WII SPORTS RESORT : Vacances forcées

Fun Wii Sports Resort comme veulent nous le faire croire l’ambiance estivale et les couleurs primaires ? A condition d’aimer les ordres, les conseils techniques et l’exercice physique en guise de jeu vidéo. Les temps de chargement sont peut-être absents sur la Wii mais les listings de directives qui s’y substituent rendent l’exercice pénible avant d’être éventuellement amusant. À vos ordres ? Prêt ? Jouez…

Wii Sports Resort

Avec la génération DS/Wii Nintendo a réussi une autre mutation dans les rouages de l’industrie du jeu vidéo. Le succès des ventes d’un jeu s’étale et se vérifie sur plusieurs mois, voire plusieurs années, au lieu de se concentrer comme auparavant, et comme sur les autres plateformes concurrentes, dans les premiers jours. Il n’y a aucune raison de supposer que les ventes de Wii Sports Resort sorti cet été ne suivent pas la même courbe progressive que ses prédécesseurs Wii Play ou Wi Fit, qui contre tous les pronostics, se retrouvent désormais en tête des ventes de jeu sur 10 ans avec respectivement 11,1 millions d’exemplaires pour l’un et 7,9 millions pour l’autre simplement aux États-Unis et devant les 8,25 millions de GTA : Sans Andreas de la PlayStation 2. Fort de ces chiffres et de cette évolution tout à fait souhaitable des ventes, Miyamoto a lui même confié récemment que Nintendo s’attend à ce que le prochain New Super Mario Bros. sur Wii continue de se vendre en 2010 jusqu’à atteindre les 10 millions d’exemplaires aux côtés de Wii Fit Plus et de Wii Sports Resort. Avantage pour la critique, il n’est plus jamais trop tard pour faire la critique d’un jeu Nintendo. CQFD.

Paradoxes

Ce serait évidemment faire preuve de mauvaise grâce que de critiquer Wii Sports Resort pour ce qu’il n’est pas. Pourtant au-delà du fun indéniable des 12 épreuves, dont seulement 9 inédites (le tennis de table existe sur Wii Play), il faut bien dénoncer quelques paradoxes. Le premier qui saute aux yeux et aux mains vient de la nouvelle extension Wii Motion Plus à ajouter à la Wiimote. Celle qui, justement, transforme en vedette le jeu et doit ouvrir la Wii, brusquement 1.5, à une nouvelle génération de jeux, plus précis, plus fidèles aux mouvements de la main. Passons sur le (re)sentiment qui laisse l’impression de s’être fait manipuler par les pseudos vertus de reconnaissance des mouvements de la Wiimote de base. Le directeur de Nintendo France Stephan Bole assume totalement l’upgrade technologique dans un secteur en constante mutation : « L’évolution de notre technologie de reconnaissance de mouvements n’était pas disponible il y a 3 ans lors du lancement de la Wii », affirme-t-il.

Upgrade/downgrade

De fait, l’amélioration s’apprécie difficilement. Chaque épreuve pose ses propres difficultés de manipulation et, en plein effort, il faut une capacité d’attention assez hors norme pour pouvoir dissocier les nuances de contrôles qui appartiendraient à l’adjuvant plutôt qu’à la Wiimote toute nue. C’est sans doute pourquoi Nintendo a eu l’idée maligne d’inclure le Bowling et le Golf du premier Wii Sports où la comparaison peut se faire sur des bases concrètes de manipulation. En effet, il devient possible d’y créer de nombreux effets gestuels impossibles auparavant. Mais qui dit effets, dit davantage de prises de risque du joueur et l’augmentation de précision demande une dextérité de jeu elle aussi supérieure. Bref, cela paraît moins simple et plus difficile.
Cette prise en mains plus ardue, quel que soit le jeu d’ailleurs, se vit de manière d’autant plus hard qu’elle nécessite un véritable investissement physique dans la foulée sportive du nouveau et systématique crédo fitness de Nintendo.

