et plus on y croit. Le monde virtuel fou-fou montré par Steven Spielberg est une vision infantile et en réalité impraticable de la VR. À moins que d’ici 30 ans (le récit se déroule en 2045), le genre humain accouche d’une humanité plus 2.0 qu’attendue. Le film ne le dit pas et, au contraire, montre des humains tout à fait semblables à aujourd’hui. Spielberg fait un amalgame du fond et de la forme entre le jeu vidéo (le plus clinquant et énervé) et l’immersion de la réalité virtuelle. Même si, nous sommes d’accord, plonger dans la réalité virtuelle, pour peu qu’elle soit agréable, donne envie d’y rester pour « ne plus revenir« . Il s’agit donc encore une fois après, par exemple, le plus mature Blade Runner 2049, d’un rétro futur. D’un futur naïf vu à partir, cette fois, des années 80… naïves. Même si le bouquin a été publié en 2011. Ce prisme gentillet d’un avenir techno dystopique ne présente ainsi pas une vision sérieuse de la société future comme le proposaient encore une fois A.I (écrit par Brian Aldiss dans les années 60 puis revisité par Stanley Kubrick) et Minority Report (écrit par Philip K . Dick lui dans les années 50). Tron : Legacy de Joseph Kosinski et bien sûr le Avatar de James Cameron en disent plus long sur ce futur mélange de la réalité physique et de la réalité virtuelle. L’erreur générique et démagogique de Ready Player One consiste à continuer à présenter les expériences en réalité virtuelle comme une fuite ludique et vaine de la réalité actuelle et non comme un portail vers une nouvelle évolution de l’homme.

Avec ou contre les jeux vidéo ?

Esthétiquement, le film est un fourre-tout de plus ou moins bon goût. Bien fignolées mais rarement attachantes ou singulières, les images de synthèse majoritaires oscillent et ne se décident pas entre cartoon à la Dreamworks animation, Final Fantasy le film (qui date tout de même de 2001) et Warcraft (le film), sans compter les survols de troupes innombrables au sol qui évoquent les pires travellings aériens factices du seigneur des Hobbits Peter Jackson. C’est à se demander qui commande les plans et la caméra dans les scènes d’action en CGI. Spielberg délègue-t-il ces plans là ? (la post production du film lui a en tous cas laissé assez de temps pour aller tourner le plus intellectuellement stimulant The Post). Parce que les rares scènes en images réelles de Ready Player One ressemblent d’avantage à sa grammaire cinématographique que le reste du métrage, surtout avec Janusz Kaminski toujours à la photo. Mis à part sans doute le visage aux grands yeux de l’héroïne interprétée par Olivia Cooke, les avatars virtuels des personnages réels restent tout de même assez quelconque (une affaire de goût, admettons) : des silhouettes élancées androgynes à la japonaise aux gros musclors à l’américaine. Nous sommes loin par exemple des fascinants Na’vi d’Avatar. Disons que d’un point de vu jeu vidéo, même avancé, tout cela est cliché et renvoie donc au petit procès en loucedé, ou alors involontaire, que Spielberg fait au jeu vidéo à travers ce film censé lui rendre hommage. Alors que les bons films de SF sont aussi désormais des films sur les interfaces, revoir Minority Report et puis Avatar, Ready Player One s’amuse beaucoup avec des projections holographiques speedées devant les joueurs virtuels sans que cela ne fasse avancer le schmilblick UX ni ne reflète la vérité des solutions déjà existantes en jeu vidéo et en VR.

Le théorème Kubrick

Pourquoi Spielberg a-t-il eu envie de faire ce film à 70 ans (le tournage a commencé en 2016) ? Pour reprendre la main sur les images de synthèse qu’il a lui même popularisé avec Jurassic Park ? Pour faire un pied de nez au cinéma de super-héros dont il dénonce l’hégémonie à Hollywood ? Sans doute un peu tout cela mais pas seulement. Avant d’aller lire toutes les interviews et attraper les making-of qui confirmeront ou pas ses intentions, une séquence particulière de Ready Player One explique assez clairement pourquoi le film, en plus d’autres raisons, s’est imposé à Spielberg. Elle restera sans doute dans les annales plus que toutes les autres mises bout à bout. Elle fonctionne d’ailleurs de manière quasi autonome, comme un niveau de jeu vidéo hors sujet (ou bonus, ou en DLC). En tout état de cause la séquence existe dans le flux du récit. Puisque l’essence du film consiste à revisiter tous les fondamentaux de la pop culture des années 80, du jeu vidéo balbutiant au cinéma alors insouciant (de John Hugues par exemple, cité à plusieurs reprises), Spielberg a dû prendre un plaisir singulier à piloter une séquence où les personnages (attention SPOILER ALERT) se retrouvent DANS une reconstitution du film The Shining de Stanley Kubrick. Faut-il rappeler brièvement le lien intime qu’ont développé Spielberg et Kubrick à la fin de sa vie ? Spielberg a réalisé A.I à la place de Kubrick, à la demande de Kubrick, après la mort de Kubrick, pour Kubrick. À cet anoblissement posthume du maître et à ce titre, sans doute seul Spielberg pouvait se permettre de recréer The Shining et de s’en moquer sans que la cinéphilie crie au tabou. Les personnages en CGI de Ready Player One se retrouvent catapultés dans l’hôtel célèbre où Jack Nicholson va perdre la tête. Toutes les scènes mythiques et flippantes y sont visitées et récrées (décors et personnages compris) avec un soin maniaque avant d’être détournées parce que bien sûr, il s’agit d’une version jeu vidéo qui part en sucette. Spielberg aime le jeu vidéo depuis longtemps, il a même participé à la création de plusieurs franchises (notamment Medal of Honor devenu par imitation la série à succès Call of Duty, excusez du peu), mais on est moins sûr qu’il apprécie ce que représente la VR. Le film tombe dans le travers de dénoncer facilement les travers de la réalité virtuelle car au fond, Spielberg s’inquiète surtout d’un incontrôlable concurrent au cinéma narratif classique. C’est donc tout à son honneur que de s’y frotter pour mieux l’absorber. Pour autant, sa vision reste distante, condescendante, un chouia péjorative et plutôt simpliste. Il abordera peut-être ce sujet une prochaine fois avec plus de maturité.

Fétichisme et régression des années 80

Il faudra alors oublier sa conclusion bêta enfantine. Rappeler aussi grossièrement que la réalité est mieux que la réalité virtuelle parce que, oui, on peut… y manger de vrais repas et que les câlins charnels c’est mieux, ressemble à la conclusion dirigée d’un devoir de rédaction d’école secondaire. Malgré toute l’esbrouffe technologique qu’il déploie et le futur « dystopique » qu’il décrit à la marge, le film est foncièrement régressif. Et fétichiste. Des VHS aux consoles de jeux, des Gremlins à Doom et Street Fighter, de Gundam à l’anti daté Géant de fer tout y passe en un éclair, ou appuyé, et nécessitera des nombreux arrêts sur image. Encore une fois, il reflète certainement à la lettre le livre de « J’ai grandi à l’époque parfaite«  de Ernest Cline. On doit sans doute voir, dans ce fétichisme de la consommation et des loisirs qui aura accouché d’une génération sans âge adulte baptisée « geek », le désenchantement et l’inquiétude actuelle d’une population ayant grandi dans les années 80-90. Cette époque parenthèse post Vietnam, post hippie, post mai 68, post luttes pour la libération de la femme et pour les droits civiques et anté 9/11. Pubs, drogues et paillettes glam des années 80 synthé ont servi de récréation, de pause sans doute, dans le bouillonnement sanglant, politique et intellectuel permanent de la civilisation. La musique pop a succédé à la musique rock, la jouissance et le spleen à la rébellion, le blockbuster fantaisiste au cinéma de la rue du nouvel Hollywood. Spielberg en personne et ses troupes d’alors (Tobe Hooper, Joe Dante, Robert Zemeckis…) en ont été les maitres d’oeuvre involontaires (Jaws est considéré comme le premier « blockbuster » du cinéma, avant Star Wars). On peut donc voir aussi dans ce Ready Player One, une encyclopédie en mouvement, une compilation de tous les symboles de la culture populaire des années 80-90 dont Spielberg a été l’instigateur. Une carte postale rechapée et signée par un de ces GO (gentil organisateur) de vacances culturelles de cette époque.
En échouant à faire passerelle entre le passé et le futur, Ready Player One devrait servir à poser pour de bon la tragique question, au cinéma comme ailleurs : peut-on faire du neuf avec du vieux ? Doit-on continuer à tenter de faire du neuf avec du vieux ? On restera curieux de voir la réception du film par le jeune public qui, même fan de jeux vidéo, ne reconnaitra absolument aucune des références jeux vidéo et cinéma vintage qui font le sel et le sang du film. Le récit au premier degré suffira-t-il à retenir leur attention ?
Fétichiste moi-même, je retournerai voir le film en IMAX 3D pour remonter, pour la énième fois, le fil du jeu de piste culturel jusqu’à ma chambre à m’auto dorloter des années 80.

François Bliss de la Boissière


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Guillermo Del Toro interview : 4 DVD Hellboy sinon rien

Le physique imposant du réalisateur mexicain trahit une boulimie qui se retrouve à toutes les étapes de son travail. Une envie vorace de cinéma pas très éloignée de Peter Jackson dont les 4 éditions DVD (pour un seul film !) de Hellboy stigmatise une surenchère excessive, mais sincère.

Guillermo del Toto / Time

Bliss : Les suppléments des DVD Hellboy sont si nombreux qu’on se demande si vous ne voulez pas devenir la référence… Quels sont vos DVD modèles, et avez-vous le final cut sur vos DVD ?

Guillermo del Toro : Je ne m’appuie pas sur le travail des autres pour créer mes DVD. Comme pour mes films, les livres ou les jouets dérivés, je me mets à la place du consommateur : « Qu’est-ce que j’aimerais avoir en tant que fan. Si j’ai assez aimé ce film pour l’acheter, je veux qu’il soit dans le meilleur emballage possible ». Pour les jeunes qui filment avec des caméras DV par exemple, les DVD sont souvent une école de cinéma informelle. Alors sur mes DVD j’essaie d’être ouvert et candide sur ce qui se passe. Le DVD de Blade II avec tous ses suppléments s’est bien vendu, le public a accueilli positivement certaines de nos expériences. Sur Hellboy on m’a laissé choisir le producteur du DVD et commencer aussitôt que je le voulais. On a travaillé dès la phase de pré production en scannant des documents, en filmant… Je n’ai jamais eu autant d’implication dans un DVD. En comparaison, Cronos (93), L’Échine du Diable (01) et Blade II (02) ont été faits de manière presque artisanale. D’ailleurs Mimic (97) ressortira en DVD en 2005, je vais remonter le film.

Bliss : Avec toutes ces éditions de Hellboy (4 en Zone 2, 2 en Zone 1) ne craignez-vous pas que le public se perde ou se lasse ?

Guillermo del Toro : Il y a six éditions de Zombie (Dawn of The Dead) de George A. Romero, plusieurs éditions du Seigneur des Anneaux la même année… Je crois que cela reflète le marché, que les gens sont complétistes. En ce qui concerne la version longue de Hellboy, à partir du moment où je me suis imposé six semaines supplémentaires de post production à remixer le film, à le réétalonner, à le reformater, et à retirer une copie du film pour le cinéma, c’est que c’est important pour moi. Alors je me fiche de savoir ce que les gens pensent.

Bliss : Pourquoi avoir inclus ces curieux dessins animés du garçon qui fait Boing-Boing au lieu de parler ?

Guillermo del Toro : Je suis un grand fan des films d’animation UPA (United Productions of America, connu dans les années 50, ndlr) qui appartiennent maintenant à la Columbia. Ces dessins animés n’ont jamais été édités sur Laserdisc ou DVD, seulement sur un très mauvais transfert VHS au milieu des années 80. Ce sont des cartoons très précieux pour moi, notamment à cause de leur cœur. Quand le personnage de Hellboy regarde ces dessins animés dans le film, j’essaie de montrer quel genre de type il est. Alors j’ai pensé que ce serait une touche décalée et un peu folle d’inclure trois ou quatre de ces cartoons dans le DVD. Ces dessins animés de UPA sont parmi les meilleurs jamais faits. UPA avait un design d’avant-garde à l’époque, très simple, très modernes, à l’opposé du style Disney. Loin aussi de Tex Avery qui était un magnifique animateur orienté gag. D’ailleurs j’adore le coffret DVD sorti en France et pas aux USA. Tex Avery est plus apprécié en France qu’aux USA. Le meilleur livre sur Tex Avery paru dans les années 80 est français. Si c’est mon DVD, en quelque sorte, j’ai envie d’y inclure ce que j’aime.

Bliss : Comment a été faite l’animation originale du comic book de Mike Mignola créée pour le DVD ?

Guillermo del Toro : Mignola a réalisé les dessins séparément, comme des cellulos (supports transparents pour les dessins animés, ndlr). Il a dessiné par exemple l’arrière plan, puis l’avant plan, et nous avons animé les différents éléments. Tous les dessins sont les siens et j’ai écrit toutes les biographies illustrées des personnages. Si vous voulez connaître des détails, comme le profil des personnages qui n’étaient pas dans le film, cela vous aide à mieux comprendre ou à d’avantage apprécier l’histoire.

Bliss : Que dites-vous aux réalisateurs qui dénigrent les suppléments des DVD ?

Guillermo del Toro : C’est une attitude peu généreuse à laquelle je n’adhère pas. En tant que fan, j’adore regarder derrière le rideau. Je n’aurais pas pu faire mes premiers courts métrages sans un magazine ou un livre sur la manière de faire un film. Si quelqu’un a assez de temps et de curiosité pour regarder, laissez le faire, laissez le y prendre du plaisir. Tout le monde devient un expert, c’est un phénomène inévitable. Vous n’arrêterez pas le mouvement. Les seuls trucs magiques qui restent au cinéaste ce sont les personnages et l’histoire. Beaucoup de gens ne regardent que le disque 1 de toutes façons alors même qu’ils ont acheté des versions 2 ou 3 disques. Et la plupart n’écoutent jamais les commentaires audio. Les heures que je passe sur un DVD, je le fais pour ceux qui regardent les bonus.

Bliss : De versions longues en Director’s Cut, les films deviennent sur DVD plus proches des souhaits du réalisateur que les versions salles, au point de se demander si, à terme, les films ne vont pas être directement édités pour le Home Cinéma…

Guillermo del Toro : Nous sommes arrivés à un point où le potentiel de commercialisation d’un DVD dicte la faisabilité d’un film. Alors oui, c’est possible. Est-ce souhaitable ? Je ne le pense pas. La mutation est lente mais avec les équipements Home Cinéma qui deviennent de plus en plus gros et les salles de cinéma de plus en plus petite…

Bliss : Le temps passé à réaliser un DVD ambitieux pourrait aussi être utilisé à faire un film. Spielberg, par exemple, attend sans doute de ne plus être capable d’aller sur un plateau de tournage pour faire des commentaires audio…

Guillermo del Toro : Oui, c’est un peu vrai, la réalisation de trois DVD pourrait faire l’équivalent du temps nécessaire pour réaliser un film. Mais ce n’est pas ce que je veux faire.

Propos recueillis et traduits en août 2004 par François Bliss de la Boissière

Lire également…
Ron Perlman Interview carrière : Hellboy, survivant de la guerre du feu

Guillermo del Toro Phto :
Christopher Wahl / Hollywood Reporter

(Publié partiellement en 2004 dans le mensuel Les Années Laser)


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Ron Perlman interview carrière : Hellboy, survivant de la guerre du feu

Dans la lointaine Guerre du Feu il courait après un feu encore divin. Dans Hellboy il interprète un démon humaniste jouant avec le feu de l’enfer. Lucide, Ron Perlman ne s’enflamme pas au moment où son nom s’inscrit enfin en haut de l’affiche.

Note : Rencontrer et interviewer Ron Perlman fut pour moi un grand moment de cinéphile. Hellboy le mettait enfin tout en haut de l’affiche et il est depuis devenu aussi star de plusieurs séries TV, mais dans les faits, avant 2004 et Hellboy, sa présence à l’écran n’était appréciée que par une poignée de spectateurs (et de réalisateurs) attentifs. Le petit regard malicieux de côté retenu depuis son personnage de La Guerre du feu ? Il appartient en propre à Ron Perlman. Derrière un physique imposant et un sourire carnassier, Ron Perlman dégage une intelligence aussi vive que sa franchise et son humour. Il se prétend forçat de l’acting, travailler pour payer son toit et faire manger sa famille, mais la longévité de sa carrière et un bon nombre de ses films prouvent surtout un talent durable et reconnu par les metteurs en scène (sa filmographie ici). Il a supporté la charge de mes questions avec beaucoup de sportivité, de malice et encore une fois, de franchise. Une liberté de parole et de pensée qu’il exerce sans détour sur twitter pour dénoncer, entres autres forfaitures, l’administration Trump des années 2017. Voir par exemple cette prise de parole lors d’une interview en août 2017. On recommande vivement de le suivre ici… Même si cela arrive bien tardivement, je suis content de mettre ici l’intégralité de cet entretien qui regorge de détails et d’anecdotes sur la collaboration de Perlman avec del Toro et Jean-Jacques Annaud. Même en français. On y entend aussi une personnalité qui mélange assez inhabituellement coolitude et détermination. J’étais le dernier à l’interviewer seul ce jour ce 5 août 2004, et alors qu’une attachée de presse nous faisait des signes pour, j’imagine, arrêter l’interview en cours, je me suis tourné candidement vers Ron Perlman pour lui demander…
– Vous pouvez m’accorder encore un peu de temps ?

– (Il regarde ma pile de feuilles avec une quarantaine de questions…) Oui, vous êtes ma dernière interview alors vous pouvez avoir le temps dont vous avez besoin.
– Vraiment ?
Ouais.
Et l’interview s’est arrêtée naturellement sur la meilleure réponse qu’il pouvait donner à ma dernière question…

Ron Perlman

Ron Perlman, l’interview intégrale Hellboy et carrière

Bliss : Depuis vos mémorables prestations des années 80 dans la Guerre du Feu et Le Nom de la Rose on vous attend en haut de l’affiche. Vous auriez pu jouer un aventurier, un highlander, ou même un vilain récurrent… Pourquoi tout ce temps ?

Ron Perlman : Oui, moi aussi je l’attendais. J’ai toujours été lent, plus lent que les autres. Je ne sais pas, ce n’est pas venu vers moi. Tout ce qui est venu à moi, est sur l’écran. Je n’ai jamais rien refusé parce ce que je n’ai pas assez de propositions pour avoir le luxe de dire non. La plupart du temps, je suis embarrassé de ce qu’il y a à l’écran. J’essaie juste de gagner ma vie, de mettre mes enfants à l’école. Jusqu’à ce jour, même avec Hellboy, Hollywood ne m’a jamais compris. Ils ont certainement une idée différente que vous et moi.

Bliss : Vous avez un statut d’acteur culte en France. Êtes-vous confortable avec cette image ?

Ron Perlman : Très. Franchement j’aurais aimé avoir plus d’opportunités, mais n’enlevons rien au fait que toutes les choses dont je suis le plus fier ont été réalisées par deux metteurs en scène français, Jean-Jacques Annaud pour la Guerre du feu et Le Nom de la rose, Jean-Pierre Jeunet pour La Cité des Enfants Perdus et Alien Resurrection, puis  un mexicain avec Guillermo Del Toro sur Hellboy. Je suis reconnaissant qu’ils soient rentrés dans ma vie et qu’ils m’aient invité à participer à leur si importants films. Vous savez, ils sont ma carrière, quand je regarde en arrière et le sentiment de satisfaction vient des travaux de ces trois types. Je suis à un point maintenant où j’ai beaucoup de paix intérieure et d’auto satisfaction d’avoir eu l’occasion de faire des alliances extraordinaires avec des gens très très brillants et que du bon boulot en soit sorti.

Bliss : Vous avez dorénavant joué aux deux extrêmes des possibilités du cinéma : il y a 23 ans presque tout nu dehors en hiver dans La Guerre du feu, et, dans Hellboy, en studio recouvert de maquillage des pieds à la tête et face à des écrans verts où seront incrustés des décors plus tard. Que préférez-vous ?

Ron Perlman : Del Toro n’utilise pas autant d’écrans verts que vous croyez. Il met toujours une vraie image dans le cadre. Il l’augmentera, l’améliorera. J’ai donc eu la chance de ne pas jouer Roger Rabbit dans un univers complètement imaginaire. C’était dur sur La Guerre du Feu, très dur. Mais je rentrais très satisfait du challenge chaque soir. Vous n’êtes pas supposé être confortable ou vous amuser tout le temps. C’est normal. La vie est comme ça. Après tout, les films sont en quelque sorte le miroir de la condition humaine. La Guerre du Feu a été vraiment très dur à faire et probablement l’expérience la plus satisfaisante de ma vie à ce jour. Parce que nous avons relevé le défi. Nous avons fait face à la difficulté. Et c’est ce dont vous gardez le souvenir.

Bliss : Vous avez commencé en interprétant un homme préhistorique, cela a aidé ou handicapé le début de votre carrière ?

Ron Perlman : Cela ne l’a certainement pas aidée. Écoutez, quand vous commencez en tant qu’acteur, vous ne savez pas si vous allez avoir ou pas une carrière.  Alors La Guerre du Feu était mon premier film et je fais toujours des films alors cela a du aider, cela m’a mis un pied dans l’industrie du cinéma. Est-ce que cela m’a conduit directement à un quelconque autre rôle ? Je ne sais pas, peut-être que oui, peut-être que non. Je vais vous dire à quoi cela m’a conduit directement : au Nom de la Rose (5 ans plus tard tout de même, ndlr). Parce que si je n’avais pas fait La Guerre du Feu je n’aurais certainement pas fait le Nom de la Rose et Enemy at the Gates. C’était le début de cette relation avec Jean-Jacques Annaud qui a été un élément très important dans ma carrière.

Bliss : Votre participation au Nom de la Rose s’est pourtant décidée de justesse…

Ron Perlman : Le rôle avait été donné à quelqu’un d’autre pour des raisons politiques (Annaud explique que cette coproduction européenne ne devait pas faire appel à des acteurs américains, sauf en cas de coup dur, ndlr). Tel que je l’ai compris, le film était une coproduction entre l’Allemagne et l’Italie. Alors à un moment donné le gouvernement italien qui y mettait de l’argent a demandé : qui sont les acteurs italiens dans le film ? Et Jean-Jacques a dit : euuuh, euuuuh, euuuh, on n’en n’a aucun. Alors ils ont dit : mais quels rôles sont encore disponibles ? Et il répond, eeeuuh, il voulait vraiment que je joue Salavatore mais il dit : eh bien le rôle de Salvatore est toujours libre. Alors ils ont dit : soit vous utilisez un acteur italien pour Salvatore soit on retire nos deux millions de dollars. Alors il a engagé un acteur italien qui a commencé a très mal se comporter. Il n’est pas venu à un essai de costume, il n’est pas venu pour une coupe de cheveux, il se conduisait comme un vrai imbecile. Alors finalement, 3 jours avant de commencer à tourner, Jean-Jacques reçoit un coup de fil lui disant que cet acteur refuse de se couper les cheveux (tous les acteurs ont du subir la tonsure des moines, ndlr) et réclame deux fois plus d’argent pour se les faire couper. Jean-Jacques a tourné son dos au type et dit : s’il ne sort pas du plateau dans les 5 minutes, je vais aller jusqu’à ma voiture, attraper un flingue et tuer cet enfoiré (mother fucker) (je paraphrase). Mais Bernd Eichinger qui produisait le film a calmé Jean-Jacques : il est engagé, il doit tourner dans trois jours. Et Jean-Jacques répond : il ne tourne pas dans trois jours, je ne tourne pas dans trois jours s’il joue Salvatore. Et Bernd Eichinger lui demande : tu as un 2e choix ? IL EST mon second choix, mon premier choix dort en ce moment à Los Angeles. Et il ouvre son carnet d’adresse et dit : voilà son numéro de téléphone. Et à 5h15 du matin, mon téléphone sonne. Une minute après l’incident en Allemagne. Et on me dit : on a besoin du numéro de téléphone de ton agent, nous sommes sur le point de te faire une offre pour Le Nom de la Rose, mais doit conclure le deal d’ici une heure parce que tu dois être dans un avion dans trois heures. Et à 5H15 du matin, l’affaire était conclue.

Bliss : Votre personnage de moine simplet du Nom de la Rose s’exprime dans une langue bizarre cosmopolite… Était-ce dans le scénario ?

Ron Perlman : Ce n’était pas écrit, non. Jean-Jacques n’en parle pas dans le DVD (non, ndlr) ? Arrivé sur le tournage il m’apprend : « Je n’ai pas mis les dialogues que je voulais dans le script pour ne pas effrayer les gens qui financent le film, mais je veux que Salvatore parle tout le temps. C’est à toi de jouer. » Le livre d’Umberto Eco a été traduit dans environ 88 langues. J’ai mis la main sur six exemplaires de langues différentes. J’ai cherché les pages où Salvatore parle et j’ai reconstitué des dialogues – ou plutôt un « écho de dialogues » – en utilisant les différentes langues. Puis j’ai pioché au hasard : un premier mot en allemand, puis un mot en italien, un autre en espagnol, un en français, et j’ai jeté du latin dans le mixe. Jean-Jacques ne savait pas ce que j’allais faire jusqu’au moment de tourner. Quand Salvatore s’est mit à parler, je l’ai vu sourire. Je crois qu’il était plutôt réjouit de la décoction.

Bliss : Rick Baker, le célèbre responsable des maquillages vous avait recommandé pour jouer dans la version de Tim Burton de la Planète des Singes. Pourquoi cela ne s’est-il pas fait ?

Ron Perlman : Burton ne le sentait pas. Je ne l’ai jamais rencontré. Il n’a même pas voulu que j’auditionne. Il a refusé même de me rencontrer. Rick voulait que je joue le rôle que Michel Clarke Duncan a fini par jouer (le gorille Colonel Attar, ndlr).

Bliss : Vous semblez avoir un certain flegme et même du recul par rapport à votre métier…

Ron Perlman : Vous savez je n’ai jamais commencé pour devenir une star de cinéma. Et j’ai toujours été très réaliste par rapport à ce qui était faisable ou pas. Et j’ai autant de satisfaction à jouer un super rôle dans une seule scène d’un film qu’un simple bon rôle dans 46 scènes d’un film. Plus de satisfaction même quelque fois parce que souvent le résultat est mieux. Tout ce qui se passe au-delà de ce paradigme est un cadeau. Hellboy a été cet incroyable cadeau qui – il faut que vous me croyez quand je vous le dit – je crois encore que je vais me réveiller un jour et découvrir que tout ça a été un rêve. Cela n’aurait pas du arriver, cela n’était fait pour arriver. C’était une chose impossible de convaincre un studio de signer un très gros chèque sur un type qui n’avait aucune référence en tant que movie star. Et soyons lucide, c’est leur logique d’assurance. Ils n’ont pas tant de choses que ça à leur disposition qui puissent leur garantir un succès excepté que l’illusion que si vous êtes déjà passé par là, si vous avez la trace que vous êtes une entité qui engrange de l’argent vos chances sont plus grandes. C’est la façon dont les choses se font. Je ne le prends pas personnellement, je ne crois pas que cela soit difficile à comprendre, ce n’est certainement pas une malédiction me visant, je ne crois pas que qui que se soit souhaite que je tombe malade (me souhaite du mal), c’est juste la réalité et je le crois vraiment…

Bliss : Vous pensez que del Toro fait partie des 4-5 meilleurs réalisateurs au monde. Qui sont les autres pour vous ?

Ron Perlman : Pour moi, le plus grand réalisateur de film est Francis Ford Coppola. Et même s’il n’a pas fait un film depuis longtemps et même quand il ne travaille pas, il est toujours le meilleur. Tant qu’il est vivant, il est le meilleur réalisateur sur Terre. Je crois que Paul Thomas Anderson est un cinéaste important (Magnolia, Punch Drunk Love, There Will Blood…, ndr).

Bliss : Vous n’allez jamais frapper à leurs portes ?

Ron Perlman : Non, je ne sais pas où sont ces portes, mais si je savais peut-être que je le ferais. J’aimerais travailler avec le réalisateur brésilien qui a fait La cité de Dieu (Katia Lund et Fernando Meirelles, ndlr), avec Pedro Almodovar. Je liste ici mes films préférés des 5 dernières années.

Bliss : Vous citez essentiellement des réalisateurs de films indépendants ou européens, guère de Hollywood…

Ron Perlman : Je n’ai pas vu un film hollywoodien que j’ai aimé depuis un bon moment. Ridley Scott se place juste après Francis (Coppola). Il est numéro 2, peut-être numéro 1, mais c’est proche, difficile de décider.

Bliss : Le fameux site Internet Movie Data Base indique que votre film favori est Nobody’s Fool (Robert Benton, 1994), pourquoi celui-là ?

Ron Perlman : C’est l’un de mes films préférés oui. Le film fait 2h, j’aurais pu le regarder pendant 7 heures d’affilées.

Bliss : A cause de Paul Newman ? Melanie Griffith ?
Ah oui ses seins (voir la fameuse, pour certains, scène ici) ! Ils sont bien dans ce petit flash. Non mais c’est tout le monde faisant un incroyable bon boulot, subtil, intelligent, rempli d’esprit et, il n’y a pas d’intrigue, c’est purement un film de personnages. C’est exactement le genre de film qui m’intéresse le plus.

Bliss : Pour en revenir à Hellboy, vous vous êtes entrainé physiquement avant le tournage ?

Ron Perlman : Oui, j’ai pensé qu’il était important que je sois dans la meilleure condition physique possible. Mais je n’ai pas eu à apprendre quelque chose en particulier comme une forme de combat spécifique ou autre comme Tom Cruise a fait pour Le Dernier Samouraï. J’ai juste été à la salle de gym parce que le tournage allait être long comme une course d’endurance : courir, sauter et frapper.

Bliss : N’avez-vous pas été frustré justement que l’on vous applique des muscles en plastique et un masque qui cache votre visage et vos expressions ? D’autant que l’idée est de montrer un Hellboy humain ?

Ron Perlman : Non non, pas quand on comprend la nature de que l’on doit exprimer et du physique que l’on doit incarner qui a été totalement inventé par Mike Mignola (auteur du comic book Hellboy, ndlr). En plus avec un metteur en scène vraiment énorme fan du travail de Mignola mon exercice consistait à rendre hommage à l’univers qu’il avait créé, pas à l’améliorer, ou à en profiter pour en faire plus ou pour y appliquer un rif de jazz en disant : « ceci est mon comic book film ». C’est ça l’exercice et le faire aussi purement et honnêtement que possible et rester dans cet esprit aussi spécial soit-il. J’adore le processus et jamais ça ne me dérange d’être recouvert, méconnaissable. Le personnage est montré à un point que j’ai ressenti comme étant le mieux concrétisé de tous ceux que j’ai pu jouer. A cause du cœur du type. Par là où tout passe, ce qui est le plus important. Il s’agissait d’introduire au monde un vrai et nouveau mythe, quelqu’un qui ne ressemble pas aux autres, qui n’a pas le même câblage que les autres mais qui a une profonde et magnanime présence. Un personnage poignant parce que la part d’humanité à laquelle il ne participe pas est celle où il aspire à participer justement, parce qu’il est un freak.

Bliss : Pourquoi ne pas avoir participé aux éditions spéciales de La Guerre du Feu et du Nom de la Rose parues en DVD en France ?

Ron Perlman : Mais j’ai travaillé sur La Guerre du Feu ! J’ai enregistré un commentaire audio (ce commentaire audio collectif des acteurs apparaît sur le Zone 1 mais pas sur le collector Zone 2, ndlr). Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas participé au Nom de la Rose, j’étais probablement assis à Hollywood à ne rien faire. Mais je ne savais même pas que c’était en DVD jusqu’à ce que quelqu’un me le mette sous le nez en me demandant de le signer.

Bliss : Êtes-vous obligé de participer à l’élaboration des suppléments d’un DVD, touchez-vous un cachet supplémentaire ?

Ron Perlman :  Je suis un membre de la Screen Actor’s Guild (Syndicat des acteurs professionnels créé en 1933, ndr), il existe une formule pour la participation à la vente d’un DVD, alors je suppose que à un moment je recevrais un chèque qui me dira si le DVD a été un succès. Cela ne me permettra pas de prendre ma retraite, ni de laisser de l’argent à mes grand enfants, mais ce sera un gentil chèque. Sinon je ne suis pas obligé de vous parler, je ne suis pas obligé de faire le DVD, la seule obligatoire sur mon contrat est de faire le film. Mais vous faites ces choses parce que vous êtes fiers du travail que vous avez accompli et vous voulez partager le produit avec le public. Ce n’est pas du tout à propos de l’argent, il s’agit d’enthousiasme, de fierté et de désir de vous assurer que vous aurez la plus grande audience possible.

Bliss : Néanmoins, tel qu’on le voit sur le DVD, pour le bien du futur documentaire, vous êtes filmé en permanence sur le plateau, même quand vous ne jouez pas. N’est-ce pas perturbant pour la concentration, le confort, on vous filme en train de tousser, de vous gratter ? On vous voit même roter ! L’espace de repos théorique avant les commandes Action et Coupez n’existe plus pour les acteurs à cause des making of des DVD…

Ron Perlman : Oui, le documentariste m’immortalise pour toujours… Et on espère que les grattements seront utilisés judicieusement. Je n’ai pas de contrôle sur le contenu du documentaire. Mais de toutes façons je n’ai pas le contrôle de la performance que je donne pour le film non plus. Ils se servent des outils que j’ai fourni quand ils ont filmé la scène et l’éditent pour servir leur vision de la scène. Ma vision de la scène quand je la joue peut-être très différente de celle du réalisateur et des monteurs. En fait j’ai vu une grande partie de mon travail utilisé totalement hors du contexte que je croyais être quand je peaufinais la performance. Et on se retrouve avec un produit final qui ne correspond pas à vos intentions initiales. Ça peut tout fiche en l’air et transformer tel type de performance en une performance complètement différente. Quelque fois cela la rend meilleure et parfois cela la rend absolument insupportable à voir.

Bliss : Les scènes coupées et les éventuelles prises alternatives présentes sur le DVD devraient vous soulager en montrant plus de votre travail, non ?

Ron Perlman : Oh il y a des choses que j’ai vu dans les documentaires qui me font grincer, comme de me voir fumer une cigarette entre deux prises ou avoir une conversation qui n’était pas censée être enregistrée. Certains aspects de moi sont révélés que j’aurais préférés ne pas montrer. Mais c’est le business. Vous priez et espérez être entouré de gens qui ont du goût et qui ne feront rien qui puissent compromettre le produit ou les gens impliqués. S’il y a deux personnes auquel je fais confiance comme à personne d’autres ce sont Jean-Jacques Annaud et Guillermo Del Toro. Comme Guillermo était impliqué dans tous les aspects du DVD, je n’ai pas besoin d’aller voir si je m’en sors bien dedans. Je sais que s’il a choisi c’est que ça doit être ok. Je lui fais confiance.

Bliss : Dans le making-of de Hellboy vous faites une blague au réalisateur en lui faisant croire que votre téléphone portable sonne pour lui. Vous avez eu du mal à avoir son attention pendant le tournage ?

Ron Perlman : J’ai toujours eu son attention. Je ne jouais pas Hellboy, nous le jouions ensemble. Guillermo jouait Hellboy en même temps que moi. Il est fasciné par le personnage au point d’y voir beaucoup de lui-même. Je n’étais qu’un instrument. Nous n’avons pas beaucoup répété et ça me va très bien. Quand nous avons effectivement un peu répété, je n’ai pas tout à fait révélé ce que j’allais faire quand la caméra allait tourner. Au début quand il a commencé à me diriger je lui ai dit : laisse moi le faire une fois que je sorte cette idée de ma tête et ensuite on peut modifier comme tu le veux. Et aussitôt filmé le premier essai il criait : « ok c’est bon ! » Ce n’était pas ce qu’il avait envisagé mais tout le monde aimait… De là est né cette incroyable appréciation mutuelle. Quand il était important pour lui d’avoir une scène jouée très précisément comme il le voulait pour le montage ou pour la forme de la séquence, il intervenait. Mais la plupart du temps il était très intéressé de voir ce qu’allait donner mon interprétation du personnage. Sa vision était très claire sur la page, c’est pourquoi je voulais une chance de le jouer comme je m’en rappelais la première fois que l’ai lu. Parce que c’était la meilleure description d’un personnage que j’ai jamais lu. La façon dont il bougeait, dont il parlait, dont il se déplaçait était d’une grande clarté dans mon esprit. Je ne cherchais pas à être un control freak, je voulais lui montrer ma réponse instinctive de ce que j’ai ressenti la première fois que l’ai lu. Et je n’y ai pas travaillé. Je ne me suis pas préparé. Putain je n’ai lu le script qu’une seule fois !

Bliss : Et le comic book ?

Ron Perlman : Le personnage était différent, mais le script… Sans me préparer, sans répéter, je voulais le jouer, putain, comme ça sortait. Et en général j’ai obtenu un sourire de lui, ou une tape sur l »épaule : « How the fuck did you come up with that ». La seule fois où nous avons eu une dispute c’est quand il a voulu changer quelque chose qu’il avait écrit. Je luis ai dit : non non non tu avais raison la première fois. Ce fut la seule fois où lui et moi avons vraiment été en désaccord. La plupart du temps nos discussions duraient 15 secondes. Mais cette discussion a duré et a fini par chauffer. Nous sommes allés déjeuner sans presque nous parler. Il était vraiment fâché contre moi. Et j’étais faché aussi. Je suis revenu de déjeuner et je lui ai dit : J’espère que tu comprends ce pour quoi je me bats, je me bats pour ta putain d’idée. « Je comprend je comprends » m’a-t-il répondu. Tu es le boss mais je me battrais jusqu’à ce que tu dises non.

Bliss : Comment cela s’est terminé ?

Ron Perlman : Nous l’avons fait à sa manière (rires).

Bliss : Étiez-vous concerné par le jeu avec l’iconographie religieuse de l’univers de Hellboy, notamment avec la sensibilité religieuse américaine ?

Ron Perlman : Non, pas du tout. C’est un démon après tout. Ces intentions sont de protéger le monde des autres démons. Alors il utilise ce qui est à sa disposition, les croix, l’ail. Ce sont juste des accessoires, des instruments de batailles. Si cela l’aide à sortir d’une situation alors il s’en sert. Je n’ai pas eu d’échos (sur des plaintes éventuelles). Je n’ai rencontré personne qui me dise « comment osez-vous utiliser l’église ou des icônes « sacrées ».

Bliss: Vous dites être prêt à jouer Hellboy jusqu’à la fin de vos jours… Même si c’est un autre réalisateur qui prend la relève ?

Ron Perlman : Je ferais bien de faire attention à ce que je dis (rires)… Heureusement c’est une décision que je n’ai pas à prendre puisque Guillermo est à bord pour faire le second. Quant à un 3e épisode, qui sait ?

Bliss : Comment expliquez-vous que l’on vous ai découvert en tout premier gardien du feu dans La Guerre du Feu et que 23 ans plus tard on vous redécouvre en tête d’affiche en héros des enfers invulnérable au feu ?

Ron Perlman : Je ne sais pas mais si nous n’arrêtons pas cette interview je fais définitivement finir par m’enflammer (rires).

Propos recueillis et traduits en août 2004 par François Bliss de la Boissière

Lire aussi…
Guillermo del Toro Interview : 4 DVD Hellboy sinon rien

Ron Perlman in Hellboy

Photo de Une : Perlman poses for a portrait with Ron Perlman impersonators at the Getty Images Portrait Studio powered by Samsung Galaxy at Comic-Con International 2015 at Hard Rock Hotel San Diego on July 9, 2015 in San Diego, California. (Photo by Maarten de Boer/Getty Images Portrait)

(Publié très très partiellement en 2004 dans le mensuel Les Années Laser)


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‘hésitez pas à lire ma Note d’intention.

Peter Gabriel prend du relief (Interview)

C’est au sommet du classieux restaurant Roof Gardens, propriété de Virgin à Londres, célèbre pour accueillir stars et after parties, que j’ai eu le grand plaisir de rencontrer en juillet 2011 un Peter Gabriel aimable, tranquillement au courant de toutes les dernières innovations technologiques. À commencer par la 3D qu’il fréquentait déjà dans les années 80.

