Novembre : La vraie traque

Réaliser un film de fiction sur les attentats du 13-Novembre 2015 à Paris est-il une bonne idée ? Inhabituel en France en tous cas…

De son côté, sincère ou d’exploitation industriel, sans même attendre cicatrisation des blessures, le cinéma américain ne se prive pas de produire des films sur les scandales politiques, assassinats, attentats, faits de guerre qui blessent l’empire américain. Par pudeur, manque de moyens ou de culot, ce genre de film existe à peine en France. Initiative rare, Jean-Jacques Annaud a osé cette année une version cinématographique de l’incendie de Notre Dame de Paris (Notre-Dame brûle) qui n’avait, il est vrai, pas fait de victimes.

Signé par le réalisateur du tétanisant Bac Nord (2021), Novembre suit exclusivement le travail des brigades anti-terroristes engagées dans la poursuite des terroristes encore en fuite après les fusillades dans Paris et le massacre du Bataclan. Respectueux des victimes réelles et des traumatismes inconsolables, le film ne montre aucune image des attentats eux-mêmes. Avec une efficacité redoutable, la mise en scène ne s’intéresse qu’à la course folle de la police, des bureaux jusque dans Paris et sa banlieue. Une course aussi contre la montre et l’inconnu puisque de nouveaux actes de terrorisme restent alors probables.

Le générique prévient que le scénario ne respecte pas à la lettre la vraie enquête judiciaire*. Il n’empêche, avec sa réalisation nerveuse, l’incarnation puissante des acteurs, Novembre devient évènement et témoin devant l’Histoire.

* Un voile est malheureusement venu se poser sur les bonnes intentions du film lorsqu’une des protagonistes réelles et capitales de la chasse aux terroristes à dénoncer une mauvaise représentation d’elle dans le film. Sa plainte a été reçue et un message l’annonce au générique du film diffusé dans les salles publiques.

De Cédric Jimenez, avec Jean Dujardin, Anaïs Demoustier, Sandrine Kiberlain… Au cinéma le 5 octobre.

François Bliss de la Boissière

(Publié en octobre 2022 dans le mensuel Comment ça Marche #142)

Eastward : Rétro réconfort

Chaleureusement rétro, Eastward revisite avec charme, clins d’oeil et un cachet visuel original, les jeux de rôle et d’action des années 90.

L’aventure reproduit à la lettre le système d’exploration et d’action à la Zelda pratiqué avec une vue au-dessus des décors. Héros inséparables cherchant à s’extirper de leur ville minière souterraine, le vieux barbu John et sa jeune protégée Sam aux longs cheveux blancs entreprennent de sauver le continent d’une pollution toxique, rien de moins.

Pas dupes, les dialogues enfantins teintés d’ironie (excellente VF) façon bulles BD muettes avec les pittoresques habitants désamorcent les enjeux dramatiques. Basique, le gameplay traditionnel mais toujours agréable consiste à trouver son chemin dans le méandre des rues, mines, forêts, grottes et à écraser des limaces et autres étrangetés à coups, entre autre, de poêle à frire, et donc à rire.

Un an après sa commercialisation en version uniquement téléchargeable, la nouvelle référence des jeux en pixel art sort en édition boite et cartouche sur la populaire console Switch. Conçue par Iam8bit, éditeur de collections spéciales, cela vaut consécration.

Entre hommage culturel et nostalgie régressive, Eastward renoue avec l’illusion réconfortante qu’aujourd’hui encore, le monde réel serait plus simple quand les jeux vidéo sont plus simples.

  • Supports : PC, Mac, Switch
  • Genre : RPG / action-aventure
  • 1 joueur
  • PEGI : à partir de 12 ans
  • Chucklefish

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)


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Olivier Derivière (Interview) : De Dying Light 2 à A Plague Tale Requiem

Capable de travailler sur des projets à petit budget comme des grosses productions, le musicien autodidacte français Olivier Derivière a, depuis 2004, composé la musique de plus d’une vingtaine de jeux vidéo. Entre avril et mai 2022, juste après la sortie de Dying Light 2 dont qu’il continuait d’améliorer la musique, et du prochain, alors non daté, A Plague Tale : Requiem en cours de finalisation, il a pris le temps de nous expliquer son approche d’une profession encore en phase d’apprentissage.

