Archives par mot-clé : Ubisoft

Immortals Fenyx Rising : Quand l’élève dépasse le maître

Initialement baptisé Gods & Monsters, ce projet inédit d’Ubisoft Québec embarrasse d’abord en décalquant l’essentiel du gameplay de Zelda : Breath of the WildAvant de dépasser le maître Nintendo en jouabilité, humour et technique…

Surprise totale qui l’absout, osons l’affirmer, la copie surclasse l’original signé par le maître Nintendo, notamment parce qu’il s’épanouit sur des consoles de salon puissantes, dont les PS5 et Xbox Series.

Guidé d’abord par la curiosité, à pied, à cheval (renne, licorne ou pégase… !) ou en planant avec les ailes mythiques d’Icare, Fenyx arpente librement sept contrées d’une Grèce antique de BD très joliment colorée façon « coups de pinceaux ». Une époque déjà documentée par Ubisoft Québec dans Assassin’s Creed : Odyssey.

Unique à cette énorme aventure : l’humour réussi des dialogues (VO anglaise recommandée) rend le joueur complice. Zeus et Prométhée commentent ou ironisent les actes de bravoure de la championne mortelle lancée contre les gorgones, cyclopes et autres Minotaures. Tous les dieux de l’Olympe deviennent vite des familiers.

Sur le chemin parsemé d’embuches de Fenyx (ours, sangliers, lions, harpies…) mais aussi de moments de grâce à l’ombre d’un saule pleureur ou sous le clair de lune face à l’horizon, de superbes et intuitifs casse-têtes d’adresse et de logique s’intègrent aux paysages et architectures (leviers, contre-poids, défis, tirs à l’arc…).

Devenus créateurs de jeux à leur tour, les enfants de la génération Nintendo rattrapent désormais le maître. Fenyx Rising ne se contente pas d’imiter le dernier Zelda, il fait mieux sur bien des points techniques, artistiques et même en maniabilité, et donc plaisir.

DLC : MYTHES DE L’EMPIRE CÉLESTE : Le retour miracle

Quand on sait qu’il a fallu quatre années à Ubisoft Québec pour développer et réussir Fenyx Rising (voir notre n° 125) on n’imaginait pas jouir d’une suite déjà six mois plus tard. Et pourtant, via la capacité de coordination assez unique des studios internationaux d’Ubisoft, le miracle a lieu dès 2021. En confiant à l’équipe d’Ubisoft Chengdu, en Chine donc, la réalisation d’une extension, l’essentiel du plaisir joyeux de l’aventure Fenyx Rising revient déjà. L’extension troque la mythologie grecque contre une mythologie chinoise avec la déesse créatrice Nuwa en vedette centrale, dragon-serpent oriental et roi singe (Sun Wukong) en menaces, tout en conservant les si agréables mécaniques de gameplay. Même si les nouveaux casse-têtes moins intuitifs et les épreuves physiques plus arbitraires laissent parfois perplexe. Les pagodes remplacent les temples grecs, certains arbres deviennent bambous, le nom et l’aspect des fleurs à cueillir changent, et cela suffit à susciter curiosité, envie de découvrir et d’en découdre. L’aventure se pratique indépendamment du jeu principal (qu’il faut quand même posséder) et sans prérequis. Et si l’archipel suspendu dans une mer de nuages ne comprend que deux zones à explorer, celles-ci, toute en verticalités rocheuses, restent généreuses. Équipé d’une épée chinoise plus vive et frappant d’estoc, Ku, le nouveau héros n’arrive pas nu puisqu’il commence son aventure avec quelques aptitudes avancées. 

DLC : LES DIEUX PERDUS : Leçon de game design

Oyez, Oyez aspirants créateurs de jeux vidéo, venez par ici. Tout en conservant son divin gameplay, l’ultime extension des aventures de Fenyx (voir nos n° 125 et 128) change complètement la perspective du jeu original en fixant la caméra au-dessus de l’action, à la Diablo ! La nouvelle championne Ash récupère la liberté d’action de Fenyx sur une nouvelle île fractionnée en archipel. Sauf que la perspective forcée change tout (ennemis plus nombreux et tenaces, répartition des pouvoirs célestes…) et transforme ce chapitre inédit en étonnante leçon comparée de game design (conception de jeu).

François Bliss de la Boissière

(publié en 2021 dans les n° 125, 128 et 129 du mensuel Comment ça marche)


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Faut-il avoir peur du nouvel Assassin’s Creed ?

Bugs techniques, polémiques historiques, le dernier Assassin’s Creed a été révolutionnaire là où on ne l’attendait pas. L’épisode 2015 londonnien a donc pour double vocation de corriger le tir, d’abord médiatique, puis de réussir encore une fois un pari conceptuel et technique. Mais bonne volonté, compétences et énergies décuplées dont ne manquaient sûrement pas ACUnity suffiront-ils à garantir un produit sans défaut le jour de la sortie ? Là est la question.

Assassin's Creed Syndicate © Ubisoft

Note : Ceci n’est pas un papier « preview ».