Note : Fin 2011, Peter Gabriel s’apprête à sortir un concert récent filmé en 3D sur support Blu-Ray (voir test ci-dessous). Parce que je suis (presque) bilingue et apte à travailler le week-end comme tout bon journaliste indépendant, on m’a confié la responsabilité d’aller interviewer inhabituellement une star de la rock/pop toujours en activité. N’étant pas spécialement fan de l’ancien leader du groupe Genesis, il m’a fallu replonger dans sa discographie et son histoire. Je m’étais en revanche intéressé à ses expériences multimédia pionnières sur CD-ROM interactifs. Et j’étais évidemment admiratif de sa volonté renouvelée (voir son site) de continuer à coller aux nouvelles technologies en présentant un concert sur Blu-ray 3D.
Pour l’anecdote, outre le fait que, indéniablement et même à un âge avancé, Peter Gabriel dégage un charisme naturel inexplicable, j’ai appris quelques trucs et limites lorsqu’on interview une VIP de la musique. J’étais venu équipé d’un vrai bel appareil photo avec pour intention de revenir avec un portrait de Peter Gabriel publiable. Malgré mon insistance après l’interview, j’ai découvert qu’il n’était pas possible de faire une photo même convenable juste en passant. Peter Gabriel et son représentant ont élégamment mais fermement esquivé mes demandes. Si je devais faire une photo d’un musicien star qui contrôle son image, je devrais venir avec un photographe connu et prévoir sans doute un vrai photo shoot. Et non, il n’était pas question de proposer un selfie en sa compagnie. L’autographe narcissique ne fait pas partie de la panoplie des journalistes en activité, désolé. J’ai également découvert qu’un grand nombre des autres personnes conviées à l’interviewer peuvent être de vraies groupies plutôt que des journalistes avec un minimum de recul. Enfin, alors que la rencontre en tête à tête a bien duré 1 heure pour 47mn d’entretien, je me suis rendu compte que l’enregistrement audio ne pouvait pas être diffusé tel quel pour la bonne raison qu’on y entend Peter Gabriel grignoter sans arrêt des fruits secs (une grande corbeille de mignardises trônait au centre de la table qui nous séparait). A ce jour je ne sais toujours pas si Peter Gabriel était simplement gourmand, nerveux, ou que malicieux, il sabordait sciemment l’éventualité d’une diffusion audio de ses propos. J’étais là pour une interview à publier dans un magazine imprimé. Dont acte.

Bliss : Pourquoi avoir choisi la salle Hammersmith Apollo de Londres pour filmer votre concert ?

Peter Gabriel : Normalement je n’aime pas enregistrer en Angleterre parce que les audiences sont meilleures ailleurs. Londres s’est avéré plus pratique et moins cher pour le matériel 3D dont ils se servent tous les jours. Les musiciens aiment jouer dans des plus petites salles, mais je suis aussi heureux dans un endroit plus grand si l’acoustique est bonne. Le plus souvent dans les grandes salles le son est projeté dans tous les sens. Bercy, par exemple, a un bon son par rapport à sa taille. Dans un théâtre, évidemment, les matériaux qui absorbent, sièges, rideaux… gênèrent moins de réverbération et un meilleur son. Nous voulions utiliser la technologie 3D afin de donner un sens de l’espace sans faire appel à des grossiers effets 3D. Nous avons privilégié la profondeur et les perspectives.

Bliss : En DVD/BD les concerts proposent souvent des mixages 5.1 artificiels. Jusqu’où faut-il aller dans ce type de spatialisation ?

Peter Gabriel : Sur nos précédents mixes 5.1 nous avons vraiment exploré toutes les positions, mais c’est un danger parce que vous ne savez jamais comment le spectateur va écouter. Certains ont cinq haut-parleurs identiques répartis dans leur salon, d’autres ont deux ou peut-être trois bons haut-parleurs et deux mauvais à l’arrière… Mais généralement j’aime bien créer un mixage 5.1 et placer les éléments dans l’espace. Nous avons installé des micros dans le public et auprès de certains instruments de l’orchestre parce que je n’aime pas les effets agressifs des partitions à cordes hollywoodiennes. J’aime pouvoir entendre la présence des instruments, sentir leur chaleur…

Bliss : Pionnier de la musique digitale, vous revenez aux instruments acoustiques, pourquoi ?

Peter Gabriel : J’ai été un fan de l’analogique, puis 100 % digital et maintenant je suis quelque part entre les deux. Je crois possible le son naturel en digital. La technologie avance sur certains points mais on réalise ce qu’on perd aussi au passage. La musique analogique ressemble à une brume, un nuage que vous regardez en imaginant et entendant des choses qui ne sont pas là, votre cerveau peint des morceaux qui manquent. La musique digitale, elle, est découpée, précise, sèche et ne cache rien. Le numérique m’a séduit parce que le support ne se détériore pas. Et puis en analogique il est très difficile d’obtenir la dynamique étendue permise par le digital, par exemple lorsque la musique est très douce puis brusquement très bruyante. Pour résumer, à ma demande, le type qui s’occupe de mes masters met toujours plus de basses sur les disques. Une situation hybride analogique/digital nous donnera probablement les résultats les plus satisfaisants.

Bliss : Enregistrer ce concert en 3D était-il votre idée à vous ?

Peter Gabriel : Vous savez, je suis un grand fan de la 3D depuis 25 ans. J’ai même filmé trois vidéos en 3D mais personne ne pouvait les voir en dehors des cinémas parce qu’il n’y avait pas d’équipements à domicile. J’avais rencontré des pionniers de la 3D qui travaillaient pour Disney, un type qui avait développé une caméra 3D… J’ai été obsédé par la 3D pendant un moment. Cette fois-ci, au moment de décider de filmer le concert, quelqu’un m’a dit : est-ce que vous voulez envisager la 3D ? Ils n’ont pas eu à me demander plusieurs fois ! J’adorais la 3D et depuis Avatar le monde s’y est mis et vient à ma rencontre.

Bliss : Vous pensez que la 3D est là pour rester ?

Peter Gabriel : Nous voyons en trois dimensions comme nous écoutons en stéréo. Retournerons nous au mono ? Non. Mais peut-être que nous ne voulons pas porter des écouteurs tout le temps. La 3D va rester mais je crois que nous en sommes à ce stade là. Ils font déjà des essais d’écrans sans lunettes mais dont l’angle de vision est restreint. Cette première vague de 3D risque de passer et s’installera pour toujours quand il n’y aura plus besoin de porter des lunettes.

Bliss : Vous imaginez tous vos prochains projets en 3D par exemple ? Vous avez tourné en 3D native ?

Peter Gabriel : Si je trouve quelqu’un pour payer (rires), parce que cela coûte probablement 40 % plus cher, voire le double. Oui toutes les caméras étaient stéréoscopiques sauf une, en mono, que je manipule moi-même sur scène.

Bliss : Envisagez vous de rééditer vos 4 précédents DVD en Blu-ray* ?

Peter Gabriel : Nous aimerions tout avoir en Blu-ray, forcément c’est meilleur (rires) ! Alors nous essayons. Pour certains nous devrons rééditer à partir des documents originaux, ce qui sera lent et cher. Quelqu’un y travaille en ce moment.

Bliss : Vos concerts des années 80 et 90 et pourraient-ils un jour être publiés en DVD/BD ? En êtes vous propriétaire ?

Peter Gabriel : Nous n’avons pas beaucoup de documents vidéo originaux. Nous avons en revanche les concerts bien enregistrés sur console, donc cela pourrait sortir pour les fans sous une forme ou une autre dans le futur. J’ai eu la chance d’avoir un bon avocat à la fin des années 80 qui m’a permis de garder le contrôle ce que je faisais. Ce qui dans ce monde digital est un énorme avantage. Il faut juste que mon ingénieur, Dicky, ou quelqu’un d’autre, prenne le temps de faire le tri.

*(Secret World Live, Growing up Tour, Still Growing Up Live, Play)

Propos recueillis et traduits par François Bliss de la Boissière en juillet 2011

Peter Gabriel New Blood
Live in London in 3D
(Blu-ray 3D)

Note générale : 8/10

Réalisateur : Blue LEACH.
Inclus : Biko, Solsburry Hill, Don’t give up…

Concert enregistré les 23 et 24 mars 2011 au Hammersmith Apollo de Londres.

Notre avis : Dans la lignée de l’album concept Scratch My Back de 2010 utilisant uniquement orchestre symphonique et voix, Peter Gabriel livre ici, au sein de 46 musiciens, une performance acoustique plus proche d’un récital mélodique que d’un concert pop-rock. Un assagissement proche de l’assoupissement classique et prétentieux contrebalancé par une captation 3D dernier cri.

Apport HD : Empâtée.

Apport 3D : Troublant, dans tous les sens du terme.

Interactivité : Sur BD 2D, en HD et VOST : Confidences de Peter Gabriel avec coulisses non dénouées d’humour du concert et du projet 3D, hélas bien courtes.
Format : 1.78.
Versions sonores : 5.1 DTS HD Master Audio, 5.1 DD et stéréo PCM.
Sous-titres français et anglais, sur le bonus.
Inclut un livret de 8 pages.

Images : La plupart du temps épatante de profondeur (n&b superbe en 3D) et malgré les sérieux moyens techniques, la 3D native filmée live se cogne aux effets lumineux de la scène : la silhouette de Peter Gabriel devant l’orchestre souvent aplati semble ainsi ajoutée artificiellement (un comble), un faisceau lumineux peut faire loucher comme le moindre flou de la focal… Malgré ces hoquets expérimentaux, le spectacle relief s’impose haut la main devant une 2D HD neigeuse aux noirs bouchonnés.

Son : Musicalité splendide du DD, inhabituellement surdimensionné, et du DTS, capables de finesses et grandes profondeurs. Stéréo PCM anodine à côté.

Note technique : 8/10.
Couleurs et (un peu) N&B – 129’ – Eagle Vision – 1 BD 3D/2D + 1 BD 2D + 1 DVD – Régions multiples.

(Test : FBdelaB)

(Publié en octobre 2011 dans le mensuel Les Années Laser)

Photo Peter Gabriel © DR


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Demain et tous les autres jours : L’âge triste

Ce film raconte de manière inattendue et parfois poétique la relation compliquée d’une petite fille avec sa mère souffrant de troubles mentaux.
Avis express…

Dans le rôle de la maman dysfonctionnelle, l’actrice et réalisatrice Noémie Lvovsky incarne un personnage ingrat et laisse à la jeune actrice prendre la vedette. Entre l’école et son appartement souvent vide, celle-ci tient le coup en discutant avec un hibou de compagnie doué de parole qui lui prodigue des conseils. Un film un peu triste avec des personnages néanmoins généreux.

De Noémie Lvovsky, avec Luce Rodriguez, Noémie Lvovsky, Mathieu Amalric… Au cinéma depuis le 27 septembre.

François Bliss de la Boissière

(Publié en novembre 2017 dans le mensuel Tout Comprendre +)


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L’école buissonnière : Surrané

Si on apprécie déjà le style naturaliste bon enfant du réalisateur de Loup (2008) et Belle et Sébastien (2013), alors ce film retient l’attention.
Avis express…

Documentariste animalier, Nicolas Vanier filme ici avec beaucoup de soin la Sologne de son enfance pour raconter l’histoire d’un petit parisien orphelin venant vivre à la campagne en 1927. Quoiqu’attachants, les personnages sont superficiels, et le récit suranné, mais l’envie de montrer cette époque et ces paysages est contagieuse. Un feel-good movie familial à la française.

De Nicolas Vanier, avec François Cluzet, Valérie Karsenti, Éric Elmosnino… Au cinéma depuis le 11 octobre.

François Bliss de la Boissière

(Publié en novembre 2017 dans le mensuel Tout Comprendre +)


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Blade Runner 2049 : Le futur du passé

En 1982 le film Blade Runner soulevait des questions, posait des thèmes. Preuve de sa longévité dans les esprits, il avait l’intelligence de ne pas y répondre. Il laissait le spectateur hanté par ses interrogations. Ainsi vont les réflexions existentialistes d’hier, d’aujourd’hui, et du futur. Inévitablement, sans doute, pour justifier son existence à l’écran, Blade Runner 2049 répond à la plupart des questions laissées en suspens en 1982. C’est à la fois son intérêt et peut-être sa force mais aussi son plus grand défaut.

En surface, le film de Denis Villeneuve est incontestablement une réussite. Esthétiquement, il reprend presque sans trahir l’univers visuel posé à l’écran par Ridley Scott. Le réalisateur de Prisoners et Arrival a non seulement le courage de s’attaquer au monument de cinéma SF qu’il vénère comme son public (Blade Runner est une des raisons pour lesquelles Villeneuve fait du cinéma, explique-t-il ici), mais il a aussi l’audace de le prolonger et de l’agrandir. Si des éléments du scénario parfois faciles voire roublards, peuvent se chipoter, il serait malvenu de mettre en doute l’aspect visuel et sonore du film.

Dès la scène d’ouverture Villeneuve place la barre à la hauteur que la vénération du film originel le réclamait sans le savoir. 35 ans après le fameux premier survol d’un Los Angeles industriel méconnaissable en 2019, l’horizon du Los Angeles techno dystopique de 2049 est aussitôt familier et agrandit. La bande son où les accords indélébiles des synthés de Vangelis surnagent à peine au-dessus d’une marée industrielle sourde saisit les sens et colle au siège (extrait ici). Porté par ce profond tsunami sonore, le vol puissant et cette fois souple des voitures volantes au-dessus d’un horizon sans fin ne laisse aucun doute : on embarque pour un vertigineux voyage vers le rétro futur.

Tout en silences, langueurs et designs arty parfois gratuits, Blade Runner 2049 rejoue la même partition destinée aux fans que le Star Wars : A New Hope de J. J. Abrams. Une lettre d’amour au film original, avoue lui-même Villeneuve (ici). Les clins d’oeils graphiques plus ou moins discrets, l’apparition visuelle ou audio de vieux personnages, insistent à faire le lien affectif avec le passé. Sans prétendre pouvoir imaginer d’autres façons de créer dans ce début de siècle cinématographique rétro digest il est heureux que Ridley Scott en personne n’ait pas réalisé 2049. Plus ou moins condamné par l’histoire à revisiter ses chefs d’œuvre du passé, Ridley Scott comme au fond George Lucas, a plus envie de faire avancer ses histoires que de les remacher, quitte à saccager et ne pas respecter son Alien originel, par exemple, avec les très discutables Prometheus et Alien : Covenant.

Denis Villeneuve comme J. J. Abrams juste avant lui, se contente essentiellement de bâtir un temple hommage au film originel. « Une cathédrale » dit lui-même sans penser à mal Harrison Ford en interview pour qualifier le film. Une cathédrale, ou une pyramide, un temple en effet, où venir célébrer et revivre un miracle du passé.

De fresques murales en tapisseries, de peintures en dioramas, du théâtre au cinéma, l’homme n’a cessé de mettre en scène son histoire réelle ou rêvée, mythes et religions inclus.
Même si l’on doit regretter les deux pas en arrière que pratique désormais le cinéma qui semble piétiner sur sa propre histoire, il s’agit sans doute là aussi de la confirmation que le cinéma, et donc certains films, appartiennent viscéralement à l’histoire de la civilisation humaine.

Les cérémonies religieuses rejouent le même acte depuis des millénaires. Les pièces du répertoire sont rejouées ad nauseam au théâtre de siècles en siècles. Un film, lui, imprimé sur pellicule, peut être revisité indéfiniment bien sûr. Au-delà de l’opportunisme financier qui initient aussi tous ces semi remakes, il s’agit sans doute de répondre au besoin humain de conforter sa mémoire, de l’embellir et de la magnifier. Les outils technologiques du cinéma permettant de répondre à ce besoin, pourquoi s’en priverait-il ?

Le cynisme du marché ne suffit ainsi pas à expliquer le ripolinage des gloires du passé cinématographique. Les metteurs en scène de talent dont la carrière se porte bien comme J. J. Abrams ou Denis Villeneuve acceptent de rejouer de vieilles partitions parce qu’eux-mêmes aspirent à s’y replonger. Il s’agit sans doute à la fois d’un défi artistique et d’un défi de mémoire, dans tous les cas d’une démarche personnelle bien au-delà des attentes vénales du marché. Tim Miller désormais aux commandes de la franchise Terminator aux côtés de James Cameron le confirme avec candeur. Il ne manquait pas de projet, il aurait pu faire Deadpool 2 mais il choisit les yeux grands ouverts de s’approprier la série de films qui a marqué sa vocation : Terminator 1 et 2. Pour Tim Miller, J. J. Abrams et Denis Villeneuve, c’est aussi l’occasion de collaborer intimement avec les réalisateurs-auteurs originaux, puisqu’ils sont vivants. Une forme d’anoblissement sans doute, de relation filiale de cinéma. Depuis la fin du nouvel Hollywood, les réalisateurs de cinéma grand spectacle sont des geeks comme les autres ou presque.

Inévitablement, Blade Runner 2049 est une oeuvre bâtarde. Autonome et dépendante, elle parle du futur, voudrait visiblement avancer vers ce futur mais reste entravée par son histoire passée. Le nouvel exercice de style créatif du cinéma consiste à manoeuvrer dans ces contraintes : réinventer sans froisser ni l’oeuvre passée ni, pire encore, le public à l’attachement quasi religieux à tel ou tel film.

Denis Villeneuve, les scénaristes, Ridley Scott et Harrison Ford lui-même pas très loin (voir ici), ont-ils trouvé le bon équilibre ? Ce qui est sûr c’est que l’on sort rassasié de 2049. La longueur du film (2h43 avec le générique) se ressent et pèse même parfois quand certaines scènes s’éternisent sans grande raison perceptible. Comme il s’agit là de respecter le style et donc la lenteur du film original tout en bravant, tant qu’à faire, le rythme frénétique des films à effets spéciaux du XXIe siècle, pourquoi pas. Mais cette langueur générale ne garantit pas pour autant une maturité filmique.

À la première vision en tous cas, certains personnages et certaines scènes frôlent le surdosage et donc le ridicule. Sans le talent de filmeur de Denis Villeneuve, plusieurs scènes qui veulent absolument tout dire au spectateur et notamment lancer des pistes pour des suites éventuelles, sombreraient dans la série B. Le film de Ridley Scott avait lui-même des outrances. Le personnage de Tyrell par exemple et son bureau pyramide en faisait des tonnes démonstratives. Surenchérir là-dessus devient forcément caricature. Comme dans Suicide Squad, la présence de Jared Leto en héritier de Tyrell est de trop et fait regretter David Bowie pressenti dans le rôle. À trop vouloir surenchérir sur le fameux décor cuivré de Tyrell de Blade Runner, 2049 fait dans l’épate visuelle épurée pour l’antre glacée de son successeur Walllace. C’est très beau, mais aussi inutile.

Des personnages, et donc des acteurs singuliers, se retrouvent un peu gâchés. La silhouette massive et rassurante de Dave Bautista manque quand elle disparait trop vite. À appuyer de nouveau sur son profil de castratrice dans House of Cards, Robin Wright se trouve mal servie dans un rôle sans nuance et indéfini. Et puis, installé dans les rôles de héros au visage impénétrable depuis Drive, Ryan Gosling était-il le meilleur acteur dans un personnage qui porte en lui une faille que l’acteur retranscrit inégalement. Familier de Denis Villeneuve, le fiévreux Jake Gyllenhaal aurait pu mieux faire l’affaire.

Les réserves et critiques ciblées ne gâchent néanmoins pas l’énorme plaisir à prendre devant Blade Runner 2049. Même plus explicite et moins rébus que son prédécesseur, cette revisitation impressionne par son mélange d’hommage et d’inventivité, sa beauté plastique et sa maîtrise sonore. Et si tous les personnages ont l’air un peu fantomatiques, c’est sans doute parce qu’ils sont l’écho spectral du passé dans un futur au présent.

François Bliss de la Boissière

RYAN GOSLING as K in Alcon Entertainment’s sci fi thriller BLADE RUNNER 2049 in association with Columbia Pictures, domestic distribution by Warner Bros. Pictures and international distribution by Sony Pictures Releasing International.

Photos ©2016 Alcon Entertainment, LLC All Rights Reserved

 


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Okami : Manifeste interactif

Toute œuvre d’importance est un manifeste. Elle interprète le monde, renvoie à sa propre condition, interroge et s’élève. Des années après sa sortie, Okami continue de hanter le joueur et confirme sa place majeure dans l’histoire du jeu vidéo.

Okami : Manifeste interactif

Toute oeuvre d’importance est un manifeste. Elle interprète le monde, renvoie à sa propre condition, interroge et s’élève. Plus elle est authentique, plus elle communique sa vérité, et plus elle a le potentiel d’entraîner le témoin, spectateur ou auditeur dans son vertige. Le jeu vidéo a parfois atteint ce potentiel sublime. Ico, Shadow of the colossus, Zelda : Ocarina of Time et Makora’s Mask (certains citeront le -trop- militaire Metal Gear Solid 2) font partie des rares références d’un médium encore balbutiant et strangulé, comme le cinéma, par le marché. En dehors du temps et des contraintes, et donc déjà incompréhensible, soutenu par une pesanteur auto générée, tournant sur une rotative dont chaque révolution propose un nouvel imprimé, jeu de couleurs, d’émois et d’humours, de théâtres et de gestes, Okami ouvre un nouveau livre de mystères et vient s’ajouter à cette courte liste. Comme ses prédécesseurs, phénomènes propres à l’évolutivité constante de l’informatique derrière la fabrication du jeu vidéo, Okami asservit et transcende la technologie dont il dépend (exclusivement sur PS2 à sa sortie, réédité sous différents formats depuis, dont une version HD en 2017). Fond et forme fusionnent en un instant T unique qu’inspiration et technologie ne croiseront jamais plus, un moment magique comme une aurore boréale, possible seulement à un moment précis des courbes du temps, de l’espace, de la matière, de la lumière et de la poésie.

Dans un registre foisonnant hallucinatoire, aux antipodes du minimalisme chic monochrome et presque neutre des oeuvres de Fumito Ueda, l’Okami de Hideki Kamiya (Devil May Cry, Resident Evil 2, Viewtiful Joe) va là où le cell-shading de The Wind Waker s’est arrêté et franchit sans complexe la frontière culturelle tabou entre le populaire dessin animé interactif et l’élitiste tableau animé. Se faisant, Okami se saisit providentiellement de tout le spectrum du jeu vidéo japonais sur console pour célébrer une messe dionysiaque, animiste et panthéiste. Le spectateur, pourtant joueur totalement concerné et impliqué par les ressorts dramatiques et interactifs du jeu, se fait docilement instrumentaliser par un maelström dynamique au service d’une célébration picturale non référencée. Les détails évoquent leurs sources mais n’expliquent ni identifient l’ensemble. Les contours au fusain et à l’encre de chine, les aplats de peinture à l’eau et d’encres diluées ne se contentent pas de délimiter les personnages, les volumes et les paysages, ils laissent deviner un horizon non horizontal, testent les dimensions, initient des perspectives aussitôt dénoncées. Les humeurs des habitants de ce faux monde traditionnel japonais baptisé « nippon » sont signalées par des bulles de BD aux contours aussi fébriles que la psyché humaine. Ces créature humaines ou divines parlent borborygmes comme ceux d’Animal Crossing. Le timbre et le rythme de ce langage pré-accouchement en disent plus long sur la vie intérieure de chacun que des phrases dites tout haut. Les fins dialogues alors à lire s’inscrivent dans l’esprit comme une petite littérature suspendue aux pulsions intérieures des personnages. Premier et second degré cohabitent dans les échanges entre les personnages comme dans la restitution du monde à double lecture entre BD et peinture.

Innocence artistique

Un des grands frissons induit par le jeu vidéo vient de la conscience qu’un jeu réussi peut potentiellement toucher quelque chose de nouveau, de pas encore expliqué. Une réalisation comme Okami, justement, éveille des émotions et des sensations n’appartenant à aucun autre médium, et à peine à d’autres jeux. Le mot jeu pourtant si ludique et si agréablement léger ne s’applique plus. Sa majesté et son innocence artistique ne peuvent coexister sans l’acceptation du présomptueux mais nécessaire mot « oeuvre ». Bien sûr, à faire cavaler et se battre le loup blanc divin ressuscité après 100 ans de statufication, le joueur retrouve aux bouts des doigts des réflexes et des aptitudes récoltées ailleurs. Mais l’addition de tous ses éléments, ou plutôt leur synthèse, ne saurait se réduire à leur accumulation, à la litanie des références graphiques et interactives ou à une tentative d’étiquetage culturel ou marketing. Ceci est une oeuvre et, à ce titre, elle s’appréhende comme une chose neuve, une magie accouchée par une poignée de prestidigitateurs japonais traversés par des inspirations qu’il serait dangereux de vouloir absolument pister.

Si l’oeil ou le touché ne suffisent pas aux sceptiques à reconnaître sa qualité d’oeuvre artistique à Okami, la prise de risque conceptuelle, flagrante, avec ses contours et ses aplats de couleurs sans cesse en mouvement, plus subtil avec son univers ancré dans la culture féodale japonaise aussitôt moquée, devraient y suffire. Comme le fait que les dizaines d’heures de jeu se pratiquent sans faillir grâce à un programme extrêmement sophistiqué en coulisses, et que le joueur doit s’investir dans la manipulation d’un quadrupède élégant mais pas si charismatique (il grogne, baille et dort) et, surtout, loin du facile anthropomorphisme habituel du jeu vidéo. Ni bête, hi humain, ni dieu, ni concepteur du jeu, le joueur d’Okami est dans le jeu et hors jeu, il est poussé à la prise de conscience de tous les rouages interactifs, des anodins aux supérieurs. L’utilisation indispensable et génialement intuitive du pinceau passe par une touche « Pause » maintenue qui immobilise le monde et lui enlève sa couleur le temps d’appliquer le geste voulu. Malgré sa toute puissance sur le jeu, cette fonction s’avère totalement intégrée. Elle domine l’action mais ne la subordonne pas, malgré son irruption extra dimensionnelle, elle ne détruit aucune hiérarchie interactive. Bien au contraire elle la canalise, l’ordonne et légitime l’ensemble.

Dionysos & fils

Okami se trouve sans aucun doute sur le trajet de la flèche lancée par Link vers le soleil du Lake Hylia de Ocarina of time en 1998. Celle qui transforme le joueur -tueur-bagarreur ordinaire- en deus ex machina, en artiste-acteur brusquement responsable d’une création à valeur universelle. Un Link dorénavant apte à faire lever le soleil ou tomber la nuit d’un coup de flûte, à faire pleuvoir. Avant de conduire au « pinceau céleste » d’Okami, cette flèche mystique allant chercher dans les cieux un pouvoir divin sur la nature à redonner à l’homme, est passée par le petit Link de The Wind Waker habilité à son tour d’un coup de baguette magique de chef d’orchestre à faire souffler le vent vers le nord ou vers le sud, en direction du soleil levant ou couchant. Les poils du pinceau du ciel entre les mains du joueur d’Okami sont taillés pour tout cela et plus. Contrôler l’eau, le feu et les éclairs, dessiner et créer ex nihilo des ponts et des bombes explosives colorées, peindre le soleil ou la lune sur la toile de fond de l’univers ou faire souffler le vent pour pousser des nénuphars créés, eux aussi, d’un coup de pinceau magistral, ne sont pourtant rien à côté du pouvoir de régénération de la brosse céleste. La plus essentielle des activités d’Amaterasu Okami, celle justifiant le retour parmi les vivants de la déité lupine, consiste à chasser une brume maléfique et à réinsuffler la vie à la nature en berne. Une banalité scénaristique très vite transfigurée par des auteurs en quête d’hauteur. Quelques coups de brosse sur un sol desséché et herbes et fleurs se mettent tout à coup à jaillir. Un geste circulaire leste du méta pinceau autour d’un trèfle flétri, d’un arbre calciné, et des geysers de couleurs, de pétales, de bourgeons et de fleurs envahissent l’écran, puis le paysage. Jamais l’expression française « redonner des couleurs » n’aura été aussi adaptée. Cette volonté créatrice en marche est forte au point de faire apparaître de l’herbe fraîche sous les pas du loup démiurge lorsqu’il trotte, ou des fleurs éclatantes quand il galope. Faisant fi de toute extase béate trop respectueuse, l’hymne à la nature et à la vie chanté par Okami regorge d’une vitalité lucide capable de nourrir la dérision enfantine comme l’appétit sexuel, le paganisme et le rationalisme, la prière et la liberté de railler, l’inutile et l’indispensable, l’expérimental et le définitif.

Coup de patte magistral

Les gamers voudront évidemment identifier les seuils de résistance du jeu, les prouesses interactives promises implicitement par le qualificatif « jeu ». Les épreuves seront facilement énumérées ailleurs. Contentons-nous de dire ici que tous les constituants d’un très riche et épique jeu d’aventure-action sont réunis et magnifiés. Que le pinceau céleste est aussi un sabre ou un fouet, que les combats faussement suspendus hors de l’espace-temps du jeu détournent et s’approprient, là aussi, les clichés des affrontements dématérialisés des RPG traditionnels japonais pour les amener vers une arène inédite totalement physique. Contrôler un quadrupède canin au lieu d’un bipède simiesque se fait avec une spontanéité à la fois naturelle (sans heurt) et déviante (inimaginable). La première différence s’introduit ainsi. Le reste suit pendant des dizaines d’heures un chemin destiné à s’épanouir dans le coeur, l’esprit et le corps du joueur acceptant, pour une fois, de devenir instigateur et réceptacle modeste du vivant plutôt qu’instrument de mort.

Pour engager une conversation avec un personnage non interactif, le jeu vidéo a pour convention de faire appuyer sur le bouton « parler ». Dans Okami, la même fonction s’appelle « écouter ». Une nuance qui suffit en soi à définir l’intelligence du propos. Ecoute, nous dit le jeu, et regarde.

François Bliss de la Boissière

Okami

(Publié en février 2007 sur Chronic’art en ligne)

 


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Blade Runner 2049 : avant-goût

Après Star Wars, il s’agit de la suite la plus attendue et aussi la plus crainte d’un film de SF.

Culte depuis sa sortie en 1982, Blade Runner a marqué des générations de cinéphiles, de cinéastes, d’artistes et d’amateurs de science-fiction. Produit et cautionné par le réalisateur de l’original Ridley Scott, réalisé par le talentueux, et lui-même fan de Blade Runner, Denis Villeneuve (Prisoners, Premier Contact…), 2049 reprend l’histoire des androïdes aspirants humains (les « réplicants ») exactement trente ans après la fin de l’original. Harrison Ford retrouve son mystérieux rôle de chasseur d’androïdes face au nouveau venu Ryan Gosling (La La Land) qui vient lui demander des comptes. L’ambition ici consiste à réussir à prolonger le style visuel SF polar noir rétro avant-gardiste de l’original tout en le réactualisant.

Même si le scénario s’affranchit du roman culte de Philip K. Dick (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?), cette suite est un évènement cinématographique et culturel considérable. Réussi, comme espéré, ou copie inutile de l’original, comme on peut le craindre, le film reste incontournable.
(lire aussi ma chronique à la sortie du film)

  • Réalisateur : Denis Villeneuve
  • Interprètes : Ryan Gosling, Harrison Ford… 
  • En salle à partir du 4 octobre

François Bliss de la Boissière

(Publié en octobre 2017 dans le mensuel Comment ça Marche)


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Terminator 2 : Le jugement dernier 3D

Sur grand écran et en 3D, Terminator 2 (T2 pour les intimes) fait la démonstration d’une efficacité insurpassable malgré les 26 années écoulées depuis sa sortie.

En 1991, T2 a été le tout premier film à utiliser des effets spéciaux numériques (le cyborg T-1000 en métal liquide par exemple) que l’on retrouve maintenant dans tous les films à grand spectacle. Supervisées par le légendaire et exigeant auteur-réalisateur James Cameron lui-même (Titanic, Avatar…), la conversion puis restauration en images 4K de la pellicule originale 35mm et l’adaptation en 3D stéréoscopique inédite ont demandé plus d’un an de travail à trois équipes spécialisées. Le résultat visuel et sonore est à la hauteur des standards techniques d’aujourd’hui. L’image est d’une netteté à toute épreuve, les couleurs ont repris de l’éclat tout en respectant la colorimétrie originale. La 3D est employée discrètement et offre de la profondeur à l’image sans occasionner de gène comme certains films pourtant plus récents.

L’histoire où un jeune ado apprivoise puis s’attache à un dangereux cyborg (organisme mi robot mi humain) pendant que sa mère que tout le monde croit folle annonce une imminente guerre nucléaire, et donc la fin du monde, reste passionnante et plus que jamais actuelle. Car derrière les Terminator se cache Skynet, une intelligence artificielle qui a pris le pouvoir sur toutes les machines. T2 reste un grand film d’action humaniste et prophétique.

  • Réalisateur : James Cameron
  • Interprètes : Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton, Edward Furlong…
  • En salle le 14 septembre. En DVD, VOD, Blu-ray 2D et 3D, Blu-ray 4K Ultra-HD le 3 octobre

François Bliss de la Boissière

(Publié en octobre 2017 dans le mensuel Comment ça Marche)


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Rime : Nouvelle vague

Échoué sur une plage, un jeune garçon vêtu d’une toge blanche et d’une cape rouge est réveillé par le cri insistant d’une mouette.

Autour de lui tout semble tiré d’une bande dessinée de vacances idéales au bord de la mer. L’océan et le ciel sont bleu azur, les vagues caressantes, les crabes joyeusement colorés. Même les nombreux lézards courant sur les parois verticales des falaises aux arêtes arrondies inspirent confiance. Et malgré le mystère des lieux jalonnés de ruines antiques majestueuses et le pourquoi de l’absence d’autres humains, le chemin initiatique du garçon en quête de sens et de souvenirs restera aimable.

Les aventures calmes, réfléchies et sans combat sont assez rares dans le jeu vidéo pour être soulignées. La première audace réussie de Rime consiste à faire avancer l’action et l’intrigue en se passant de dialogues et de textes. Un jeu muet, mais pas silencieux bien au contraire. Chaque son de la nature et note de musique informe sur le parcours physique et émotionnel à travers un monde mystique éclairé à tour de rôle par un soleil et une lune qui rivalisent de beauté.

Ici, tout l’art du gameplay et du game design consiste à aiguiser le sens de l’observation en dirigeant discrètement le regard et donc le chemin du joueur vers la prochaine énigme architecturale.

Lumineux, doucement intelligent, animé comme un dessin animé et hyper maniable, Rime confirme le talent singulier du studio espagnol Tequila Works dont le sombre mais raffiné Deadlight avait déjà marqué les esprits .

  • PC, Xbox One, PS4, Switch
  • 1 joueur
  • Focus Home Interactive
  • PEGI : à partir de 7 ans
François Bliss de la Boissière

(Publié en septembre 2017 dans le mensuel Comment ça marche)

CCM 86


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Entretien Michel Reilhac : La VR ? Nouvelle réalité… 4/4

La réalité virtuelle est-elle en train de réinventer le surnaturel ? La VR nous incitera-t-elle à interroger notre identité et celle de l’autre ? Autant de thèmes évoqués avec candeur et optimiste par un des meilleurs représentants de la VR en France : Michel Reilhac.

Dernière partie d’un entretien avec le chantre français de la réalité virtuelle Michel Reilhac que ma passion pour le sujet a plutôt entrainé vers la discussion. Il m’en excusera. Sa participation à un débat sur la VR à la Gaîté Lyrique à Paris révélait une gourmandise et un courage certain pour évoquer le présent et le futur de la réalité virtuelle. Aussi fous soient-ils. Ainsi, avec sa complicité, nous sommes partis des rudiments de la VR d’aujourd’hui jusqu’aux hypothèses métaphysiques qu’impliquent l’avènement de la réalité virtuelle. Sans peur.

Bliss : Parmi les applications évidentes après le tourisme (à lire ici), la réalité virtuelle va aussi trouver des utilités pédagogiques…

Michel Reilhac : Oui. Je pense par exemple à une installation très forte qui s’appelle The Machine to be Another. Il s’agit d’un face à face de deux personnes équipées chacune d’un casque avec une caméra frontale qui filme l’autre. On voit dans le casque le corps de l’autre. C’est à dire qu’on est l’autre. Si on est face à face, moi je suis vous et je me vois moi en face. Il y a tout un dispositif de mimique pour reproduire les mouvements. Par exemple je vais bouger ma main mais ce que je vais voir de mon corps dans le casque est votre main. Et si vous, vous refusez de bouger la main et que vous la laissez immobile, je vais bouger avec mon corps physique mais mon corps virtuel aura une autre position. Toute l’idée de ce dispositif est de voir comment on peut arriver à interagir l’un avec l’autre en s’écoutant et se regardant en dupliquant, en quelque sorte, nos mouvements, pour être ensemble et faire en sorte que cela se reflète. À un moment ils nous font nous lever et on va l’un vers l’autre, on se touche les mains… C’est un truc incroyable. Chloé Jarry qui était au débat de la Gaité Lyrique, développe un dispositif similaire pour un projet qui s’appelle The Enemy qui permet à deux personnes de camps opposés dans un conflit d’être à la place de l’autre, d’être l’ennemi. Un palestinien devient israélien et l’israélien devient palestinien et les deux en temps réel sont l’autre et vont échanger par la voix et par le mouvement pour essayer, d’une certaine manière, de se comprendre.

Bliss : Vous pensez qu’on ne fera plus la différence entre le réel concret et le virtuel ? Que le cerveau ne va plus faire la différence ? Mais peut-être que cela n’aura pas d’importance, si le corps physique n’est pas en danger, le cerveau pourra se laisser y aller…

Michel Reilhac : Encore une fois, pour la raison que j’évoquais tout à l’heure, il ne s’agit plus d’une représentation du monde mais de l’expérience d’un monde. Et ça fait toute la différence. Je pense vraiment que nous n’avons pas encore commencé à mesurer ce que ça veut dire de se retrouver dans un autre monde que celui de la réalité physique. Et au fur et à mesure que les technologies qui restituent la véracité, presque la palpabilité de cet univers virtuel vont s’améliorer, vont devenir de plus en plus réaliste, nous allons être de plus en plus investis, nous allons croire de plus en plus à ces mondes…

Bliss : Puisque vous évoquez les possibilités de mimer le corps en réalité virtuelle, il y aura donc également des applications dédiées à la rééducation physique et neurologique. La réalité virtuelle devrait accélérer plein de domaines d’études, et pas seulement le loisir ou même l’expression artistique…

Michel Reilhac : Je ne sais pas comment mais je suis sûr que tout un champ de la psychologie, de l’analyse, de la psychiatrie va investir et explorer ça. C’est évident que la VR permet de devenir quelqu’un d’autre. Ou d’être plus soi-même. C’est évident. Pour l’instant la seule chose à quoi cela me fait penser c’est The Machine to be Another. Mais je suis sûr qu’il y a d’autres dispositifs qui peuvent permettre de faire ça. J’ai entendu parler d’un projet en développement chez Arte qui consiste à vivre l’expérience de quelqu’un en train de devenir aveugle. Il s’agit de comprendre ce que cette personne vit en perdant progressivement la vue, ce qu’elle ressent et ce que ça implique.

Bliss : Ce dispositif The Machine to be Another fait tout de suite penser par extension que les gens handicapés, paralysés ou mutilés, à qui donc il manque des membres, vont pouvoir investir un espace de réalité virtuelle où il seront « entiers » et debout. Comme dans le film Avatar de James Cameron…

Michel Reilhac : Et aussi tous les gens qui pour une raison ou pour une autre sont mal dans leur peau dans la réalité physique. On vit quand même une époque où on est oppressé par des diktats esthétiques, hommes comme femmes, où chacun est supposé ressembler à certains critères assez normatifs. Il y a beaucoup de gens très mal avec ça et qui, parce qu’ils ne correspondent pas à ces critères se trouvent très malheureux ou intimidés ou délaissés par la réalité physique. À partir du moment où dans un monde de réalité virtuelle de plus en plus crédible et de plus en plus réaliste ils pourront être un canon, ils y passeront de plus en plus de temps.

Bliss : Je ne suis même pas sûr que l’on ait besoin d’être un peu asocial ou avec un physique ingrat ou de douter de soi-même pour avoir envie de se projeter dans un corps virtuel sublimé. Je pense que tout un chacun va rêver de se retrouver dans une enveloppe de « surhomme » comme le jeu vidéo le propose déjà. Je ne sais pas si ce surhomme rejoint le concept philosophique, mais enfin il y a une aspiration à un homme augmenté quelque part. Aujourd’hui alors que cette réalité virtuelle balbutie on arrive à imaginer déjà beaucoup d’applications transformatives. Alors allons-y franchement. À la vitesse où l’on a vu Internet changer le monde en… 15 ans, quid de la VR d’ici 20 ans ?

