Best of films 2019 : Le crépuscule des idoles

Ce n’est pas à la conclusion boursoufflée de la saga Avengers que fait allusion ce « crépuscule des idoles » mais bien au vieillissement, trop visibles dans leurs oeuvres, de cinéastes légendaires. Quand il y a plus à critiquer dans une année qu’à encenser…

Mon insatiable désir de cinéma m’a conduit à voir 122 films sortis en 2019. La liste complète est consultable là. Puisque l’exercice de fin d’année consiste à n’en retenir que 10, voici ceux que j’aimerais mettre en avant. Explications à lire juste en-dessous…

Mes 10 films préférés de 2019

1/ Les Misérables 

2/ Joker

3/ Green Book

4/ Mary Queen of Scots

5/ La Lutte des classes

6/ Parasite

7/ The Two Popes 

8/ Ad Astra

9/ Ford v Ferrari

10/ 1917

Ad Astra

Nanar et art de veillir

L’année a vu un record d’inédits inintéressants sur Netflix et surtout de blockbusters cinéma ratés virant carrément au nanar. Les X-Men:  Dark Phoenix, Godzilla 2 complètement à côté de leurs sujets et potentiels, l’effroyablement inutile et hideux Rambo : Last Blood, et même l’inédit Gemini Man signé Ang Lee dont on critiquera surtout le scénario plutôt que l’image expérimentale surréaliste qui nous convient bien. Comptabilisons aussi, ou plutôt décomptabilisons les films « d’auteurs » qu’il faut absolument aimer aussi, sous peine de lèse-majestés, comme le dernier Tarantino, Once Upon a Time in Hollywood, aux thématiques de plus en plus frelatées malgré son talent formel (et non, même pour de rire, on n’égratigne pas aussi grossièrement la légende de Bruce Lee). Idem pour la troupe de retraités gérontologiques autour de Martin Scorcese, The Irishman, dont on a fait grand bruit sur Netflix. Le sujet et les personnages sont plus que surannés et le de-aging numérique d’une grande laideur. Jim Jarmusch pensait peut-être se refaire une santé économique en réalisant un film de zombies avec son The Dead Don’t Die . Mais il ne montre aucun respect au genre et, surtout, enlise ses acteurs dans une forme encore plus fatiguée et neurasthénique que le Scorcese. Un ressassement littéralement poussiéreux de ces auteurs à qui, visiblement, on donne carte blanche. Tout le monde a le droit de vieillir et même de vieillir bien comme en font, eux, la formidable démonstration des Deux Papes de Fernando Meirelles.

L’âge de la relève

Heureusement la relève est toujours là, sinon dans l’âge des metteurs en scène, mais dans leur coeur et leurs intentions. Peter Farrelly n’est pas de la dernière couvée et ses personnages de Green Book viennent d’un autre âge, mais il renouvelle son propre cinéma et y met tellement de coeur qu’il retrouve une seconde jeunesse professionnelle. Une génération en-dessous, Todd Philipps opère lui aussi un virage formel et thématique et nous offre avec Joker le meilleur résumé du malaise actuel de la société. Il a fait rire qui ?

En France, bien sûr, le même constat social est plus littéral et ce n’est pas plus mal. Ainsi Les Misérables de Ladj Ly met exactement le doigt où cela fait mal. Et La Lutte des classes de Michel Leclerc réussit le meilleur film et jeu de mot du moment pour associer lutte de l’école et classes sociales. 

On se plaindra aussi de la quête interminable du père que nous impose James Gray de film en film jusqu’au fin fond de l’espace. Mais formellement, Ad Astra est un film sensuel qui s’écoute autant qu’il se regarde. Enfin, dans un film à la plastique impressionnante, l’affrontement pour le pouvoir entre Marie Stuart et Elisabeth 1 sans se préoccuper plus que ça des hommes, Mary Queen of Scots devient de facto le film le plus féministe de l’année.