Le nouvel Assassin’s Creed sort ce vendredi 23 octobre et en joueur avide des mondes parallèles, j’ai très très envie de plonger dans le Londres de la révolution industrielle. Très envie mais aussi très peur.
La sortie laborieuse de Unity fin 2014 avec tous ses problèmes techniques laisse un souvenir mitigé. De la même manière que, d’un point de vue historique et politique, le traitement un peu léger (si l’on se fie aux historiens et spécialistes) de notre Révolution laisse un goût amer. Pourtant, une fois passés tous les débats techniques, commerciaux et intellectuels que mérite le jeu vidéo au même titre que n’importe quel autre produit culturel qui, notamment, revisite l’histoire, il faut bien reconnaître que, un an plus tard, la reconstitution historique de Paris de Unity continue de laisser un souvenir impérissable.
Grâce au travail phénoménal des studios Ubisoft, le Paris de 1789-93 ne me quittera plus jamais. Et je m’apprête à y retourner régulièrement, oui, en voyageur du temps / touriste virtuel. Cette immersion interactive dans les rues de la capitale au milieu d’une population de braillards en loques ou huppée a rejoint dans ma représentation réalistico-fantasmatique du monde passé les films Barry Lindon, Dangerous Liaisons, The Age of Innocence, Marie-Antoinette (Coppola), A Royal Affair, Les Adieux à la Reine qu’il faut avoir vu… (eh, non, pas Les Mariés de L’an deux de Jean-Paul Rappeneau, ni l’opéra rock La Révolution Française). Après le fantastique voyage turquoise dans les caraïbes de Black Flag et la traversée de Paris sous la révolution, je n’attends pas moins de l’immersion dans le Londres enfumé de 1868.

Damage control

Ubisoft a indiscutablement un savoir-faire unique dans sa capacité à coordonner le travail de plusieurs de ses studios internationaux autour de ses plus gros projets. Mais au delà de ses envies et besoins créatifs intrinsèques, cet Assassin’s Creed londonien piloté par Ubisoft Québec (8 autres studios Ubisoft y sont attachés) a forcément été obligé de prendre à son compte un sérieux cahier des charges en réaction à l’épisode pas aussi révolutionnaire que prévu de 2014 piloté, lui, par Ubisoft… Montréal. Ainsi, en théorie, Syndicate doit autant être une opération de cautérisation des blessures techniques de Unity que de réconciliation avec le public et les médias. Même sans être officiellement déclarée, et sans forcément avoir repéré chaque détail, l’opération de communication, parfois vraiment intégrée au gameplay, a bien démarré. À commencer par la plus voyante et tout à fait bienvenue malgré son ostentation…

Elle et lui et l’inconnu technologique

En réponse aux accusations de ne pas avoir de personnages féminins parmi la troupe d’Assassins de Unity, Ubisoft réussit le tour de force logistique et scénaristique d’inventer un couple de héros jumeaux garçon et fille dans Syndicate. Pour circonscrire les dysfonctionnements techniques, l’aventure à Londres se passe de tout mode multijoueur (on ne s’en plaindra surtout pas ici). L’absence d’une appli compagnon déportée sur tablettes devrait aussi avoir simplifié le travail des développeurs auxquels, jusqu’à l’année dernière, on demandait plus à chaque épisode. Et cette fois, en l’absence de développement sur PS3 et Xbox 360, le moteur graphique « next-gen » d’Assassins semble entièrement dédié à la PS4 et à la Xbox One. Mais quid de la version PC disponible un mois plus tard et désormais dernier maillon technique faible des blockbusters (Batman Arkham Knights et quelques autres) ? Même en admettant que ces différentes solutions techniques et créatives permettent au jeu de trouver un meilleur équilibre, il reste encore des questions en suspens.

Racolage par la violence

Malgré tout leur prestige, les super productions Ubisoft exploitent par exemple presque toujours une violence graphique ou actée au-delà du nécessaire. Sans doute pour se garantir (facilement ?) un certain public, à défaut d’un public certain. L’introduction des armes à feu et des bagarres à mains nues de la révolution industrielle va-t-elle déclencher de nouveaux paliers de violence ou de brutalités gratuites ? Juste pour le « show » ?
Car avec sa série historique, Ubisoft sur le fil du rasoir joue toujours un double jeu : celui de la référence historique et culturel (un nouvel hors série du mensuel Historia vient cette année encore cautionner la reconstitution du Londres de la fin du 19e siècle) et le simulateur de meurtre. Un procès d’intention qui n’appartient pas seulement à l’éditeur franco-canadien évidemment. Sauf que les ambitions artistiques et culturelles affichées, reconnues et appréciés des productions Ubisoft (Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre en est le meilleur dernier exemple) appellent un peu plus chaque année à réconcilier les deux extrêmes. On ne désespère pas même si, d’évidence, le concept « assassins « oblige un peu. Et, justement, dans le même ordre d’idée d’exploitation un peu trop facile de la violence, ne faut-il pas déjà s’inquiéter des diverses extensions qui, pour se vendre, risquent de racoler nos plus bas instincts ? Notamment l’extension Jack L’Éventreur associée au passe saisonnier qui, sous couvert de réalité du personnage historique, risque potentiellement de se laisser aller aux pires dérives sanglantes ?

Qui est responsable de quoi ?

Même si Ubisoft Québec a participé activement à plusieurs Assassin’s Creed et extensions, Syndicate sera le premier jeu sous l’entière responsabilité du studio québécois. Et si l’on veut bien croire au talent de la nouvelle équipe aux manettes, cette notion de production haut de gamme originale capable de changer de réalisateur sans perdre de sa substance et de sa personnalité reste encore une des grandes problématiques du jeu vidéo. On se souviendra que le premier Assassin’s Creed a été signé Patrice Désilets et que depuis, si ma mémoire est bonne, aucun autre nom n’est resté attaché à la série à part celui de la productrice Jade Raymond. Tous deux ont d’ailleurs quitté Ubisoft. En cela le jeu vidéo épouse le cinéma de producteurs des années 2010. Les réalisateurs connus ou pas se mettent au service de licences plus fortes qu’eux où leur nom ou singularité disparait. Tout le monde ne s’appelle pas JJ Abrams. (…)

London revisited et Machine de guerre marketing… suite et fin de l’article ici sur Gameblog.fr

François Bliss de la Boissière

(Publié le 20 octobre 2015 sur gameblog.fr)

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