Michel Reilhac : 20 ans est  un temps énorme. Ça parait dingue. Je pense que la tendance lourde, profonde vers laquelle on se dirige, est le no interface, pas de truchement, pas de joystick, pas d’écran, pas d’objets qu’on porte. Au mieux on portera une sorte de bijou ou de noyau qui sera activé par le biais de technologies hologrammes, de réalité augmenté et de réalité virtuelle. On pourra naviguer de dimensions virtuelles en dimensions physiques et faire des mélanges des deux espaces de manière très fluide. Je pense que nous allons vers des dispositifs entièrement mobiles, des choses qui seront utilisables partout.

Bliss : Est-ce qu’on risque de se retrouver comme dans le film américain The Surrogates avec Bruce Willis où les gens sont allongés tout le temps pour se projeter dans des avatars plus jeunes qui vivent leur vie à leur place ? Ça fait des êtres humains qui acceptent de se mettre dans un semi coma pour vivre une vie rêvée… Le cauchemar…

Michel Reilhac : Non je ne le crains pas. Comme je le disais tout à l’heure, il existe déjà une contre culture qui exprime la nécessité de se rendre compte que dans ces univers virtuels là, comme dans les réseaux sociaux, l’homme n’a pas la satisfaction de tous ses besoins. Nous avons besoin de nous rencontrer physiquement, de voir des gens. Nous restons grégaire. On va valoriser des expériences dans le monde physique et en même temps on pourra basculer sur des dimensions virtuelles…

Bliss : Déjà beaucoup de gens pensent aujourd’hui qu’on se perd en passant autant de temps sur ordinateur et les réseaux sociaux, qu’on casse déjà les liens sociaux physiques… Pourtant il me semble ça cohabite.

Michel Reilhac : Je trouve que ça cohabite aussi. Selon mon expérience, on apprend de plus en plus à percevoir la hiérarchie des réponses à un même besoin. Par exemple quand j’ai le besoin de satisfaire ma soif je peux boire de l’eau au robinet ou retrouver des amis dans un bar et payer 20 € un cocktail hyper sophistiqué, ou je peux m’acheter un soda dans la rue parce que je suis pressé et que je bois pendant que je marche. Il y a une gamme absolument dingue de manières de satisfaire chaque besoin. Je pense que la réalité virtuelle s’inscrit dans le même menu, dans la même gamme de possibilités que le cinéma, la radio ou les livres etc.

Bliss : On saura se unplugger ?

Michel Reilhac : Je pense que oui, vraiment.

Bliss : Et si on regarde le futur dans 50 ans ?

Michel Reilhac : Ah ça ce n’est pas possible (rires).

Bliss : Vous connaissez bien sûr le concept de la Singularité et de l’avènement d’une intelligence artificielle supérieure. On ne va pas refaire Skynet et Terminator mais s’il existe un jour une intelligence artificielle qui se met à communiquer de manière autonome avec l’homme, j’ai l’impression que l’espace de la réalité virtuelle serait l’endroit privilégié de son apparition. Un espace virtuel où elle serait déjà chez elle. Dites moi si je délire…

Michel Reilhac : Siri est déjà les prémices très rustique de ça. Que l’on puisse commencer à parler à nos machines de manière intuitive, c’est le début de cette hypothèse.

Bliss : Her, le film de Spike Jonze était bien sur ce registre.

Michel Reilhac : Oui et c’est pour ça qu’il est fort, parce qu’il parle d’un futur possible. Mais il y aussi la série Black Mirror qui sous un angle très noir montre aussi des possibilités terribles, de la manière dont ce qu’on vit aujourd’hui pourrait évoluer.

Bliss : Est-ce que quelque part on ne rejoint pas le surnaturel tel que les légendes, mythologies et religions ont scénarisé chacune à leur manière ? L’homme n’est-il pas en train de se créer pour de bon une autre dimension qu’on a imaginé et craint sous différentes formes au fil des siècles ?

Michel Reilhac : Il y a dans la réalité virtuelle un aspect boite de Pandore qu’on est en train d’ouvrir. Et pour ma part, la meilleure attitude à avoir avec ça est un esprit, au plan personnel d’action, généreux et ouvert. Et de chercher le mieux dans ce dispositif. D’autant plus que maintenant, l’avènement de la réalité virtuelle comme première étape d’un processus qui ne fait que commencer, mettons vers la singularité, est irréversible. Que l’on soit contre ou pour, on va être obligé de vivre avec. À partir du moment où il y a quelque chose d’inéluctable moi je préfère essayer de le comprendre, de le maîtriser et de l’utiliser le mieux possible.

Bliss : Dernière question en pirouette. Est-ce qu’avec la réalité virtuelle, l’homme n’a pas réussi à s’inventer ou se créer le corps astral

Michel Reilhac : C’est super intéressant comme question parce que ça ouvre aussi tout un champ de possibilités. Et ça rejoint une partie de la préoccupation que j’ai dans mon prochain projet Wait for me. À quoi on touche quand on existe dans la réalité virtuelle ? À quoi on touche quand on commence à se dupliquer ? Qu’est-ce qu’on éveille en nous qui est peut-être de l’ordre du magique ? Peut-être de l’ordre du surnaturel. En tous cas de dimensions qu’on ne connait pas…

Bliss : Une expérience à tendance transcendantale sans doute parce que l’homme a quand même pour manie de chercher la transcendance pour lui-même ou pour les choses qui l’entourent…

Michel Reilhac : Oui. Je pense qu’une porte s’est potentiellement entrouverte vers une dimension magique ou spirituelle, en tous cas transformative pour l’humain. C’est sûr. Ça prendra du temps mais il y a quelque chose de cet ordre là que l’on peut entrapercevoir dans la réalité virtuelle.

Lire également…
Entretien Michel Reilhac : La VR ? Nouvelle réalité… 1/4
Entretien Michel Reilhac : La VR ? Nouvelle réalité… 2/4
Entretien Michel Reilhac : La VR ? Nouvelle réalité… 3/4

Entretien François Bliss de la Boissière

(Photo de Une : Jean-Fabien)

 


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INSIDE : Chef d’oeuvre d’intérieur

Il y aura toujours quelque chose qui échappera à la compréhension dans INSIDE. Et c’est très bien comme ça. On espère même que Art Jensen, son auteur principal, et le reste de l’équipe danoise de Playdead, continuera à garder le silence et ne livrera pas SON explication, s’il y en a une. Car la force de INSIDE comme de Limbo il y a 6 ans, réside dans cet impalpable, dans ce sentiment de fuite en avant non seulement du personnage mais du sens général de l’expérience.

Mystère INSIDE

On ressent fortement les influences esthétiques et peut-être thématiques de l’aventure. Des éléments de réponses sont là, parfois mêmes explicites, dans les décors traversés, les créatures rencontrées. Chaque animation et élément mécanique d’interaction (le terme gameplay devient trivial tout à coup) révèle aussi quelque chose du monde et de ses rouages. Mais la finalité exacte de l’ensemble reste insaisissable. Elle s’esquisse, se devine par à-coups en fonction des péripéties, puis est remise en cause en franchissant une nouvelle porte, en découvrant un nouvel espace. Ces espaces sont parfois rationnels et complémentaires, assez en tous cas pour que le joueur y voit, presque soulagé, une relation tangible de cause à effet. Et puis la poésie et l’inspiration des auteurs reprend le dessus et redistribue les cartes. Ce que l’on croit parfois acquis sur la qualité du petit bonhomme, sur son intention au milieu du monde généralement hostile qu’il traverse, sur l’architecture, les grands vides et les petits espaces, est régulièrement remis en cause. Et ce sera tout ce que l’auteur de ces lignes dira aussi de précis. Car toutes les petites et grandes surprises sont un cadeau pour le joueur participant. Chaque découverte, réussite et échec participe à une construction poétique et politique, entretient un dialogue sociétal et mystique muet mais d’une profondeur, encore très rare dans le jeu vidéo, entre les auteurs et le joueur.

Plénitude

Qu’on ne s’y trompe pas. Le mystère sans cesse repoussé d’INSIDE n’est pas une simple carotte-lanterne agitée dans le noir pour faire avancer. Nul besoin de guetter la fin de l’expérience pour ressentir un sentiment de complétude. Chaque péripétie vaincue ou subie nourrie l’oeuvre tout en provoquant une satisfaction immédiate et pleine. Le génie ici n’existe pas seulement dans la mise en scène visuelle d’un  présupposé master plan. Il se niche également dans le moindre son et infra son, au moindre pas et dans toutes les poses de corps merveilleusement animées. INSIDE est tellement « dedans », par opposition à creux et superficiel, qu’il est plein. Le jeu arrive plein d’une histoire non dite et repart, après avoir pris le joueur par la main et la gorge, avec une nouvelle histoire, écrite à deux. Et celle-ci, libre d’interprétation, résonnera longtemps en chacun. INSIDE appartient d’ores et déjà à la grande histoire du jeu vidéo, et de l’art.

  • INSIDE de Playdead disponible sur Xbox One depuis le 29 juin 2016, sur PC le 7 juillet. 20€ seulement.

François Bliss de la Boissière


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The Witness, réflexions : La singularity de Jonathan Blow

Jouer à The Witness consiste d’abord à rentrer dans le cerveau de Jonathan Blow, son auteur. Sa manière de radiographier le monde et de le retranscrire sous une forme ludo-éducative. Le jeu aura beau prétendre circonscrire une île au milieu d’un Océan Wind Waker, l’habiller de couleurs Splatoon éclatantes et faire accroire à une aventure anecdotique sous bocal, The Witness parle du monde dans son entièreté. Peut-être même du cosmos. Et si le cerveau est un mini (quoique) cosmos. Tout serait dit.

Comment ne pas voir dans la plantation éparse de panneaux puzzles reliés les uns aux autres par des câbles lumineux, un réseau de synapses et de neurones cherchant à s’activer ? Une maquette de monde connecté en réseau, électrique en apparence, neuronal en profondeur. Chaque petit problème géométrique semble autonome jusqu’à ce qu’il produise dans le joueur participant des réactions de cause à effet. Les neurones s’activent un à un, le joueur comprend facilement ses premiers gestes sur la grille. Finement programmée, au service de l’efficacité comme de la satisfaction visuelle et motrice, le déplacement du simili curseur suivi de son petit serpent dessiné entre les cases est un plaisir de l’instant qui pourrait presque se suffire à lui-même. Qui se souvient du jeu Snake ?  Jonathan Blow assurément puisqu’il le fusionne avec la Bataille Navale sur canapé.

L’île du docteur Blow ne peut être qu’une métaphore, une modélisation de programmeur. Le mystère, qu’il faut entretenir le plus longtemps possible pour avoir le plaisir de le découvrir par soi-même, ne peut conduire qu’à une activation globale du cerveau-île-planète. Ou, pour le dire plus intuitivement, à une prise de conscience. C’est donc vers cet éveil progressif que le joueur avance. Prise de conscience des mécaniques de jeu, qui deviennent des mécanismes de fonctionnement de l’île, qui à leur tour lèvent le voile sur de nouveaux espaces et donc de nouveaux points de vues. À chaque étape géographique conquise s’attache un début de révélation. La topographie de ce jardin géant cache, derrière ses couleurs flamboyantes et ses feuillages choisis, une mise en scène de l’éveil, de l’awareness, si l’on se laisse aller à un anglicisme. L’homme ne comprend rien du pourquoi et du comment de la Terre et du cosmos mais il en a une intuition. Et il en est le témoin. Il en va de même sur l’île de Jonathan Blow.

Dans leur Myst et Riven des années 90, les frères Miller avaient fait appel à une magie pour donner naissance à des mondes par les livres. Ils s’autorisaient à court-circuiter la rationalité scientifique d’une ère industrielle à la Jules Verne par l’acte de foi que représente l’écriture. Cette métaphore ultime de l’imaginaire – le livre accouche des mondes – ne saurait être dépassée. Celle de The Witness, on le soupçonne en connaissant le mode de fonctionnement de son auteur et par les indices distillés dans l’île, ne peut être que purement scientifique et rationnelle. Ce qui se voit, ce qui se touche et réagit dans ce décor trop saturé de beau pour être vrai est, au plus, une mise en scène théâtrale des éventuelles conséquences de l’utilisation de la science et des technologies. On sent bien dans ce voyage interactif que l’auteur veut faire dialoguer la nature et la technologie. L’homme n’étant que l’interface, celui par qui les éléments s’articulent, l’agent déclencheur ou destructeur.

Ce qui était observable dans le style imposé de notre entretien  par Jonathan Blow « ce qui est dit est moins important que ce qui est impliqué », l’est également dans The Witness : ce qui se voit et s’entend est moins important que ce qui est impliqué. L’absence a valeur de présence. Drame ou épiphanie, fin du monde ou renaissance, la révélation finale importe peu. Chaque pas est motivé  par le fait que le joueur saisit très vite que quelque chose se dissimule derrière ce décor trop parfait. L’absence de toute vie humaine et animal est évidemment un signal fort d’anomalie. Mais comme nous sommes dans un jeu vidéo, cette absence pourrait passer pour le choix économique et fonctionnel d’une production indé au budget sous contrôle. Surtout si la présence de NPC ne servait à rien d’autre qu’à animer le décor. Sauf que ici et là on croise des statues d’êtres humains. Ou plutôt des hommes et des femmes pétrifiés dans une pose, surpris dans un moment de vie comme les habitants de Pompéi surpris par la lave du Vésuve.  Et contrairement au surprenant et pas si lointain The Talos Pinciple, The Witness ne s’annonce pas comme une simulation ni un test. Le dialogue avec une entité supérieure de Talos est muet et intériorisé dans The Witness. Puisqu’il ne s’impose pas au joueur, l’existence de ce dialogue intérieur ne dépend que du participant. Il n’est pas nécessaire à la résolution des énigmes mécaniques mais il légitimise leur présence sans pour autant servir de prétexte.

Comme Myst et Riven et quelques rares autres jeux vidéo (Limbo notamment), The Witness est davantage qu’un jeu vidéo. Et ce avant même de découvrir l’éventuelle et probable version en réalité virtuelle qui nous transportera pour de bon sur cette île. Le fond et la forme ne font plus qu’un pour offrir ce qu’on n’aurait jamais osé dire, ni même penser il y a 22 ans, mais qu’on affirme sans embarras ou peur du ridicule en 2016 : The Witness est aussi une oeuvre d’art contemporain. Une installation géante à ciel ouvert que l’on pénètre et observe. Ajoutons 2.0 à art contemporain si les gros mots font peur. Quoi qu’il en soit, de Duchamp (cinétisme) aux installations de Annette Messager, du land art à l’urban art comme ici  ou ici, du street art trigonométrique à cette vision anamorphique de la singularité technologique, The Witness brasse et régurgite dans son île aux enfants sans enfants, volontairement ou par influences collatérales, tout un pan de l’expression artistique contemporaine. Nous sommes quelques uns à guetter depuis longtemps la mutation du jeu vidéo en mode d’expression artistique sans pour autant perdre sa nature ludique et insouciante, ou même sa trivialité. Voilà.

Contrairement à l’auteur de ces lignes qui essaie de placer du sens sur ce qui suinte de l’écran mais reste non explicite, Jonathan Blow et sa petite équipe artistique ne font pas eux-même de citations directes (à notre connaissance) et de listing jouant au malin cultivé. À chacun de décrypter et interpréter le paysage au-delà des casse-têtes sur pieds. Quitte à aller jusqu’à guetter le mouvement des nuages. Sauf, tout de même, quand l’intellectuel Jonathan Blow fait intervenir quelques sommités de la science et de la pensée. Alors, le vrai jeu de piste commence. Celui des intentions.

Surpris et déçu que Blow recourt au truc surfait des audio logs pour, supposément, ne pas laisser le visiteur vraiment tout seul dans son île (ajout démagogique qui aurait pu être demandé par un producteur/éditeur, comme celle d’inclure une silhouette visible du joueur grâce à son ombre), on découvre une toute autre intention à l’écoute de ces audio logs (dits brillamment par des comédiens du jeu vidéo visiblement portés par des monologues ayant enfin du sens). En grillant toute chronologie historique et technologique, chaque mini, et rare, dictaphone oublié dans le décor fait entendre les réflexions de penseurs et scientifiques d’époques très variables. Le précoce mathématicien William K. Clifford du 19e siècle, le taoïste Tchouang-tseu (IVe siècle avant J.-C.), l’astrophysicien Arthur Eddington du début du 20e siècle, la bouddhiste Yung-chai Ta-shih (an 700), le spécialiste de la mécanique quantique Richard Feynman dont on retiendra au moins cette phrase : « J’ai la responsabilité de proclamer la valeur de la liberté (de penser) et d’enseigner que le doute ne doit pas être craint ». De la science à la philo en passant par la vie de tous les jours, chacun puisera dans les mystères de The Witness quelque nourriture spirituelle. Et quand même pas mal d’émerveillement.

François Bliss de la Boissière

Merci à danybliss pour les pistes artistiques (et l’aide sur quelques puzzles)…


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Steve Jobs : Ecce homo

Vertiges des mots et de l’esprit, cinéma plastique conceptuel, le Steve Jobs de Danny Boyle rejoint – sans le copier – le niveau qualitatif et mature du Social Network de David Fincher.

La Silicon Valley devrait se réjouir de voir ainsi une de ses légendes immortalisée à l’écran là où les produits qu’elle fabrique disparaissent aussi vite qu’ils naissent. On comprend que la société Apple désapprouve le Steve Jobs faillible de Aaron Sorkin et Danny Boyle. La capacité quasi dictatoriale à la décision du patron d’Apple, ses rapports humains désastreux avec sa fille Lisa et sa mère désavouée révèlent un Steve Jobs capable de cruauté, préférant la raison au coeur. Même si ces relations familiales houleuses ne sont pas totalement avérées, notamment sous la forme fictive ramassée hyper efficiente du film, dans l’absolu, sans tomber dans l’hagiographie béate, le film est bel et bien un tableau cinégénique du génie de Steve Jobs. Un portrait d’homme brillant mais pas d’un dieu. Un être humain avec la capacité unique de mettre en oeuvre sa vision, un être humain traversé aussi par tous les défauts de sa nature et de son histoire personnelle.

Après avoir rebondi sur plusieurs réalisateurs candidats, dont David Fincher lui-même, et plusieurs acteurs dans le rôle principal (dont Christian Bale, sans doute aussi pour sa capacité à maigrir à volonté), voir le projet atterrir sur les genoux de Danny Boyle et Michael Fassbender n’avait rien de particulièrement palpitant. Le scénario en 3 actes bien marqués autour de 3 présentations de produits Apple concocté par Aaron Sorkin intriguait bien sûr, mais l’arrogance et le bavardage incessant de sa série The Newsroom laissait entrevoir les limites de la méthode Sorkin. Après l’implacable The Social Network de Fincher, le film Steve Jobs confirme que pour vraiment bien mettre en scène le vertigineux tsunami de mots et de phrases du brillant dialoguiste Aaron Sorkin, il lui faut un vrai metteur en scène. Et à ce titre, capable du meilleur (28 Days Later, Slumdog Millionaire) comme du pire (The Beach, Trance), Danny Boyle surprend avec cet exercice de cinéma si désintéressé et superbement exécuté.

Les trois actes ont été répétés par les acteurs comme des pièces de théâtre sans qu’à aucun moment le film ne ressemble à du cinéma parlé et théâtral. Alors même que chaque séquence se passe dans les coulisses de théâtres pendant les minutes précédant les montées sur scène de Steve Jobs. La densité presque impensable des dialogues (on se rappellera le staccato des duellistes de l’argumentaire de la série The West Wing écrite par Aaron Sorkin) et l’intensité des tête-à-tête sont mis en image avec un sens aigu du cadrage et du montage. Tout est hyper contrôlé et fluide, rien ne fait faux. Pas même Michael Fassbender attendu au tournant (et bientôt dans le rôle du film Assassin’s Creed). Son charisme naturel d’acteur et son talent d’interprétation sans mimétisme font oublier le vrai Steve Jobs dès le premier plan du film. Même dans un rôle presque ingrat de brunette en faire-valoir de l’étoile, Kate Winslet laisse une marque indélébile. Comme tous les acteurs d’ailleurs, y compris l’insupportable cabotin Seth Rogen qui se glisse dans la peau du frère presque ennemi Steve Wozniak avec une humilité de jeu tout à son honneur.

Le paroxisme permanent des enjeux dramatiques provoqués par la personnalité de Steve Jobs lui-même est si palpable que le spectateur de cinéma, comme l’entourage et le public conquis de Steve Jobs, sont emportés dans le fameux reality distortion field provoqué par la présence du vrai Steve Jobs. Que le film arrive à reproduire cet effet posthume sans pour autant ménager sa vedette est sans doute sa plus grande réussite.

François Bliss de la Boissière


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The Danish Girl : La sensualité faite femme, et homme

Il y a toujours un risque quand un film retraçant la vie de peintres tente de reproduire dans l’image ce que la peinture elle-même dégage. La miraculeuse Jeune Fille à la Perle l’avait réussi avec chaleur en 2003. Récemment, le Mr. Turner de Mike Leigh s’y appliquait presque trop. Pialat le naturaliste, lui, s’en était abstenu avec son rêche Van Gogh de 1991.

Entre reconstitution idéalisée d’un Danemark de 1926 et soin minutieux et pictural du cadre et des éclairages, le film de Tom Hooper retrouve cette espèce d’hyper réalisme historique fascinant du Discours d’un Roi et Les Misérables. Là où le Carol de Todd Haynes s’obstine à brouiller l’image pour, peut-être, mieux étouffer les émotions inavouables, The Danish Girl scrute à la loupe le moindre éclat de lumière dans les tableaux et dans les regards. À ce point de grossissement des émotions et du grain de peau, il n’y a vraiment plus aucun recoin où les acteurs peuvent se replier. La prestation de Alicia Vikander (déjà récompensée curieusement en second rôle aux Critics’ Choice Awards) en femme solide mais femme quand même et de Eddie Redmayne en homme puis femme, avec toutes les étapes intermédiaires de la transformation physique et comportementale, laissent sans voix. Finesse de jeu, sensibilité à fleur de peau et de pupille, pudeur et impudeurs mêlées, douceur presque toujours… les Oscars auront du mal à éviter ces deux performances.

Au creux de ces magnifiques cadres d’appartements-ateliers (à Copenhague puis à Paris) d’un couple de peintres à faire rêver tous les aspirants artistes, va éclore une toile inédite, inattendue, charnelle et pas consciemment souhaitée par les deux auteurs. Une des forces du film est de ne pas faire reposer la naissance de Lili seulement sur l’homme qui se découvre femme. Le regard amoureusement complice et curieux de la portraitiste sur son compagnon paysagiste va quasiment forcer à faire apparaître sur la toile de leur vie le double féminin enfoui, Lili. C’est le regard d’Alicia Vikander sur Lili qui donne le la de la mutation. Amusée d’abord, puis inquiétée et finalement consentante. La compagne est le vecteur indispensable et indissociable de cette naissance. Lili ne veut et ne peut même pas exister sans l’amour de cette femme qu’il aime en tant qu’homme et en tant que femme.

La communauté LGBT trouvera sûrement dans cette histoire librement adaptée de vies réelles de quoi puiser quelques fiertés transgenres. Pourtant, tout en délicatesses et sensualités à la fois contenues et débordantes, témoignage romantique plutôt que militant, The Danish Girl se vit comme une immense histoire d’amour d’artistes d’abord, et une leçon d’humanité ensuite.

François Bliss de la Boissière


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Les chevaliers blancs : du cinéma vérité en grand large

Sec, direct, pas neutre mais sans jugement définitif, un vrai film de cinéma fait vivre de l’intérieur l’opération de sauvetage douteuse de l’Arche de Zoé qui fait scandale depuis 2007.

Entre activisme sincère et roublardise plus ou moins assumée, une équipe commando de l’ONG Arche de Zoé tente de rapatrier du Tchad vers la France une centaine d’enfants supposément orphelins. Des parent adoptants en France les attendaient pour les accueillir. On ne refera pas ici l’actualité, le dossier n’est toujours pas clos (attention spoiler si on a oublié ou pas suivi l’affaire) , et le film, justement, n’oublie pas de poser et soupeser tous les enjeux.
La mise en en scène et le traitement sont à ce titre remarquables. La caméra épouse d’abord les gestes, l’organisation, le paysage. Que font ces gens qui déballent rapidement du matériel d’un avion avant de filer dans un désert de poussière à bord de 4×4 ? Quel est ce camp retranché qui les accueille ? Le film fait confiance aux images d’abord, à ce qui se passe dans le cadre plutôt qu’à ce qui se dit.
Avide depuis longtemps maintenant de ces rôles d’artisans, de métiers, Vincent Lindon est encore une fois une force en action. Même quand il reste immobile. Il est rejoint par une Louise Bourgoin formidablement butée et un Reda Kateb tout aussi fermé et concentré sur la tâche devant lui. Avec eux, le spectateur est méfiant, tendu vers l’avant, vers un objectif inconnu mais puissant. L’approche serait presque documentaire si le filmage n’était pas aussi cinémascope, aussi attentif aux moments de creux qui en disent plus long que l’action. Il y a du Ridley Scott dans la maitrise généreuse du cadre, du Michael Mann quand les focales isolent les personnages du paysage et font pénétrer dans leurs pensées. Sans surenchère spectaculaire ni économie de moyens, le film finit petit à petit par mettre sur la table toutes les questions en suspens, les doutes du spectateur et des personnages. Tout sera dit et presque montré, sauf le bilan qu’il faut en tirer parce que, évidemment, cette histoire vraie comme le  monde n’est ni toute blanche ni toute noire. Le film mérite notre patience.

François Bliss de la Boissière


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RIP le jeu vidéo japonais : fin de la parenthèse enchantée

Devinette pamphlétaire : Pourquoi Bloodborne, Metal Gear Solid V, Xenoblade Chronicles X, Splatoon et Mario Maker n’apparaissent pas dans mon best of jeux 2015 ? Interrogation légitime et réponse directe sulfureuse malgré elle : parce que j’assume ouvertement en tant que joueur, puis en tant que critique, ne plus me reconnaître dans le toucher perclus de rhumatismes et d’arthrose de la majorité des productions japonaises.
Mieux, je le conteste et le dénonce aussi bien en tant qu’oeuvre (ou ce qu’il en subsiste) qu’en tant qu’objet de consommation hors de prix. Y compris ce qu’il reste des plus haut de gamme. C’était déjà vrai les années précédentes, c’est devenu une certitude maintenant que la dernière grosse production made in Konami malgré elle, est sortie. Et, même si on nous dit que, en chiffres, tout va bien chez Mario,  Nintendo a perdu son mojo.

Fin du jeu punitif et masochiste à la japonaise

Bien sûr MGSV est une réalisation soignée nettement plus accessible que les précédents MGS… pour un jeu japonais. Car, comparé à des équivalents occidentaux, la prise en main et les situations de jeu continuent de se réduire à des exercices de constriction et de masochisme plutôt que de générosité et d’élan vers l’avant. Pour une raison ou une autre, volontaire ou pas (technique, UI, gameplay…), il faut à chaque fois lutter CONTRE les jeux japonais pour y jouer. Aucun des bugs pourtant grossiers de Just Cause 3 ne heurtent autant le joueur et le plaisir de jeu que les hoquets techniques permanents et dilués dans le gameplay de Xenoblade Chronicles X ou la difficulté castratrice de Bloodborne. Les puristes indécrottables du jeu vidéo made in Japan s’accrochent et revendiquent des difficultés à leur mesure sans faire le distingo entre jeu d’adresse voulu par les auteurs, programmations mal fichues et culture de l’auto flagellation qui souvent s’additionnent. Grand bien leur fasse. En réalité, ni le marché planétaire ni les gamers dernières générations encore silencieux ne soutiennent cette culture dépassée du passé arcade.

Shadows of the colossus

Dans un jeu moderne, actuel donc, les développeurs ont la responsabilité auprès du public/consommateur de proposer un dosage de difficulté modulable et non d’imposer un mur infranchissable ou exigeant des efforts excessifs. Je considère cela comme une politesse minimum due au client. L’interface technique doit être au service du joueur et non faire plier celui-ci à ses exigences mal formulées ou mal programmées (oui, l’américain Fallout 4 en est aussi coupable en 2015). Nintendo en personne a fini par le comprendre en introduisant le Super Guide dans ses Mario en 2D. Les bacs d’occasions se remplissent trop vite de ces jeux survendus par une pseudo élite du jeu vidéo érigée en porte-parole collectif. Erreur incestueuse d’un milieu qui s’accroche à ce qu’il connaît, ou croit devoir reconnaître comme un passe indispensable, et fige le présent dans l’ombre des statues du passé. Si on comprend et partage l’amour et le respect du jeu vidéo japonais qui a donné sa seconde chance à une industrie mort née au début des années 80 (on l’a accompagné et même participé à sa reconnaissance transculturelle au tournant des années 90-2000 et jusqu’à il y a peu encore) il faut aussi admettre l’évidence même quand elle embarrasse. Même quand elle gagne peu à peu aussi l’intouchable Nintendo. Même s’il y aura encore de beaux restes. Même si Atsushi Morita, le président de Sony Computer Japon espère réveiller la scène japonaise à l’international. Ce que plusieurs créateurs japonais ont eux-même prédit et annoncé ces dernières années doit désormais être acté : le jeu vidéo japonais, en particulier sur console de salon, est mort*.

Nintendo rejoue Sega ?

Quand de mon petit coin du web j’appelle Nintendo à s’allier à Apple avant qu’il ne soit pour de bon trop tard, c’est un appel au secours raisonnable : il faut sauver le petit soldat Nintendo ! Il faut que Nintendo se sauve lui-même de lui-même. Splatoon et Super Mario Maker sont absolument adorables et ne souffrent pas des grincements mécaniques d’autres productions japonaises (encore que, sur Wii U, les limites se ressentent vite). Mais d’un point de vue créatif, Nintendo tourne en rond et se délite jeu après jeu. Dans aucun conte de fées il n’est acceptable que le bonheur se rémunère en argent comme l’a osé honteusement Tomodachi Life en 2014, entérinant malgré lui l’innocence perdue de Nintendo. Le storytelling Nintendo nous raconte que Splatoon a été conçu en interne par une nouvelle génération de développeurs. Sauf qu’on jurerait que Splatoon a été conçu par le Sega des années 2000. Les jeunes créateurs japonais chez Nintendo n’auraient donc pas d’autre porte de sortie créative que de singer le style de l’ex grand concurrent ?

Nintendo botte en touche

Que reprocher à Mario Maker à part arriver après (x3) LittleBigPlanet aux même fonctions « make it yourself » ? De déléguer aux joueurs la pseudo réalisation d’un nouveau Mario au lieu d’en concevoir un lui-même. Oui cela sonne comme de la mauvaise foi. Pas tout à fait. Offrir au peuple un piano à chacun ressemble en effet à un geste de générosité démocratique. Quel meilleur moyen pour déclencher des vocations, trouver le prochain Chopin ou, pour rester dans notre domaine, le prochain Miyamoto ou Yugi Naka ? Sauf que Nintendo n’est pas fabricant de pianos. Nintendo est le compositeur de génie dont on attend la prochaine mélodie, la prochaine symphonie. La critique en place a beaucoup raillé Wii Music qui allait déjà chercher la créativité du joueur au lieu d’offrir un jeu au sens traditionnel. J’avais salué l’insaisissable Wii Music, je grinche à ce Mario Maker industriel qui autorise Nintendo à botter en touche et à nous balader dans des « stages » de bric et de broc en attendant la NX et, on l’espère encore, un vrai et innovant Mario… Si possible à jouer, pas à faire soi-même maladroitement en kit. Mais, ok, that’s me.

Mettre pavillon bas

Voilà trop d’années maintenant que l’on se sent obligé d’expliquer régulièrement que le jeu vidéo japonais n’est plus que le souvenir de lui-même. Avec cette impression très désagréable de bégayer les mêmes faits et arguments (principe de base épuisant du journalisme), d’avoir à justifier, et donc de radoter. Sans doute parce que, même si les chiffres de ventes confirment * déjà (hors l’insulaire Japon et son boum sur mobiles s’entend) depuis longtemps le déclin populaire des productions japonaises (voir par exemple le dernier relevé des ventes dématérialisées), la culture manga-anime japonaise est si forte en France qu’elle continue d’irriguer les influenceurs et intellectuels du jeu vidéo incapables de remettre en question cette tranche de leur culture. Elle appartient pourtant désormais au passé et au rétrogaming. Après l’ultime effondrement de Konami et Kojima cette année, à quoi s’ajoute un Nintendo en perte ou en quête d’identité – on ne sait plus, je vais pour ma part considérer le dossier jeu vidéo japonais clos. Quelle que soit l’autorité que l’on me prête, ou pas, sur la culture du jeu vidéo, il ne m’appartient évidemment pas à moi seul de tirer le rideau sur tout un pan de la culture qui continuera d’exister dans nos coeurs, nos mémoires et nos musées. Mais puisque je prends la parole régulièrement, et parfois encore professionnellement, je m’engage à ne plus rappeler l’évidence en brandissant le même drapeau rouge d’alerte au soleil levant devenu couchant. Pour ne plus braquer ou blesser le lecteur désormais averti, et ne plus se trouver dans la posture du ruminant.

Âge d’or et dernières salutations

On essaiera avec curiosité, respect, et même amusement, les prochaines productions japonaises et en particulier les StarFox Zero, Dark Souls III, Final Fantasy XV, Street Fighter V et l’incongru remake Final Fantasy VII prévus en 2016. Mais sans en attendre rien de plus que précédemment. Et pour les « critiquer » on n’invoquera plus toute l’histoire du jeu vidéo pour tenter de ménager l’affection désormais hors sujet de la culture passéiste du jeu vidéo japonais. Pour tout dire, l’espoir (à dissocier du désir) qu’il nous reste encore vis-à-vis de The Last Guardian repose essentiellement sur le fait qu’un certain Mark Cerny et ses équipes sont venus à la rescousse (technique) de la Team Ico et Fumito Ueda. Et, oui, même si on a été échaudé par les limites techniques de Twilight Princess et Skyward Sword, on croit encore au prochain Zelda Wii U ou, surtout, NX.
Il faut sans doute encore un peu de recul pour refermer sans douleur la blessure. Mais peut-être qu’après l’avoir précisément datée, les historiens qualifieront la parenthèse enchantée pendant laquelle le Japon était maître du jeu comme le 2e Âge d’Or du jeu vidéo après celui des origines. L’histoire du jeu vidéo d’aujourd’hui et de demain s’écrit en Amérique du Nord et en Europe. Deal with it.

François Bliss de la Boissière

* Et sans doute aussi au Japon si l’on en croit le suivi méticuleux des chiffres de vente de Oscar Lemaire 

Tweet chiffres Oscar Lemaire


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Entretien Christophe Gans : L’hybride jeux vidéo et cinéma 1/2

Ex critique de cinéma devenu cinéaste, Christophe Gans ne veut plus distribuer les bons et les mauvais points. Mais sa passion critique et son sens de la formule sont toujours vivaces. Pour parler jeu vidéo on lui a laissé toute la parole. VERBATIM…

Là où l’Amérique a son Quentin Tarantino, la France a son Christophe Gans. C’est à dire un ogre d’images à la passion cinéma dévorante et virale qui cumule sans hiérarchie dominante le savoir encyclopédique de Martin Scorsese et la culture du cinéma bis de vidéoclub. Mais quand Tarantino reste bloqué à l’argentique et à l’analogique, Gans embrasse avec gourmandise la culture numérique. Car à sa passion cinéma azimutée est venue se greffer celles, toute aussi sincère et viscérale, du manga et du jeu vidéo.  Rencontré début 2014 peu après la sortie de son dernier film La Belle et la Bête, nous avons entrainé le réalisateur de Silent Hill dans une conversation passionnée autour du jeu vidéo et de sa relation tumultueuse avec le cinéma…

Jeux vidéo

« À une certaine époque je ne pouvais pas me passer d’enfourcher Epona, le cheval de Link, et de galoper dans les mondes de Zelda : Ocarina of Time ou Majora’s Mask. C’était un besoin physique. De la même façon, j’ai dû jouer 6 ou 7 fois au premier Bioshock. J’y reviens régulièrement. J’aime déambuler dans Rapture, regarder autour de moi et comprendre les détails de cette utopie qui a capoté. Ken Levine sait surement qu’il y a des gens comme moi qui retournent régulièrement dans Rapture, la réexplore et finalement apprécie son travail. Je suis un collectionneur de jeux vidéo. Il y a chez moi un mur entier avec toutes les consoles et leurs jeux dans des boitiers impeccables, avec les notices. J’ai les dernières consoles, évidemment. J’attends comme un fou d’essayer Titanfall sur Xbox One. Sur PS4, j’ai d’abord joué à la version revampée de Tomb Raider parce qu’il m’intéressait de voir en quoi la PS4 apportait quelque chose de plus par rapport à la PS3. Et en effet on mesure vraiment le plus. Mais de temps à autre je ressors ma veille Super Nintendo et je relance un bon vieux RPG. Je fais partie de ceux super contents de pouvoir télécharger des jeux de rôle sur leur tablette. Faire ses choix dans les menus et tableaux a toujours été laborieux avec une manette, alors que c’est idéal et intuitif sur tablette. J’ai dernièrement téléchargé Final Fantasy VI et je vais m’y remettre. Je m’en réjouis d’avance. »

Dead Space

« Les monstres de Dead Space doivent beaucoup à The Thing de John Carpenter. Le virus qui infecte leurs chairs et les a transformé en xénomorphe de combat capable de survivre dans n’importe quel environnement est purement carpenterien. En particulier dans Dead Space 3, jeu maudit qui pendant 8 heures avance comme un mauvais remake des deux autres avant de prendre son ampleur réelle sur la planète gelée. Il y a cette impression très bizarre d’une bifurcation industrielle et conceptuelle en plein milieu du jeu. Ce Dead Space dans la neige devient littéralement un hommage à The Thing. »

God of War

« J’ai eu entre les mains l’adaptation de God of War que préparait à un moment Hollywood et c’était à se taper la tête contre les murs. On connaît tous le jeu vidéo conçu de manière très exemplaire, définition des personnages, esthétique, histoire, niveau de violence etc. Le scénario que j’ai eu entre les mains était une trahison à chaque page. Pour résumer, il faisait de Kratos un bon papa, un sous Maximus (Gladiator, NDR). Jamais je ne m’y serait lancé. Jamais ! Hollywood est une vieille institution, une vieille dame pas partageuse qui n’a pas envie de traiter d’égal à égal avec une industrie concurrente potentielle. Quand Ubisoft ou Electronics Arts s’assoient à une table avec des cadres d’Hollywood, je suis persuadé qu’ils s’entendent dire : « Nous allons faire du cinéma hollywoodien à partir de votre franchise, nous allons garder le titre, et soyez heureux que nous gardions aussi le personnage central. » »

Otaku

« Le manga et sa soeur, la japanime, sont véritablement le chainon manquant entre le cinéma et le jeu vidéo. Quand je me lance dans Crying Freeman en 1995, les gens me demandent pourquoi adapter une BD japonaise, pourquoi ne pas américaniser l’histoire… ? Depuis, les manga font l’objet de grandes analyses, la japanime fait l’ouverture de Berlin. En son temps, les revues de jeux vidéo étaient les seules à avoir pris la défense de Crying Freeman. Logique ! En 1995 cet univers était encore de la contre-culture et je m’y suis accoudé pour faire mon premier film. En 15 ans, nous sommes passés du mépris le plus total à une vraie forme de légitimité. Ça se déroulera de la même manière pour le jeu vidéo. »

Silent Hill

« Quand j’adapte Silent Hill je me mets au service de la Team Silent. Il est hors de question pour moi de me substituer aux créateurs et de m’attribuer les mérites de Silent Hill, d’entacher une création admirée par tant de gens. Pour autant, je suis heureux de voir reprise dans les nouveaux jeux Silent Hill l’idée qui était la mienne dans le film du passage d’une dimension à l’autre sous la forme d’une peau qui se pèle. Le film a été diversement apprécié, mais il est encore aujourd’hui considéré comme l’adaptation la plus orthodoxe d’un jeu vidéo. Et c’est une victoire pour moi. Depuis, la Team Silent s’est fait déposséder de sa création. À partir du 5e épisode l’éditeur a décidé de produire Sillet Hill pour le reste du monde en faisant appel à des studios occidentaux. Comme au cinéma, nous assistons aujourd’hui à une globalisation du marché. Les particularismes qui faisaient autrefois la force des cinématographies japonaises, italiennes, françaises ou américaines, sont en train de finir de s’effacer. Aujourd’hui Silent Hill est un survival horror comme un autre. »

Onimusha

« L’histoire de l’interruption de l’adaptation d’Onimusha est très triste. Je me souviendrai toujours, l’équipe des décorateurs du film étaient déjà à pied d’oeuvre en Chine, et j’étais au bureau à 1h du matin en train de travailler sur le film. Je reçois un SMS : « Il paraît qu’Heath Ledger est mort ». Je me tourne vers mon producteur exécutif et je lui dis : « Si c’est vrai on est cuit ». Heath Ledger n’avait rien à voir avec mon projet sauf qu’il jouait dans L’Imaginarium du docteur Parnassus de Terry Gilliam que mon producteur Samuel Hadida finançait également. Et ça n’a pas coupé : l’assurance de garantie de bonne fin s’est mise en branle. Seul comptait le sauvetage financier de Parnassus. Et c’est notre projet qui a morflé. Quelques concepts d’Onimusha ont atterri dans La Belle et la Bête. À la fin, une espèce de soleil nucléaire incendie tout et pétrifie les gens au milieu de grandes herbes agitées par le vent. Ce petit moment donne une idée de ce qu’aurait été l’esthétique dark fantasy à sauce japonaise du film Onimusha. »

À suivre…

Entretien Christophe Gans : L’hybride jeux vidéo et cinéma 2ème partie où il nous parle de Beyond : Two Souls, Bioshock, Dead Island, Zombies, Demon’s Soul et de Réalité virtuelle… 

Propos recueillis par François Bliss de la Boissière en avril 2014

Photo de Christophe Gans © Nicolas Spiess

(Publié dans Games magazine #3)

 


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Carol : le méli-mélodrame politiquement correct de Todd Haynes

En détournant le mélo amoureux contrarié, Carol ne laisse pas le coeur indemne. On accepte volontiers la manipulation d’une romance à risques entre deux femmes des années 50 puisque même de nos jours cette liberté là n’est pas tout à fait acquise dans nos sociétés. Observer l’amour défier les conventions et gagner son droit d’exister contre la société et ses préjugés d’hier fait toujours mouche. Surtout aussi bien interprété et élégamment mis en scène. Mais treize ans (!) après le formidable Far from Heaven, l’Amérique des années 50 de Todd Haynes rejoue et surjoue cette fois un peu trop l’époque sans y apporter une plus value formelle adaptée ni un fond politique durable.