Avant-propos

La musique de jeux vidéo a l’âge du jeu vidéo, soit comme le jeu Pong : 50 ans. Contrairement à la piste musicale d’un film lié sans jamais changer aux images, la musique de jeux vidéo fait partie intégrale du logiciel de jeu programmé sur des microprocesseurs et varie en fonction de l’action du joueur. Elle sonorise l’interactivité des jeux vidéo alors sur supports cartouches dans les premières consoles de jeu (Atari 2600, Megadrive, Super Nintendo…) et les bornes de salles d’arcade. Les mélodies existent mais le son est synthétique, limité. Au milieu des années 90 les jeux comme les logiciels s’installent sur des CD-ROM, puis des DVD. La musique atteint alors une qualité de CD audio. Des chansons pop, rock ou de la musique orchestrale donnent désormais vie aux jeux vidéo. Dans les années 2000, quand des disques durs aux temps d’accès plus rapides équipent les consoles et PC, la musique se complexifie en compagnie de jeux de plus en plus sophistiqués. Les jeux profitent de plus de pistes musicales et, surtout d’une meilleure intégration au gameplay. Avec l’arrivée des SSD (Solid-State Drive, disques à mémoire flash ultra rapide) sur PC et dans les dernières consoles, la musique s’enrichit encore avec de nouvelles possibilités liées à l’interactivité des jeux.

Profile express

Entre 2004 et 2021, Olivier Derivière compose la musique de plus d’une vingtaine de jeux vidéo dans son studio d’enregistrement aux portes de Paris. À partir de 6 ans, il étudie la musique classique, apprend les harmonies, les orchestrations, s’intéresse aux percussions mais, gamer depuis l’âge de 8 ans, il rêve de devenir programmeur de jeux vidéo. Il trouve alors un compromis en s’intéressant aux logiciels de composition musicale. Sa passion du jeu vidéo entraine sa connaissance de la musique, ou inversement. Résultat ? Ses BO illustrent de nombreuses productions françaises et internationales. Il semble se spécialiser dans les jeux d’aventure sombre (Alone in the Dark), ou « de survie » (Obscure), et puis quand l’occasion se présente il s’attaque à des jeux plus narratif (11-11 : Memories Retold), ou des jeux d’arcade comme le rétro Streets Of Rage 4. Son expertise lui permet ainsi de passer de musiques orchestrales sur un jeu d’aventure (Assassin’s Creed IV : Freedom Cry), à de l’électro au service d’un jeu d’aventure futuriste (Remember Me). Capable de travailler sur des projets indés comme des grosses productions, le très actif français Olivier Derivière fait désormais partie de la courte liste de compositeurs de musique de jeux vidéo connus dans le monde. 

Interview

« On a tendance à penser que la musique de jeu vidéo n’est faite que de blip et de blop »

Bliss : Question inévitable… Quelle différence entre une musique de film et de jeu vidéo ? Tu dis notamment que la musique de film concerne l’histoire alors que la musique de jeux vidéo accompagne le gameplay. Et si un jeu vidéo contient une histoire alors il faut écrire de la musique pour les deux ?

Olivier Derivière : Le terme “jeu vidéo” reste très réducteur. Il existe une multitude d’approches et d’expériences interactives. Le jeu vidéo est ce médium particulier où le spectateur est actif, contrairement au cinéma où nous sommes passifs. Dans les jeux les plus cinématographiques, avec une histoire, incluant des phases de passivité du joueur devant des cinématiques et des dialogues, il y a de fait une proximité avec le cinéma. Et cela se retrouve dans la musique du jeu qui emprunte alors ses codes au « grand frère » cinéma. À cause de ses contraintes et possibilités interactives, le jeu vidéo demande en réalité une toute autre approche créative et technique. Mais les codes de conception musicale propres aux jeux vidéo n’existent pas encore beaucoup. 