Fais pas ci, fais pas ça

Le suffixe Resorts n’est pas usurpé s’il s’agit d’y entendre un camp de vacances sportives. Un camp d’entrainement intensif plutôt qu’un séjour de loisirs parce que, des modes d’emploi des épreuves aux ajustements constants de réglages de la Wiimote équipée du Wii Motion Plus, il faut sans arrêt lire et faire ce que le jeu vous dit. Il rejoint d’une manière beaucoup plus flagrante que son prédécesseur les Cérébrales Académies et Wii Fit qui passent leur temps à donner des directives. Avec une suffisance pédagogique lourde et redondante même quand elle n’est pas écrite en toute lettre : « Faites ce que je vous dis et vous vous porterez mieux ». Que des jeux si directifs connaissent un tel succès public laisse songeur sur la manière dont le-dit public, le peuple, les gens, nos contemporains, envisagent vacances et loisirs. Jusqu’à nouvel ordre, les vacances se résument d’abord à un décrochage des carcans de la vie quotidienne, comme l’explique fort bien le spécialiste de l’histoire contemporaine Christophe Granger dans son livre Les corps d’été. Retomber dans un environnement surchargé de règles, de directives et d’impositions et de compétitions relèvent d’une autre aspiration, d’un autre besoin que celui, original, du petit goût de la liberté recouvrée.

Wii doute plus

L’intrusion permanente de conseils et, surtout, de conditions techniques à respecter pour que le Wii Motion Plus « fonctionne » (poser la Wiimote sur table face à plat, pointer vers l’écran pour valider ses coordonnées, les conseils réguliers de calibration « si la télécommande ne fonctionne pas correctement »…) transforment Wii Sports Resort avant tout en exercice de soumission, voire d’asservissement. Et laisse comprendre que les conditions de fonctionnement du Wii Motion Plus sont bien instables. Le jeu vidéo évidemment fonctionne depuis toujours à partir d’innombrables règles et conventions. Jusqu’à la Wii, Nintendo a toujours eu la grâce et la volonté de faire passer ses règles de jeu dans le flux du spectacle interactif proprement dit. L’apprentissage d’un Mario ou d’un Zelda ou même d’un Mario Kart, se fait en jouant, dans le geste du jeu (les Pilot Wings déroulaient certes pas mal de règles préambules). Depuis le succès de la série des Wario Ware et ses challenges éclairs liés à un ordre à saisir, Nintendo semble avoir réalisé que le public, notamment celui qui ne joue pas parce qu’il ne comprend ni les enjeux ni les manipulations, non seulement était prêt à tolérer des règles plus explicitement émises mais à les privilégier. Le retour bienvenue au B.A.-Ba du jeu vidéo entrepris depuis par la DS et la Wii pour rallier et éduquer une nouvelle génération de joueurs de tous horizons a muté, au fil des succès, en une succession de leçons de choses, tantôt généralement comportementales, tantôt simplement didactiques. Il y a peu, un jeu multipliant les conseils et règles en début de partie était voué à l’échec. Aujourd’hui, sur consoles NIntendo, en parallèle à la concrétisation sommaire de leurs manipulations à travers des accessoires explicites, les règles cachées du jeu vidéo ont fait surface là où les meilleurs jeux les dissimulaient et les distillaient dans le cours de l’action. Un académisme cérébral a remplacé l’intelligence de l’instinct du jeu.

Jouer à un jeu Nintendo implique désormais un retour à l’école permanente. Dans le cadre d’un jeu d’été, destiné à traverser les saisons, Wii Sports Resort fait plutôt office d’université d’été. Si distractions il y a derrière ses épreuves éminemment physiques (Canoë-kayak Wakeboard, Sabre et épuisant Motomarine en tête), qui ira les confondre avec des vacances, ou même des loisirs ?

François Bliss de la Boissière

 


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Comme dans la rue, pas de minimum requis. Ça fera plaisir, et si la révolution des microtransactions se confirme, l’auteur pourra peut-être continuer son travail d’information critique sans intermédiaire. Pour en savoir plus, n
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