C’est que, depuis, les Mad Men sont passés par là, et la représentation des années 50-60 de la série de Matthew Weiner n’est pas loin de faire office d’ultime mètre étalon à l’écran. Surtout que la précédente référence en la matière restait… le Far from Heaven du même Todd Haynes. Film au classicisme formel coloré et classieux emprunté à Douglas Sirk qui permettait de mieux fissurer le vernis superficiel de l’American way of life post Seconde Guerre mondiale. Carol se passe essentiellement à New York et sa banlieue bourgeoise et non plus dans une province idéalisée de la Nouvelle-Angleterre. Le décor est alors plus urbain, plus sombre, les gens supposément moins coincés dans leurs rôles, peut-être plus avertis et, sans doute, plus aptes à prendre des risques et à se libérer des contraintes sociales. C’est du moins ce que le film laisse poindre.

Todd Haynes s’appuie ainsi sur un roman « lesbien » de Patricia Highsmith audacieux en 1952, filme « comme si » en Super 16 mm et cherche ses plans dans les cadrages sous verre mouillé du photographe Saul Leiter. Des pedigrees indiscutables. À l’oeil cependant, sur grand écran, le film est flou et presque terne, notamment dans les intérieurs. La reconstitution historique avec ses belles voitures, ses intérieurs feutrés et ses costumes recherchés en prend un coup. Le grain et le piqué ont des limites plastiques en 2015 que le maniérisme rétro ne peut plus toujours justifier. Surtout que, encore une fois, de Douglas Sirk à Vincente Minnelli, le cinéma Technicolor des années 50 claque encore à l’écran plus que celui de toutes les autres époques. Les décors que l’on devine – seulement – brillants de Carol font alors un peu rabougris et tristes. Si c’est l’idée artistique, elle tombe à plat et bride le film.

Heureusement le jeu intense des actrices, lui, remet de la lumière sur la pellicule gonflée. À ce titre, aux côtés d’une Cate Blanchett toujours admirable mais pas très loin de sa Jasmine grande bourgeoise décalée de Woody Allen, le jeu tout en naturel et passion retenue de Rooney Mara impressionne grandement (Palmée à Cannes). Dommage cependant que Todd Haynes n’adresse pas ouvertement le rapport de classe qui lie d’abord les deux personnages féminins. La mise en scène veut nous faire croire dès le départ à un coup de foudre amoureux équitable alors que, forcément, la petite vendeuse Thérèse (Rooney Mara) doit d’abord être fascinée par la grande bourgeoise Carol au double pouvoir de décision et d’achat capricieux. Les invitations de Cate Blanchett sont d’abord des invitations à venir goûter non pas un rapport amoureux inavouable mais le mode de vie de l’Amérique bourgeoise. Le film veut nous faire croire à une relation désintéressée alors que celle-ci démarre et s’articule d’abord à partir d’un rapport hiérarchique de classe. Carol veut et décide. Soumise et fascinée, la jeune Thérèse dit oui à chaque fois. Tard dans le film, une Thérèse culpabilisante reconnaitra d’ailleurs à juste titre sa réédition permanente aux désidératas de Carol. Mais cette passivité est mise au compte de la passion et non du rapport de classe qui pourtant prédomine. Le réalisateur a visiblement préféré éteindre ce thème là pour mieux en souligner d’autres. Notamment celui de tous les hommes clichés que le film épingle avec raison sans rémission. Sauf que l’affreux mari joué par Kyle Chandler (Super 8, Bloodline…) – pour une fois en mode contre-emploi, entraine le portrait sensible de deux personnes vers la caricature d’une époque.

D’abord au service du mélo assumé, situations et personnages sont systématiquement présentés de manières partiales. En escamotant la dimension sociale et politique hurlant d’être traitée en parallèle à la romance, comme dans Far from Heaven, Carol se contente assez naïvement de présenter une histoire d’amour sans autre enjeu que celui du droit légitime de s’aimer entre personnes de même sexe. Une évidence de nos jours. En particulier en France où La Vie d’Adèle et La Belle saison, cette année, sont déjà passés par là.

François Bliss de la Boissière


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The Hateful Eight : Le 8e film de Tarantino est aussi son 1er

Tarantino ne faiblit pas même s’il s’enferme dans un cinéma autarcique de plus en plus étouffant malgré le cinémascope survendu et souvent inutile*. Fidèle à lui-même, pire que jamais, il adore gicler sur la toile et les spectateurs ses mots crus, cruels, sales et baignés dans le sang. Avec toujours ce risque d’être lu au premier degré et d’entendre ses insultes racistes (mais pas misogynes, non, le personnage féminin est aussi mal et bien traité que les masculins) reprises sans contexte dans la rue. Bien sûr, comme avec les frères Cohen, ce portrait d’imbéciles bavards se croyant plus malins les uns que les autres dresse le portrait à rebours d’une Amérique primitive. Soit, l’antithèse du cinéma d’Aaron Sorkin. Mais pour rhabiller les mythes de l’Empire contemporain – cette fois la gueule de bois bicolore post Guerre de Sécession – il faut écouter penser tout haut à longueur de raisonnements demeurés des personnages grotesques et caricaturaux. Surtout que, appuyé exceptionnellement par une composition originale de Ennio Morricone, le western sauvage de Tarantino joue pour de bon une partition empruntée à Sergio Leone et ses suiveurs. Plus spaghetti que Django Unchained, son western théâtral surjoue les cadres interminables, les moments suspendus indéfiniment, parfois sans autre raison que la fascination d’un gros plan ou du vide des cerveaux. Ce n’est pas un secret, Tarantino fait du cinéma bis de citations avec les moyens et la liberté d’un blockbuster d’auteur. Que l’emballage sérieux ne trompe pas, après les particulièrement militants Inglourious Basterds et Django Unchained, The Hateful Eight renoue avec sa filmo de films de genre les plus gratuits comme Kill Bill et Death Proof.

Et pourtant. Malgré les embarras, les exagérations, les prétentions, l’auto complaisance et l’auto satisfaction flagrante d’un Tarantino encouragé par ses comédiens prêts à tous les outrages, le film finit par s’imposer. Peut-être à cause de sa longueur patiente, de sa facture impeccable, The Hateful Eight arrache des rires et sourires puis hypnotise avec son décor, ses costumes et ses gueules cassées. Peut-être aussi parce que, comme le dernier Star Wars, Tarantino refait avec son 8e film son premier film. Huit-clos, whodunit, règlement de comptes, flashback explicatif, présence de Tim Roth (dans le rôle de Christoph Waltz) et Michael Madsen (dans son propre rôle)… The Hateful Eight est le remake version western de Reservoir Dogs. Le huit-clos sanglant dans une cabane de bois frôlant aussi avec le Evil Dead de Sam Raimi, gageons que pour l’un de ses deux derniers films, Quentin Tarantino s’essaiera frontalement au film d’horreur.

* Tarantino envisage sérieusement de faire une adaptation pour de bon théâtrale de son scénario.

François Bliss de la Boissière


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Nintendo et Apple : l’heure du grand rassemblement a sonné

Les deux grandes marques aux coeurs de métier symbiotiques sont désormais orphelines, et au même moment. Apple sort une console Apple TV sans jeu vidéo phare. Avec une Wii U éteinte, Nintendo ne sait plus où et comment faire exister ses personnages chéris dans le salon. Après 20 ans d’esquive, il est cette fois temps que Nintendo et Apple se réunissent. Pour le meilleur et pour le meilleur. Opinion.

Logo Apple WiiU Bliss

Voilà longtemps déjà que je défends deux thèses jusque là dissociées.

L’une présente l’Apple TV – l’ancien même avec ses limites et définitivement le nouveau – comme une « bombe » à retardement sous le téléviseur dès qu’Apple décide d’en faire une machine à jouer. C’est fait. L’Apple TV 4e génération est bel et bien une console de jeux vidéo. Apple en personne n’hésite plus à le revendiquer. La question n’est désormais plus « et si » Apple s’y mettait, mais « quand ». Quand les développeurs et studios de jeux vidéo comprendront qu’il faut s’y mettre sérieusement. Les outils Apple sont désormais à leur disposition pour se jeter sur la TV. Les paris sont donc ouverts.

L’autre thèse, plus ancienne encore, concerne Nintendo. De nombreux prévisionnistes, sérieux ou à la petite semaine, ont régulièrement suggéré que Nintendo se résigne à lâcher, comme jadis Sega, la fabrication de consoles et développe ses jeux sur tous les appareils mobiles ou de salon du marché. Je n’ai jamais cru cela envisageable parce que l’ADN connu et revendiqué de Nintendo consiste à développer en symbiose jeux et hardware. Avec comme objectif indiscutable de garantir un gameplay aussi optimum que le plaisir qui lui est associé.

Chacun de leur côté du Pacifique, Apple et Nintendo fonctionnent depuis toujours avec la même philosophie et la même logistique. Contrôler hardware et software est la seule manière de garantir la meilleure expérience utilisateur. Que cela soit pour les interfaces et les logiciels comme pour les jeux vidéo. À voir et subir l’inconstance des appareils informatiques et des interfaces de toutes les autres marques, on ne peut que donner raison aux deux entreprises.

Apple épouse le modèle Wii

Mais comme le chantait le Bob Dylan qu’a affectionné et influencé Steve Jobs jusqu’à sa mort : «  The Times They Are A-Changin’ » . Les temps changent, les mutations sont inévitables. L’homme, la société doit savoir s’adapter à son époque. Les entreprises aussi. Depuis le décès de Steve Jobs, Apple a déjà changé et trouvé une seconde vie sans son mentor. Derrière son air dégagé et supérieur, le Apple de 2015 cherche ainsi à convaincre avec des mots et des démonstrations agitées très Wii de 2006 (près de 10 ans de retard sur le timing gamer !) que son nouvel Apple TV à tout faire audiovisuel est aussi une console privilégiée de jeux vidéo (voir mon dossier « L’Apple TV est-elle oui ou non une console de jeux vidéo ? »). L’Apple TV 2015 ressemble surtout furieusement à une Wii U Plus.

Nintendo en crise

En pleine crise économique, technologique et identitaire comme toute la scène du jeu vidéo japonaise, et endeuillé par le décès prématuré du respecté PDG Saturo Iwata, le Nintendo de cette deuxième partie des années 2010 va devoir changer à son tour, a déjà changé. Une mutation indéfinissable de l’extérieure et peut-être même de l’intérieur, allez savoir, est déjà en cours chez Nintendo ces dernières années. L’investissement et le déménagement dans un nouveau bâtiment où la R&D est en bonne place a forcément bousculé des habitudes malgré le secret qui l’entoure. Une tentative pour l’instant vaporeuse de diversification vers la conception d’appareils et d’applis liés à la santé reste en suspens. Et, après des années de dénégation bravache, le développement sur appareils mobiles tiers, au Japon en tous cas, est acté. Des personnages Nintendo vont donc bientôt apparaître sur des appareils mobiles d’autres marques. Les Mii pour l’instant, cela suffira bien. Mais le tabou est levé. Nintendo n’a plus vraiment de frontières nettes. Comme ses personnages ubiquitaires qui apparaissent partout et nulle part dans Hyrule Warriors, Mario Kart, Super Smash Bros et même, sous forme de vêtements (!), dans le dernier Project Zero. Sans compter les Amiibo, ses jouets-jeux vidéo copieurs tardifs de Skylanders. Nintendo ne sait plus à qui se vendre.

Mariage de raison

Nintendo sans plus d’appui hardware crédible *, Apple sans icône vidéoludique historique et sérieuse… Faut-il vraiment faire appel aux actionnaires, aux analystes de marché et autres grands clercs attitrés pour voir là le mariage idéal ? Culturel, technologique et économique. Celui qui assoirait pour de bon et sans discuter la crédibilité jeux vidéo à Apple. Celui qui garantirait enfin un support hardware (et marketing) universel permanent à Nintendo. Celui qui rendrait jaloux et repousserait les voraces économiques du secteur de loisirs : les Activision capable d’engloutir des King, les Vivendi boulimiques jusqu’à vouloir à tout prix une part du « phare » breton Ubisoft…

Association de bienfaiteurs

Apple et Nintendo ensemble ne serait pas une affaire de malfaiteurs comme tant d’autres mais une association de bienfaiteurs. L’intégrité artistique, technologique et même économique de l’un et de l’autre serait enfin réunie vers un objectif commun et idoine. Ce n’est pas de l’angélisme. Ces deux ADN là sont faits depuis longtemps pour accoucher d’un nouvel embryon. Seule l’histoire personnelle des entreprises, l’orgueil de leurs dirigeants fondateurs ont interdit d’imaginer sérieusement de telles fiançailles. Mais on l’a vu, Tim Cook le diplomate n’est pas Steve Jobs. Ses accords avec les ennemis jurés IBM et Microsoft suffiront à le prouver. Banquier et gestionnaire d’abord, Tatsumi Kimishima le nouveau responsable de Nintendo n’a sûrement rien à voir avec le redoutable stratège indépendant que fut Hiroshi Yamauchi ni avec le gentil et fidèle héritier Saturo Iwata. Avec ces nouveaux décideurs plus pragmatiques que leurs flamboyants prédécesseurs, tout devient à nouveau possible.

Le meilleur des deux mondes

Depuis novembre 2015, le positionnement et l’écosystème du nouvel Apple TV rend un rapprochement entre Apple et Nintendo tangible. Nintendo pourrait développer ses jeux, Mario, Zelda, Pikmin, sur Apple TV sans rien changer de son savoir faire. Pour garantir jusqu’au joueur son savoir faire ergonomique, Nintendo n’aurait qu’à fabriquer une de ses manettes innovantes dont elle a le secret et autant d’accessoires souhaités compatibles MFI : Apple TV et même iPhone et iPad dans la foulée. Le joueur récupérerait le meilleur des deux mondes. Apple nous a par exemple confirmé que chaque développeur de jeu est libre d’utiliser ses propres serveurs pour les parties multijoueur ou d’exploiter ceux d’Apple. Loin d’être au top, l’infrastructure réseau de Nintendo profiterait alors aussi là des moyens techniques d’Apple pour ne plus avoir qu’à se consacrer à sa magie interactive liée aux jeux vidéo.
Le mariage Apple et Nintendo n’est plus une hypothèse, ni un compromis, ni un souhait, juste une évidence. Et peut-être même une urgence. Pour l’un et l’autre.

* Le presque fameux commentateur Michael Pachter vient encore de condamner Nintendo et sa prochaine console NX et donne raison en creux à mon appel au rassemblement.

François Bliss de la Boissière


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Faut-il avoir peur du nouvel Assassin’s Creed ?

Bugs techniques, polémiques historiques, le dernier Assassin’s Creed a été révolutionnaire là où on ne l’attendait pas. L’épisode 2015 londonnien a donc pour double vocation de corriger le tir, d’abord médiatique, puis de réussir encore une fois un pari conceptuel et technique. Mais bonne volonté, compétences et énergies décuplées dont ne manquaient sûrement pas ACUnity suffiront-ils à garantir un produit sans défaut le jour de la sortie ? Là est la question.

Assassin's Creed Syndicate © Ubisoft

Note : Ceci n’est pas un papier « preview ».

Le nouvel Assassin’s Creed sort ce vendredi 23 octobre et en joueur avide des mondes parallèles, j’ai très très envie de plonger dans le Londres de la révolution industrielle. Très envie mais aussi très peur.
La sortie laborieuse de Unity fin 2014 avec tous ses problèmes techniques laisse un souvenir mitigé. De la même manière que, d’un point de vue historique et politique, le traitement un peu léger (si l’on se fie aux historiens et spécialistes) de notre Révolution laisse un goût amer. Pourtant, une fois passés tous les débats techniques, commerciaux et intellectuels que mérite le jeu vidéo au même titre que n’importe quel autre produit culturel qui, notamment, revisite l’histoire, il faut bien reconnaître que, un an plus tard, la reconstitution historique de Paris de Unity continue de laisser un souvenir impérissable.
Grâce au travail phénoménal des studios Ubisoft, le Paris de 1789-93 ne me quittera plus jamais. Et je m’apprête à y retourner régulièrement, oui, en voyageur du temps / touriste virtuel. Cette immersion interactive dans les rues de la capitale au milieu d’une population de braillards en loques ou huppée a rejoint dans ma représentation réalistico-fantasmatique du monde passé les films Barry Lindon, Dangerous Liaisons, The Age of Innocence, Marie-Antoinette (Coppola), A Royal Affair, Les Adieux à la Reine qu’il faut avoir vu… (eh, non, pas Les Mariés de L’an deux de Jean-Paul Rappeneau, ni l’opéra rock La Révolution Française). Après le fantastique voyage turquoise dans les caraïbes de Black Flag et la traversée de Paris sous la révolution, je n’attends pas moins de l’immersion dans le Londres enfumé de 1868.

Damage control

Ubisoft a indiscutablement un savoir-faire unique dans sa capacité à coordonner le travail de plusieurs de ses studios internationaux autour de ses plus gros projets. Mais au delà de ses envies et besoins créatifs intrinsèques, cet Assassin’s Creed londonien piloté par Ubisoft Québec (8 autres studios Ubisoft y sont attachés) a forcément été obligé de prendre à son compte un sérieux cahier des charges en réaction à l’épisode pas aussi révolutionnaire que prévu de 2014 piloté, lui, par Ubisoft… Montréal. Ainsi, en théorie, Syndicate doit autant être une opération de cautérisation des blessures techniques de Unity que de réconciliation avec le public et les médias. Même sans être officiellement déclarée, et sans forcément avoir repéré chaque détail, l’opération de communication, parfois vraiment intégrée au gameplay, a bien démarré. À commencer par la plus voyante et tout à fait bienvenue malgré son ostentation…

Elle et lui et l’inconnu technologique

En réponse aux accusations de ne pas avoir de personnages féminins parmi la troupe d’Assassins de Unity, Ubisoft réussit le tour de force logistique et scénaristique d’inventer un couple de héros jumeaux garçon et fille dans Syndicate. Pour circonscrire les dysfonctionnements techniques, l’aventure à Londres se passe de tout mode multijoueur (on ne s’en plaindra surtout pas ici). L’absence d’une appli compagnon déportée sur tablettes devrait aussi avoir simplifié le travail des développeurs auxquels, jusqu’à l’année dernière, on demandait plus à chaque épisode. Et cette fois, en l’absence de développement sur PS3 et Xbox 360, le moteur graphique « next-gen » d’Assassins semble entièrement dédié à la PS4 et à la Xbox One. Mais quid de la version PC disponible un mois plus tard et désormais dernier maillon technique faible des blockbusters (Batman Arkham Knights et quelques autres) ? Même en admettant que ces différentes solutions techniques et créatives permettent au jeu de trouver un meilleur équilibre, il reste encore des questions en suspens.

Racolage par la violence

Malgré tout leur prestige, les super productions Ubisoft exploitent par exemple presque toujours une violence graphique ou actée au-delà du nécessaire. Sans doute pour se garantir (facilement ?) un certain public, à défaut d’un public certain. L’introduction des armes à feu et des bagarres à mains nues de la révolution industrielle va-t-elle déclencher de nouveaux paliers de violence ou de brutalités gratuites ? Juste pour le « show » ?
Car avec sa série historique, Ubisoft sur le fil du rasoir joue toujours un double jeu : celui de la référence historique et culturel (un nouvel hors série du mensuel Historia vient cette année encore cautionner la reconstitution du Londres de la fin du 19e siècle) et le simulateur de meurtre. Un procès d’intention qui n’appartient pas seulement à l’éditeur franco-canadien évidemment. Sauf que les ambitions artistiques et culturelles affichées, reconnues et appréciés des productions Ubisoft (Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre en est le meilleur dernier exemple) appellent un peu plus chaque année à réconcilier les deux extrêmes. On ne désespère pas même si, d’évidence, le concept « assassins « oblige un peu. Et, justement, dans le même ordre d’idée d’exploitation un peu trop facile de la violence, ne faut-il pas déjà s’inquiéter des diverses extensions qui, pour se vendre, risquent de racoler nos plus bas instincts ? Notamment l’extension Jack L’Éventreur associée au passe saisonnier qui, sous couvert de réalité du personnage historique, risque potentiellement de se laisser aller aux pires dérives sanglantes ?

Qui est responsable de quoi ?

Même si Ubisoft Québec a participé activement à plusieurs Assassin’s Creed et extensions, Syndicate sera le premier jeu sous l’entière responsabilité du studio québécois. Et si l’on veut bien croire au talent de la nouvelle équipe aux manettes, cette notion de production haut de gamme originale capable de changer de réalisateur sans perdre de sa substance et de sa personnalité reste encore une des grandes problématiques du jeu vidéo. On se souviendra que le premier Assassin’s Creed a été signé Patrice Désilets et que depuis, si ma mémoire est bonne, aucun autre nom n’est resté attaché à la série à part celui de la productrice Jade Raymond. Tous deux ont d’ailleurs quitté Ubisoft. En cela le jeu vidéo épouse le cinéma de producteurs des années 2010. Les réalisateurs connus ou pas se mettent au service de licences plus fortes qu’eux où leur nom ou singularité disparait. Tout le monde ne s’appelle pas JJ Abrams. (…)

London revisited et Machine de guerre marketing… suite et fin de l’article ici sur Gameblog.fr

François Bliss de la Boissière

(Publié le 20 octobre 2015 sur gameblog.fr)

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Réalité virtuelle, premier plongeon : partir, ne plus vouloir revenir

Je voulais y croire mais il fallait me convaincre pour de vrai. C’est fait. J’ai goûté à la vie virtuelle, brutalement, irrémédiablement conquis. Et ce n’est même pas le leader officiel de la VR Oculus Rift qui m’a fait plonger, mais le procédé PlayStation VR ex Morpheus de la PS4. Il sera sans doute premier vrai portail populaire vers la réalité virtuelle.

PlayStation VR (DR Techinsider)

Avant toute chose, parce qu’une image vaut mille mots, voir cette vidéo de London Heist sur PlayStation VR…

Fervent croyant en la prochaine réalité concrète de la réalité virtuelle, je n’étais habité que de curiosité avide au moment d’essayer enfin la technologie Sony lors de la journée média du Paris Games Week 2015. Surtout que mes deux seuls précédents essais de casques VR m’avaient laissé un goût d’inachevé.

Samsung Gear VR et Oculus Rift ? Passez votre chemin

J’ai ainsi eu l’occasion d’essayer lors de sa commercialisation aux USA le Samsung Gear VR qui utilise un Galaxy Note en guise d’écran. Si l’expérience était plaisante, j’ai quand même eu l’impression que nous étions encore loin de l’immersion promise. La définition de l’écran insuffisante, la surface de visibilité limitée devant soi, et les programmes rudimentaires disponibles, y compris la présence dans un concert live, m’avait laissé circonspect. Désolé de décevoir l’initiative Samsung Gear de John Carmack, ex idSoftware, devenu responsable de ce développement mobile chez Oculus Rift et donc Facebook. Pour un gamer technophile, pas de compromis possible. La totale technologique, ou rien.
J’ai aussi essayé l’Oculus Rift original version DK2 accessible parfois à La Gaîté Lyrique de Paris. Trop rapide, avec un casque mal ajusté sur le crâne, une définition d’image discutable, le petit trajet en wagon minier était certes nettement plus immersif que le Samsung Gear VR, mais il fallait surtout deviner le potentiel au lieu de le ressentir pleinement. Même si cet essai a conforté mon enthousiasme de rêveur enfantin.

Le grand plongeon

Après la démo du PlayStation VR au stand Sony du Paris Games Week hier soir, je me rends compte que j’étais heureusement encore sensoriellement loin du compte. Cette fois fût la bonne. Plus de doute, l’immersion physique est réelle. À tel point qu’il faut quasiment lutter à l’intérieur de soi pour ne pas se laisser totalement aller aux émotions que la situation impose de facto.
La démo choisie, à ma place, de l’émotionnellement violent London Heist « parce qu’il s’agit de la plus immersive présente ce jour au Paris Games Week » a finalement été effective pour moi. Justement parce qu’elle m’a obligé à ne pas me laisser aller comme j’y étais prêt. Je suis en effet prédisposé à disparaître dans un monde virtuel imaginaire, mais certainement pas prêt à me laisser malmener par un inconnu menaçant ! Ce qui est le cas de la première partie de la démo interactive de London Heist (si vous n’avez pas encore regardé la vidéo, il est encore temps). Au préalable la jeune hôtesse qui assiste la démo donne quelques instructions élémentaires, demande de s’assoir sur une (vraie) chaise et prévient qu’une fois debout, elle enlèvera la chaise et de ne pas s’inquiéter. Et pourquoi me mettrais-je debout demandais-je en sachant, prudent, qu’il vaut mieux ne pas se déplacer dans un espace réel avec un casque supprimant quand même la vue ? « Vous verrez bien » tente de me rassurer la jeune assistante. « Tkt » dirait un gamin que je connais en m’inquiétant deux fois plus. Mais on est là pour se lancer, pas pour tergiverser, surtout que la file d’attente des candidats est longue, le temps compté et précieux.

Casque VR sans gêne

Trois secondes dans le jeu et je suis déjà incapable d’avoir un avis sur le casque Sony lui-même et son confort. Tout au plus puis-je confirmer qu’il ne m’a pas gêné du tout pendant toute la démo jouable, qu’il m’a paru léger et confortable. Il est bien resté en place sans m’écraser le crâne ou glisser, y compris quand j’ai levé et baissé la tête, très vite même puisque cela est possible au milieu d’un décor à 360° qui existe (le verbe « s’afficher » ne correspond plus à l’expérience) sans rémanence ni décrochage. Seul le casque audio installé par dessus m’a créé une sensation d’étouffement exagérée. Mais c’est un ressenti personnel du pointilleux ergonomique que je suis. En réalité j’étais déjà en train de regarder tout autour de moi la pièce où je me retrouvais.

Voilà donc à quoi sert l’invention du relief

Et je me suis pris en pleine figure le détail technique le moins évoqué de la VR de ce début du 21e siècle : la 3D stéréoscopique ! Et d’ailleurs je n’y ai pensé qu’après la démo, pas pendant. Et pourtant c’est d’abord elle qui trompe les sens avant même de se rendre compte en tournant la tête dans tous les sens que, oui, je suis immergé dans un hangar enfumé. Le premier effort du « testeur » d’une nouvelle technologie que je me devais de représenter a donc d’abord consisté à détourner les yeux du gros bras musclé assis juste en face de moi. Pas si facile. Dans la vraie vie personne ne lâche le regard d’un type qui vous fixe d’un air mauvais en vous envoyant de la fumée de cigare jusqu’au visage. S’y appliquer dans un espace de réalité virtuelle consiste en fait déjà à créer une rupture dans le jeu, une tentative de reprendre le contrôle et de ne pas se laisser aller à croire « pour de vrai » ce qui se passe. Cela ne brise pas le jeu qui continue à son rythme mais on casse déjà les règles du « gameplay » super FPX (first person experience). J’ai donc bravement regardé tout autour de moi pour constater avec effarement que j’avais vraiment la sensation d’avoir été téléporté dans une pièce sombre, inquiétante, avec des éclairages minutieusement répartis. Un hangar de bonne proportion dont j’ai mesuré très vite les distances grâce à un ressenti tout à fait tangible de la spatialisation tout autour de moi. Dans cette 3D relief globale, contrairement à celle du cinéma en salle ou à domicile avec des lunettes 3D à la vision limitée, les effets d’ambiance, de lumières, de fumées, de poussières donnent une présence physique totale. Les bruitages d’ambiances discrets dans les oreilles confortent et appuient évidemment ce que l’on voit.

Le grand face à face virtuel

Le type en marcel en face de moi m’interpelle et me parle de plus en plus violemment. Irrité de mon manque d’attention il se lève brusquement en repoussant sa chaise et fait un petit pas rageur vers l’avant. Impossible de ne pas tressauter. Le réflexe de protection instinctif et physique vient de plus loin encore que le réflexe habituel du pratiquant jeu vidéo. Là encore ma tentative de désamorcer la situation tendue en rigolant sous le casque cachait à peine une terrible sensation d’inquiétude physique. On a beau jouer les décontractés à qui on ne la fait pas, on sent venir le passage à tabac en totale passivité. Et l’anxiété s’installe au creux du ventre malgré soi. Le type s’agite maintenant debout, se rapproche encore, chalumeau allumé à main. On est assis, la présence massive du malabar nous domine, nos muscles se tendent parce que, hé, c’est un jeu vidéo n’est-ce pas ? Pas parce qu’on a vraiment peur du gros bras bien sûr. Bien sûr. Et le jeu va bien nous demander à moment ou à un autre de réagir avec nos petites mains agrippées aux deux manettes PlayStation Move, non ?
Un smartphone sonne dans la poche du bonhomme prêt à exploser. Il entame une conversation qui le calme à peine avant de se résoudre à nous tendre le téléphone. Le piège à enrôlement ici consiste à devoir quand même obéir au type qui nous ordonne de nous lever pour attraper le téléphone. On résiste, il insiste et je n’ai pas détecté de gestes ou de mots en boucle flagrants façon jeu vidéo en mode automatique. Il faut donc bien se résoudre à jouer le jeu de l’autorité et se lever. Le bras droit se tend instinctivement vers le téléphone, une main gantée flottante apparait dans la pièce (« écran » ne correspond plus), la mienne aucun doute, et j’appuie sur la gâchette comme demandé tout à l’heure par l’hôtesse de la vie réelle pour attraper le smartphone. Je le porte naturellement à l’oreille pour écouter le message de quelqu’un. Ce mélange de gestes réels dans un espace virtuel imaginaire est bien étrange, troublant. Fondu au noir.

Pourquoi on y croit ?

À cet instant entracte de la démo il faut revenir sur le pourquoi et le comment de l’impact réussit de l’immersion. London Heist prouve que certains développeurs maitrisent déjà drôlement bien les conditions techniques et artistiques d’une immersion physique et psychologique. Cela augure bien de la suite et de la vitesse des progrès. La présence tangible, incontournable, d’un corps physique humain, quasi charnel, en face de soi est bien le premier morceau de bravoure accompli par Heist. Bon acting en performance capture, certes, mais aussi bonne évaluation du volume du corps dans l’espace tridimensionnel, et en particulier de ses gestes et de ses rapports de distance avec nous, qui n’avons pas de corps à part les mains (ou alors j’ai oublié de regarder mes jambes). Dès que l’on croit à une présence près de soi dans ce monde virtuel, c’est gagné. Car, maligne, la séquence nous laisse le temps de nous ajuster. Le malabar sûr de lui et de sa position est assis quasi immobile devant nous. Il attend visiblement que nous reprenions connaissance en nous narguant. C’est le joueur étranger à la situation en revanche qui s’agite sur sa chaise pour découvrir l’endroit où il se trouve. Exactement comme dans la peau du personnage que nous jouons malgré nous : coincé sur une chaise, se réveillant sans doute après avoir été estourbi et trainé dans ce hangar à son insu. Surtout que de films en séries, cette scène là du héros mis en mauvaise posture par de violents truands est bien connue. On l’investi en un rien de temps. Avec en plus cette petite voix intérieure qui dit : non, ils ne vont pas nous faire ce coup-là ? Eh bien si. Et c’est un exemple parfait.
La seule chose que les programmeurs peuvent encore ajouter serait sans doute que le personnage réagisse vraiment à nos positions de têtes. Je ne crois pas voir remarqué que ce fut le cas. Quand nous détournons la tête pour ignorer royalement notre vilain interrogateur, celui-ci pourrait, devrait, se replacer devant nous, ou nous demander de le regarder en face. Cela viendra sans aucune doute.

Acte deux : la fin des minis jeux de tiroir

Le deuxième acte de la séquence rend les choses plus concrètes cette fois, et plus jeu vidéo. Du classique en terme de jeu vidéo, mais de l’inédit en qualité d’immersion et de sensation d’y être. La scène commence debout. La chaise du monde réel n’est plus derrière moi, j’ai vérifié d’un coup de talon. Une voix dans l’oreillette (on suppose) demande de fouiller un bureau-secrétaire devant soi, de trouver une clé dans un tiroir, de se méfier des vigiles qui font la ronde – on commence à voir leurs lampes torche au loin – et d’attraper un flingue dans un des tiroirs si nécessaire. Nos deux mains gantées flottent devant nous. On approche de la poignée d’un des tiroirs, on appuie sur la gâchette du PlayStation Move, on tire vers soi et le tiroir s’ouvre naturellement, de l’exacte distance tirée. Je referme d’ailleurs aussitôt le tiroir et refait le geste plusieurs fois. Et chaque fois ça marche, je tiens le tiroir bien en main. Adieu toutes les raideurs des ouvertures de tiroirs de The Last of Us à SOMA (pour n’en citer que deux). Pareil pour le tiroir d’à côté et le grand en dessous. Le meuble devant moi existe donc concrètement dans une semi obscurité. J’attrape une lampe torche de la même manière instinctive avec la main droite. J’éclaire mieux le meuble. Je n’aurais pas le temps de trouver la clé en question, je m’amuse trop à ouvrir et fermer les tiroirs, à lâcher la lampe et à la reprendre en serrant bien la main. Je trouve aussi ce qui ressemble à des chargeurs de révolver dans un tiroir. Je les prends sans effort et les pose sans ménagement sur le bureau. J’attrape, je lâche, j’attrape, je jette, tout ça avec mes petites mains virtuelles qui ne le sont plus tout à fait.

Légitime jouissance

La grande salle devant moi s’éclaire brusquement. Des tireurs en costumes se faufilent partout et se cachent derrière les fauteuils, style Uncharted. J’entends des coups de feu et des balles siffler à mes oreilles. La voix dans l’oreillette me suggère de me cacher derrière le secrétaire. Comment ça ? Comment ça ? Je me baisse, je mets un genou en terre, pour de vrai, le sol est dur, et je vois bien que mon regard se retrouve désormais au ras du bureau, à l’abri des balles. Mon dieu. Action, j’y suis ! Je me relève un peu, ouvre en catastrophe un tiroir oublié, je vois le flingue. Je ne me pose pas de questions je le prends de la main gauche qui m’est naturelle et, oui, je commence à viser les silhouettes et je tire. Time Crisis, Blue Estate nous revoilà. Mais dedans, en plus joli, en plus immersif c’est sûr. Le révolver tressaute à chaque balle, l’impact est juste, la visée aussi. Le PlayStation Move vibre-t-il ? Je ne sais plus, là sur le moment je le crois. Plus de balles ! J’attrape de la main droite disponible un des chargeurs sur le bureau. Mes deux mains se rapprochent instinctivement, le révolver d’un côté, le chargeur de l’autre. Ai-je fait ça toute ma vie ? Le chargeur s’enclenche sans effort dans la crosse du révolver. Clik Klak, c’est reparti ! Mais d’où viennent ses balles qui me frôlent de plus en plus alors que je suis accroupi ? Bon sang ! Il y a un balcon bien sûr, deux mêmes ! Il suffit de lever la tête idiot. Et le bras, et de viser Instinctivement. Je ne crois pas que je puisse vraiment m’éloigner du bureau ou le contourner, et de toutes façons je ne le souhaite pas tant qu’il y a des tireurs embusqués. La sensation jouissive de jouer au cow-boy retranché derrière son bar dans une attaque saloon est trop forte. Et si je penche le flingue de côté façon gangsta pour viser, ça marche ? Oui, ça marche et la frime idiote qui va avec. Si on doit faire des choses, même au goût douteux, autant les faire avec du style. Les assaillants sont tous à terre. Fondu au noir.

Partir, ne plus revenir

24h plus tard j’ai encore la tête dans cette démo, dans cet autre monde où évidemment un garçon ordinaire se délecte de défier un gros bras et de manipuler un pistolet. Mais demain, demain je serai au volant d’une voiture, je me ferai peur au milieu d’une maison fantôme, je me faufilerai un chemin dans la jungle entre les pattes de dinosaures. David Cage si tu me lis, tu ne me feras pas croire que ton Detroit ne fonctionnera pas en VR. James Cameron j’en suis sûr, avec toute la technologie de filmage réel/virtuel que tu t’es inventé, ton ou tes prochains films Avatar pourront être présentés en full VR. J’ai goûté à une seconde life. Je sais qu’on ne fera pas que s’y entretuer et que grâce au talent sensible de certains artistes (Jenova Chen, Quantic Dream, Media Molécule…) on saura aussi s’y aimer. Alors je n’attends plus qu’une chose : y retourner. Demain, tous ensemble, nous allons imploser la matrice.

François Bliss de la Boissière

 


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Will Byles/Until Dawn: Appointment with deaths 1/2

While on promotional tour in Paris, the British game director and screenwriter of Until Dawn shared his thoughts on a few subjects. How trying new things is still hard in a conservative video games industry. How cinematics and stats menus are just compromises that will soon live in the past of first person experiences. How breaking the fourth wall is a risk worth taking. How video games are hard on Hollywood actors, and how soon-to-be-a-star actor Rami – Mr Robot – Malek and veteran Peter – The Big Lebowsky –  are good at playing a distressing characters…

Until Dawn Will Byles 01

Bliss: What is the final budget of Until Dawn development?

Will Byles, Creative Director Supermassive Games: I don’t know it. It’s… a lot (laughs). It’s been split into two. We made the game twice. First for the PS3 and then for the PS4/

Bliss: You mean the full game with all the assets and the game engine?

Will Byles: Yes, everything has changed, the style, the cast… We rewrote all the script.

Bliss: It’s not the same game then…

Will Byles: It’s the same fondamental part of it, but it’s used to be first person with the move control, a more gimmicky one. This one is more cinematographic. We changed a lot of it.

Bliss: You still kept the movement control now with the Dualshock 4 gyroscope…

Will Byles: Yes, I can move the face on screen with the Dualshock 4 (showing on screen) and during the game.

Bliss: From Start the party to help on KillZone HD and LittleBigPlanet 2 to scary « adult » game Until Dawn, what cause such a jump in Supermassive’s projects? Was Until Dawn a Sony Computer project or a Supermassive one?