Alita Battle Angel

De battre mon coeur a continué en 2019

Puis-je m’autoriser, au risque du ridicule, à clamer mon coup de coeur pour Alita : Battle Angel ? Parce que malgré ses défauts, son côté gnangnan enfantin greffé plus ou moins exprès par Robert Rodriguez sur le projet pourtant sérieux de James Cameron, il en reste quelque chose. Le personnage motion capturé d’Alita elle-même de toute beauté, quelques scènes d’action et quelques plans neo noir steampunk. On a encore le droit d’aimer un film pour sa plastique. Et non, on ne mettra Terminator : Dark Fate ni dans les ratages ni dans le podium. Il se laisse regarder avec plaisir, il n’était juste pas utile d’exister. Surtout pas pour broyer en 5 mn d’introduction toute la mythologie passée du diptyque Cameron. C’est ce qu’on appelle une faute originelle. Mais elle ne froisse que les spécialistes concernés de la saga. Et comme semble le démontrer le box office décevant du film, cela ne concerne qu’une frange limitée et vieillissante de l’audience. 

Idem pour Avengers : Endgame. Ce n’est pas parce que le film a battu et Titanic et Avatar au box office que cela en fait un grand film. Sans tomber dans le délire auto-défensif de Scorcese, Coppola, Ken Loach et maintenant Terry Gilliam, les films Marvel sont bien du « cinéma », au moins autant qu’un film de gangsters ruminants, mais ils ne sont pas pour autant des chefs d’oeuvre immortels du 7e Art. Un peu de modération de part et d’autre serait bienvenu. Le plus grinchant dans tout cela est d’entendre maintenant, en 2019 enfin, tous ces vieux talents contester la puissance hégémonique Disney sur la production, les dates de sortie, la réservation des studios et des plateaux, et certainement des équipes d’effets spéciaux ! Où étaient tous ces vénérables râleurs quand Disney a racheté Marvel, puis Star Wars, puis la Fox. Et même Pixar auparavant, devenu depuis une machine à radoter. Il me semble que c’était au moment de ces acquisitions qui bâtissaient le méga monstre d’aujourd’hui qu’il fallait se manifester. Mais peut-être qu’ils se sont manifestés. Où qu’ils n’ont pas vu venir le monstre tout occupés à préparer leur prochain film. À ceux là, Netflix, Amazon (vous avez vu l’inédit The Report avec l’incontournable Adam Driver ? Lourd et didactique, mais politiquement engagé) et même Apple, leurs tendent les bras. Donc aucun talent ne se perdra vraiment.

Serial killers

Ce qui est certain en ce qui me concerne, au-delà des statistiques et des polémiques sur les modes de visionnage et de distribution, les séries, en l’occurrence les mini séries complètes, ont complètement pris la main sur le cinéma cette année. Même s’il y a eu aussi des bides haut de gamme comme la saison 2 de Big Little Lies, complètement inutile et réchauffée.
Le service Apple TV + est arrivé avec une poignée vraiment réussies de séries. Dickinson (enfin une héritière pop rock féministe du Marie Antoinette de Sofia Coppola), For All Mankind, The Morning Show et même See, dont la forme rattrape le fond un peu idiot, réussissent leurs paris sous des formats bien différents. Diffusée sur Amazon Prime Vidéo, la série Modern Love perpétue mieux qu’au cinéma la culture rom com new-yorkaise analytique tirée de la cuisse de Woody Allen. La saison 2 de Fleabag prend une épaisseur inespérée qui va de pair avec le talent grandissant de Phoebe Waller-Bridge. Euphoria est un Sex Education 2.0 brûlant et, on ne va pas citer toutes les séries, The Boys est le meilleur antidote à l’invasion impérialiste des super-héros du cinéma. 

François Bliss de la Boissière

Dickinson

 


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Best of jeux 2019 : Doubles Jeux

Qualifier 2019 d’année creuse après l’année creuse 2018 serait dévaluer une année où des réussites ont surgi de là où on ne les attendait pas forcément, voire pas du tout. 2019 serait plutôt une année de transition avant le barnum de l’année charnière entre ancienne et nouvelle génération de consoles que sera 2020. 

Les plus grands jeux et émois de l’année 2019 ont presque tous été des surprises. À l’heure du bilan de fin d’année, la sélection n’est plus une surprise, mais au moment de jouer, bien informé ou pas, chacun de ces jeux a dépassé ce que les joueurs en attendaient et, même, ce qu’ils étaient supposés capable d’offrir. Je m’explique un peu sous la liste ci-dessous…

Mes 10+ jeux préférés de 2019

1/ Metro Exodus

2/ CONTROL

3/ Days Gone

4/ Luigi’s Mansion 3

5/ The Legend of Zelda : Link’s Awakening (remake)

6/ Resident Evil 2 (remake)

7/ Destiny 2 : Nouvelle Lumière / Bastion des Ombres

8/ Dragon Quest Builders 2

9/ Arise : A Simple Story

10/ A Plague Tale : Innocence

11/ Sea of Solitude

Days Gone

Identités doubles

On savait l’équipe ukrainienne aux commandes de la série Metro passionnée et hyper compétente, mais pas au point de réussir à ce point leur sortie du métro moscovite avec Exodus. Il s’agit là autant d’un voyage complet que d’une succession de playfields façon open world savamment conçus. À quoi s’ajoutent des qualités poussées d’immersion charnelle en vue subjective qui placent la barre très haute.