Bliss : On sait à peu près la quantité de musique et le nombre de pistes musicales fournies pour un film, mais de ton côté, combien de pistes musicales et même d’heures de musique fournis-tu en moyenne pour un jeu vidéo ?

O.D. : Tout dépend du jeu. Un film dure en moyenne plus de 2h alors qu’un jeu peut comptabiliser plus de 20h (voire 100h et plus, NDR). S’il s’agit d’un jeu de réflection, d’action pure, des genres étrangers à la narration, alors la quantité de musique à fournir varie de quelques minutes à 1h. En revanche, avec un jeu narratif, une production de jeu vidéo s’apparente à une production de série télé, et le nombre d’heures de musique se fait en fonction. Cela peut ainsi approcher plus de 6h de plages musicales comme avec le récent Dying Light 2… ou le prochain A Plague Tale : Requiem. 

Bliss : Dans une production en monde ouvert comme Dying Light 2 tu « bruites » (mets en musique ?) de nombreux éléments et objets interactif… A titre d’exemple, combien de pistes musicales, micro ou majeures, sont disponibles à tout moment en cours de jeu en fonction de l’action et des manipulations du joueur ?

O. D. : Cette production a été une expérience très enrichissante. Dans une telle aventure en monde ouvert où le joueur est libre d’agir à sa guise dans le décor, j’ai illustré en musique une quantité d’activités uniques de gameplay qui se jouent et s’entendent en même temps que la musique narrative de l’aventure. Quand le joueur utilise des jumelles, par exemple, son geste déclenche des notes de musiques particulières qui donnent une humeur. Les séquences de Parkour où le joueur se déplace en équilibre à travers le décor et les dangers activent plus de dix variations musicales selon le contexte et le scénario. Si le joueur se contente de courir alors la musique reste en retrait. Lorsque le joueur pratique d’avantage de mouvements de Parkour, alors la musique s’amplifie jusqu’à atteindre ce que l’on a appelé le “Parkour flow”, une sorte de transe qui gratifie le joueur d’une musique encore plus excitante. 

Bliss : Initiative très inédite, après la commercialisation de Dying Light 2 tu as proposé à tes followers sur les réseaux sociaux de modifier ici ou là ta partition musicale malgré tes trois longues années de travail dessus, voire d’ajouter des pistes, à l’occasion d’une mise à jour du jeu. Pourquoi ? Et l’as-tu vraiment fait ?

O.D. : En effet, j’ai modifié des éléments musicaux très rapidement après les premiers commentaires des joueurs. Je trouve assez fascinant qu’un jeu vidéo puisse encore s’améliorer après sa commercialisation du fait des retours des joueurs. Souvent l’équilibrage du gameplay et la qualité technique de certains effets sont modifiés après la sortie, alors pourquoi ne pas faire la même chose avec la musique ?

Bliss : Il t’arrive de composer jusqu’à 3 musiques de jeux vidéo aux style très différents en une seul année, comment fais-tu ?

O.D. : Je ne sais pas. C’est une faculté qui ne s’explique pas. Je dirais que les jeux sont tellement inspirant et les équipes tellement passionnées que je peux naviguer à travers leurs univers sans trop de difficultés.

Bliss : Tu fais parfois appel à de prestigieux orchestres symphonique comme le Boston Symphony Orchestra, ou le Choeur d’Enfants de l’Opéra de Paris… Leur utilisation dépend du budget de la production ?