Will Byles: We were making those games on the PlayStation 3 Move accessory so that’s where the filiation came in. Until Dawn was first a game developed for the PlayStation Move. At the time, Supermassive was looking at this Move control horror game and they wanted me to look at the drama side of it. I came just before the switch to look into interactive drama, because my background is more drama from theaters and films. That’s how I came to the company. Then I wrote the story for it with Pete Samuels (Managing Director and contributor to the official PlayStation Europe blog, ndr). We’ve kind of put this script together to the point where we almost finished it. And then we had this strong public reaction of people who wanted this kind of control as well with the Dualshock 3. They wanted us to change it, so Sony looked and said « If you’re going to change it, the PS4 is coming, do it with the PS4, we’ll start again, we’ll use the same story but we’ll branch it more, we’ll get rid of some of the gestures, it will still has moves but it will not be ABOUT the moves. » The original game was about controlling things, picking things up…

Bliss: It seems it could work well with Sony’s Morpheus VR project. Don’t you have a version of the game ready for it?

Will Byles: Noo. To be honest it’s very difficult… Too much walking around with the Morpheus would make you feel a bit sick so I think it would’ve been hard for Until Dawn. It’s odd to work with.

Bliss: Because of low cost budgets, the first horror/slasher movies from the 70’s and 80’s had a very rough, trashy look. But your game has a very neat and slick image that need to sale the PS4 power which is far from say gritty Silent Hill games. Wasn’t it some kind of handicap to have to use such a beautiful image and still create fear and discomfort?

Will Byles: Yes. The image is as clean as it could be (laughs), but also there is vignetting in it, there’s grain, there’s a bunch of things we put in. As you said, it starts with the early slashers of the 70’s but it goes up till the post modern Scream self referential higher budget like I Know What You Did Last Summer… So we wanted to get all of those into there as well. And there’s also a level of acceptance of what people will or won’t accept if we went with a very kind of grainy and very hard to look image. We think, probably, that a significant amount of people, younger people who didn’t see those films, wouldn’t maybe understand.

Bliss: Still, if I remember properly, some Silent Hills 2 editions had an option to have the film screen grain noise effect on or off. You could have played that card…

Will Byles: Yeah it’s a good idea…

Bliss: When you drop the pad for a few seconds the game zoom in on the face of the character waiting for you to return. How and when did that idea come along? Was it a Sony Computer idea to show off the tech or a Supermassive idea?

Will Byles: Well it was me (smiles). Thing is, if you leave the controller and the scene on screen stays in a wide shot then, with film langage, it is saying something. It’s telling you that there is a potential space fear. Depending of how the shot is framed, it always is saying something. With a close up, that fear is more ruminative, like you are thinking, like there is some pause in your thoughts… And then it felt that if we do that, hey! it will indeed show off the faces because, you know, we spend a lot of money on the faces (laughs). And it shows off the AI too. Even when you’re playing there’s an AI catching the audio of things around you can’t see but hear. It means that when you pick up the controller back, it feels like you go back for a while, like an invitation to move forward.

Bliss: It’s so obvious when it happens, when you explain it, and still it hasn’t really be done so far and we’ll probably see this idea used everywhere soon. Why now?

Will Byles: The quality of the faces, the textures allow us to get this close without breaking the suspension of disbelief. Obviously it’s still CGI but it’s better CGI than it used to be. That’s one thing. The second thing is we have a new lighting paradigm which meant, wherever I put the camera it’s always lit like a film, whether it is a back light or a rim light… And we used lighting very similar to film (technical details I didn’t get properly, sorry, but let’s try anyway… ndr)… which has a motion of silver high lights that changes the film where you get a gradient of gray. Something regarding the light you do in film but don’t do in video so much nor in real life: where the light is too low to change the crystals, you have blacks (showing face on screen, ndr) with shadows here and here that are completely black which is something that never happens in video games. So we were able to use light and dark in a way that doesn’t get lit usually. We wanted to have full areas of dark while you still see the character. It took not only a lot of technical changes but a lot of argument because the game industry is conservative and doesn’t like to break the paradigm of what it knows to be successful. But it you look at Until Dawn, there is a lot of dark. And you can’t make dark just by dialing down the volume of light. You need to do it by having high areas of light and high areas of dark to contrast it. So that one of the things we were trying to do and see in those close ups.

Bliss: Obviously, the game has a cinematic feel and tries to convey emotions thru body languages and face’s expression, but as in a RPG or a Sim game, the gamer has to relate to menus and gauges to evaluate relationships and affinities between characters. Isn’t this a bit contradictory? Like there are two games on top of each other…

Will Byles: Yes, it’s a big question. We’ve approached prototypes where we had nothing, literally, even the choices were invisible. My feelings is this is the future, that the artificial nature of graphic exposition and stats menus is a transitional stage. We have to go thru it…

Bliss: You mean for the gaming community?

Will Byles: For everybody. Because we noticed that some of the gamers are sometimes very much talking to each other while playing. In the movies, you sit and watch the movie. In game there’s a slightly higher level of surface watching. Once you get to it, it becomes more immersive but I think it takes a little while to get in it. The other thing we noticed when we did the no interface prototype, just like a film side of it, people didn’t know there was an alternative. So they played the story thru, the story was great and fine and they got to the end of it « Yeah, it ’s great », « But so what?: it’s a story ».

Bliss: Maybe you could only have had the check list at the end of the game… and invite to play the game again?

Will Byles: We could have done that, yes, and we still do it. But there were enough people that wanted to know all along. For instance, we did an early review and the guy who played would say « Yeah I liked this character arc ». And it was very strange because he did things in the game we didn’t ask. So people often saw the game they played as the only story there was and we wrote. The didn’t understand that their play thru was only One of the things we wrote. And, actually, we dont’ know the final combination of decisions, but that would make a different character arc depending of how it worked. And we wanted to let people know only if they want to, they don’t have to go to look at this at all, it won’t necessary change their story. In fact it won’t change their story. In the course of the game, if you have a bad relationship with someone, you will know. You will know if you have a fight with Mike and Matt that it’s going to be bad. The fact that you have a bad experience may even kill you but you don’t need to see that particular event. It’s just here for people who do want to see that.

Bliss: So there is no obligation to go the menus and check everything out?

Will Byles: No. You can play the full game without going to the menus. But for people who do like to see that stuff and they are who do, it is there. Personally I prefer not to, but…

Bliss: Music composer Jason Grave  (Dead Space, The Order 1886, Tomb Raider…) talks about an emotional check list everybody agreed to achieve at the beginning of development. Can you list it?

Will Byles: What he’s talking about is not a reality in the fact that the final game is much different that what we were effectively saying at the beginning. At the start we said: this is an interactive horror. And then we said: it’s a « slasher horror », a very traditional one like Halloween, etc. And the reason we wanted to have characters to be a little unlikable, a little bit cliché,… very cliché (smiles), is because we all know exactly what they are. We know where the joke is, where the nerd is, the blond girl, the fashionista girl, so we know all of this things. At the start they’re unlikable, they’re not very nice, like in a standard horror. They come back one year after this event and the player is like « Why would you do that? »… We have this set of rules. We had to have a ahab, the supernatural killer, maybe yes maybe not, you know, all those things that once included we start to twist them around, to undermine that structure.

Bliss: You have some great casting in the three main characters and then you have Rami Malek who is suddenly turning into a full star thanks to Mr Robot TV show… When and why did you hire him?

Will Byles: Rami? We saw him in a few things, obviously in Twilight (…Chapitre 5, but also noticed in The Master, Old Boy, Need for Speed… ndr), he wasn’t a big name but he’s got a great presence. So we challenged him and try to see if he was up for it, and he was et he was phenomenal. He’s a very intense actor. He did some scenes that I won’t tell you because you haven’t play the game thru but, those scenes are very… distressing. He’s really good.

Bliss: Why did you pick great Peter Stormare (Fargo, The Big Lebowsky, Zero Theorem…)? Was it difficult to persuade him to participate? He didn’t make that many game voices (Destiny, Elder Scrolls OnLine 2004, Command & Conquer 2008)…

Will Byles: People are getting better at understanding that, yes there is acting in videogames, especially now that you have…

Bliss: …Maybe the budget?

Will Byles: I don’t know how much we paid him, I’m guessing same as film. We didn’t have him here very long. We had this role of the analyst that we wanted to be confusing for the player: « What the hell is this, breaking the 4th wall? ». Since the character is talking directly to the camera… « I don’t understand it ». And as the analyst comes back more and more in the game, it gets more and more weird and distressing. And he’s perfect for that. It’s about presence, he has this magnetism you can see it even there on the screen (showing the CGI face on screen, ndr), it feels slightly upsetting (laughs). And we very wanted that feel so that’s the reason we chose him. And he was just brillant, he’s crazy.

Bliss: Did he have the full script when accepting this role? And maybe the script changed in the course of development?

Will Byles: Yes he had the full script ahead. We did change the script but not his part. The actors have a hard time on a video game such as Until Dawn, it’s a very arduous work day for them, much more so than on a film. They only have a short time to do it, and they have to jump to several versions. One scene is maybe five lines and has to be done ten times for each version. And also the way they perform has to have the right timbre.

Bliss: You just mentioned it, the game often breaks the fourth wall and use several gimmicks to have characters making eye contact with the player by talking directly to the screen… This could turn into a double sword trick: too campy, taking the player out of the experience… How did you evaluate this and why did you use it so thoroughly?

Will Byles: Obviously a big part of the game is in the choices to make, and especially in the conversations. So you’re right, when you have a conversation, the camera cuts to the front of the character and the character looks effectively into the camera and look left or right depending of the choice you make. We decided to have an interface that was on screen so you go, ok if you make this decision, it’s on screen, kind of in the world but not quite, because it’s very abstract like a… It’s one of those things strangely as crossing the boundaries of game and TV and films. If you look at something like Sherlock Holmes on the BBC One, there is text coming up on screen, there is this kind of weird abstract level up of an interface within the screen within the world. We had to allow the player enough time to make his choices and we wanted it to be engaging. We didn’t want the character to be up and looking around too much.

Bliss: You could have another character just outside the frame so the main one would look at him like in a regular movie dialogue shot as in a champ-contrechamp…

Will Byles: Yes and we do that as well but it depends. And the face to face on her own is very hard to make it right.

Bliss: But the main objective is still to involve the player more because we look directly into the eyes of the character, right?

Will Byles: Potentially. And we also try to do a thing when as soon as you drop the controller down, like you said, we cut to a close-up. So this also have this kind of contact again, because even during the close-up you’re in control, you can move the head as well with the controller and get it to look directly at you. It’s one of those things, it is coming out of this idea of the narrative transports where you are risking… loosing emotion… But we need to talk to you as a player: « You need to do this now » and come back and we’ll take you away.

Part 2…

Will Byles/Until Dawn: Appointment with deaths 2/2

Interview conducted by François Bliss de la Boissière

…in the offices of Sony Computer France in Paris August 24, 2015

 


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What remains of Edith Finch : Lettres de noblesse

Tout en restant accessible, c’est encore une production indépendante pointue concoctée avec passion en-dehors des grands éditeurs qui donne de nouvelles lettres de noblesse au medium jeu vidéo.

Contrairement au silencieux Rime sorti aussi récemment (chronique ici), ce sont les mots qui font d’abord avancer le jeu d’aventure et d’exploration : la voix off d’une jeune femme de retour dans sa maison familiale, les mots écrits dans les journaux et courriers des membres disparus de la famille, les bulles dans des BD vintage mettant en scène des souvenirs familiaux…

Chaque pièce visitée en vue subjective de la grande demeure familliale abandonnée au bord d’un lac de l’état de Washington aux USA est prétexte à la découverte d’une histoire passée. Car il s’agit là, un peu à la manière des contes d’Edgar Allan Poe, de lever le voilà sur le destin macabre d’une douzaine de membres d’une famille norvégienne dont l’arbre généalogique remonte à 500 ans.

Descendant bien sûr des meilleurs « walking simulators » * Gone Home, Vanishing of Ethan Carter ou Firewatch, Edith Finch se distingue, outre son écriture et sa réalisation entre BD et photoréalisme, en multipliant les points de vue. Au moment de revivre les scènes du passé, le joueur se retrouve ainsi parfois provisoirement dans la peau d’un chat, d’un serpent, voire d’un… requin !

* « Simulateurs de marche » : terme moqueur pour décrire un type de jeu à vocation littéraire basé sur l’exploration et l’observation.

Note :
En juillet 2022, une mise à jour gratuite permet de profiter de l’aventure en qualité next-gen sur PlayStation 5 et Xbox Series !

  • Supports (téléchargement) : PC, PS4, PS5, Xbox One & Series
  • 1 joueur
  • Voix off en anglais STF, textes en français
  • Giant Sparrow
  • PEGI : à partir de 16 ans
François Bliss de la Boissière

(Publié en septembre 2017 dans le mensuel Comment ça marche)


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Ori and The Blind Forest : Chef d’oeuvre néo-rétro

Contre toute attente, le premier chef d’oeuvre 2015 du jeu vidéo sur console surgit en exclusivité sur Xbox One (et PC Windows). Bien inspiré, Microsoft a ainsi produit un jeu dit « indé » couvé pendant 4 ans par une équipe de vétérans amoureux des jeux de plateforme-aventure à la Super Metroid et Castlevania des années 90.

Ori and the Blind Forest

Chargée de ranimer une forêt géante, la merveilleusement vivante petite créature Ori se dirige de droite à gauche dans un monde de branchages, jungles, marais et grottes dessiné et animé avec une qualité inédite à ce niveau de détail. Feuillages, eaux, créatures ennemies, tout semble palpiter et respirer autour des troncs noueux d’arbres géants et de roches gigantesques. Le mélange d’animisme à la japonaise et de tradition perfectionniste du dessin animé à l’américain accouche d’un résultat époustouflant. Bien entendu, une aussi belle réalisation graphique et sonore ne suffit pas à faire un bon jeu. La surprise devient alors totale en découvrant au bout des doigts et des méninges (parce qu’il faut se donner du mal pour trouver son chemin) un jeu extrêmement agréable et manipulable puisant, cette fois, dans la tradition du savoir-faire Nintendo. La difficulté (sauts d’adresse, esquives ennemis) est aussi au rendez-vous mais, contrairement à d’autres, rarement ingrate.

  • Xbox One, PC (Windows) (téléchargement)
  • 1 joueur
  • Microsoft
  • PEGI * : tout public

François Bliss de la Boissière

(Publié en juin 2015 dans le mensuel Comment ça Marche)

 


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Olivier Derivière : Talent brut

Olivier Deriviere ne veut pas créer de la musique de jeu vidéo en se contentant de singer des partitions classiques ou du cinéma. Alors il argumente avec les créateurs, parfois les journalistes, et donne des masters class pour convaincre qu’il existe une autre voie.
Interview sans fausse note

Rapido bio

Encadré par une mère professeur de chant et un père « philanthrope mélomane », Olivier Deriviere fait des études de musique classique, se spécialise en percussions, mais avec dans la tête une seule obsession : devenir programmeur de jeux vidéo. Il obtient un Bac scientifique, part à Math-Info. Il se découvre finalement « piètre programmeur » et se lance dans la musique de jeux vidéo : Obscure I et II, le reboot de Alone in the Dark (2008), une collaboration régulière avec le studio français Spiders (Of Orcs and Men et le récent Bound By Flame). Entre deux compositions il donne des conférences autour du monde.

Le jeu vidéo doit conserver parce que, malgré ses 10 ans dans le milieu et sa quinzaine de collaborations entre 2004 et 2014, le compositeur français de la musique d’Assassin’s Creed IV : Freedom Cry et Remember Me a beau revendiquer une longue expérience, il ne fait pas son âge. Forcé par une appendicite sur le tard de mettre pied à terre dans son studio son parisien en avril dernier, Olivier Derivière dégage une énergie où se mélangent, dans un même élan de conquête, enthousiasmes et colères. À 35 ans il a la gnake du gamer-winner, et encore la fougue de l’ado. Celle qui distribue les critiques sans craindre de représailles d’un milieu qu’il maîtrise, qui tire à vue sur la compétition vivante et va chercher dans les intouchables morts les maîtres à composer. Avare en compliments pour autrui, Deriviere en mode autocritique ne se ménage pas non plus. Et il trie avec une ironie lucide ses flatteries. Quand The International Film Music Critics Association (IFMCA) attribue un award à la BO de Remember Me, le célèbre mixeur et ingénieur son des Seigneurs des Anneaux, John Kurlander, le félicite en lui disant : « Tu n’imagines pas combien c’est énorme d’avoir eu ce prix », le jeune et toujours pragmatique compositeur lui réplique : « J’imagine tellement pas qu’il n’y a personne qui m’appelle depuis ».

« Je ne prends jamais comme idée initiale une musique, mais le jeu et ce qu’il doit être.« 

Bliss : Comment vient votre inspiration ?

Olivier Derivière : Des chercheurs m’ont dit dernièrement, « Quand nous trouvons quelque chose, c’est par accident ». Dans la musique vous êtes soit dans les conventions, soit dans l’expérimentation sans savoir où vous allez. J’ai appris l’harmonie, l’orchestration, donc je fais avec ces conventions là, je les casse peut-être un peu mais avec cette base je sais où je vais, et je peux donc intérioriser les choses. Puis, comme il m’est arrivé avec Remember Me, je peux tomber par accident sur un truc qui fonctionne et le garder. Il n’y a pas de méthode, j’espère pas.

Bliss : Vous entendez la musique dans votre tête avant de la jouer ?

O. D. : Oui, d’une certaine manière, mais comme dirait Romain Gary, toute idée incarnée est déjà diminuée. Retranscrire ce que vous avez en tête est compliqué. Il y a beaucoup d’excellents musiciens qui ne savent pas retranscrire ce qu’ils ont dans la tête. D’autres connaissent très bien la musique mais ne sont pas du tout musicien. Par contre ils arrivent à écrire parce qu’ils sont dans les conventions. Donc je peux entendre des harmonies, surtout des mélodies, je suis quelqu’un de très thématique. Mais je ne prends jamais comme idée initiale une musique, mais le jeu et ce qu’il doit être.

Bliss : Comment se déroule votre collaboration sur un jeu ?

O. D. : Je discute longuement avec le responsable du jeu. Il me parle de son projet et par une espèce de projection, d’émulation je m’approprie son jeu. Mais il faut que je réalise si oui ou non je peux travailler avec lui, si nous sommes de la même sensibilité. Est-ce que quand il va dire bleu eh bien je vais répondre bleu. Et d’ailleurs comme il n’est pas possible pour moi de dépendre de trois versions différentes, si le producteur, le directeur créatif et le directeur audio intervenaient par exemple, je demande que soit indiquée dans le contrat la personne avec qui j’interagis et qui « valide » mon travail. Je ne leur impose personne mais ils doivent choisir mon interlocuteur unique. Cela fait dix ans que je fais ce métier, j’en connais les travers.

Bliss : Vos interlocuteurs arrivent avec une idée préconçue de la musique ?

O. D. : Oui, mais je leur demande immédiatement de ne pas me faire écouter ce qu’ils ont sous la main. Et ce n’est pas par égo. Un exemple : en écoutant mes musiques, un responsable d’un gros éditeur me dit un jour : « En fait tu fais de la musique ». Et moi je comprend ce qu’il veut dire quand il me dit ça. En gros ma musique raconte quelque chose. Il me dit alors : « Tu ne veux pas faire comme font les autres ? ». Je réponds bien sûr que non. Je fais un truc unique à chaque projet. Il me dit : « Ça nous rassurerait ». Donc nous n’avons jamais travaillé ensemble.

Bliss : La musique orchestrale du jeu vidéo pique tout au cinéma de nos jours, non ?

O. D. : Oui mais le cinéma a emprunté à la musique classique, à l’opéra… Donc la vraie influence vient d’abord de là. Le cinéma s’est inspiré de la musique classique et le jeu vidéo s’inspire du cinéma alors par effet domino, le jeu vidéo hérite de ça. Et c’est contre quoi je me bats énormément dans le jeu vidéo. Il y en a assez de faire du pseudo cinéma alors qu’il y a tellement d’autres choses possibles.

Bliss : Les jeux vidéo n’ont-ils pas intérêts à mieux développer des thèmes musicaux identifiables comme dans Halo ? 

O. D. : Je reproche justement à beaucoup trop de jeux de sonner pareil. Bungie a développé un univers assez unique avec la musique… À la première note on sait qu’il s’agit de Halo. Le jeu utilise un montage narratif musical par-dessus la structure narrative du jeu. La musique n’entre pas dans le procédé systémique habituel qui consiste à souligner chaque action avec de la musique. La musique raconte une histoire. Il y a un combat avec de la musique puis un autre sans. Pourquoi ? Parce qu’il y a un enjeu différent. En 2001, manette en mains, j’avais envie de pleurer en entendant ça.

Bliss : Jusqu’où un compositeur peut-il s’impliquer dans le travail sonore d’un jeu ? Créations des sons, casting vocal, mixage ?

O. D. : D’un studio à un autre ça se déroule complètement différemment, et d’une manière générale il est extrêmement difficile pour les compositeurs d’être influents sur un mixage. Très souvent la musique se retrouve dans le background. Pour des raisons qui peuvent être multiplies et que je ne vais pas énumérer là. Mais d’un autre côté si la musique n’apporte rien de plus à la dimension du jeu en étant placée devant, alors autant la caser dans le background. En revanche, quand la musique a quelque chose à dire et qu’elle se retrouve dans le fond, comme cela arrive souvent, c’est gravissime. Dans Alone in the Dark (2008) je me suis occupé du mixage sonore de tout le jeu. Avec Obscure 1 et 2, j’ai tout fait, la musique, les sons… Quand j’ai commencé, en 2003, je créais la musique, les sons, les bruitages, et j’intégrais tout. Je concevais et désignais aussi les outils, les « tools », la façon dont on « attache » un son sur un personnage, une action, un lieu. J’avais un programmeur extrêmement doué avec moi qui nous a permis de faire des trucs hyper poussés à l’époque sur PlayStation 2 et Xbox.

Bliss : Vous avez un exemple de cette intégration de la musique au gameplay ?

O. D. : Pour les séquences de combats de Remember Me j’ai écrit des musiques qui intègrent moins de mélodie sauf quand le joueur utilise des mouvements spéciaux. Plus les combos s’enchaînent plus la musique progresse et balance les grosses watts. Sauf que l’idée a échoué parceque le jeu était tellement dur que personne n’arrivait à enchainer les combos, donc personne n’a entendu le meilleure des pistes musicales. On a été nul sur ce coup là (rires).

Bliss : Les rôles de chacun sont-ils bien définis dans le jeu vidéo comme, par exemple, au cinéma ?

O. D. : Il s’agit justement là d’un des problèmes des productions de jeu vidéo, les rôles sont à définir à chaque fois. Du côté positif, cela provoque un processus organique et rock’n roll avec beaucoup plus de liberté. Il faut se battre pour ses idées et puis voilà. Du côté négatif, toute la procédure manque de vision, de professionnalisme et d’empirisme. Les gens n’ont pas d’expérience, à part ceux qui viennent du cinéma.

Bliss : La musique de jeux vidéo japonais fait l’objet d’un culte particulier, notamment en France, mais a-t-elle évolué avec le reste de l’industrie ?

O. D. : À l’époque dorée de la PlayStation 2, les japonais plaçaient la musique extrêmement en avant. Dans Final Fantasy VII il n’y avait quasiment pas de sons mais de la musique tout le temps. Et on parle de 60h à 100h de gameplay illustrées de musique. Aujourd’hui FFVII est porté aux nues, mais le compositeur Nobuo Uematsu se défend d’être un grand compositeur. Je dirais que c’est quelqu’un de respectable qui écrit de très belles mélodies, un très bon musicien pour en revenir à ce que je disais tout à l’heure. Vous reprenez du Ravel et du Debussy light et sans caféine et voilà. À titre professionnel je ne prends pas les commandes de musique classique que l’on me propose, ce n’est pas mon truc, mais j’ai étudié ces gens là, je vois le génie. Donc je n’ai aucun problème avec le fait qu’on s’en inspire, mais j’ai un peu de souci sur la sacralisation d’une musique qui, de nos jours, est tellement empruntée qu’elle tombe dans la mièvrerie et la répétition sucrée. Mais les gens en raffolent encore, du moment que cela vient du Japon c’est beaucoup plus accepté. Ce qui est marrant c’est que la musique des jeux vidéo japonais est beaucoup plus exploitable en concert que les musiques occidentales. Mais il faudrait étudier l’étymologie musicale de ce qu’on appelle, dans le jeu vidéo, la musique venant du Japon par rapport à celle de l’occident. On se rendrait sans doute compte qu’il n’y a pas grand chose de vraiment intéressant dans la musique de jeu vidéo.

Bliss : L’OST du DLC ACIV : Freedom Cry contient 70’ de musique tandis que celui du jeu complet Remember Me ne dure que 49’, pourquoi cet écart quantitatif inversé ?

O. D. : Une bonne BO dure 45 à 50’ maximum. C’est du travail d’assembler un soundtrack, de sortir un CD à partir d’une musique de jeux vidéo et j’ai travaillé avec les labels. Quand j’écris une musique de jeu, je n’écris pas pour faire un CD. La musique est adaptée au gameplay. Dans Remember Me il y a des morceaux qui font 2 à 8 mesures et des mesures où il n’y a rien, parce que cela dépend des actions du joueur. Les morceaux de musique sont morcelés. Alors quand on fait une piste de 3 à 4’ pour l’OST par la suite, il faut assembler certaines choses qui ne vont pas forcément ensembles. Sur Remember Me par exemple je n’ai retenu que les morceaux orchestraux, pas les electros, parce que c’était le plus intéressant. Si vous écoutez bien le soundtrack de Remember Me, les mouvements, chacun des mouvements, vous vous direz peut-être : « on dirait que cela aurait pu se terminer là » (rires). Mais l’ensemble a une consistance. Cela dit il reste encore 50’ d’orchestral non exploité. On n’avait pas les moyens de les enregistrer.

Bliss : À vous entendre, créer de la musique de films est presque facile à côté de la musique de jeux vidéo ! En plus de savoir écrire des thèmes, des contrepoints, il y a dans le jeu vidéo tout un travail de gestion des « systèmes »…

O. D. : Exactement. Quand mes confrères de musique de films me voient bosser ils me disent : jamais, jamais, jamais ! Et d’ailleurs, ça y est, le jeu vidéo revient un peu d’Hollywood et commence à réembaucher des spécialistes de la musique de jeu video.

Bliss : Pour le DLC Freedom Cry vous n’avez pas collaborer avec Brian Taylor qui vient du cinéma et qui a fait la musique de AC IV : Black Flag ? 

O. D. : Non pas du tout. S’il avait travaillé sur le DLC il aurait dû recomposer des choses pour s’adapter au sujet de l’esclavage et non plus de la piraterie et cela aurait sans doute coûté trop cher. Donc pour le jeu principal ça va, mais pour le DLC on prend un petit français dans une cave (rires).

Bliss : Est-ce qu’il y a des joueurs qui viennent vous voir en disant « j’ai aimé votre musique » et donc qui vous ont identifié en tant que compositeur ?

O. D. : Oui, il y en a. Je vais pas dire que ça ne fait pas plaisir. Mais vous savez, malgré ma quinzaine de projets musicaux je n’ai jamais fait ce qu’on appelle un « hit », j’ai toujours été dans l’ombre des projets, je n’ai jamais eu, comme certains confrères, ce sentiment de wouah ! ça y est j’ai réussi (rires). Alors je suis content qu’ils aient remarqué la musique et je les remercie.

Bliss : Le milieu classique dont vous venez ne vous reproche pas de faire de la musique de jeu vidéo ? Il n’y a pas de rupture culturelle ?

O. D. : Non pas du tout, au contraire. Ils sont très aimables avec le fait que je travaille pour le jeu vidéo. Ça les change… Et puis dans mes projets de jeux vidéo j’ai toujours fonctionné avec des orchestres classiques. Je fais appel aux Choeurs d’enfants de l’Opéra de Paris, au Boston Symphony Orchestra, aux Orchestres Philarmoniques de Londres et Bruxelles… Ils savent que j’ai toujours un rapport avec la qualité d’interprétation. Ils comprennent.

À propos de…

Alone in the Dark (2008) : « Le jeu était raté mais a fait parlé de lui, parce qu’il y avait quelque chose, une volonté. On pourrait écrire un livre sur le sujet. J’ai la chance d’avoir participé à des jeux qui se sont fait remarqués, même si cela n’a pas toujours été pour les bonnes raisons. »

Remember Me.  : « Don’t Nod a recruté le compositeur par concours anonyme. Je suis totalement contre ce procédé alors je leur ai fait un truc complètement barré. Et puis ils m’ont rappelé en disant : « c’est toi ». Là je me suis dit qu’il s’agissait de gens intéressants » (rires).

Assassin’s Creed IV : Freedom Cry : « Ubisoft m’a appelé au milieu de la production du jeu. Je leur ai dit : ça va être un peu compliqué. Mais on ne refuse pas de travailler sur une série comme celle-là. Ça c’est fait tellement vite que je suis reparti travailler aussitôt avec le studio Spiders sur Bound by Flame. »

Bound by Flame : « Sur les premières bandes-annonces de Bound by Flame on entend une autre musique que celle que j’ai fournie. Comme toujours ce sont des décisions marketing. J’ai composé 3 heures et demi de musique pour le jeu. »

Propos recueillis en avril 2014 par François Bliss de la Boissière

(Publié dans le bimestriel Games n° 4 Juillet-Août 2014)


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Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire ma Note d’intention.

Lorne Lanning interview : Sustainable game, at a cost

This interview was conducted with Oddworld visionary Lorne Lanning thru email around January 2014, before Oddworld New’Tasty was released. Always available for deep cultural and political conversations even when promoting a new game, Lorne Lanning accepted to cover some ground from Hollywood to the game industry, thru Youtube policies  up to capitalism. A french edit is accessible here and here. This is the full, almost raw, unedited original english conversation.

Sherry MCKenna, Oddworld’s CEO and long time partner of Lorne Lanning also accepted to answer a few questions about their new status as real independent developers.

Bliss : You said at some point that, in memories of previous experiences, you would be carefull not to communicate too early about your next projects, but, when you keep up with the news, it’s feels already like a long time we’re waiting for New’N Tasty, Abe HD remake. What’s taking so long? Do you have to have a firm release date? Or not.

Lorne Lanning : For the record; the latest title IS NOT an HD remake.  It is a 100% ground up redux of the original game,  based on the original story, design and layout, translating from high res assets we had archived, to now be delivered in real time 3D in our first effort on Unity. Regarding release dates… of course there are internal completion dates that the team is stringently aiming for, but we are not announcing a release date until we are confident that our product is of the quality that we are committed to and our audience has come to expect from us.  The audience will forgive us for delaying or being fuzzy on a release date.  They won’t forgive us for a delivery that is sub par to their expectations.
Putting this project and its history into a timeline perspective… Initially, less than two years ago, we starting polling our fan base on what titles they would most appreciate based on the limited resources available to us as a self-published indie with us initiating this conversation with our community before development actually started.  We then formally announced New N Tasty after we determined a goal and the ability to finance it. That was over a year ago and it has been the JAW and extended teams focus ever since then.
Now, obviously, we would always prefer to release sooner than later, but as a self published indy we are not penalized by retail or publisher conditions if it takes us longer to insure that our quality is up to snuff before releasing it into the audience.  Time does cost us more, and that’s something that is always a reality we have to face and have to be realistic about.

Bliss : Between Oddworld in California and Jaw in UK who’s doing what exactly in Abe HD? How many people are working on the project in both companies for instance? To have a sense of scale : how many people did you employ at the most when making Oddworld games in the 90’s-2000’s?

Lorne Lanning : JAW is the developer that is producing this game with just under 20 talents in the studio dedicated full time to the project.  Other talents have been contracted to supplement the development team in specific areas, which I will let the developer diaries discuss and identify on the OWI site.  The extended team has included folks like Raymond Swanland  and Mauricio Hoffman, both former Oddworld team members now each with independent businesses.  Muaricio’s team was handling a lot of the animation and choreography work for the cinematics. All total there are likely around 40 people employed in some capacity throughout this project; not including the communities contribution and those  individual content contributors from the community…. Which is ongoing and still tbd. At Oddworld back in San Luis Obispo we employed just under 80 at our max.

Bliss : What is your direct contribution in Abe New ‘n’ Tasty? Are you recording yourself new voices/dialogues for instance?

Lorne Lanning : I’m on Skype with the team a few times a week.  So mine is more of a Creative Exec Director role while doing our best as the client to empower the team to deliver their best. When it comes to hands on… I am recording most of the voices while also lending art direction and design feedback throughout the development.  As we get closer to the end, my role in feedback to the team increases.

Bliss : Since you are, I’m guessing, supervising yourself all HD release in all territories (Abeboxx…) your role might have shifted from less creative to more managerial position. Isn’t that the price to pay for self publishing?

Lorne Lanning : Again, it’s not an HD remake… Being self published, yes, there are a number of things that we need to do that extend far beyond the creative effort, and as this is a redux the creative demand is not as great as a new IP project would have been, but it has always been this way for me.  I wasn’t employed at a game company, I had to raise the money to build a game company with my partner, Sherry McKenna (see itw bellow).  That meant 50/50 creative/management throughout the history of Oddworld.

Bliss : You embraced the online community that seems to help shapping Abe’s return. Some fans are also contributing directly to the project (music, illustrations ?) but, as we understand, they offer for free their contributions for a product that will be sold. How fair is it?

Lorne Lanning : We have been encouraging fans to participate in the project.  But If there is an impression that we’re saving costs or taking advantage of fans that would not be true. There are two kinds of of fan participation that we’ve reached out for. The first was that we wanted to give fans an opportunity to have something that they created be in the released game. This wasn’t a cheap skating production cost saving measure, this was a reward.  It wasn’t something that we needed done, it was something that we felt would be cool to offer. If someone in the community could do great Oddworld character voices, then our promise was that we’d figure out a way to include them in the game.  In return we will include them in the credits and promote their story to the larger audience of gamers and industry whenever we have the opportunity to. But understand, at Oddworld the voices always came from the development team itself.  We never hired voices.  Any voices that we couldn’t get someone on the team to step up to do, I would wind up doing myself. Everyone who ever did this with us always had fun and always got credit.  It’s a tradition for the brand.  None of us ever got paid for voices.  It was something we did because we had a lot of fun doing it and we wanted to keep it in-house.  On New N Tasty we had the opportunity to extend this tradition into the fan community and asked if they wanted to participate.  To reach out to fans and give them an opportunity to actually have them in the released game, that was something that excited us and excited fans in the community.  It’s cool to do.

The second kind of content participation is fan art or fan music that I encountered already made that was posted on Facebook. Off hand there was Alex Konstad who had created an acrylic painting of Abe and when I saw it I thought we should ask him if we could use it in the box art of our game.  We liked it that much and we want to promote fan passions, so this seemed perfect.  We do what we can to offer a compensation for a licensing usage on the painting, but the creator retains their rights and ownership to their work.  It’s a usage, not a lock up.  They only gain, they don’t lose.

Another case is Elodie Adams, a singer songwriter out of Australia.  She posted some music she had made on FB and showed interest in wanting to do something for us.  I heard the song and while we didn’t have the budget to start new compositions out of the blue, we still thought it would be perfect to include her song for our end credit sequence.  She’s got an amazing voice and if we could do something to bring her any additional exposure, which is difficult to get these days, then we would want to help her get it.  She retains her rights and ownership of her music, just as Alex does on his painting.

But make no mistake, the effort and resources that it takes to manage community and include them in all ways that we are able… is not a cost saving measure.  It actually increases our overhead to manage the process. We don’t even  know or have any indication that this policy would increase the core value proposition to the wider audience or have any effect on sales.  What we did believe was that it would be cool to bring attention to such emerging talents and help promote them to a wider audience.

Ultimately, this gives the opportunity for some fans to say, « hey, I’m in that game! »  We think thats cool, but if anybody feels they are being taken advantage of, then they simply shouldn’t participate.

Bliss : If we are to believe some of your posts here and there, you’re not happy with Obama’s policies and administration… Why not? Is it in the details of his (non) achievements) or in general? Can or could anybody do better in this kind of democracy?

Lorne Lanning : Your suggestion that the US is operating as a democracy indicates we are viewing wildly different perspectives on what constitutes reality.  If you have your eyes half open and avoid the misinforming mainstream media, it becomes clear that we are not living in a democracy and haven’t really been for quite some time.  We are living the perpetuated illusion of a democracy that, fortunately, greater numbers of people are coming to see thru and comprehend that something else is in play.  The school book version of democracy and the version that the mainstream media and politicians keep trying to convince us still exists… simple does not stand up to rational, obejctive scrutiny.

But first, you need to understand the multiple layers of how corporate media works.  There are many books on this subject and a good one to start with is Noam Chomsky’s « Manufacturing Consent » which is a good initial dive into the rabbit hole, but just the beginning.

Regarding Obama, we see a branding and a manufacturing of a politician to serve a special agenda.  Who the man is very hard to determine.  His image and role  just a new branding on a perpetual policy. Anyone who still sincerely believes that our two party system is actually looking out of the better health and well being of the population, is severely out of touch and serves as a good indicator that they are a mainstream media consumer.  Meaning, they are still under the spell being perpetuated by 5 financial multi-national interests that control the over 5000 media outlets in the US alone.

But you can research this on your own.  I don’t need to spell it out. Overall it’s quite simple. If someone promises something then does the exact opposite, then how can you trust them for anything they say?  Some people pay attention to « the news ». I pay attention to the whistleblowers and have for three decades now. Listening to whistleblowers causes mainstream media/ political spell’s authenticity to deteriorate rapidly.

We do not live in a democracy. It’s not an opinion, its a provable fact.  It’s also a fact that it is not reported this way by government or mainstream media. That concept and practice of democracy in the US has been undermined and taken from us.  We now live in something else, but the web will enable people who unplug from the mainstream matrix to learn for themselves what is more likely going on.

Bliss : Regarding YouTube’s recent claims, you made it clear that all Youtubers may use Oddworld’s images and sounds without any worries. It’s seems odd for a company as yours which was very vocal about keeping it’s properties close to the chest, not selling it off to any entity… What’s wrong with trying to give back the money to the real owners of any IP?

Lorne Lanning : One needs to understand the policies to understand the ramifications. You also need to understand the legal issues around usage of trademarked material to better understand why letting you tubers « monetize through advertising » does not allow usage to « use images and sounds without any worries », but I don’t want to get into the minutia on this stuff as there’s a world of information out there to research if seeking a better understanding of the basics on trademarks and IP protections.

Meanwhile, our message to the youtube community is that we will continue to enable them to use our footage in ways that does not conflict with our trademarks and obvious legal conflicts. This is what has been happening on Youtube for years now, and we see no legal IP conflicts in the way our IP has been used by youtubers. When we do see conflicts, there is an immediate « cease and desist » letter sent to the offender.

Allowing people to do walk throughs and game reviews is not encouraging people to sell our IP.  There is an enormous difference between the two usages and while we are still a legally protected, copyrighted and trademarked brand in a wide variety of territories, we do not want youtubers to have to change their ways when they have not been in violation of our brands legal protections.  We want to support youtuber practices and enable them to continue what they have built their income on, which is advertising rates based on views they get. This is NOT a usage where youtubers are selling our content.

Put simply, the reason larger publishing entities are pressuring youtube into creating tighter policies around this issue, is due to those entities wanting all the views of their content to be directed to THEIR sites for viewing, NOT youtuber channels. This is to increase the traffic to their site only and increase their sites visit/view numbers, etc. There are multiple reasons they want this, but we see this as a practice of control that worked for the 20th century, but is outdated as an approach in the 21st century.

Being what it is… we issued a statement with our position to make clear that we have and will continue to support their usage in what they have been doing and we’ll support it into the future by NOT aligning with the policies of larger publishing companies that are pressuring google/youtube to tighten down on video proliferation so they can benefit from those eyeballs being directed only to their owned outlets.

It’s a complex issue that is not immediately apparent on the surface. But there in no way there should be any confusion around letting youtubers continue their reasonable ways versus putting your content out as public domain. These are very different issues and shouldn’t be blurred.

Bliss : In the 90’s you left Hollywood because you felt that you would have more room to express yourself in the videogame industry. Then, you’ve quit the videogame business for, it seems, about the same reasons that the movie business. Are you playing Don Quichotte? Don’t you feel like you are chasing some windmills that cannot be conquered?

Lorne Lanning : We left hollywood so that we could create and control our own IP.  This was pretty much impossible in the hollywood landscape of Film/TV.  We now own IP and control its destiny.  We were forward thinking and secured these rights when few understood their value in the gaming space. When the game business grew to the point where budgets were so high that publishers wanted to own you and your IP or not fund you any longer, it was time to wait for better conditions for independence.
Now with the proliferation of digitally distributed networks its possible to reach an audience without publishing partners.  This is game changing, and in the game we’ve been playing… We’re still sailing in the same direction and we are not sailing in circles.

