Et si la tablette Apple était aussi une console de jeu ?

Quelques heures avant la conférence Apple la tension est à son maximum. Rien n’est encore sûr pourtant concernant la tablette Apple dont toute la planète techno espère le coming out, même pas son existence. Les modalités de l’interface multi touch elle-même, à laquelle les fantasmes grefferaient bien de la 3D, voire, plus raisonnablement, un stylet façon DS, ne sont pas acquises. Celle-ci pourtant, associée à l’explosif business modèle de l’AppStore, pourrait transformer l’iSlate en console de jeux de salon venant concurrencer celles de Sony, Nintendo et Microsoft. HYPOTHÈSE…

Apple iPad launch logo

De nos jours, la technologie, avérée et supposée, ressemble fort à de la magie. L’imaginaire des uns et des autres a ainsi propulsé l’hypothétique iSlate sur une orbite incontrôlable. Tout à l’heure, la tablette Apple, si elle se confirme, reposera les pieds sur Terre. Si personne ne doute Apple capable de miracles, celui de l’iSlate, ou iPad, sera peut-être plus de l’ordre culturel que purement technologique. Comme Nintendo avec sa Wii, Apple peut avoir le génie de réorganiser les technologies d’aujourd’hui pour les assembler en un nouveau produit comblant ou suscitant un besoin que monsieur et madame tout le monde ignore encore. Parmi toutes les spéculations, l’aptitude au jeu vidéo héritée de l’iPhone/iPod Touch semble acquise. Mais jusqu’où ?

Alternances

Depuis ses débuts, il y a une bonne trentaine d’années, l’industrie du jeu vidéo fonctionne par cycles. De nouveaux appareils, de nouvelles consoles viennent régulièrement relancer intérêt et économie. Le rythme de renouvellement des consoles a fini par adopter un tempo métronomique de 4/5 ans. Les marques, alors Sega et Nintendo, puis Sony, se faisant une rude concurrence, chaque génération de consoles a vu un des constructeurs prendre l’ascendant sur l’autre. Cela veut dire, sur le modèle d’une campagne électorale, y compris avec le principe d’alternance de gouvernance, que plus d’un an avant la commercialisation d’un nouveau produit, marketing, médias et passionnés s’auto alimentaient en communications, conjectures, promesses et espoirs techno ludiques. Avant de voter pour sa marque favorite en achetant la console de son choix. Un bouillonnement cyclique dont le point d’ébullition maximal a été atteint avec le lancement hystérique de la PlayStation 2 en 2000. Épuisés par cette course en avant aussi génératrice d’énergies qu’auto destructrice, les fabricants de hardware ont fini par s’entendre tacitement autour de l’idée que la dernière génération de consoles Xbox 360, PlayStation 3 et Wii ne cède plus à ce cycle montagne russe. Rassuré par un marché stabilisé en surface, le grand public continue d’acheter en masse des consoles vieilles – en âge technologique – de déjà 4-5 ans. Une éternité à la pendule de la révolution numérique (l’iPhone n’a que 2 ans et demi et a déjà bouleversé marché et comportements). Le public jeu vidéo traditionnel plus averti, lui, manque peut-être ces pics d’excitation et d’espoir réguliers face au renouvellement hardware. Enter l’iSlate.