Parce que Quantum Break, produit et (mal) dirigé par Microsoft, était quasi raté, il était difficile d’imaginer que Remedy allait retrouver aussi vite ses marques et ses aptitudes avec CONTROL. Et pourtant, quelle surprise et quelle réussite. À l’autre bout du spectre du Metro Exodus prenant l’air et le large, CONTROL joue le renfermé, cherche un dialogue entre exploration intérieure et architecture d’intérieur. Le gameplay psychokinétique et le décor fuyant se solidifient en se décomposant. Non seulement il fallait oser ce concept mais le réussir. 

Le bêtement mal aimé Days Gone a eu des hauts (son annonce et ses premiers extraits) et des bas (sa sortie critique mal appréciée) mais restera comme un des grands open world de cette génération. Sous leur apparence rustique et clichée, les personnages de motards grognards rejoignent les troupes humainement crédibles des personnages nés dans les studios Sony. Mal compris et, surtout, mal regardé, le faux ersatz de The Last of Us existe finalement à part entière. Et, sous le vent, la pluie et la neige, l’Oregon sauvage devient pour toujours un des plus beaux terrains à explorer, ressentir, et se faire peur. Même en se contentant de contourner les malaisantes hordes de zombies.

Confiés à des studios externes, Luigi’s Mansion 3 et Zelda : Link’s Awakening démontrent que les licences Nintendo les plus intimes arrivent à s’épanouir en-dehors des murs du temple Nintendo. Réussis et réinventés au-delà du raisonnable, ils donnent bon espoir que le savoir-faire et l’esprit Nintendo continuera d’exister même après le départ de la scène des géants créatifs japonais des années 80-90 et 2000.

Très éloigné de sa formule originale, Resident Evil VII a bien caché l’arrivée du formidable remake appliqué et pourtant modernisé de Resident Evil 2. Capcom est donc capable de faire cohabiter tradition et réinvention, et c’est une bonne nouvelle pour la suite de son programme.

Difficile de qualifier correctement le reboot de Destiny 2 en genre honni du gamer averti: le free to play. Et pourtant, d’un coup presque tout l’univers de Destiny 1 et 2 et de leurs extensions sont accessibles gratuitement. Rien n’oblige alors à acheter la dernière extension Bastion des ombres qui vaut sans regret son prix. Soulignons en passant que, avec ou sans Activision, Bungie est en train de tenir son pari de faire de Destiny une plateforme en ligne durable (un MMO ou presque) tout en gardant un esprit de campagne. Et de tous les FPS du marché, la prise en main des gardiens de Bungie est toujours des plus satisfaisantes. Et visuellement, la SF de Destiny reste la plus majestueuse.

Dans la famille Square Enix, je choisis sans hésiter ce Dragon Quest Builders 2 qui ne surprend pas vraiment sauf à proposer le bond en avant que l’on ne savait pas avoir besoin après un premier jeu déjà épatant. Une jolie preuve que les développeurs ont souvent une case d’avance sur les envies et souhaits des joueurs. Ça aussi est rassurant.

Parmi les nombreux jeux indés, et pas forcément pratiqués, je retiens Arise, A Plague Tale et Sea of Solitude parce qu’ils semblent ajuster leurs moyens techniques (plus ou moins limités) à leur envie narrative propre, et non l’inverse. Ils projettent une sincérité, une intégrité artistique, qui entrainent l’adhésion affective immédiate et durable du joueur. Ils ont une histoire à raconter et se servent d’abord du lien interactif avec le joueur pour la véhiculer. Nouvelle preuve, pour qui en douterait encore, que la magie du jeu vidéo n’a pas forcément besoin d’un énorme budget pour exister.

François Bliss de la Boissière

Arise : A simple story

 


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