In the Silicon Valley startup vernacular its called « pivoting », which means the landscape around you changes and if you’re paying attention you pivot to adjust course to better sail. There will be a lot more pivoting in our future, but it will be based on the conditions at those future moments, which are not predictable but must be responded to when they arise.

Personally, I believe our best years are ahead of us. Meanwhile, the business of Oddworld is growing steadily as an independent entity. With continued good luck and community support we’re aiming to be self funding new IP in the not too distant future. How long I can’t say, as it depends on sales and the success of New N Tasty is a major factor that determines our abilities to get there.  In the meantime, we are avoiding the old school funding conditions that come with all the embedded hooks that conflict with much of the purpose as to why developers started their companies in the first place.

Bliss : Obviously, Abe, Stranger and you are fighting about the same war. That’s where we, the audience, know, you are an original author and not just some random script writer. But, around 20 years later, this feeling of « Me against the world » is still a reality for you? Is Abe’s Oddysee theme still relevant in 2014?

Lorne Lanning : Well, how’s the world looking to you now?  Twenty years ago educated people would call me a conspiracy theorist if I said fast food companies where destroying our rain forests.  While some had ivy league educations, it didn’t keep them from being ignorant to what was happening in the world. Those and many other practices that inspired Oddworld continue to this day. For example, the human slavery figures are higher today than ever before in the history of civilization. Fortunately the ignorance factor is lessening as the public wakes up, and this is largely due to alternative media access via the internet, it is not due to mainstream media doing a better job informing people, quite the contrary.  So I think now more then ever its critical for us not to be complacent and to seek alternative views than those heavily sponsored and shaped for us, and to ultimately do our best to shed our ignorance.

Bliss : In your 2013 D.I.C.E. keynote (Properties for The Apocalypse) you talked about the creative properties borned in the 70s or 80s, but now, most of them are under the Disney brand (Pixar, Marvel, Star Wars, Indiana Jones lately). What do you think about having all those pop cultural icones under one big corporation? Everybody is dreading Google or Facebook, but as pop culture influence goes, isn’t Disney the real new big Brother?

Lorne Lanning : I think its pretty clear as a critical analysis, that the nature of our dysfunctional capitalist system inevitably allows the biggest to get bigger which enables them the power acquire smaller players in the same arena.  This is a fundamental problem at a higher level than any one goliath company. The model of capitalism is only emulated in biology by… cancer.  Growth for growth sake… is a cancer.  Until we realize that we’re on a crash course as a civilization, we are treading extremely dangerous and highly volatile waters.

At DICE I proposed that we look at the larger influence properties have on the health of a culture and specifically how SOP licensing practices are in conflict with the health of our youth and are thus negative for the future health of our species and the coming generations. Poor health is a genetic decline. In the United States overall health and overall IQ levels are dropping. This is not an opinion, these are facts.

When we look at corporations and institutions that are employing practices that aren’t serving the planets people or environments well, we need to explore, and their leaders should explore, how to retool toward healthier more sustainable practices.  It’s not about destroying those corporations, but how to retool them into a critically needed 21st century wisdom that looks at the facts, the science, the impacts… and adjusts practices for a wiser tomorrow.

I personally believe that Disney could change the world overnight if they initiated a policy that stated, « Here ye, here ye!  From this day forth, we recognize that childhood obesity and childhood diabetes are integrally linked to poor nutritional habits traditionally promoted by our brand. Going forward, we are only allowing the licensing of our characters and IP to be awarded to companies that are practicing sustainable manufacturing methods aligned with strong nutritional content in our commitment to form responsible partnerships with families in promoting a better lifestyle and healthier eating habits for our world’s youth and we aim to be leaders in blazing the way for practices that all families will all benefit from.  While we expect to lose a few billion dollars over the next couple of years in this transition, we have the resources to absorb the short term loss for what we have confidence will be a long term gain for us all. »

I think as public awareness rises and health and environmental conditions continue to deteriorate that corporations not engaging better practices will eventually be faced with this challenge by their audience.

Bliss : In 2014 Oddworld will clock 20 years. What are Oddworld next big steps? More remakes, brand new original games? Where do you see Oddworld in 5, 10, 20 years? Do you dream of an Oddworld Attraction Parc?

Lorne Lanning : We hope that Oddworld: New ‘N’ Tasty will see the success that allows us the means to develop new content, new stories, and new experiences.  The audience has already voted that they would like to see Abe’s Exoddus go thru the same redux as Abe’s Oddysee is going thru, and we hope to be able to deliver that now that we’ve got the engine on Unity and the team familiar with the tools and pipeline.  Success will enable us larger risks, and so we do our best, cross our fingers and hope for results that keep people employeed and empower us forward.  If we do well, we’ll be scaling into new stories and characters. Themeparks have not been on the dream’s list.

Sherry McKenna, CEO Oddworld

Bliss : Since Oddworld left the videogame industry, you tried very hard to make one or several CGI movies within the Oddworld universe. You already had experiences with movie studios and you came (back) with a potentially great new IP, so what went wrong (besides the general economy)?

Sherry McKenna : You know, I should have known better. It is hard enough for the known directors to get their movies made, let alone some newbie’s that have a brand new idea that has not really been done before. So when we saw that the compromises would be too great, we pulled out.
We need to hook up with folks that really understand what we are trying to accomplish and want to partner with us to make it happen. If it is all about nickel and diming us, just for more profit, it most likely is not a good fit. So we shall continue to look and always keep it on the back burner.

Bliss : What are your responsibilities in Oddworld affaires now that the company is sailing as an independant self publisher? How easier is it compared to the time you were working under the likes of GT Interactive or Microsoft?

Sherry McKenna : There are no words to describe what it is like to be responsible for your own decisions. It is like working on an indie movie and not having to take notes from the studio execs. It is freeing and lovely. If you screw up, you have no one to blame but yourself. No finger pointing. But if you do well then you can feel really good about your choices. I am doing most of the same things I did in the past…finance, legal, negotiations etc. What I am not doing is day to day which is a huge relief. I have been a producer for far too long and since I have a reputation as being the Queen of Delegation, I am thrilled to DELEGATE that part of my past job.

Bliss : Did you know that you would eventually come back to the videogame industry when Oddworld threw in the towel? And how do you shake the feeling that, maybe, coming back to the games biz might sound like a back-up plan? Is there more hope for the videogame industry nowadays?

Sherry McKenna : I always knew that we would never abandon Oddworld. There is so much more of the story to tell that to me it would be a shame if we never were allowed to tell it. I guess I never thought of it as a back- up plan so there was no feeling to shake.
Lorne is a story teller and his stories are about what is happening to our planet that we are not always aware of. I don’t think I could work on a game if it offered no nutritious value.
So I am not sure what you mean when you ask is there hope for the videogame industry nowadays. The game industry has gone mainstream and is now influenced by the publishers so they will make games that make their shareholders profits because that’s what capitalism requires. And the game industry seems to be doing quite fine on their own, with their own share of billionaires. They are giving the public what they want and making money doing that and while that may not be my goal it is certainly working for them.

Bliss : Do you find more games that can you play now that you could 15-10 years ago?

Sherry McKenna : I never was a gamer and still am not. I guess I am one of those old fogies who requires a strong story and great characters and I have not been able to find but a handful of the games that appeal to me.

Interview conducted by François Bliss de la Boissière

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La petite musique des jeux vidéo

De ses débuts il y a tout juste 30 ans jusqu’à aujourd’hui, le jeu vidéo a évolué très vite, techniquement et artistiquement. La musique illustrant les jeux vidéo est par exemple passée des sons bip bip 8-Bits de ses débuts aux compositions orchestrales d’aujourd’hui. La technologie a suivi cette évolution mais pas toujours la législation. Surtout en France où l’exception culturelle qui protège les auteurs-compositeurs au risque de compromette l’équilibre budgétaire nécessaire à la conception d’un jeu vidéo.

L’âge adulte artistique

Bien que restitués avec des moyens techniques alors limités à sa naissance dans les années 70 aux années 90, les thèmes musicaux des premiers jeux vidéo ont acquis une célébrité jusqu’à devenir des classiques et être interprétés par des orchestres symphoniques. L’apparition du support CD sur ordinateur, puis la première console PlayStation de Sony, a changé les choses au milieu des années 90 en permettant d’illustrer l’environnement sonore et musical des jeux avec une qualité optimale de reproduction. Habitué à concevoir des musiques synthétiques plus économiques à produire, l’industrie dans son entier n’a pas immédiatement basculée vers des compositions acoustiques. Aujourd’hui néanmoins, les mélodies que l’on entend sur les derniers jeux Mario sur Wii (Super Mario Galaxy…) ont été enregistrées par un vrai orchestre symphonique et s’apprécient dans toute leur grâce pendant que le joueur saute de planètes en planètes. 

Avec l’arrivée des ambitieuses consoles PlayStation 2 et Xbox dans les années 2000, les jeux vidéo ont commencé à se mettre en scène et à se dramatiser avec des partitions musicales dignes de productions hollywoodiennes. Certains compositeurs travaillent d’ailleurs dans les deux industries. Un des plus connus, Harry Gregson-Williams, a composé la musique du jeu Metal Gear Solid et des films Shrek, Narnia, Kingdom of Heaven… Immédiatement identifiables, les thèmes des séries de jeux japonais Dragon Quest, ou Final Fantasy, composé par le respecté Nobuo Uematsu, et américains, Halo composé par Martin O’Donnell, génèrent, comme ceux des films Star Wars, Indiana Jones ou Superman un culte lié à toute l’émotion que les notes de musique peuvent provoquer.

La musique de jeux vidéo en tournée

Depuis 2005, un orchestre symphonique dirigé par la baguette de deux chefs d’orchestre compositeurs de musique de jeux, Tommy Tallarico (Earthworm Jim, Prince of Persia…) et Jack Wall (Myst III et IV, Splinter Cell, Mass Effect 1 et 2…), interprète en public dans les plus prestigieuses salles de concert du monde les thèmes d’une sélection de jeux vidéo célèbres. Déjà passée deux fois à Paris, la dernière prestation de la tournée Video Games Live a eu lieu dans le Palais des Congrès de la capitale le 17 décembre dernier avec un nouveau chef d’orchestre, l’italien Emmanuel Fratianni, compositeur co-crédité sur le jeu Advent Rising. Ponctuellement, des invités rejoignent les prestations live. Kinuyo Yamashita, la compositrice japonaise du jeu Castlevania a par exemple participé aux concert donnés à Newark aux USA fin décembre 2010. Lors de la première représentation à Paris en 2009, le créateur français du jeu Rayman, Michel Ancel, est monté sur scène avec deux musiciens pour jouer en live le thème de son prochain jeu Beyond Good and Evil 2. Une captation du concert existe en CD Audio et il est possible d’écouter des extraits gratuits en streaming sur Deezer.

L’élite des OST

Réservés à une élite de passionnés qui devaient acheter à prix d’or des versions imports, les OST (Original Sound Tracks), ou bandes originales de jeux vidéo, ont commencé à être éditée en CD Audio. D’abord au Japon grâce aux compositions très appréciées sur les jeux de rôle des éditeurs Square et Enix, puis, peu à peu dans le reste du monde. De nos jours, les OST ne sont plus rares et se trouvent presque facilement dans le commerce en France. À commencer par les magasins de musique dématérialisée accessible sur les stores d’Amazon ou d’Apple. La musique des jeux Mass Effect 1 et 2 signée Jack Wall est par exemple disponible en 6 albums sur iTunes. Le store Apple référence également 10 OST des jeux vidéo japonais Final Fantasy : des bandes originales complètes ou des réinterprétations orchestrales ou au piano.

Musique étouffée en France

En pleine effervescence, la création de musique pour jeu vidéo est freinée en France par une situation juridique aujourd’hui bloquée. Encore considéré comme un simple logiciel informatique, le jeu vidéo ne peut pas s’appuyer sur un réel statut législatif et culturel. Un trouble légal qui peut créer des situations dramatiques comme le raconte Emmanuel Forsans, un ancien producteur de jeux vidéo en France, actuellement responsable de l’Agence Française pour le Jeu Vidéo (AFJV).

« Les sociétés de jeux vidéo français ne veulent plus faire travailler les compositeurs français pour des raisons de droits d’auteurs inquantifiables à payer » explique Emmanuel Forsans. « Le jeu vidéo étant depuis son origine considéré juridiquement comme un logiciel et non une œuvre, l’usage jusqu’ici avait été de payer le travail d’un compositeur de musique de jeu vidéo une somme forfaitaire nette. Mais il y a quelque temps, un compositeur français est revenu sur cette convention et les tribunaux lui ont reconnu, comme pour les compositeurs de musique de films, un droit de propriété intellectuelle sur sa musique qui l’autorise à percevoir des droits d’auteurs, c’est à dire un fort pourcentage sur les ventes du jeu. Le studio de développement qui l’avait déjà payé une somme nette a été obligé de lui régler une somme rétroactive si élevée que l’entreprise a été mise en grande difficulté financière. Depuis, dans le milieu, plus personne n’ose faire travailler un musicien français. Même si la loi n’a pas été modifiée et que du côté de la Sacem (l’organisme qui collecte et redistribue les droits d’auteurs aux artistes), le jeu vidéo reste un logiciel, ce premier cas peut faire jurisprudence.« 

Musique de chambre entre le CNC, le SELL, le SNJV et la SACEM

Depuis plusieurs années et encore à ce jour, des discussions sont en cours entre la Sacem et le SELL (instance de représentation des éditeurs de jeux et de logiciels) autour de la définition du jeu vidéo et de ses composantes artistiques. Donnent-elles, ou pas, droit, à des rémunérations spécifiques liées à la propriété intellectuelle ? Déjà engagé dans le dossier jeu vidéo, le CNC (Centre National de la Cinématographie) arriverait un peu mieux plus à faire avancer les choses selon Emmanuel Forsans. Au cœur de cette négociation, c’est la définition même de ce qu’est le loisir interactif qui se pose. « Le jeu vidéo est un ensemble hétéroclite d’images, de sons, d’interactions » expliquait en 2009 Nicolas Gaume actuel Président du SNJV (Syndicat National du Jeu Vidéo), « il n’a pas de statut juridique mais des jurisprudences contradictoires« .

« On a un peu surprotégé les musiciens en France« 

Programme informatique composé d’éléments rudimentaires animés et bruités à ses débuts, le jeu vidéo a évolué vers un ensemble composite faisant appel à des talents dans de nombreuses disciplines, en plus des programmeurs informatiques : illustrateurs, graphistes, animateurs, scénaristes, dialoguistes, acteurs, cascadeurs, compositeurs et musiciens. Avec sa singularité interactive, l’assemblage des disciplines autour de la création d’un jeu vidéo ressemble de plus en plus à son grand frère le cinéma. Pour cet ancien producteur de jeux néanmoins, « on a un peu surprotégé les musiciens en France« . Dommage collatéral de ce flou juridique qui gèle les relations de travail, les éditeurs de jeux vidéo font appel à des compositeurs résidant ailleurs qu’en France. Installé dans de nombreux pays, le français Ubisoft utilise par exemple, sur sa série de jeux Assassin’s Creed, le talent du compositeur danois Jesper Kid installé à New York. Un imbroglio juridique autour de la notion d’auteurs et de leurs droits sur le point de se complexifier avant d’être résolu en France. Les jeux les plus récents commencent à faire participer le joueur dans la création de contenu utilisable à l’infini par d’autres joueurs en ligne (LittleBigPlanet2 sur PS3 par exemple). Le joueur participatif devient, de fait, co-auteur. Sera-t-il un jour en droit de réclamer des droits d’auteur ?

Note complémentaire : La chance aux chansons

Le succès des jeux de rythme musicaux Guitar Hero et Rock Band a créé une nouvelle économie florissante entre l’industrie musicale et le jeu vidéo. Chaque chanson pop ou rock incluse dans les jeux ou vendue au détail sur les magasins PlayStation ou Xbox en ligne rapporte quelques centimes aux auteurs. Pas de quoi changer la carrière des stars de la musique sauf que, les musiciens concernés, dont des rockeurs un peu oubliés, ont eu la satisfaction de voir naître un regain d’intérêt pour leur albums grâce aux jeux vidéo musicaux. Les comptes semblent ici bon pour tout le monde jusqu’à ce qu’un éditeur de jeu ait eu la curieuse idée d’utiliser les silhouettes des dites stars de la musique en omettant d’obtenir leur autorisation et donc de payer cette présence célèbre par avatar interposé. Des procès de plusieurs millions de dollars sont maintenant en cours. Mais c’est une autre chanson.

François Bliss de la Boissière

(Enquête publiée (ou pas) dans le mensuel Comment ça Marche #9 de mars 2011)

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À l’Assassin ! Ubisoft joue à faire du cinéma

Au moment où la version cinématographique de World of Warcraft rejoint la longue liste des adaptations calamiteuses de jeux vidéo en films. Au moment où, pour à nouveau tenter d’y croire, les regards se tournent désormais vers la version Hollywoodienne de Assassin’s Creed avec les géants Michael Fassbender, Mario Cotillard et Jéremy Irons. Au moment où l’on parle déjà d’une adaptation de The Division en film avec Jake Gyllenhaal dans le rôle principal. En se souvenant que le même Jake Gyllenhaal a joué bien malgré lui dans le sans queue ni tête film Prince of Persia.  En se rappelant que Ubisoft a coûte que coûte des ambitions de cinéma, apparemment aujourd’hui avec Hollywood mais, comme le rappelle cet article de 2009, en s’y essayant par lui-même. En n’oubliant pas que le groupe multimédia Vivendi est aux portes d’Ubisoft après avoir englouti sans ménagement le cousin Gameloft… On relira cet article de 2009 au moment où, caméras et studios numériques au poing, Ubisoft s’auto déclarait apte à faire du cinéma… 

Article écrit et publié en 2009…

En présentant une série de courts métrage réalisés en interne pour faire la promotion de son jeu vidéo Assassin’s Creed, l’éditeur Ubisoft annonce sans prudence faire du cinéma, comme si la maîtrise des outils technologiques donnait le savoir-faire. Hélas, jouer à faire du cinéma ce n’est pas encore être du cinéma…

Éditeur et développeur franco-international de jeux vidéo à succès, Ubisoft a présenté, dans une salle de cinéma des Champs-Élysées, le premier épisode d’un court métrage à l’enseigne de son prochain jeu vidéo Assassin’s Creed 2. L’événement, annoncé comme tel, vient du fait qu’Ubisoft a conçu l’intégralité de cette mini fiction en interne dans ses studios de Montréal. Premier d’une série de trois, le petit métrage de 12’ sous-titré « Lineage » et projeté exceptionnellement sur grand écran pour la presse sera diffusé sur YouTube à partir du 27 octobre et sur la chaine NRJ12 le 12 novembre. Le PDG d’Ubisoft, Yves Guillemot en personne, est venu expliqué sur scène les nouveaux enjeux pour la société qu’il a fondé en 1986 avec sa fratrie. « Le jeu vidéo fait son cinéma » prévient l’écran d’accueil de la projection. Et, en effet, Ubisoft fait tout pour. Quitte à s’y croire un peu trop.

Ubisoft flirte avec les auteurs d’Hollywood

Partenaire déjà singulier du cinéma depuis plusieurs années, Ubisoft privilégie la collaboration avec des cinéastes haut de gamme l’adaptation interactive de leurs films (l’exceptionnellement réussi King Kong de Peter Jackson, le prochain Avatar de James Cameron, les Tintin de Spielberg et Jackson). Une approche auteuriste d’Hollywood tout à fait réjouissante même si le résultat n’atteindra pas toujours l’ambition. Des partenariats et une promiscuité avec la Mecque du cinéma qui ont fini par déteindre sur l’éditeur de jeux vidéo devenu aspirant à faire du cinéma au point d’adopter une véritable politique d’édition. L’assemblage de l’entité Ubisoft Digital Arts (UDA) en 2007 à Montréal avait révélé l’ambition de créer des films en images de synthèse. Sous-entendu, sans faire appel à des structures extérieures spécialisées d’Hollywood dont on imagine le prix exorbitant des services. Ubisoft avait par exemple recruté le cinéaste français surdoué Florent Emilio Siri (Nid de Guêpes) en 2002 pour créer les cinématiques d’un épisode de sa série de jeu d’espionnage-action Splinter Cell, sans renouveler l’expérience. En 2008 Ubisoft a fait l’acquisition d’Hybride Technologies, un studio canadien de post production audiovisuel et d’effets spéciaux numériques âgé de 17 ans spécialisé en motion capture pour le cinéma (300, Sin City, le récent WhiteOut et le prochain Avatar de Cameron…). Réalisés en 15 jours par 190 personnes, les trois courts métrages Assassin’s Creed Lineage (38’ en tout) ont été conçus entièrement sur fond vert avec, différence notable des cinématiques de jeux vidéo : 21 acteurs utilisés en chair et en os à l’écran. Peaufinés, les décors de synthèse proviennent de ceux conçus pour le jeu vidéo à sortir en novembre prochain.

FMV, ou le spectre du mauvais cinéma

Techniquement, le court métrage qui utilise des technologies mixtes liées au jeu vidéo lui-même et aux méthodes cinématographiques de motion capture et d’assemblage de décors numériques autour des acteurs, n’appelle pas de remarque particulière. L’intégration visuelle fonctionne relativement bien et peut donner le change sur YouTube. En revanche, mouvements et placements de caméra, jeu non existant des comédiens, dialogués ou même dans le silence des regards, dialogues et enchainements des situations ne sauraient passer pour du « cinéma ». L’ensemble mime de loin le langage cinématographique sans en trouver la substance. Un voisin de projection dit tout haut ce que pensent les spectateurs les plus aguerris, « où est l’avancée depuis l’insertion d’acteurs réels dans les décors photoréalistes des jeux Myst des années 90 ? » ou le Full Motion Vidéo (FMV) désuet d’un Phantasmagoria ? Dans les mouvements de caméras impossibles à l’époque, les décors en 3D et… c’est à peu près tout. Le comble : l’absence de toute épaisseur humaine ou psychologique malgré la présence en chair et en os des acteurs, la platitude des chorégraphies des combats à l’épée, vedettes dans le jeu vidéo, sans envergure dans le court métrage. Si ce n’est du cinéma, c’est donc son frère ?

L’ambition plurimédia

Jusqu’où veut aller Ubisoft ? Dans une auto interview enregistrée et fournie par l’éditeur, le PDG d’Ubisoft Montréal Yannis Mallat tente de décrire l’objectif : « Étendre nos marques de jeux vidéo et les développer sur des plateformes additionnelles pour fournir une expérience globale à un vaste public« . Le multimédia d’hier devient plurimédia. « L’expérience globale » veut ainsi dire : infiltrer tous les média susceptibles d’arriver aux yeux ou aux oreilles du public visé par le jeu vidéo en préparation. Ubisoft a ainsi lancé un pôle édition de BD (Les Deux Royaumes) qui prolongera en bandes dessinées les histoires de ses héros de jeux vidéo. Un projet d’accompagnement plurimédia comme il en existe déjà pour les films. La nouveauté sans doute ici c’est qu’Ubisoft veut s’impliquer et contrôler chacune des déclinaisons de ses franchises.

Promotion : du viral au grand jour

S’il s’agit d’économiser sur la création de contenus promotionnels complémentaires à ses jeux en créant en interne des courts métrages prolongeant l’imaginaire des jeux, pourquoi pas. Electronic Arts a eu une initiative identique en lançant un long métrage animé en direct-to-vidéo pour encadrer le lancement de sa nouvelle franchise Dead Space en 2008. Les cinématiques, voire les machinima, de plus en plus répandus, empruntent déjà cette voie souvent réussie entre court métrage, sketchs et promotion (voir les hilarantes saynètes promo des jeux BattleField : Bad Company, Facebreaker…). « Les joueurs apprécient de connaître l’histoire qui précède celle du jeu vidéo, de faire connaissance avec les personnages avant leur aventure interactive » lance Guillemot à son auditoire essayant de transformer cette observation en loi universelle. Dans le cadre des jeux ambitieux et scénarisés cela fait sens même si l’énorme succès des jeux Wii et DS à prise en mains rapides et sans contexte prouve plutôt un comportement de masse inverse. Mais si l’intention est de faire du cinéma pour de bon comme semble revendiquer le vocabulaire employé sans prudence par Ubisoft pour ce premier essai de court métrage, les réserves restent de mise.

Péché capital n°7

L’envie de cinéma du jeu vidéo ne date pas d’hier et bute sur les mêmes problèmes depuis le début. Les outils ne font pas le savoir faire. Les grands studios de jeux vidéo ont désormais sous la main l’équipement pour faire du cinéma virtuel. Pas tout à fait au même niveau qu’Hollywood pour des raisons de budget, mais pas très loin. Et cela n’a jamais transformé les cinématiques de jeux vidéo en vrai cinéma. Les plus réussies du marché dans les séries Grand Theft Auto et Uncharted ne le sont que dans le contexte du jeu vidéo. Interprétation convenable d’acteurs bien choisis et mise en scène respectant un minimum la grammaire cinématographique font la blague entre deux phases de jeux. Projetées en l’état sur grand écran, ces séquences révéleraient aussitôt leurs limites techniques, leurs maladresses de réalisation, leurs dialogues de série B, leurs thématiques sans épaisseur ou consistance, même pour des « films d’action » ou de « distraction ». Le marché du film américain déborde de sous productions cheaps, de direct-to-video alimentant les chaines de télévisions, de VOD, et ce qui reste de vidéoclubs. Les séquences dites cinématiques des jeux vidéo plafonnent à ce niveau. Et, calés entre cinématiques, théâtre de télévision ou sous-production vidéo, les courts métrages Assassin’s Creed aussi.

La fusion passe par la confusion

Demain peut-être le cinéma et le jeu vidéo ne feront qu’un. Le spectateur choisira au lancement son degré de participation, active ou passive. La démarche ouverte d’Ubisoft est sans doute précurseur. Hollywood s’aventure bien avec ses gros sabots sur le terrain du jeu vidéo, soit en adaptant maladroitement des jeux vidéo en film, soit en montant de toutes pièces des studios de jeux vidéo tel Warner Bros Interactive ou Disney Interactive. Que le jeu vidéo de son côté tente de contrôler ses créations jusqu’au grand écran est tout à fait légitime. D’autant plus que le cinéma n’a jusque là fait que de très mauvaises adaptations des jeux vidéo. Au jour d’aujourd’hui cependant, quand la fusion des médias entraine – avant de renaitre probablement sous une nouvelle forme – une confusion des genres, il apparaît nécessaire de s’attacher à repérer ce qui fonctionne ou pas, ce qui progresse ou pas, ce qui fait avancer l’Histoire ou pas. Dénoncer au plus tôt les discours enjoliveurs qui tentent de faire prendre des vessies pour des lanternes ne doit pas censurer la démarche mais encourager à persévérer sans aveuglement. La petite conférence de présentation d’Ubisoft utilise si souvent le mot « film » au sein d’une salle de cinéma pour décrire l’essai, que cela oblige à préciser, sans disqualifier l’initiative promotionnelle, qu’il ne s’agit pas de cinéma. Pas encore en tous cas.

Voir aussi…
Jeux et cinéma : la (con) fusion…

François Bliss de la Boissière

(Publié en octobre 2009 sur Electron Libre)

 


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Pikmin : Prends Moii !

« Pick me ! », cueillez-moi, hurlent silencieusement les craquants radis Pikmin plantés dans le jardin du bien aimé Shigeru Miyamoto…

Sous ses allures de jeu enfantin trop mignon pour être sérieux, Pikmin abrite en réalité une réinvention hyper maligne sur console des sophistiqués principes de gameplay des jeux de stratégie temps réel (RTS) répandus sur PC. C’est en s’intéressant à son jardin que le célèbre papa de Mario et Zelda, Shigeru Miyamoto, dit avoir imaginé les aventures du mini Capitaine Olimar.

Crashé sur Terre par accident, le petit astronaute, haut de 4 cm seulement, essaie de rassembler les pièces éparpillées de sa fusée en se faisant aider par les Pikmin, d’adorables et vulnérables créatures bourgeons transformées en petite armée de manutentionnaires, ouvriers qualifiés ou fantassins. Susceptibles de contrôler jusqu’à une centaine de Pikmin, obligé d’accomplir ses missions avant la tombée mortelle de la nuit, Olimar doit coordonner des petits groupes de travaux qui iront collecter des fleurs pour cultiver de nouveaux Pikmin, abattre des murs de pierre, construire des passerelles et affronter les insectes géants qui habitent les jardins devenus jungle à leur échelle.

Sous le label « Nouvelle façon de jouer ! », cette réédition sur Wii d’une merveille sortie en 2001 inaugure une série de jeux GameCube retravaillés pour être jouable à la Wiimote. Avec la télécommande pointant et sélectionnant les Pikmin à l’écran le joueur gagne effectivement une nouvelle liberté de contrôle et, même si le jeu reste identique à l’original, la prise en main améliorée est bien le meilleur prétexte pour succomber à nouveau au charme sensoriel total des Pikmin.

Nouvelle façon de Jouer ! Pikmin / Nintendo / Disponible sur Wii

Jardinier… François Bliss de la Boissière

(Publié en 2009 dans Amusement #4)

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Noby Noby Boy : UN VER DE TERRE À LA LUNE

Comment un artiste du jeu vidéo japonais s’amuse avec les codes interactifs pour tester les limites du médium et les joueurs eux-mêmes…

« Depuis le commencement je suis incapable de décrire le jeu, certains diront que ce n’en n’est pas un, mais qu’est-ce qu’un jeu ? Un jeu doit-il répondre à une définition ? » Ainsi s’amuse à se perdre et à nous égarer l’auteur japonais Keita Takahashi devenu culte avec sa précédente expérience interactive Katamari Damacy. Car en effet, les quelques mécaniques de ce Noby Noby Boy ne disent pas grand-chose sur sa raison d’être.
Dans Katamari Damacy il s’agissait de diriger à deux mains une petite boule qui grandissait jusqu’à atteindre des tailles planétaires en absorbant tous les objets sur son chemin. Après plusieurs manipulations hasardeuses, Noby Noby Boy s’avère finalement assez proche de son grand frère. À la boule se substitue une espèce de ver de terre arc-en-ciel dont chaque extrémité se contrôle indépendamment par les 2 sticks analogiques de la manette. Jeté sur des échantillons carrés de mondes minimalistes suspendus dans le vide, le ver devenu serpent glouton peut manger tout ce qu’il croise du décor ou des habitants. En tirant dans une direction opposée sa tête et son postérieur, le ver s’allonge. Encouragé par la musique de fanfare insaisissable et les couleurs primaires de jardin d’enfant, le manipulateur, plutôt que le « joueur », s’amuse à découvrir les tribulations physiques rigolotes et burlesques des objets entre eux. Curiosité piquée, après consultation nécessaire du mode d’emploi, Noby Noby Boy révèle une logique interne loin du concept sans queue ni tête. Le ver du nom de Boy doit grandir le plus possible, jusqu’à se rompre ou atteindre des centaines de mètres et pendre absurdement dans le vide accroché in extremis au petit carré de verdure perdu dans l’espace. En enregistrant ses différentes longueurs, le joueur participe à l’agrandissement d’un autre ver, nommée Girl, suspendu dans l’espace. Sur son dos, l’avatar de milliers d’autres joueurs affichent leur contribution à l’agrandissement de Girl qui doit s’étirer de la Terre à la Lune et peut-être plus loin encore pour ouvrir de nouveaux niveaux à chaque joueur. Alors que la mode est aux jeux coopératifs, voilà un vertigineux travail collectif de grid gaming renvoyant un candide écho au grid computing. Il est d’ailleurs possible d’enregistrer en vidéo ses joyeuses errances interactives pour les poster directement sur YouTube.
Takahashi travaille visiblement la matière interactive comme d’autres l’argile. Il malaxe, triture, déforme, observe le résultat, s’en étonne, abandonne ou continue jusqu’à ce qu’une certaine forme d’interactivité s’impose et s’installe. Le processus intellectuel intervient peu ou alors, à un niveau supérieur qui ne touchera pas le commun des mortels. La démarche se veut humblement artistique et, à l’image de ce ver de terre élastique sans cesse au bord de la rupture, teste les fondements du jeu vidéo pour mieux s’en amuser et renvoyer à sa condition. Comme le veut malicieusement l’auteur, le jeu c’est aussi pour chacun d’essayer de définir ce qu’il a entre les mains. À 4 euros seulement, la question surréaliste ne se refuse pas.

Noby Noby Boy / Namco Bandai / PlayStation 3

Élastique… François Bliss de la Boissière

(Publié en 2009 dans Amusement #4)

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Screenanalysis : Resident Evil 5 / Uncharted 2

PROTECTIONS…
Dès Space Invaders le joueur a appris comment utiliser un obstacle pour se protéger de l’invasion ennemie tout en l’attaquant. Depuis, bouclier humain, utilisation des ressources du terrain, défense et protection occupent tout un pan de l’art de jouer…

Resident Evil 5

Pour comprendre totalement les enjeux de l’image arrêtée en pleine action, il faut se reporter aux indicateurs à l’écran. Les deux jauges circulaires annoncent que deux héros partagent l’aventure simultanément dans l’écran. Comme le joueur ne peut que contrôler un seul personnage à la fois, l’indicateur le plus grand signale quel personnage est sous contrôle (1). Les prénoms associés à chaque jauge révèlent la présence d’une femme nommée Sheva aux côtés du héros masculin dont le prénom, Chris (Redfield), est déjà connu dans la série. Le tatouage exotique sur l’épaule de la jeune femme (2) précise d’ailleurs qu’elle n’appartient pas au même groupe de combat que Chris. Filiation avec les épisodes précédents et nouveauté (in) attendue sont ainsi respectées. Le corps à corps montre un Chris en mauvaise posture (3) ce que souligne sa jauge de santé où son état, « cover » (4), prouve qu’il est sur la défensive. Ses munitions tombées à zéro, comme le pointe le zéro en rouge (5), expliquent le recours au corps à corps contre un adversaire désarmé dont l’absence de précaution face à deux adversaires suréquipés et le regard blanc laiteux révèlent la folie meurtrière suicidaire (6). Malgré un stock de munitions disponible (7), Sheva s’apprête à intervenir à mains nues affirmant son statut d’acteur musclé à part entière de l’action (8). Un peu ridicules dans le contexte, les bras nus des deux héros attestent, en creux, que leur coéquipier et non un gilet pare-balles est leur meilleure protection.

Uncharted 2 : Amont Thieves

L’absence de toute information à l’écran laisse à la mise en scène et à l’imagination le soin de compléter et de mesurer les enjeux. Le trottoir et les herbes folles particulièrement mis en avant par la lumière du soleil (1) soulignent l’importance du décor, non seulement en tant que décoration mais comme fournisseur d’informations. Ainsi, ce coin d’image sur éclairé volant la vedette à l’action en cours, elle, légèrement brumeuse, stigmatise l’état d’une ville en ruines et livrée à la nature. Ce que corroborent à l’arrière plan un pan de mur effondré (2) et la carcasse d’un modèle de voiture vieux de plusieurs décennies (3). Le jean et le tee-shirt aux manches longues retroussées (4) suggèrent un héros décontracté, peut-être cool, en tous cas pas équipé pour faire la guérilla urbaine que semble mettre en scène cette image. Le holster porté par-dessus les vêtements (5) indique plutôt une posture prête à tout d’aventurier que celle d’un (para) militaire qui n’accepterait évidemment pas que son équipement pende nonchalamment à la hanche (6). Sa tenue, sa vue de dos et sa position vulnérable face à deux adversaires en uniformes, eux (7), d’appartenance militaire, confirme d’ailleurs qu’il s’agit bien du personnage joué par le gamer. Un héros solitaire, donc, assez vulnérable sans muscle apparent, mais dont l’utilisation d’un bouclier du GIGN local (8) révèle son côté débrouillard, sa capacité à utiliser les ressources du terrain. Sa présence d’esprit est sa meilleure protection.

François Bliss de la Boissière

(Publié en 2009 dans Amusement #4)

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COUPLES@HOME : PETIT GUIDE DU BOBO GAMING

ou… COUPLES@HOME : LE TEMPS D’UN WEEK-END

Avec le jeu vidéo, votre petit foyer peut contourner la crise…

Le film La Crise de Coline Serreau propulsait ses deux héros dans la rue en 1992. Entretenue par un hiver rude et des températures s’installant en dessous de zéro, la crise globalisée d’aujourd’hui aurait plutôt tendance à cloitrer les gens chez eux, tant qu’ils ont un toit. Depuis la vraie crise française de 1995, il faut dire, Internet, home cinéma et jeux vidéo ont envahi puis relié au monde tous les foyers. Consommer, chercher du travail, jouer ou même sociabiliser, ne nécessite plus de sortir de chez soi. Régression et repli sur soi pour les observateurs à l’ancienne, confort et comportement avant-gardiste pour les pratiquants convaincus. Depuis quelques années, le jeu vidéo lui-même s’est assoupli, enrichi pour englober toutes sortes d’expériences interactives et donc susceptibles d’intéresser tous les membres de la famille. À moins d’avoir le diable au corps et le besoin impératif de se confronter physiquement aux épreuves réelles ou inventées de la vie, comme de devenir ambassadeur contre la faim dans le monde, alpiniste, champion de l’ex Paris-Dakar ou du Vendée-Globe, le loisir interactif qui s’impose un peu plus chaque année comme l’activité plébiscitée du foyer, se révèle un bon substitut à toutes les expériences. Notamment en cas de grand froid, hivernal ou économique.

Premier réchauffement possible, vérifier que sa liste d’amis joueurs, et donc plus ciblée que sa liste frimeuse d’amis publics Facebook, soit bien à jour sur ses consoles Xbox 360, PlayStation 3 et même Wii. Car, entre les parties, pendant les jeux et même le visionnage de films, il est possible, avec ou sans webcam, de tchater ou carrément taper la discute au casque-micro. Entre gamers, il y a toujours moyen de se comprendre. À partir de là il sera envisageable de contacter un « ami » n’importe quand pour jouer avec ou contre lui. Mais idéalement, évidemment, c’est avec la personne à ses côtés dans son doux foyer protégé des vagues d’austérités du dehors qu’il faut réussir à jouer. Et pour intéresser leurs partenaires, les garçons devront accepter de déposer provisoirement les armes et les filles devront prendre un peu plus au sérieux leurs performances. De retour de la guerre, le repos du gamer guerrier peut désormais être pris en charge psychiquement avec une double séance sur PS3 de l’aquatique FlOw pour valider quelques paliers de décompression puis du fleuri FlOwer pour retrouver goût à la légèreté et aux embruns peace & Love, avant de se faire penser les plaies sur Wii avec la dernière version de simulation de chirurgie Trauma Center : New Blood. Pour refaire connaissance avant de partager fusionnellement de nouvelles expériences interactives pourquoi ne pas commencer par ressortir le Cérébrale Académie de la Wii et se remettre ensemble à niveau ? Avant d’attaquer la grande aventure contemporaine du jeu vidéo, un petit tour dans les catalogues de jeux des années 80, 90 et 2000 disponibles en téléchargement surtout sur Wii mais aussi sur Xbox 360 et PS3, devrait offrir l’opportunité de comparer, voire partager, même sans y jouer, quelques souvenirs, sinon les siens, ceux du grand frère, voire, puisque les gamers aussi vieillissent, des parents.

Une fois les racines plantées, le décollage pour Oz devient possible.
Désireux de voyager sans passeport vers le soleil et les jungles antédiluviennes ? Le dernier Tomb Raider Underworld permet sans fatigue ni bagage de crapahuter en Thaïlande ou au Mexique et les 2 chapitres inédits complémentaires en vente en ligne dernièrement ajoutent de nouvelles étapes au tour du monde. Déjà fatigués de la campagne, même exotique ? Envie de retrouver la ville, ses rues, sa crasse, le bouillonnement de sa population bariolée ? Pourquoi ne pas d’abord visiter le bourg provincial d’Animal Crossing Let’s Go To The City dont l’accessoire Wii Speak autorise la causette avec ses colocataires éloignés sur Wii, et où vous aurez commencé à décorer amoureusement votre résidence secondaire ? Presque plus sérieusement, il faudra sans doute se refamiliariser avec la vie en société et les étranges mœurs humaines avec le 3e vrai chapitre des Sims sur PC. Ensuite, seulement, après ces gentil sas de recompression, il sera temps de se diriger vers la ville de toutes les villes en retournant faire un tour dans le New York, alias Liberty City de Grand Theft Auto IV, à l’occasion de la sortie du chapitre inédit The Lost and the Damned.