L’iSlate, nouveau challenger

En l’absence d’autres candidats neufs au jeu vidéo de salon, la tablette d’Apple devient tout à coup le meilleur substitut à cette aspiration de renouvellement. Apple pourrait, et aurait tout intérêt, à se glisser dans la vacance physique et émotionnelle provoquée par l’immobilisme hardware des constructeurs en place. Les mystères techniques et ergonomiques qu’elle abrite, ses espoirs, le potentiel qu’elle véhicule puisque, désormais, depuis le repositionnement officiel de l’iPod Touch en console de jeu mobile, Apple EST un acteur enfin déclaré du jeu vidéo, tout semble réunit pour un nouveau cocktail digne d’attirer les gamers, vétérans et nouveaux convertis. Et depuis le business modèle réussi de l’AppStore, il n’y a plus à convaincre les développeurs à venir travailler sur hardware Apple. Oubliées les années maigres des trois jeux annuels sur Macintosh là où le PC et les consoles pullulaient de créations. Les fourmillants fournisseurs d’applications et de jeux de l’AppStore ne se feront pas prier pour prolonger l’état de grâce du succès en développant sur iSlate. Outre les petits nouveaux venus au jeu, les grands éditeurs Electronic Arts, attendu sur scène à la présentation Apple du 27 à San Francisco, Ubisoft et sa filiale Gameloft, ou Sega, livrent déjà des jeux à l’AppStore. Le célèbre japonais Square Enix vient à son tour d’annoncer la sortie des classiques Final Fantasy I et II sur iPhone/iPod Touch, avec une interface « optimisée » et du contenu complémentaire inédit. Aux toutes dernières nouvelles, ou rumeurs d’une entreprise en quête de médiatisation, 200 applications, dont 150 jeux, seraient utilisées par 50 tablettes Apple en activité sur le Campus de Cupertino. Et, inhabituellement, des magazines spécialisés jeux vidéo ont été invités par Apple à assister à l’évènement du 27 à San Francisco.

La tablette Joker

Qu’on ne se fasse aucune illusion. Si la planète gamer, moquant depuis toujours, et avec raison, l’absence de jeux sur Mac malgré les promesses régulières (la présentation par Steve Jobs lui-même, en 1999, d’un Halo dont seul le Mac d’alors pouvait porter l’ambition technique avant que le jeu de Bungie ne devienne killer app exclusive de la première console Xbox de Microsoft reste en mémoire), si le public donc, ne voit pas forcément venir Apple sur le terrain des consoles de salon, on peut être sûr qu’après s’être laissés surprendre par l’iPhone/l’iPod Touch, Sony, Microsoft et Nintendo, surveillent de très près les initiatives d’Apple et doivent redouter le joker iSlate. Le 27, celle-ci sera sans doute d’abord présentée comme un e-Reader, un lecteur mobile de vidéo, un appareil où toute la famille peut accéder et partager un ensemble de services connectés. Mais si l’écran de 10 ou 11 pouces imaginés (25/28 cm) se confirme, si l’interface multi touch servant au jeu améliore un peu celle, souvent confuse, de l’iPhone/iPod Touch, l’iSlate va devenir très vite une machine à jouer, mobile non pas dehors, mais à l’intérieur. Chez soi, de la table de sa cuisine au confortable fauteuil, jusqu’au lit. Ou assis sur son canapé, c’est à dire exactement de l’endroit privilégié où se pratique traditionnellement le jeu sur console en regardant vers un écran. Il suffit alors d’imaginer l’iSlate capable d’envoyer son image d’un glissement du doigt vers un écran, Apple ou autre, et se transformer en manette/télécommande tactile de luxe, pour se rendre compte que le modèle des consoles de jeu de salon peut, en un tour de main et de magie, être retourné.

Table rase

Sony et Microsoft avaient rêvé leurs dernières consoles de jeu en cheval de Troie du centre de loisirs à domicile. Au point de reléguer la dénomination « console » au second plan et de privilégier les formules « plateformes de loisirs multimédia ». Le monde les a vu venir et ce sont d’abord les gamers qui ont plébiscité les Xbox 360 et PS3. L’ardoise vierge d’Apple a justement l’avantage de ne trainer aucun lourd héritage réducteur. Pas grand monde, heureusement, ne se souvient de la malheureuse et improbable console Pippin conçue par Apple avec Bandai en 1996. Alors qu’on attribue à Steve Jobs et Apple, entre autre ambition, celle de sauver, après la musique, la presse écrite et de réinventer le livre, au jour d’aujourd’hui, l’iSlate/iPad ne livre qu’un seul indice tangible. Mais néanmoins visible par tous : un carton d’invitation arty éclaboussé de couleurs évoquant l’excitation et l’anarchie créative d’un cahier d’enfants. Et qu’est-ce qu’un enfant aime le plus faire ? Jouer.

François Bliss de la Boissière

(Publié le 27 janvier 2010 sur Electron Libre)

 


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