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No More Heroes : Messages in a bottle

Les jeux à message existent-ils ? Quoiqu’il en soit, No More Heroes jette en pâture des messages en clair et subliminaux au gamer incrédule et réjouit. Plus rock que punk, ce jeu très Wii tape salutairement dans la fourmilière stéréotypée du jeu vidéo.

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Après un décalé et culte Killer 7, l’auteur de No More Heroes se révèle un forcené du slogan, de la formule parfois signifiante, souvent gratuite comme un jeu de mot ou un bras d’honneur de passage. Goichi Suda se fait ainsi surnommer Suda51 (le chiffre 51 se prononce comme son prénom en japonais). Son studio de développement japonais Grass Hopper Manufacture s’invente trois formules sibyllines en guise d’éthique de travail et d’attitude : Punk’s Not Dead, Call and Response, Crush and Build… Télégraphiques, secondaires et inévitables, les dialogues du jeu balafrent l’écran comme des cut-up littéraires. Le titre No More Heroes véhicule lui-même un constat dont on ignore s’il s’applique au jeu, à l’industrie du jeu vidéo où à la société désabusée dans son ensemble. En adoptant le gameplay ville ouverte de la série GTA, No More Heroes confirme que le succès planétaire des gangsters de Rockstar a tué le héros pur et désintéressé. Travis Touchdown, la vedette de No More Heroes ressemble ainsi à un Elvis otaku, collectionneur de figurines et de VHS obscures, frimeur de rue, lunettes de soleil Sarkozy, col du blouson en cuir relevé, moto chopper excessive. Comme un gamer scotché au tableau des scores, il ne s’intéresse qu’à sa réputation.

Avec des missions de combats au sabre laser (pardon : « Beam Katana ») éparpillées dans la bourgade californienne de Santa Destroy, le punk revendiqué de No More Heroes s’amuse à désacraliser les conventions du jeu vidéo plutôt qu’à détruire les fondamentaux. Travis doit se soumettre à des petits jobs rigolos (ramasser des ordures, tondre des pelouses, servir de l’essence…) pour gagner de quoi s’inscrire à un championnat d’assassins aussi fanfarons et loufoques les uns que les autres. Loin des églises des RPG dont il emprunte les principes d’amélioration (armes, aptitudes…), le système de sauvegarde oblige Travis à se déculotter sur une cuvette de toilettes, bruit de la chasse d’eau en confirmation ! Comme aux tous débuts de l’émancipation de la BD francophone des années 70, la nouvelle liberté d’expression force le trait, la liberté immature s’exprime par des petites bêtises régressives, des fucks et des shits inutiles. Lubrique, Travis cherche ainsi à regarder sous les jupes de la provocante organisatrice de la compétition, une Sylvia Christel (!) dont l’agressivité sexuelle executive woman n’a rien à voir avec l’Emmanuelle lascive de Just Jaeckin.

Derrière tous ces réjouissants et sains délires adolescents se cache heureusement un gameplay vraiment solide enrichi par des dizaines de trouvailles (la Wiimote téléphone par exemple). Grâce à une économie de moyen qui ménage l’énergie du joueur tout en lui donnant vraiment l’impression d’être impliqué tactilement, la combinaison unique du couple Nunchuk et Wiimote de la Wii réussit des combats au sabre beaucoup plus excitants et tangibles que le raté Red Steel ou même que le trop prudent Zelda Twilight Princess. L’exploration libre du « héros », à pieds ou à moto, de la petite ville est fluide et digne d’un GTA provincial. Comme Killer 7 sur GameCube, No More Heroes cache les limites graphiques de la Wii derrière un habillage visuel brassant avec la même désinvolture BD, animations cell shading, pixel art, action painting et retrogaming. Un bouillonnement créatif, joyeusement bazar et culturellement incorrect trop rare pour être ignoré.

François Bliss de la Boissière

(Publié en 2008 dans Amusement #1)

 


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Comme dans la rue, pas de minimum requis. Ça fera plaisir, et si la révolution des microtransactions se confirme, l’auteur pourra peut-être continuer son travail d’information critique sans intermédiaire. Pour en savoir plus, n
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