Aussitôt étourdi ? Vite, à l’abri dans un shopping mall aseptisé mais reposant ! Le carrefour virtuel du PlayStation Home permettra de faire quelques achats et, peut-être, de retrouver des amis aussi en balade. Samedi soir, souvenirs de sorties en boites de nuit ou en concert commencent à greffer des scrupules à ce cocooning trop durable. C’est le moment de sortir les instruments de musique virtuels. D’abord l’instrument à tout faire Wii Music pour s’échauffer et tenter de créer de concert une petite mélodie bien à soi. Puis, la soirée avançant, le sang commençant à battre sérieusement après une séance de karaoké au micro de Singstar sur PS3 ou Lips sur Xbox 360, il faut sortir les gros moyens. Guitare et batterie de Guitar Hero ou de Rockband donnent alors le gout du bœuf salé de sueur et de larmes. Les plus sages auront bifurqué avant sur la petite musique du délicat jeu de rôle Eternal Sonata évoquant avec poésie la vie de Chopin.

Dimanche matin, le vrai footing (… dehors !?) n’est toujours pas imaginable mais le programme et la planche Wi Fit sont toujours là pour permettre à monsieur de compter ses pompes et à madame de faire du yoga avant un peu de step. L’après-midi, après quelques Leçons de Cuisine presque pas pour de rire sur DS, et si les parents se sont brusquement invités pour le thé, il va être temps de sortir le dernier épisode à tout faire des quizz façon jeu TV avec Buzz ! cette fois consacré aux « plus malins des français ». Une fois les invités amadoués, tentez votre chance avec la suite de l’excellent Boom Blox devenu Bash Party sur Wii, car tout le monde sait lancer un caillou vers l’écran pour faire tomber des piles de briques, n’est-ce pas ? Tabac assuré même chez les non gamers et non fumeurs.

Une fois enfants ou parents repartis, l’envie de retourner aux choses sérieuses et vers les vrais connaisseurs de jeu vidéo dont vous partagez intuitivement la culture vous fera relancer LittleBigPlanet sur PS3. À deux vous continuerez de construire, en vous étonnant de votre imagination, ce niveau beaucoup trop élaboré qui ne verra jamais le jour, avant d’aller essayer les niveaux publiés par d’autres amateurs que vous jalouserez jusqu’à la mort. Tant de perplexité et complicité créative partagée vous entraineront dans des conversations théoriques sur l’art, les concepts et le jeu vidéo et puisqu’il n’est toujours pas question de sortir par ce temps… de crise, il sera l’heure d’essayer de comprendre en réfléchissant à deux et, qui sait, finir, l’étonnant et cérébral Braid sur Xbox 360. Enfin, si avec un peu de chance, l’éclairage chaleureux du coucher de soleil veut bien s’activer, après un transit par l’affable bourgade anglo-normande de Duelville au cœur de Banjo-Kazooie Nuts & Bolts sur Xbox 360, un petit tour sur le lac à remous de la Plaine aux Écrous du même Banjo consolidera l’idée que, oui, décidément, le jeu vidéo c’est vraiment le nouveau pays des merveilles et que pour s’en arracher, le monde réel va devoir nettement s’améliorer.

Divan… François Bliss de la Boissière

(Publié en 2009 dans AMUSEMENT #4)

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Flower : Je t’aime un peu, beaucoup…

Chevaucher le vent à bord d’un carrousel de pétales ? Caresser les fleurs et redonner à la nature les couleurs que le bitume lui a dérobé ? C’est carrément un vent d’espoir de jours meilleurs que fait souffler Flower dans la PlayStation 3.

Aux antipodes des stimuli nerveux hypertrophiés que cherchent à provoquer la grande majorité des jeux vidéo, le fleuri Flower, fils spirituel de l’aquatique flOw, mis en vente avec à propos la veille de la St Valentin, cherche à déplacer le centre de gravité du joueur. D’abord au sens physique, dans la manière de manipuler le jeu avec exclusivement les fonctions gyroscopiques de la manette PlayStation 3. Puis psychiquement en proposant une expérience presque zen où il faut activer et être attentif à ses sens les plus subtils. Tout en respectant la hiérarchie fonctionnelle habituelle du jeu vidéo, succession de niveaux, objectifs, difficulté croissante, les modes d’emploi mécaniques et structurels se révèlent en jouant plutôt qu’ils ne s’imposent. Flower signale bien qu’il faut maintenir un bouton appuyé puis incliner la manette pour qu’il se passe quelque chose mais à partir de là le joueur doit saisir par lui-même la nature de l’interactivité entre ses mains. Il découvre que le bouton maintenu fait souffler le vent qui propulse vaille que vaille en avant une colonne de pétales de plus en plus grande quand elle frôle certaines fleurs au sol. Même s’il cherche à faire vivre une expérience intuitive sensorielle, le jeu n’oublie au fond aucun signal derrière son habillage artistico-réaliste faussement désinvolte : codes couleurs des fleurs altérant différemment le paysage, pointillé de fleurs petit poucet indiquant la direction à suivre, changement de lumière des paysages sous le soleil ou l’orage, notes de musique propres à chaque fleur épanouie, bruit du vent et des bourrasques accélératrices…

Tout le talent des auteurs vient ici de la faculté à trouver l’épure parfaite, à dépouiller le jeu d’explications et d’interfaces ostentatoires. Le mystère provoque l’envie de jouer et la sérénité ambiante encourage la persévérance. Et l’aventure, parce que c’en est vraiment une, offre autant satisfaction intellectuellement en donnant un sens final à son concept que tactilement avec ses sensations de vols aériens.

À chaque fois qu’un jeu s’aventure un peu au-delà des habituels canons de productions, il doit affronter la méfiance et l’injuste soupçon de ne pas être un « jeu ». Avec une élégante assurance, heureusement, Flower, comme le toujours recommandable flOw, se créé son propre espace ludique et ouvre, plutôt qu’il ne ferme, le champ d’exploration du jeu vidéo. Ce qu’il peut perdre en public de gamers circonspects, il peut le gagner au centuple en se rendant accessible au plus grand nombre, en projetant une image rarement délicate du jeu vidéo. Féminin quand les bases du jeu reposent sur le contrôle de pétales de fleurs survolant gracieusement des paysages, et masculin quand le serpent de pétales fend la bise et les hautes herbes pour ouvrir le cœur de fleurs pas encore écloses, Flower ne renie rien du jeu vidéo pour accomplir sa synthèse de divertissement artistique. Écologique, sensuel, transgenre, transpublic, transgressif dans une industrie hyper codifiée, transe tout court.

Flower / Thatgamecompany / Sony Computer / PlayStation 3 

… passionnément François Bliss de la Boissière

(Publié en 2003 dans AMUSEMENT #4)

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De Blob : La Wii (re) prend des couleurs

De Blob a la bonne idée de revenir remasterisé sur consoles PlayStation 4 et Xbox One en novembre 2017 après le PC en début d’année. À sa sortie sur Wii en 2008  j’avais écrit ceci à propos d’un jeu éclaboussant bien avant les autres… N’est-ce pas Splatoon ?

Depuis quand avons-nous ressenti une telle joie de vivre et de faire sur console de salon, y compris sur Wii ? Depuis Mario Galaxy sans doute. Sorti de nulle part, De Blob rejoint le précieux peloton d’élite des jeux Wii indispensables à tous les publics.

Alors que le bruit selon lequel le développement de jeux sur Wii (et DS) ne profite guère aux autres éditeurs que Nintendo, voilà que THQ, grand habitué des licences TV et ciné dispensables, publie un jeu sur Wii d’une qualité à faire rougir Nintendo. Un jeu qu’il va falloir défendre becs et ongles comme le Zack & Wiki de Capcom, ou même le Boom Blox de Steven Spielberg tant il arrive à d’excellents, et trop rares, jeux Wii de passer injustement à côté de son populaire public. De Blob ne pourra d’ailleurs, si ce n’est déjà fait, que réjouir Shigeru Miyamoto, lui qui cherche désormais à cueillir les nouveaux fruits verts que sont les neo gamers tout en gardant sous la main les core players bien mûrs. Car sous son abordage bon enfant et ses créatures coucourges à la Pikmin poussant des petits cris irrésistibles à la Super Monkey Ball, De Blob cache accessibilité tout terrain et profondeur de jeu que l’on pourrait presque qualifier d’un autre âge. Pas à cause de sa difficulté mais du nombre de couches et de sous couches (le terme est bien approprié) de gameplay et d’intelligence qui se dévoilent progressivement.

Action painting

Simple, le principe de base doit réveiller l’enfant barbouilleur qui sommeille en chacun de nous. Stick analogique du Nunchuk pour diriger et Wiimote pour sauter d’une brève secousse en mains, il s’agit bêtement de déplacer librement une boule molle au milieu d’environnements urbains. Une Chroma City, comme le révèle progressivement de goûteuses et drôlatiques cinématiques, obligée à vivre en noir et blanc depuis qu’une vilaine entreprise (ENCR en VF, I.N.K.T Corporation en VO) a mis la main sur la ville et interdit tout écart de couleurs. Le Blob donc, Kirby au sourire parfois carnassier, glouton plutôt cracheur que dévoreur, doit se tremper dans des bombes de peintures baladeuses avant d’éclabousser toutes les surfaces qu’il frôle. Choisissant les couleurs au hasard de ses roulades, le Blob colorise les bâtiments un par un en se jetant sur les murs et les toits jusqu’à épuisement du stock de peinture qu’il garde dans le ventre.

Go fast

Et le joueur agacé et pressé de dire : « Oui, bon, et alors ? ». Alors il va falloir surveiller le chronomètre et lui rajouter de précieuses secondes en accomplissant telles ou telles tâches. Peinturlurer un ensemble de bâtiments mitoyens pour qu’une poignée de civils heureux se rue hors des immeubles. Toucher un par un ces Grisiens libérés leur redonne aussi de la couleur et ajoute un crédit de 30 secondes au décompte inexorable des 10 minutes de base. Accepter un des nombreux « défis » disséminés dans le décor, qui se laisse explorer tel un free roaming game, oblige éventuellement à peindre tel ensemble d’immeubles en bleu, ou en orange, ce qui obligera le Blob à se tremper, après les avoir trouvés, dans un pot de peinture jaune puis un rouge. Jouissance feu d’artifice naturaliste à la Okami, trouver une des rares Transfo-sphères redonne pour de bon ses couleurs à l’herbe, aux arbres et aux habitants. Tout à coup la ville austère au noir et blanc écorché maladroitement par les débordements du Blob retrouve son élan vital, sa musique, ses confettis. Une fois rendus à la couleur sous certaines conditions plus rigoureuses, les imposants monuments administratifs, sortes de boss passifs, se mettent à claironner littéralement lorsque des embouchures de trompettes dansent sur leurs toits. En harmonie avec l’image et les animations parfaites, les sons et la musique ont une qualité exceptionnelle qui s’annonce dès le lancement du niveau quand le joueur choisit, après déblocage, parmi 12 thèmes de musique selon son « humeur » (serein, funky, imbattable, provocateur, effronté…). Même si les boucles musicales se répètent un peu trop, les bruitages, tous musicaux, créent, comme les jets de peintures, une surcouche sonore où se mêlent avec bonheur et humour des notes aquatiques de harpes, des slaps sur guitare bass, des chœurs féminins à la Michel Legrand/Jacques Demy.

Da bomb

Ainsi, quartier après quartier, surprise après surprise, la profondeur et la justesse du gameplay et de ses règles ne cesse de surprendre. Le jeu réussit un des rares équilibres entre contraintes et libertés donnant au joueur un terrain de jeu aussi généreux à découvrir que dense en activités. Au bout des doigts, le plaisir organique est total même s’il faut accepter une part d’insaisissable dans les sauts du Blob dirigé au jugé par le geste de la Wiimote. Capable de rouler sur des corniches pour essayer de rejoindre le toit plus élevé d’un gratte-ciel de l’autre côté de la rue, il lui arrive de coller désagréablement aux murs ou de se faire détourner brusquement par un mur invisible. De même, l’observation en vue subjective faisant appel à la Wiimote pointeuse gène aux entournures, et la sauvegarde automatique en fin de parcours seulement force à de longues séances de jeu. Des petits détails largement compensés par de vrais plaisirs comme celui du verrouillage au bouton Z permettant des sauts ciblés à distance (sur les pots de peintures ou les minis flics-bobs, sbires de E.N.C.R.), voire même de sauter, grâce à des pods, d’immeubles en immeubles à travers toute la ville jusqu’à des surfaces cachées ou inaccessibles. Jeu de plate-forme décontracté – une fois débloqué en mode histoire, chaque généreux quartier de la ville est revisitable pour coloriage tranquille à volonté -, jeu de barbouillage, d’exploration, De Blob s’appuie sur une structure minutieusement pensée et réalisée.

Resistance

Soyons clair, le geste de « peindre » n’a rien d’artistique ici. Il s’agit bien de jeter sans contrôle des litres de peintures qui finissent par se superposer dans une jolie anarchie de couleurs plus ou moins écoeurante. C’est d’ailleurs dans cette cacophonie chromatique désordonnée que le geste du joueur prolongé par le Blob-pinceau rejoint la thématique distillée avec beaucoup d’esprit du jeu, celle d’une résistance en couleurs à l’ordre imposé en noir et blanc. Sans même insister, la problématique du résistant légitime qualifié de terroriste par l’autorité qu’il défie, dégouline des murs, des coulées d’encre noire mortelles, des panneaux ou tours de propagandes qu’il faut coloriser pour les rendre au peuple. Le jeu, avant tout tactile et physique, coloré comme un paquet de crayons de couleurs de maternelle, se ménage plusieurs niveaux de lecture « adultes ». Des mains à la tête, De Blob fait exactement ce pour quoi le jeu vidéo existe. Il substitue à la parole et aux explications confuses, une interactivité limpide, un plaisir sensuel vraiment compréhensible que manette en main.

François Bliss de la Boissière

(Publié le 1/10/2008 sur Overgame)


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Faut-il dire Wii à la REVOLUTION ?

Pour réinventer la pratique du jeu vidéo avec sa nouvelle console, Nintendo a remplacé le nom et la notion trop explicite de Revolution par un logo à peine digne d’une interjection enfantine. En grattant un peu, le Wii de Nintendo recèle pourtant, comme les jeux Mario, une inventivité révélatrice de toute une philosophie ludique.

En mai dernier, Shigeru Miyamoto a présenté de façon spectaculaire la révolution Wii en jouant au chef d’orchestre sur la scène du célèbre Kodak Theatre de Los Angeles. Télécommande Wii à la main, il mimait les gestes nécessaires à la direction d’un orchestre virtuel intimé d’interpréter à l’écran le célèbre thème de Zelda. Exagérant l’exercice face aux 3000 spectateurs, ses bras étaient le plus souvent dressés à auteur d’épaules comme si, entre deux battements de mesure, il ne pouvait se retenir de les lever en signe de victoire.
Plus tard, sur cette même scène, le Président de Nintendo, Satoru Iwata, vint expliquer plus sobrement le concept de la console Wii. Un peu gauchement, il ouvrait largement ses bras en vantant, tel un prêcheur, le concept rassembleur des anciens joueurs et des nouveaux autour de la console Wii dont le nom simpliste doit évoquer le « we » anglais, « nous ». En regardant les photos de l’événement quelques jours plus tard, une observation troublante émergea : en direct-live devant un parterre de journalistes, les deux hommes s’obstinaient à dessiner avec leurs bras et leurs corps le W du logo Wii. Dans les années 90, Prince, l’artiste musicien de Minneapolis, s’amusait sur ses photos posées à reproduire de façon quasi subliminale avec son corps et ses postures son fameux logo « Love Symbol« …

Quand Nintendo a annoncé le nom officiel de sa prochaine console de jeu en remplacement du sobriquet Revolution, la surprise fut totale. L’entreprise avait réussit à contenir toute fuite, et le nom retenu, Wii, tomba sur le monde comme une goutte d’urine acidulée, une mauvaise plaisanterie. En anglais wee, ou wee-wee, signifie pipi, voire, plus vulgairement, « pissou » si l’on veut comprendre le choc de la communauté anglo-saxonne. Les railleries fusèrent puis devinrent critiques : ce Wii au bord du ridicule continue d’enfermer Nintendo dans son image enfantine. Les médias avaient donc déjà oublié l’indirecte insolence dont peut être capable Nintendo quand, par exemple, Mario s’arme d’un pistolet à eau et pisse (justement !) en toute insouciance humide sur la popularité des arides FPS dans Super Mario Sunshine.
Encouragés par Nintendo, les analystes rappelèrent alors le succès médiatiques des entreprises au nom d’oiseau cyber adoptés facilement : Yahoo, Google, voire en France, Noos. Plus précis encore avec la démarche de la console Wii, Nintendo revendique la notion de « technologie disruptive » qu’a réussi Apple en brisant l’ordonnance de l’industrie musicale avec son iPod. Au « i » individuel d’Apple, la première personne du singulier, répond le Wii collectif (we) de Nintendo, la première personne du pluriel. Les deux ii de Wii ne laissent d’ailleurs aucun doute quant à la filiation avec Apple. Une seule syllabe « i » ou Wii qui a vocation de se glisser en préfixe d’un néologisme marketing pour singulariser un concept, un objet, une attitude, une action : iMac (je fais du Macintosh), iBook, iSight, iPod… Une première série de petits de jeux de sports Nintendo a ainsi été nommée Wii Sports et se déclinent en Wii Golf, Wii Tennis, Wii Baseball, « nous jouons au golf, au tennis, au base-ball »… La connexion Internet permanente de la console a été nommée WiiConnect24, « nous nous connectons »…

Quoiqu’on en pense, Nintendo a déjà gagné une première bataille médiatique, le nom Wii a réussi à marquer les esprits. On estime alors très vite que l’entreprise a pris le risque d’une démarche marketing simpliste en rupture avec son propre héritage terminologique associant au moins deux mots : Game Boy, SuperFamicom, Nintendo 64, GameCube, Dual Screen… Le nom de la marque Nintendo serait presque proscrit aux alentours de la Wii. A l’instar du mode de jeu « révolutionnaire », à base d’une simple télécommande pointant vers l’écran, proposé par la nouvelle technologie Nintendo, le logo Wii et sa signification n’ont apparemment plus rien à voir avec l’historique des jeux et des consoles Nintendo. Néanmoins, une observation à la loupe de ce symbole Wii met à jour une surprenante multitude de signes, codes, significations, directes ou indirectes, explicites comme implicites, étendues comme résumées, du monde Nintendo et de ses intentions.

La vague dessinée par la lettre W est, par exemple, un symbole familier chez Nintendo. Wario, le double racaille de Mario a été nommé en retournant le M de Mario. Même s’il suffit de supprimer la première barre du W pour qu’il redevienne un N, le W est d’abord pour Nintendo un M inversé, l’initiale du génial Miyamoto (Wiamoto ?). Et si l’on retourne tel quel le logo Wii, c’est le M cousu sur la casquette de Mario suivi de deux points d’exclamations qui se lisent ! Un Mario tête en bas directement en osmose avec le nouveau jeu Super Mario Galaxy sur Wii où le fameux plombier trotte, en oubliant l’assiette horizontale, tout autour de petites planètes flottantes dans le cosmos comme autant de points sur le i !

La télécommande Wii avait également surpris quand elle avait été révélée. Elle est pourtant la grande sœur logique du stylet de la DS que tout le monde avait déjà en main. Le i du logo Wii évoque autant le stylet de la DS et sa pointe que le pictogramme d’une silhouette humaine, la télécommande rectangulaire Wii et son curseur pointé au loin sur l’écran de la télévision, ou, comme nous le montre un teaser vidéo, une raquette et sa balle. Le double i, bien sûr, signale Nintendo, que le jeu Wii se veut collectif. On peut d’ailleurs insérer autant de i que l’on veut, le nom se prononce toujours pareil, et le nombre de joueurs reliés à la Wii grâce à sa connectivité Internet n’altèrera pas son fonctionnement, au contraire exponentiel. Avec une console Wii « aware » reliée, allumée ou en veille, 24h sur 24 à Internet, et éventuellement avec d’autres joueurs, le Wii sonne Wi-fi, le tracé du W devient une sorte de fil symbolisant la connectivité, le lien de communication susceptible de s’étirer indéfiniment comme un accordéon ou une onde se propageant WWWWWWW. Le W de la Wii est aussi celui du wagon attaché à d’autres wagons tant qu’ils roulent ensemble dans une même direction. Ou une population de gens, nommée Touch Generation par Nintendo, se tenant la main en une longue chaîne de fraternité interactive. Les deux ii qui peuvent devenir mille ne rappellent-ils pas aussi les Pikmin ? En leur imaginant un peu d’épaisseur, les deux barres obliques du W symbolisent la télécommande Wii d’un côté et son accessoire nunchaku de l’autre, les deux reliés par leur cordon, ou brandis par une personne au centre comme l’ont mimé insidieusement sur scène les deux têtes pensantes de Nintendo. Plus tangible, quoi que, derrière le double V de la Wii se cache aussi le mot videogame et le concept de Virtual Console, une « deuxième » console capable de télécharger et faire fonctionner des jeux anciennes générations (Nes et SuperNes) tandis que la Wii proprement dite est apte à lire inhabituellement deux formats de disques, ceux de la GameCube et ceux de la Wii ! La Wii, une console double, multiple, comme le synthétise sans en avoir l’air son logo.
Définitivement confondant, les deux V du W peuvent aussi s’interpréter comme deux oiseaux, ou un seul avec une grande envergure, dont le vol induit que la Wii prend son envol et s’affranchit du reste du monde, en l’occurrence, des habitudes de l’industrie du jeu vidéo.

Le concept de la Wii a tellement étonné que certains médias se sont pris à l’imaginer en dernière solution farfelue et improvisée d’un Nintendo incapable de suivre la course technologique entretenue par Sony et Microsoft. On retrouve pourtant l’idée et l’envie, voire le besoin impérieux, de faire surgir l’interface sans manette de la Wii dans plusieurs jeux importants Nintendo de ces dernières années. Avant même la concrétisation de l’interface touch screen de la DS, un certain Luigi’s Mansion, premier jeu de la GameCube, brandissait son aspirateur vers les fantômes, les retenait d’un fil invisible avant de les amener à lui. Luigi allait même jusqu’à frapper de la main le mobilier, les murs, et l’écran de la télévision transformé en vitre (toc toc), toucher donc. Dans Super Mario Sunshine, Mario et son pistolet à eau tendent en permanence une main virtuelle vers le décor et les gens tout en pourchassant un Shadow Mario lui-même équipé d’un pinceau prompt à peinturlurer le décor. Dans sa dernière aventure sur GameCube, le petit Link de Zelda agite au bout du bras une baguette de chef d’orchestre pour jouer de la musique et changer le cours du vent. N’a-t-il pas en substance une télécommande Wii à la main ? Non seulement l’aspiration à créer la télécommande Wii s’exprimait déjà avant l’heure, mais l’esquisse du logo lui-même circule aussi avant sa naissance. Il veut déjà surgir du Legend of Zelda dont le sous-titre Wind Waker contient déjà beaucoup de W, comme la série des WarioWare. Et il apparaît de façon quasi explicite dans Super Mario Shunshine, quand, au lancement du jeu, Shadow Mario signe à l’écran le M de Mario avant de se l’approprier en appliquant deux points sur le sommet des deux barres du M. Avant même d’être formulé ou cherché, le logo Wii est déjà là, en train de naître.

« N’est-ce pas tout de même une erreur de donner un nom qui embarrasse les gens au moment de le prononcer ? » insiste le respecté et très british magazine Edge encore gêné par l’écho au wee anglais dans son numéro de juillet (164) à la double Une malgré tout entièrement consacrée au logo Wii. « Quand vous prononcez le mot « we », avez-vous une hésitation ? » rappelle Satoru Iwata avec une incontournable évidence, alors que, étonnamment complice, l’amorce de son nom de famille semble décliner le « i » d’Apple, ou, inversée, le Wii Nintendo.

L’incroyable convergence de signes complices référents, voulus ou fortuits, signifiants ou simplement évocateurs, autour d’un logo d’apparence si basique, révèle de façon inattendu ce que les jeux Nintendo dissimulent déjà en surface : une entreprise capable de transformer sa complexité créative inouïe en une façade aimable et simple destinée à séduire puis retenir n’importe quel public. Face aux mastodontes de son secteur, Nintendo joue la carte de l’intelligence contre la force brute. L’entreprise séculaire déclare ne plus vouloir se battre avec ses concurrents engagés dans une bataille technologique mal choisie. Pour autant, comme Shigeru Miyamoto et Saturo Iwata l’ont montré physiquement en dessinant dans l’air le double V de victoire, Nintendo n’a pas baissé les bras. L’entreprise compte bien propager avec la Wii une « win attitude » qui a le potentiel de lui redonner sa place de leader de l’industrie du jeu vidéo. Si Nintendo gagne son pari, les journaux pourront facilement titrer Wiintendo !

François Bliss de la Boissière

(Publié le 7 juillet 2006 dans Chronic’art 27)

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‘hésitez pas à lire ma Note d’intention.

Van Ling interview HD : DVD producer pour James Cameron et Star Wars

En 2007, j’ai demandé à trois producteurs stars de DVD ce qu’ils pensent de la HD, est-elle tout bonus ?
Van Ling, concepteur d’effets spéciaux, proche collaborateur de James Cameron a conçu les DVD de Titanic, The Abyss, Starhip Troopers, Star Wars Trilogy… Excusez du peu !

Version originale anglaise complète ci-dessous après la VF éditée pour publication…

Version française éditée pour publication papier…

Bliss : Quel est le premier film/DVD sur lequel vous travaillez avec un format HD ?

Van Ling : J’ai travaillé sur 9 Blu-ray l’année dernière, y compris Terminator 2, mon premier. S’agissant de disques contenant seulement le film, ils m’ont donné l’occasion d’apprendre ce qui marche ou pas. Je suis actuellement sur le Blu-ray d’Independance Day et nous expérimentons des idées utilisant la programmation Java sur Blu-ray.

Bliss : Avez-vous une approche différente pour les bonus selon les formats HD DVD et Blu-ray ?

Van Ling : Entre la SD et la HD, surtout. Les objectifs sont les mêmes mais il y a plein de choses à réapprendre et beaucoup plus de problèmes de programmation, surtout pour la navigation dans les menus.

Bliss : Si l’un de vos précédents DVD ressort en HD, y travaillerez-vous ?

Van Ling : Oui parce que je sais déjà ce qui a été fait et que j’ai une bonne idée comment le surpasser. Il faudrait pouvoir inclure ce qui a été fait sur DVD et ensuite créer des choses inédites qui tiennent compte des nouvelles possibilités.

Bliss : Comment allez vous effectuer la transition entre SD et HD pour les documents d’archives déjà mastérisés ou à venir ?
 Est-ce utile de filmer documentaires et interviews en HD ?

Van Ling : Oui, nous filmons tout en HD. La majorité des films transférés en vidéo ces 8 dernières années l’ont été en HD, donc exploitables tel quel. Quand ils achètent un disque HD, les consommateurs s’attendent à ce que les suppléments soient en HD. Comme les vieux documents ont été filmés en vidéo SD ou 16mm, c’est un challenge de décider comme présenter une featurette mélangeant les formats.

Bliss : Les réalisateurs avec qui vous travaillez sont-ils concernés par la HD ?

Van Ling : Les plus jeunes sont déjà au courant des nouvelles possibilités des formats HD et participent. Les réalisateurs vétérans y voient d’abord une nouvelle manière d’intéresser plus de spectateurs.

Bliss : Les fonctions interactives propres au Blu-ray et au HD DVD ouvrent-elles de nouvelles possibilités ?

Van Ling : Oui mais c’est un vrai challenge parce qu’il s’agit plus de programmation créative que de création artistique. Nous sommes au point où les formats HD doivent faire leur preuve auprès des consommateurs, avec ce côté « essayons tout pour voir ce qui leur plait». Il y a beaucoup de gimmicks.

Bliss : Que pensez-vous des problèmes de compatibilités provoqués par ces nouvelles interactivités ?

Van Ling : Ces formats HD ont clairement des constitutions informatiques. Cela donne autant de possibilité de faire des choses que de les rater. Quand quelque chose ne fonctionne pas, vous n’êtes jamais sûr si cela vient du design, de la programmation, de la fabrication ou du lecteur.

Bliss : Avez-vous une préférence professionnelle entre le HD DVD ou le Blu-ray ?

Van Ling : J’ai surtout travaillé sur Blu-ray. Étant donné qu’une grande partie du succès de ces formats va dépendre de l’industrie du jeu vidéo qui a l’habitude de la cohabitation de formats, je ne pense pas qu’il y aura un vainqueur définitif.

Propos recueillis et traduits en mars 2007 par François Bliss de la Boissière

Lire aussi…

  • Charles de Lauzirika : DVD producteur pour Ridley et Tony Scott
  • Kim Aubry : DVD producer pour France Ford Coppola

Version originale complète de l’interview…

Bliss : Do you think there is a need for high definition bonus or is it still for some happy few passionate? Meaning, is it worth the efforts for you, the studios and even the movie directors?

Van Ling : I’ve always said that DVD producers are the most optimistic people in the film business, because we put our blood, tears toil and sweat into creating materials that only a very small number of people will ever watch. But I do think that it’s worth the effort, because it can be a winning situation for all parties: the filmmakers get the chance to discuss their visions, the studios have more to sell and the viewers get more for their money, even if they don’t care to watch it. As for us DVD producers, some of us enjoy the challenge of extending a narrative/universe and exploring new ways of educating and interacting with viewers.

Bliss : What is the first film you worked, or are working on, that is going to be released on any HD formats?

Van Ling : I actually worked on nine Blu-ray titles last year, including T2 (which was my first), but these were essentially « movie-only » discs that gave me an opportunity to learn how the format works (or doesn’t work, as the case may be). I am currently working on « Independence Day (ID4) » for Fox on Blu-ray, and we are exploring some new bonus feature ideas using Blu-ray Java programming.

Bliss : Do you have a different approach regarding extras on HD DVD or Blu-ray?

Van Ling : If you mean as opposed to standard DVD, yes. Even though most of the goals are the same (movie, commentaries, bonus content), the formats are completely different in terms of technical approach. There’s a lot of things you have to learn to do anew, and a lot more programming issues you have to keep in mind while you are designing and creating materials, especially for the menus and navigation.

Bliss : If, or when, one of your previous DVD is re-released on a HD format, will you work on it ? Would the bonus be a simple transfer from the DVD or would you work again on it?

Van Ling : I expect to be working on many of the HD versions of the titles I’ve previously done, simply because I already know how and what I’ve done before, so I have a good idea of how to surpass it. I feel that we should be able to include what we’ve done before on DVD as a starting point on the HD version, and then create new material that takes advantage of the new format’s capabilities.

Bliss : Did the digital transfers of past archives have been readied for HD formats and could be ported without going back to the digital scan? What is your opinion regarding those past documents? Going HD with them or keeping the already digital transfer? What is the position of the studios you work with regarding this issue?

Van Ling : Most films that have been transferred to video in the past seven to eight years were transferred to HD in the first place, so many of them are already usable. But I believe most studios assess how the existing HD transfers look in light of today’s technologies, and if they feel that the new equipment can yield an appreciably better transfer, they will do it.

Bliss :  What about future archives you might dig up, which kind of technical treatment would you do for the HD formats (or not)?

Van Ling : Most older archival material tends to have originated on standard-definition video or 16mm film, so it is more of a challenge to decide how to present a mixed-format documentary or featurette. But with the advent of the new HD formats, more and more special features are being done in HD, because consumers expect that when they buy an HD disc, as much of the content as possible will be in HD format.

Bliss : Are you shooting your documentaries and interviews in HD ? Since when, or do you plan to? Is it relevant to do so?

Van Ling : Yes, for current films, all of the material is shot in HD, as are all interviews and new footage shot for bonus material on older titles. It is generally accepted as a good practice to shoot in HD if it can be afforded, even if you are currently finishing the project in standard definition. All of my projects going forward will likely be in HD.

Bliss : Are movie directors you work with concerned, interested by those high def contents that they may have to provide for future HD DVD or Blu-ray releases? Whether for a new projects or past projects?

Van Ling : The younger generations of filmmakers are already savvy to the possibilities of the HD formats and are usually very open to creating or participating in new HD content, while the older generation of directors view it as a good way to get more people to experience their films, which are still the most important component of any release. They are usually thrilled to see their films in such high resolution.

Bliss : Both HD DVD and Blu-ray may be programmed for some special interactivities during movie footage… Did you start working on that technology? Is it easy to do? Does is really open some new doors for you as a DVD producer and maybe the consumer or is it just a gimmick?

Van Ling : Yes, I am working with the technology and it can be a real challenge, because it’s more about creative programming than traditional creative work. We are currently at the stage where the HD formats have to prove themselves to the consumer as being more worth getting than regular DVD, so there’s a lo of the same « shotgun » approach to interactive features… let’s try everything and anything and see what strikes the consumer. There are a lot of gimmicks, but I hope that some of them will evolve into actual useful features. I know I’m doing my part…

Bliss : There seem to have some compatibility issues with those interactive programs, whether on Blu-ray players or the LG Blu-ray HD DVD combo that doesn’t play HD DVD interactive programs. How do you deal with that?

Van Ling : These HD formats are much more clearly computer formats, and the more like a computer your format is, the more capabilities you have… but the more opportunities you have to mess things up. We are still in the preliminary phase in which the formats are evolving, and when something doesn’t work, you’re never quite sure if the problem is due to the design, the programming, the manufacturing, or the player. From my standpoint, I just keep pushing. I find out what they think the format can do, and then come up ways for it to do more. And try to work with people who are willing to try it.

Bliss : Do you have a preference as a professional between the two formats : Blu-ray and HD DVD?

Van Ling : My experience so far has been exclusively with Blu-ray, so I am more familiar with it, but I am learning more about HD-DVD as well. Given that a significant portion of the success of these formats is going to depend on the video game industry -which has a history of multiple formats co-existing-I don’t think there is going to be one definitive winner. And the only way the consumer will win is if there are really good combo players so the viewers never have to worry about whether they can or cannot play any disc they buy.

Propos recueillis et traduits en mars 2007 par François Bliss de la Boissière

Terminator 2 Van Ling BD menu

(Version française publiée en 2007 dans le mensuel Les Années Laser)

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Comme dans la rue, pas de minimum requis. Ça fera plaisir, et si la révolution des microtransactions se confirme, l’auteur pourra peut-être continuer son travail d’information critique sans intermédiaire. Pour en savoir plus, n
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Kim Aubry interview HD : DVD producer Coppola, George Lucas

En 2007 j’ai demandé à trois producteurs stars de DVD ce qu’ils pensent de la HD, est-elle tout bonus ?…
Kim Aubry, ingénieur du son, collaborateur intime de Francis Coppola a conçu les DVD de THX-1138, Apocalypse Now, Le Parrain… Des pans entiers du cinéma !

Version originale anglaise complète ci-dessous après la version française éditée pour publication

Version française éditée

Bliss : Quel est le premier film/DVD sur lequel vous travaillez avec un format HD ?

Kim Aubry : Notre premier enregistrement en vidéo HD a été une interview de Francis Coppola en 2004 pour le DVD de son film La Vallée du Bonheur (1967), jamais utilisé en HD. En 2005 nous avons commencé à filmer en HD des documentaires pour l’édition 2 DVD de Apocalyse Now The Complete Dossier, mais on nous a dit qu’à cause de la confusion de l’industrie autour des formats, le film sortirait sur DVD SD (Z1). Notre premier gros effort en HD a été fourni pour filmer les 70’ de bonus pour la nouvelle édition du Dracula (Coppola, 1992). Le documentaire d’époque a été filmé dans 16 mm impeccable, nous avons pu le transférer en HD. Sony a l’intention de sortir le film sur 2 DVD SD et en Blu-ray dans l’année. Nous avons créé les menus (formidables, ndr) et les bonus pour le DVD de Marie-Antoinette qui doit sortir en Blu-ray. Nous travaillons sur une édition spéciale de L’Idéaliste (1998) qui aura des éléments en HD.

Bliss : Avez-vous une approche différente pour les bonus selon les formats HD DVD et Blu-ray ?

Kim Aubry : Préparation des menus et programmation sont deux choses différentes. Nous concevons les éléments graphiques et l’authoring est confié à d’autres.

Bliss : Si l’un de vos précédents DVD ressort en HD, y travaillerez-vous ? Comment allez vous effectuer la transition entre SD et HD pour les documents d’archives déjà mastérisés ou à venir ?

Kim Aubry : Le transfert et la restauration coûte plus cher en HD parce que les imperfections sont beaucoup plus visibles en haute résolution et la réparation digitale bien plus longue et onéreuse. De nombreux professionnels m’ont dit que d’après leurs enquêtes marketings, la plupart des gens trouvent que de la SD lue sur un lecteur DVD capable d’upscaling ou même sur un lecteur HD DVD ou Blu-ray comme la PlayStation 3 rend très bien sur un diffuseur HD. Les studios n’ont donc aucune motivation pour dépenser plus d’argent pour remastériser les bonus en HD.

Bliss : Est-ce utile de filmer documentaires et interviews en HD ?

Kim Aubry : Nous avons commencé à filmer avec une HDCAM le documentaire d’un film tourné en Afrique du Nord, et pour des raisons de budget et les incertitudes concernant le Blu-ray et le HD DVD, l’équipe a continué avec des caméras SD !

Bliss : Les réalisateurs avec qui vous travaillez sont-ils concernés par la HD ?

Kim Aubry : C’est une distraction pour eux. Ils sont d’abord préoccupés à finir leur film ou planifier leur prochain.

Bliss : Les fonctions interactives propres au Blu-ray et au HD DVD ouvrent-elles de nouvelles possibilités ?

Kim Aubry : Dans les DVD du Parrain et de THX 1138 nous avons créé un peu d’interactivité. Si nous utilisons nous-mêmes ces nouveaux outils sur des BD ou des HD DVD, cela ouvrira des portes. Si d’autres le font, ce ne sera qu’un gadget.

Bliss : Avez-vous une préférence professionnelle entre le HD DVD ou le Blu-ray ?

Kim Aubry : Non. C’est Coca Cola et Pepsi.

Propos recueillis et traduits en mars 2007 par François Bliss de la Boissière

Lire aussi…

  • Charles de Lauzirika : DVD producteur pour Ridley et Tony Scott
  • Van Ling : DVD producer pour James Cameron,  Star Wars Trilogy…

Version originale anglaise complète

Bliss : Do you think there is a need for high definition bonus or is it still for some happy few passionate? Meaning, is it worth the efforts for you, the studios and even the movie directors?



Kim Aubry : I can’t really speak to the economics of creating new bonus content in the HD format for release on HD homevideo.
I can say that IF you have access to visual elements that are potentially of higher quality than standard definition video, obviously anything you produce will be of greater value eventually, as the world switches to HD.

Bliss : What is the first film you worked, or are working on, that is going to be released on any HD formats?

Kim Aubry : The first visual element that we photographed in HD was an on-camera video introduction by Francis Coppola for the 2004 re-release of the 1967 film “Finian’s Rainbow” on DVD, although this never went out in HD.
We began work on documentary featurettes for our special 2-disc “Apocalypse Now – The Complete Dossier” in 2005. Originally, we intended to shoot and finish all new materials in HD because the North American distributor intended an HD home video release. But shortly after starting work, we were told that due to confusion in the industry over formats, the plan was to release the DVD in just standard definition. We ended up finalizing only the “Watch Apocalypse Now with Francis Coppola” featurette in HD, and as of this writing, we are unaware of any plans to release the film or sbonus materials in an HD format.

Our first full-blown HD effort was in 2006 when we completed around 70 minutes of new bonus materials for a new release of “Bram Stoker’s Dracula” (1992).
It is Sony’s plan to release both a 2-disc SD and a BD version of the film later this year with these new documentaries produced in HD.  
We created menus and some bonus materials for the release of Marie Antoinette which may get a BD release. 
We are now working on a special edition DVD of Coppola’s 1997 film “The Rainmaker” which will have some elements in HD. We do not know the distributor’s plans regarding HD-DVD or BD release on this title.

Bliss : Do you have a different approach regarding extras on HD DVD or Blu-ray?
 


Kim Aubry : No. The menu preparation and programming is different, but we only do graphic design elements which are authored by others.

Bliss : If, or when, one of your previous DVD is re-released on a HD format, will you work on it ? Would the bonus be a simple transfer from the DVD or would you work again on it?

Kim Aubry : 

I would say it depends on whether or not we can improve the original bonus content in any way by incorporating newer or better visual elements.
If the distributor plans to just re-use the original SD materials, they don’t need us. Many industry insiders have told me that, according to their marketing research, most people think standard definition materials viewed on a up-converting DVD player or even a HD-DVD or BD player (like a Sony PS3) when seen on an HD display look great, and they have no motivation to spend more money to re-master the bonus elements in HD.

Bliss : Did the digital transfers of past archives have been readied for HD formats and could be ported without going back to the digital scan? What is your opinion regarding those past documents? Going HD with them or keeping the already digital transfer? What is the position of the studios you work with regarding this issue?



Kim Aubry : No simple answer, no official position that I know of. Every case is different. 
There are HD 1920 X 1080 transfers of films made 3-5 years ago that are not very good. 
No doubt, there are “2-k” scans that have been made that could be improved upon.
There are other HD transfers made 6 years ago that are fantastic. 
Some films are finished (for creating theatrical 35mm release prints) using Digital Intermediate technology for color correction, replacing the laboratory color timing step. But until quite recently, the “DI” masters did not necessarily consider the issue of making HD masters directly for the eventual broadcast, or home video markets. Indeed, most films finished with DI, end up with a film negative element that is scanned on a Telecine for home video, which might sound a bit strange. I say, this is a constantly evolving process, and the most important thing a responsible studio can and should do is to consult the filmmakers anytime they re-transfer the image to confirm that they are reflecting the original artistic intent.

At the moment, some of the distributors are having internal discussions about what characteristics make an older film title suitable for HD-DVD or BD release. 
I have heard many executives dismiss important classic films for BD because they fear it will not “wow” the audience sufficiently. Imagine a 1950s recording industry executive saying “We don’t need to release this recording of Pablo Casals from the 1940s on LP, we want to launch the new HiFi LP format with just brand new “sparkling” stereophonic recordings!”
 I find this point of view very strange.

Bliss : What about future archives you might dig up, which kind of technical treatment would you do for the HD formats (or not)?

Kim Aubry : 

Don’t understand the question. We are doing some restoration work for some wonderful documentary films made in the 1960s and 1970s. 
We encouraged the filmmakers to locate the best film elements possible and we transferred them to HD format on a good telecine. 
We see that the cost of doing transfer and restoration at HD is far greater than SD, because imperfections that require DNR or other kinds of treatments are far more visible at the greater resolution, and digital repair work is far more time consuming and expensive.

Bliss : Are you shooting your documentaries and interviews in HD ? Since when, or do you plan to? Is it relevant to do so?


Kim Aubry : Yes, we do. (See #2 above). Since 2003. Sometimes HDCAM 1920 X 1080 24P, sometimes Varicam 24 P.

Bliss : Are movie directors you work with concerned, interested by those high def contents that they may have to provide for future HD DVD or Blu-ray releases? Whether for a new projects or past projects?

Kim Aubry : Most directors I work with (so far) are preoccupied with finishing their film, or with making plans for their next film, and the technical details of the home video release seem like a distraction to them at the time. But this is changing, as filmmakers recognize the importance of the home video and electronic record we are creating, both artistically and commercially.

Bliss : Both HD DVD and Blu-ray may be programmed for some special interactivities during movie footage… Did you start working on that technology? Is it easy to do?  Does is really open some new doors for you as a DVD producer and maybe the consumer or is it just a gimmick?

Kim Aubry : 

I have very little experience with the interactivity. We tried to do some very basic interactive “added value” on some of our titles, including The Godfather DVD Collection which had a Corleaone Timeline plotted against actual news events, and a living Corleone Family Tree with many hidden aster eggs. In our THX 1138 DVD, we provided a “white rabbit” function that allowed viewers to jump out of the movie at pre-selected times and view sections of a documentary in which Walter Murch explained the audio style of that scene. If we use any of these new technical features in BD or HD-DVD, it will open doors; if someone else uses them, it will be a gimmick.

Bliss : 

Do you have a preference as a professional between the two formats : Blu-ray and HD DVD?



Kim Aubry : No. Coke and Pepsi. Warsaw Pact and NATO… One more note regarding the Dracula project.

 We were greatly aided in this because the “behind the scenes” unit that was on the set during the shooting of Bram Stoker’s Dracula (1991-1992) was a proper 16mm film crew. We accessed the original 16mm documentary negative (more than 20 hours of behind-the-scenes footage) negative which was pristine, and we transferred it to HD. We cropped the original 4:3 aspect to 16:9 on a scene by scene basis. We also made use of over 80 hours of informal doc footage shot on Hi 8 videotape at 60i. We had to treat this footage to make it 24 fps progressive. These days, “making of” units on the set are shooting in MiniDV, or sometimes in Digibeta, but it is almost always standard def. 

We are working on creating bonus materials for a new feature that began photography in North Africa with a doc unit shooting in HDCAM, but after a few weeks, for budget reasons and uncertainties about BD and HD-DVD, the documentary unit actually switched down to standard definition cameras!

Ironically, the older films with doc footage on 16mm will make the transition to HD better.

Propos recueillis et traduits en mars 2007 par François Bliss de la Boissière

THX 1138 DVD menu by Kim Aubry

(Publié en 2007 dans le mensuel Les Années Laser)

Message aux lecteurs. Vous avez apprécié cet article, il vous a distrait un moment ou aidé dans vos recherches ? Merci de contribuer en € ou centimes de temps en temps : Paypal mais aussi en CB/Visa avec ce même bouton jaune sécurisé


Comme dans la rue, pas de minimum requis. Ça fera plaisir, et si la révolution des microtransactions se confirme, l’auteur pourra peut-être continuer son travail d’information critique sans intermédiaire. Pour en savoir plus, n
‘hésitez pas à lire ma Note d’intention.

Charles de Lauzirika Interview HD : DVD producer Ridley Scott

En 2007 j’ai demandé à trois producteurs stars de DVD ce qu’ils pensent de la HD, est-elle tout bonus ?
Charles de Lauzirika, réalisateur de documentaires, collaborateur rapproché des frères Ridley et Tony Scott a conçu les DVD de : Alien Quadrilogy, Spider-Man 2, Gladiator, La Chute du Faucon Noir…
  
Rien que ça ! 

Version originale anglaise complète à lire après la version française éditée pour publication…

Version française éditée pour publication

Bliss : Les nouveaux supports Blu-ray et HD DVD offrent-ils un meilleur support pour les bonus ?

Charles de Lauzirika : La qualité du son et de l’image du film doivent être prioritaires. HD DVD et Blu-ray offrent de nombreuses manières d’augmenter votre appréciation et votre connaissance d’un film mais à part filmer en HD je vois beaucoup de gimmicks et peu de réinvention.

Bliss : Quel est le premier film/DVD sur lequel vous travaillez avec un format HD ?

Charles de Lauzirika : Déjà sur Kingdom of Heaven, Man on Fire, Monster House et Déjà Vu. Et actuellement sur Blade Runner qui sortira, comme l’a dit Warner, en HD DVD et Blu-ray.

Bliss : Avez-vous une approche différente pour les bonus selon les formats HD DVD et Blu-ray ?

Charles de Lauzirika : Pas encore. Entre le In-Movie Experience de Warner ou le U-Choose d’Universal il y a des choses à faire, à condition de donner aux spectateurs quelque chose qui mérite d’être vu. J’ai expérimenté des choses sur DVD SD adoptées sur les nouveaux formats, je n’imagine pas m’arrêter maintenant.

Bliss : Si l’un de vos précédents DVD ressort en HD, y travaillerez-vous ?

Charles de Lauzirika : Il sera facile de faire des upgrades directs vers la HD pour certains, tandis que d’autres auront un sérieux besoin d’être recalibrés. Cela donnera l’occasion de faire des petits ajustements.

Bliss : Comment allez vous effectuer la transition entre SD et HD pour les documents d’archives déjà mastérisés ou à venir ? Est-ce utile de filmer documentaires et interviews en HD ?

Charles de Lauzirika : J’ai commencé à travailler en HD l’année dernière. Pour des raisons de budget, presque aucun des suppléments de mes anciens projets ont été préparé pour la HD. Tout ce que je conçois et archive est désormais en HD. Tout cela a un coût que les studios ne veulent pas payer tant qu’ils ne sont pas sûrs de leur stratégie vis-à-vis des deux formats HD. Nous sommes dans une période transitoire.

Bliss : Les réalisateurs avec qui vous travaillez sont-ils concernés par la HD ?

Charles de Lauzirika : Ils sont beaucoup trop occupés sur leur film pour être très concerné par les bonus HD. Ils sont plus intéressé de savoir si ces formats vont améliorer la présentation de leurs films.

Bliss : Les fonctions interactives propres au Blu-ray et au HD DVD ouvrent-elles de nouvelles possibilités ?

Charles de Lauzirika : Je ne crois pas que ces contenus interactifs synchronisés avec le film vont améliorer significativement ce que nous faisons en SD. Les capacités du DVD SD n’ont pas été assez vantées et maintenant que l’on veut attirer de nouveaux consommateurs, le marché insiste sur ces fonctionnalités sur HD DVD et Blu-ray.

Bliss : Que pensez-vous des problèmes de compatibilités provoqués par ces nouvelles interactivités ?

Charles de Lauzirika : Je crée le contenu, le livre au studio et m’assure que cela fonctionne comme prévu. Après, c’est la responsabilité des unités d’authoring et de duplication de s’assurer que les disques fonctionnent correctement chez les gens.

Bliss : Avez-vous une préférence professionnelle entre le HD DVD ou le Blu-ray ?

Charles de Lauzirika : Pas pour le moment. Aucun des deux formats ne rend mon travail plus facile ni plus satisfaisant.

Propos recueillis et traduits en mars 2007 par François Bliss de la Boissière

Lire aussi…

  • Van Ling : DVD producteur pour James Cameron, Star Wars Trilogy…
  • Kim Aubry : DVD producer pour France Ford Coppola

Version originale anglaise complète

Bliss : Do you think there is a need for high definition bonus or is it 
still for some happy few passionate? Meaning, is it worth the efforts 
for you, the studios and even the movie directors?

Charles de Lauzirika : First and foremost, picture and sound quality for the film itself has 
to take top priority.  Then, if there’s room available and there’s an 
interesting behind-the-scenes story to be told, I think the first you 
thing you have to do is consider what are the best ways to tell that 
story, regardless of format.  Right now, there are many possibilities 
with HD and Blu-Ray in terms of finding new ways to supplement your 
enjoyment and knowledge of a film but aside from shooting interviews 
and behind-the-scenes footage in hi-def for protection, I’m not seeing 
a lot of new ways to better tell the story.  I see a lot of gimmicks 
but not a lot of reinvention.  Hopefully, as HD and Blu-Ray evolve, 
that will change for the better.

Bliss : What is the first film you worked, or are working on, that is going 
to be released on any HD formats?

Charles de Lauzirika : 

The first DVDs I worked on with an eye towards an eventual HD or 
Blu-Ray release were Kingdom of Heaven, Man On Fire, Monster House and 
Deja Vu.  I’m currently working on Blade Runner, which Warners has 
announced will also be released on HD and Blu-Ray.

Bliss : Do you have a different approach regarding extras on HD DVD or 
Blu-ray?



Charles de Lauzirika : Not yet. It’s still about imparting information and meaningful 
content.  There are different ways of doing that with HD and Blu-Ray, 
such as Warner’s In-Movie Experience or Universal’s U-Choose features, 
but ultimately, it’s still about giving viewers something worth 
watching. I’ve been experimenting with interactive features since the 
beginning and doing things on standard-def DVD that are now being 
adopted or enhanced by the next generation formats, so I don’t imagine 
I’ll stop now.

Bliss : If, or when, one of your previous DVD is re-released on a HD format, 
will you work on it ? Would the bonus be a simple transfer from the DVD 
or would you work again on it?
  


Charles de Lauzirika : It depends on the project, the studio, the budget, the schedule, the 
availability of assets in HD and so many other things.  There are some 
projects that I think will be very easy to simply make a direct up-res 
to HD while others will require more serious retooling.  At the very 
least, it could provide me with an opportunity to make little tweaks 
and fixes I didn’t have time to make the first time.

Bliss : Did the digital transfers of past archives have been readied for HD 
formats and could be ported without going back to the digital scan? 
What is your opinion regarding those past documents? Going HD with them 
or keeping the already digital transfer? What is the position of the 
studios you work with regarding this issue?

Charles de Lauzirika : Due to budgetary considerations, almost none of the past projects I’ve 
worked on have been readied for HD, at least in terms of the 
supplements.  It’s really only within the last year that we’ve started 
doing that, and not on every title.  It would make things a lot easier 
to deliver everything as HD-ready but that costs more money and the 
studios don’t usually want to pay that unless they’re sure about their 
future strategy on HD or Blu-Ray.

Bliss : What about future archives you might dig up, which kind of technical 
treatment would you do for the HD formats (or not)?



Charles de Lauzirika : From now, almost everything I do will be protected for HD, so long as 
the budget allows for that.  Seriously, there is a significant 
difference in cost between a simple standard-def delivery and then 
including HD and Blu-Ray into the equation.  But in terms of scanning 
and shooting, the overwhelming majority of the content I’m working with 
will be archived with HD in mind.

Bliss : Are you shooting your documentaries and interviews in HD ? Since 
when, or do you plan to? Is it relevant to do so?



Charles de Lauzirika : Again, it depends on the budget, but yes, most of the interviews and 
behind-the-scenes footage are now being shot in HD.  We’re still in a 
little bit of a transitional period with the studios, as they decide 
how much money to spend on a given title and what kind of treatment 
that title deserves.  But for the most part, HD is part of the process 
now, especially on new movies.

Bliss : Are movie directors you work with concerned, interested by those 
high def contents that they may have to provide for future HD DVD or 
Blu-ray releases? Whether for a new projects or past projects?

Charles de Lauzirika : 

So far, they’re too busy working on their own films to be 
overly-concerned with HD or Blu-Ray extras.  They’re more interested in 
– -and rightly so —  how HD and Blu-Ray can improve the presentation 
of their films.  Everything else is icing on the cake.

Bliss : Both HD DVD and Blu-ray may be programmed for some special 
interactivities during movie footage… Did you start working on that 
technology? Is it easy to do? Does is really open some new doors for 
you as a DVD producer and maybe the consumer or is it just a gimmick?

Charles de Lauzirika : 

I discussed this above, but I don’t think the kind of synchronous HD 
and Blu-Ray content you’re talking about are allowing significantly 
more creative freedom or improved information delivery than what we 
already had in standard definition.  The difference is, most people 
weren’t pushing the capabilities of SD DVD and now they need something 
new to attract consumers, so they’re pushing that kind of experience 
harder with HD and Blu-Ray.

Bliss : There seem to have some compatibility issues with those interactive 
programs, whether on Blu-ray players or the LG Blu-ray HD DVD combo 
that doesn’t play HD DVD interactive programs. How do you deal with 
that?

Charles de Lauzirika : 

Fortunately or unfortunately, that’s out my hands.  I create the 
content, deliver it to the studio and make sure it works as designed.  
After that, it’s up to the various authoring and duplication facilities 
to make sure the discs they’re manufacturing actually work in people’s 
homes.

Bliss : Do you have a preference as a professional between the two formats 
: Blu-ray and HD DVD?

Charles de Lauzirika : 

Not at the moment. Both formats have their pros and cons. Originally 
I was rooting for Blu-Ray because of the higher disc capacity but as 
the format war drags on, it’s become more about survival of the 
fittest. I’ll wait for a clear winner before investing in one format 
or the other. Neither one makes my job any easier, or more fulfilling. Yet.

Propos recueillis en mars 2007 par François Bliss de la Boissière

Kingdom of Heaven DVD menu

(Publié en 2007 dans le mensuel Les Années Laser)

Charles de Lauzirika Interview : Kingdom of Heaven Director’s Cut

Documentariste de Ridley Scott et responsable des éditions DVD de ses films, Charles de Lauzirika s’est occupé des 4 DVD de la Director’s Cut de Kingdom of Heaven après avoir travaillé sur l’édition 2 DVD (il m’en parlait ici). Le film a ses défauts mais les documentaires et  interviews sur le tournage de cette super production restent précieux…

Charles de Lauzirika 2006

Version française éditée de l’interview ci-dessous en scrollant un peu..

Version originale anglaise intégrale…

Bliss : What part of your work you are most proud of on this 4 DVD edition ? 
And did you fail to achieve something you were aiming at ?

Charles de Lauzirika

 : I always aim for honesty and meaning in everything my company puts 
together. We try to avoid promotional fluff at every turn. So I’m 
most proud of the intimate access we were allowed in documenting the 
making of this film. You get to see meetings and stages of filmmaking 
that most other documentarians aren’t allowed to shoot. For instance, 
on Kingdom of Heaven, Ridley allowed me to shoot his cast rehearsals, 
something he had never let me, or anyone else, do before. I think 
Ridley might have had an unfair reputation as a director who doesn’t 
take care of his actors and I believe this rehearsal footage clearly 
proves otherwise. 

Something else I’m very pleased with is the Roadshow presentation of 
the Director’s Cut. For months, I had been encouraging people in 
editorial that a film of this scope should be presented with an 
overture, an intermission and an entr’acte, the same way epics of old 
were.  Everyone was simply too busy finishing the actual Director’s Cut 
to take that into consideration at the time, so very late in the 
process, I asked Ridley if we could do that, and he said yes 
immediately.  He got it. I’m relieved that so many fans and reviewers 
have really appreciated this little nod to past epics.

Bliss : You said once that you always try to avoid the « talking heads » 
syndrome on screen, so why didn’t you use more voice over real footage 
than showing the people involved on screen just sitting, surely there 
are hundred of hours of documentary on location left to show ?

Charles de Lauzirika

 : 

Because you end up losing some of the emotions and body language that 
the interviewee is giving off. You still need a human face to anchor 
the story to. And in the early stages of pre-production, it’s weird to 
cut on-set footage because, in context, it hasn’t happened yet. So 
that leaves you with script pages, which get boring after a while, and 
reference art, which can be expensive to license. Yes, we have 
hundreds of hours of behind-the-scenes footage but it needs to mean 
something when you use it. It’s not just video wallpaper. Every shot, 
every cut, every soundbite, every piece of music…it all has to add up 
to something, either informationally, intellectually or emotionally. More than ever, I’m trying to tell a story and not simply run 
surveillance video like some kind of half-assed webcam. I’ve seen a 
couple other DVD producers do that and I think it’s a very aloof and 
lazy way of presenting material.

Bliss : Thanks to your documentary, we witness some unusual things as Ridley 
Scott commenting the work in progress of the trailer and the actors 
rehearsing with Ridley Scott when they are, supposedly, at their most 
vulnerable moments, and it’s presented on the DVD as an unusual and 
welcome extended length… How did you manage to be accepted by the 
actors (and the director) and how did you film it (how many cameras, 
distance from the actors…) ? Did you have to check with them afterward 
for approval ?



Charles de Lauzirika

 : In the case of the cast rehearsals, I arrived at the location very 
early and basically waited in the basement for a few hours while Ridley 
started working with Orlando and Liam, just to warm them up.  At some 
point, he brought up the idea of shooting this for the DVD, and they 
agreed, so I was summoned into the rehearsal hall where Orlando and 
Liam greeted me very warmly, and from that point on, I was fairly 
well-established in the room, allowing me to shoot whatever I wanted. 
It was literally just me and my camera. So people start to forget that 
there’s even a camera in the room, and they really open up. I would 
shoot from one angle for a while, then quietly move to another spot, 
and continue this throughout the day, getting closer and closer as a 
comfort level was reached. Eventually more and more actors would show 
up, and they were very friendly as well.  I think most actors are 
familiar with the DVD process now, so if the director has no problem 
with it, chances are, they won’t have a problem with it either.

Bliss : The end of your documentary is not afraid to confront the lacklustre 
reception of the movie in theatres including bad reviews. Did you have 
to work hard on that, or were Ridley Scott, and the studio, ready to go 
along ?

Charles de Lauzirika

 : 

In retrospect, I think I went a little too negative with the ending. It’s honest, yes, and you can’t sugarcoat the fact that the film was 
not a big hit. But at the time we were finishing the documentary, 
there hadn’t been much reaction to the Director’s Cut yet, so I 
couldn’t balance things out. It would have been better to portray the 
film’s theatrical release as a disaster but then give things a more 
celebratory note at the end, with the overwhelmingly positive reaction 
to the Director’s Cut. I guess that’s why I titled the documentary 
 »The Path to Redemption, » because it was more about the journey than 
the arrival.

Bliss : This is presented as the Director’s cut, so that definitely mean 
there won’t be another cut at some point (from the studio for instance) 
even though they are 30 mn of cut scenes left ?



Charles de Lauzirika

 : I seriously doubt there will ever be another cut of this film. I even 
doubt that we’ll see the theatrical version released again, unless as a 
supplemental curiosity. There are probably a few more deleted bits 
that didn’t make this DVD, that could show up on some future release, 
but there’s really no reason to add them back into the film. This is 
the definitive cut of the film.  End of story.

Bliss : Did you start thinking or working on any new ways of presenting or 
making bonus material using HD DVD or Blu-Ray high defintion and 
capacity discs, for this project or any futures one ?

Charles de Lauzirika

 : 

I’m always thinking of new ways to present supplemental material, which 
is why I’ll occasionally experiment on Standard Definition to see if 
the concept works. Things like the MI6 DataStream on Die Another Day, 
or Enter The Web on Spider-Man 2, or the Interactive Production Grid on 
the theatrical version of Kingdom of Heaven, are all baby steps towards 
what we could eventually be doing on HD or Blu-Ray, if they can ever 
figure out the technical spec. Right now, you can do more with SD than 
you can with HD, which is ridiculous for a next generation format. But 
hopefully they’ll fix that soon.

Propos recueillis en août 2006 par François Bliss de la Boissière

Kingdom of Heaven Director’s Cut 4 DVD

Version française éditée pour publication…

Bliss : En tant que documentariste du film et producteur du DVD, que pensez-vous avoir le mieux réussi sur cette quadruple édition ?

Charles de Lauzirika : L’approche intime que nous avons pu obtenir en suivant ce film. J’ai assisté à des réunions et à des étapes de fabrication que les documentaristes n’ont d’habitude pas le droit de filmer. Je suis également très content de l’ouverture Roadshow de ce Director’s Cut. Pendant des mois j’ai essayé de convaincre qu’un film de cette ampleur devrait être présenté avec une ouverture, un entracte et une intermission comme les anciens péplums. Tout le monde était trop occupé à finaliser le Director’s Cut pour en tenir compte, alors, très tardivement, j’ai demandé à Ridley. Il a compris immédiatement et a dit oui.

Bliss : Pourquoi avoir privilégié les interviews de face que vous aviez dit ne pas aimer faire plutôt que des voix off sur des images inédites ?

Charles de Lauzirika

 : Parce qu’avec une voix off vous perdez les émotions que l’interviewé révèle avec ses gestes et son corps. Vous avez toujours besoin d’un visage humain pour ancrer l’histoire. Et injecter des images de tournage lorsqu’on parle de pré production serait bizarre puisqu’il n’a pas effectivement commencé. Alors oui, nous avons des centaines d’heures d’images de coulisse mais ce n’est pas juste du papier peint vidéo, elles doivent avoir un sens pour être montrer. Chaque plan, chaque coupe, chaque son, chaque morceau musical s’additionne pour créer quelque chose d’informatif, intellectuellement ou émotionnellement. Plus que jamais j’essaie de raconter une histoire plutôt de faire simplement tourner une caméra vidéo de surveillance sans point de vue comme j’ai vu faire ailleurs.

Bliss : Vous montrez des choses assez rares comme les acteurs en répétition au moment où ils sont le plus vulnérables. Comment avez-vous obtenu ça ?

Charles de Lauzirika

 : Ridley n’avait effectivement jamais laissé personne filmer les répétitions auparavant. En plein travail avec ses acteurs, il a évoqué cette idée de filmer ce moment pour le DVD et ils ont dit oui. J’ai alors été invité dans la salle de répétition où Orlando et Liam m’ont accueilli très chaleureusement. À partir de ce moment là j’ai pu filmer ce que je voulais. Les gens finissent par oublier qu’il y a une caméra dans la pièce et ils se livrent. Je filmais d’un angle pendant un moment, puis me déplaçais silencieusement jusqu’à un autre spot et ainsi toute la journée, jusqu’à atteindre une distance confortable pour tout le monde. Je pense que la plupart des acteurs sont familiers avec le processus des DVD maintenant, alors si le réalisateur n’a pas de problème avec ça, il y a des chances qu’eux non plus.

Bliss : L’échec critique et commercial du film est évoqué sans détour…

Charles de Lauzirika

 : Rétrospectivement je crois avoir été trop négatif avec la fin. C’est honnête, oui, on ne peut pas cacher le fait que le film n’a pas été un gros succès. Mais au moment où nous finissions ce documentaire, il n’y avait pas encore eu de réactions au Director’s Cut et je n’ai pas pu mieux équilibrer le propos. Cela aurait été mieux de présenter la sortie en salle comme un désastre puis de finir sur une note plus joyeuse à la fin grâce aux réactions extrêmement positives au Director’s Cut.

Bliss : Ce Director’s Cut est-il bien la version définitive ?

Charles de Lauzirika

 : Je doute sérieusement qu’il y ait un autre montage et même que l’on revoit un jour la version salle autrement qu’en curiosité offerte en bonus. Il y a probablement quelques morceaux coupés qui pourraient atterrir sur une future édition mais il n’y a aucune raison de les réintroduire dans le film. Ceci est le montage définitif du film. Point final.

Propos recueillis et traduits en août 2006 par François Bliss de la Boissière

Kingdom of Heaven

(Publié en 2006 dans le mensuel Les Années Laser)


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‘hésitez pas à lire ma Note d’intention.

Charles de Lauzirika interview : Blade Runner Final cut, enfin !

Producteur attitré des DVD Ridley Scott et premier fan de la filmo du réalisateur, Charles de Lauzirika nous donne des nouvelles de l’édition « finale » de Blade Runner enfin annoncée pour… 2007 !

Version anglaise originale intégrale ci-dessous en scrollant un peu…

Version française éditée…

Bliss : Où en est le chantier du DVD Blade Runner ?

Charles de Lauzirika : Nous venons tout juste de recommencer à travailler sur le film. Le deal a enfin été signé après des mois de négociations. On ne peut plus reculer maintenant. Ma société (Lauzirika Productions) sera impliquée dans la création du Final Cut et de tous les bonus.

Bliss : Quel est le degré d’implication de Ridley Scott ?

Charles de Lauzirika : Ridley Scott se concentrera principalement sur le montage du Final Cut, mais nous voulons qu’il soit heureux avec tout ce qui va être fait. Il était très impliqué quand nous travaillions sur le DVD Blade Runner en 2001.

Bliss : Combien y aura-t-il de versions du film Blade Runner entre les anciennes éditions et les prochaines ?

Charles de Lauzirika : Il y a plusieurs variantes avec des différences mineures. Cela dépend des critères que représentent pour vous une véritable et unique version. Pour moi il y a cinq versions majeures : la toute première sortie de la salle de montage (Workprint) et ses deux ou trois versions ; la version cinéma américaine avec la narration et le happy end ; la version internationale avec davantage de violence ; le Director’s Cut de 1992 – qui n’est pas vraiment un Director’s Cut, qui se passe de la narration et du happy end et inclut le rêve de la licorne, des modifications que souhaitait Ridley Scott. Et enfin il y la prochaine Final Cut. Mais si vous êtes un vrai fanatique de Blade Runner vous pouvez probablement identifier des variations plus subtiles si vous incluez les versions TV et les tests screenings.

Bliss : Les acteurs participeront-ils aux suppléments ?

Charles de Lauzirika : Nous espérons en avoir autant que possible. Jusque là, les réponses ont été positives. Les gens qui ont travaillé sur le film me contactent eux-même, ça change pour une fois !

Bliss : Avez-vous déjà décidé des caractéristiques techniques du DVD ?

Charles de Lauzirika : Le DVD a une capacité de stockage limitée et avec la quantité de documents que nous devons mettre sur ces disques cela va être un challenge de tout faire rentrer et de maintenir une image et un son optimal. Nous ferons humainement tout notre possible.

Bliss : Y aura-t-il des bonus sur la réédition du Director’s Cut fin 2006 ?

Charles de Lauzirika : Je ne suis pas très sûr de ce que Warner a prévu. Cette ressortie du montage de 1992 est une surprise pour moi. Je suis essentiellement concentré sur la sortie 2007.

Propos recueillis et traduits en juin 2006 par François Bliss de la Boissière

Version originale anglaise intégrale

Bliss : Since when have you started to really work on Blade Runner all over 
again ?

Charles de Lauzirika : 

We’re literally just re-starting now.  The new deal was made very 
recently, after several months of negotiations.  I’ve known that things 
were looking very optmistic for months but it’s nice to see that the 
deal has finally been made.  There’s no turning back now.  My company 
will be involved in the creation of the Final Cut and production of all 
the extras.

Bliss : How many people are involved in the new DVD (and HD DVD/Blu-ray) 
project : decision process and actual daily work, and for how long ?

Charles de Lauzirika : 

Too early to say. We’re just getting back into it.  We’ll be working 
on this for the next several months.

Bliss : What kind of budget ($$) is given to such a project ? Who, roughly, 
is paying for it : the studio Warner, Lauzirika Production, Scott Free… 
?

Charles de Lauzirika : 

I can’t talk about that.

Bliss : How much is Ridley Scott concerned about the different versions and 
editions coming up, is he only focused on the Final Cut for instance ? 
Did he give you a specific direction for the editorial process of the 
future DVDs, or maybe only the final complete one ? Or do you have some 
conceptual idea(s) yourself that you can work on freely ?



Charles de Lauzirika : Ridley’s primary focus will be on the Final Cut, but we want him to 
happy with everything. He was heavily involved when we last worked on 
this DVD, back in 2001, but again, we’re just getting back into it now.

Bliss : Why are there several editions coming up by the way ? Why not go 
straight to the complete Ultimate one in 2007 ? To be more specific : 
which edition can be considered « commercial » one, and which can be 
considered « director’s artistically » one ?



Charles de Lauzirika : You’d have to ask Warner Bros. about that. But obviously our goal is 
to make the 2007 DVD the best release humanly possible.

Bliss : How many versions of Blade Runner (the movie) will that make total 
after all the past and future editing ?



Charles de Lauzirika : Well, there are several different variants, with only minor 
differences, so it depends on your own criteria for what represents a 
truly unique version. For me, there are five major versions. There’s 
the Workprint, and there are two or three variations of that. There’s 
the U.S. Theatrical Cut, with the narration and happy ending. There’s 
the International Cut, with additional violence.  There’s the 1992 
Director’s Cut, which isn’t really a director’s cut, but it omits the 
narration, happy ending and includes the unicorn dream, all of which 
Ridley wanted. And then there will be the Final Cut. But again, if 
you’re a true Blade Runner fanatic, you can probably identify a few 
more subtle variations, if you include TV versions and test screenings.

Bliss : Will there be bonuses on the Director’s cut re-edition coming at the 
end of 2006 or not at all ?



Charles de Lauzirika : I’m not exactly sure. The 2006 release of the 1992 Director’s Cut was 
a surprise to me, so I’m not sure what Warners has planned. I’m mostly 
focused on the 2007 release.

Bliss

 : Can you tell us already whom from the cast will be participating 
(Harrison Ford, Sean Young, Rutger Hauer… ?) ?



Charles de Lauzirika : We’re hoping to get as many of the cast as we can, and so far, the 
response has been positive. People who worked on the film are actually 
contacting me, for a change!

Bliss : Can you tell us some of the technical details of those releases ? 
Can we expect a  DD 5.1 sound mix for instance, or even a DTS track ? 
Anything else ?

Charles de Lauzirika : 

There’s only so much room on a DVD, and given how much material we have 
to put on these discs, it’s going to be a challenge to fit all of that 
on and still maintain optimal picture and sound quality.  So we’ll see. 
 We’ll certainly do the best we can.

—

10) Will there be any high definition disc released by the time of the 
Director’s cut DVD release at the end of 2006 ? Surely in 2007 ?

Again, hard to say.  It’s still too early to know for sure.  Obviously, 
it’s a safe bet that there will be an HD version at some point, but I 
couldn’t even begin to guess when.

Propos recueillis en juin 2006 par François Bliss de la Boissière

(Publié partiellement dans le mensuel Les Années Laser en 2006)

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Interview Kim Aubry/Zoetrope Studios : Apocalypse Now : The Complete Dossier

Intime de Francis Ford Coppola, Vice Président de la post production et des films aux studios American Zoetrope, Kim Aubry a ouvert en 1999 le laboratoire DVD de Zoetrope* pour directement s’occuper de la réédition en DVD des films de Coppola. À son actif, entre autres, le coffret Le Parrain, le DVD du THX 1138 de George Lucas et Apocalypse Now Redux. A la veille de la sortie en zone 1 d’une nouvelle édition d’Apocalypse Now sous-titrée The Complete Dossier en 2006, je lui ai demandé les raisons de cette troisième édition DVD…

*Devenu ZAP depuis…

Note : Voici retranscrites ici les deux versions de cette interview par écrit. D’abord la version intégrale en VO évidemment préférable, mine d’informations et confidences de Kim Aubry. Puis une version raccourcie en français publiée dans un mensuel spécialisé en home cinéma à qui j’ai proposé cette interview. Celle-ci reste de mon initiative de bout en bout et j’en reste très fier et honoré. Voilà aussi pourquoi les questions sont essentiellement orientées techniques et DVD. Mais on y apprend plein de choses sur les différents montages « artistiques » du film par exemple et ses relations avec Coppola. Puisque la conversation tourne autour des versions complètes et rééditées voire remontées d’Apocalypse Now (mais pas seulement), il me semble naturel de jouer, en restant humble, le même jeu en proposant ici plusieurs éditions de cet entretien. Comparer la longueur des deux versions VO et VF de l’interview (28 000 signes VO > 6000 signes VF !) soulignera une nouvelle fois pourquoi les contraintes de la presse papier, notamment en pages et surface, ne peuvent que s’incliner devant l’espace illimité que permet une seule page sur le web. Sans compter la somme de travail et d’informations fournie par l’interviewer et l’interviewé réduite à peau de chagrin pour être imprimée. Les longues réponses visiblement passionnées et concernées de Kim Aubry font aussi la démonstration que de longues questions bien articulées (laissées ici en l’état), et pas forcément flatteuses, peuvent déclencher de riches réponses. Quand la passion se transmet. Savoir ensuite quelle version de l’interview est plus intéressante ou facile à lire restera à la discrétion du lecteur bien entendu. Ici, il a le choix en scrollant à volonté.

Version originale intégrale en anglais…

Bliss : Can you explain to us the reason behind the re release of Apocalypse Now (Complete Dossier) on DVD ? There is an archivist working full time at Zoetrope to drill and organize past documents… Could it be because he found new materials that this Apocalypse Now Complete DVD is coming up ? Who’s initiative is it to re release it ? Coppola’s, Paramount’s ?

Kim Aubry : 
We had always planned on putting together a comprehensive “collector’s edition” DVD of Apocalypse Now…but the dream and reality never seemed to be “in sync.” 
Our very first large commercial DVD project was “Apocalypse Now” in 1999. This was before we even conceived of making Apocalypse Now Redux, and it was early days for DVD…few had players, the mastering technology was primitive. We made a very simple short bonus extra for that DVD edition; an explanation of the ending of the film, really a debunking of the old rumors that Coppola had  two different endings for Apocalypse Now when the film was first released. We called this “The Destruction of the Kurtz Compound” and Coppola narrates.

Then in 2000, Walter Murch became available and after doing a feasibility study to determine whether original film elements (negative and sound) still existed, we embarked on the adventure that eventually became known as Apocalypse Now Redux. By the time we completed the project and prepared it for theatrical release (we premiered at Cannes in May of 2001), we already had experience putting together elaborate DVDs with bonus extras, such as The Godfather DVD Collection. BUT, again fates conspired…the decision was made that Redux would go out on DVD without any significant bonus extras. This was a decision based on the belief that 49 minutes of additional scenes would provide a great incentive to buy the DVD, and the studio did not want us to take 6-12 months to prepare additional documentaries. They must have been right, as the Redux DVD was commercially very successful, despite the fact that it had no commentary or featurettes. We re-visited the idea of a “Collector’s Edition” DVD every year since Redux was released in 2001 and finally, in late 2004, all parties agreed that the time was right for a complete comprehensive special edition DVD that would include both versions of the film along with documentary materials.

While producing Redux, I came in contact with many artists and crew involved in the post production of the original film in 1977-79. I discovered so many fascinating stories about the finishing of the film, in that chaotic time in the remarkably experimental, eccentric atmosphere that was San Francisco and Zoetrope in the late 1970s. While digging in the Zoetrope vaults for original 35mm materials from AN production, I re-encountered many kilometers of 16mm documentary footage from the Philippines AND from the post production phase in San Francisco. Almost every aspect of film post production was documented in some way; the weird collaboration between rival composers working on the synthesized musical soundtrack for the film; the process of conceiving, writing, and recording of Captain Willard’s voiceover narration; the decision to create a movie soundtrack with a unique six channel stereo surround sound, something that practically no cinema could exhibit in 1979. 

We also studied many hours of restrospective interviews with Apocalypse Now collaborators that were shot in 1990 for the documentary that eventually was to become Eleanor Coppola’s film “Hearts of Darkness.” Originally, that film project was going to be broader in scope, but as the team who produced it focused their story more specifically on the shooting phase in the Philippines, it opened the door for us to access some interviews covering the editing and post production phase. 

Eventually, we were given a date by the distributors for this enhanced Apocalypse Now DVD, and we spent approximately 16 months in researching, interviewing, writing and producing the new materials. Coppola’s audio commentary was recorded while he was shooting on location in Bucharest, Romania. We interviewed others in Los Angeles and in the San Francisco Bay Area.

Amazingly, Zoetrope did not have a full-time trained archivist on staff during the editing and restoration of Apocalypse Now Redux of the new soundtrack re-master of The Conversation. We relied on the kindness and professionalism of a legendary Hollywood negative cutter name Mo Henry of Donah Bassett. Those experiences in locating and tracking old film assets were so arduous, that it allowed me to argue for the cause of recruiting and hiring a staff archivist. Zoetrope finally did hire a wonderful qualified film archivist in 2002 who is still there maintaining their film vault and materials archive.


Bliss : The market (circa 2006) seems to be flooded of so called new editions of films already released on DVD. After the Apocalypse Now Redux, don’t you and Coppola think it’s going to be a hard sale, especially if it is released on DVD and then on HD-DVD or Blu-Ray ? How many times one person can buy the same product, even an immortal one ?

Kim Aubry : I can only speak to the DVD editions that we do. I can understand how consumers and the press may become cynical as they see various editions released over the years. But speaking for myself, I can say that creating documentaries and in-depth features takes time. So in the case of Redux, the feeling was, it was not wise to hold back the release of Apocalyse Now Redux until we had spent 2 or 3 years to plan and produce all of the bonus extras we wanted to do.  I feel the same way about our other enhanced DVD titles, such as “Rumble Fish,” and “The Outsiders – The Complete Novel.” Both of these enhanced edition DVDs were preceded by “plain vanilla” (good luck translating that expression!) movie-only editions. 

It also needs to be said that technology marches on, and the image quality of film transfers improves with time, technique and new equipment. Why not release another DVD of important films such as The Godfather, The Conversation or Apocalypse Now if we can take advantage of a better video master? If the Blu-Ray or HD-DVD formats catch on with the public, then certainly some may choose to buy new higher resolution images of their favorite films. (I still play vinyl LPs from time to time; but bit by bit, much of my favorite music collection is being replaced with CDs).  The consumer can decide whether or not to buy it, just as they can decide whether or not to “upgrade” their automobile or their personal computer as better ones become available.

Bliss : You’re working on new content for both Apocalypse Now and Dracula in High definition : is it new content as in new interviews and testimonies, or is it original documents that might have not been found before or used since ? How much does it change the process, or restoration for instance, to work for HD ?

Kim Aubry : With very few exceptions, practically ALL of the films we have adapted for DVD since 1999 have been transferred or remastered to High Definition videotape as a preliminary step in preparing the film for home video DVD. This was despite the fact that there was no practical consumer HD home-video format. The mastering departments at the studios led this effort, because it was felt that the film elements were deteriorating and d