O.D. : Oui, mais j’ai toujours fait en sorte que la musique que je produisais soit interprétée par les meilleurs musiciens au monde. Pas parce que je pense que ma musique la mérite en soit, mais parce que ces orchestres l’élèvent à un niveau de musicalité incroyable. On a tendance à penser que la musique de jeu vidéo n’est faite que de blip et de blop mais quand on entend les musiciens de ces orchestres au service des jeux et des joueurs, l’expérience de jeu prend une autre ampleur…

Bliss : Tu as travaillé naturellement avec plusieurs studios et éditeurs français, mais comment t’es-tu retrouvé à collaborer avec les studios polonais Techland sur Dying Light 2 et Farm 51 sur Get Even ?

O.D. : Je collabore naturellement avec beaucoup de studios français comme Asobo, Spiders, Dontnod… dont les productions rayonnent partout dans le monde. Au-delà de nos frontières j’ai travaillé avec Disney à San Francisco, avec Ubisoft Québec, le studio d’animation anglais Aardman, des studios hongrois, polonais, et actuellement des allemands et des canadiens/américains. Le jeu vidéo est très international !

Bliss : Après les jeux Obscure 1 puis 2 de tes débuts, tu travailles à nouveau cette année sur une suite avec A Plague Tale : Requiem… Est-ce plus facile ou au contraire plus complexe pour notamment garder une similarité sans se répéter ? Est-ce aussi l’occasion de corriger, ou d’améliorer – si cela te semblait nécessaire, l’approche musicale du premier jeu ?

O. D. : C’est toujours la grande difficulté. Faire une suite directe oblige à apporter un vent frais sans trahir les pré-requis. Je pense que nous avons réussi cet exercice avec le studio Asobo (développeurs de A Plague Tale, mais aussi de Microsoft Flight Simulator 2020, NDR) mais seuls les joueurs/joueuses en décideront. L’essentiel est d’étendre l’univers pré existant vers de nouvelles zones émotionnelles. 

Bliss : De nombreux posts sur les réseaux sociaux à des Masters Class, tu as une approche très militante et pédagogique de ton travail, pourquoi ? La musique de jeu vidéo a-t-elle besoin d’être défendue, mieux reconnue ?

O. D. : Cela fait plus de 20 ans maintenant que je donne des conférences* et visite les équipes de création à travers le monde. La célébrité n’a jamais été mon objectif, je profite de ma notoriété pour tenter de sensibiliser les professionnels du jeu vidéo eux-mêmes sur la manière dont la musique interactive dans le jeu vidéo pourrait être plus distincte et qu’elle ne se suffise pas de faire de l’illustration façon cinéma. On parle souvent d’avancées technologiques dans le jeu vidéo tout en oubliant que la musique elle-même peut en bénéficier, au service de l’expérience interactive. Cela peut paraitre abstrait dit ainsi mais il suffit de voir les réactions des joueurs sur la musique réactive de Parkour de Dying Light 2 pour réaliser l’apport inouï que cela a sur le ressenti des joueurs. 

* Olivier Derivière participe à la série documentaire « Play » sur les métiers du jeu vidéo diffusée sur France TV Slash.

Propos recueillis entre avril et mai 2022.

François Bliss de la Boissière

(Interview éditée et écourtée parue dans le mensuel Comment ça marche en septembre 2022)

Notes complémentaires

  • En CD, vinyle ou streaming, la musique originale du jeu de survie Dying Light 2 interprétée par le London Contemporary Orchestra comptabilise 33 pistes pour une durée de 98 minutes. Mais le jeu complet contient plus de 6h de musique selon son compositeur Olivier Derivière.

À lire également, précédente interview en 2014…

Olivier Derivièvre : Talent brut


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Yellowstone saison 3 : Néowestern enfin star

Alors que la saison 5 sera diffusée le 15 novembre sur le territoire américain, que la saison 4 a intéressé une audience record inattendue (devenue n°1 en 2021 aux USA avec 14,7 millions de spectateurs) qui catapulte le drame rural politico-familial en nouveau phénomène, la saison 3* s’installe enfin sur Salto aux côtés des saisons 1 et 2. Voilà au moins une bonne raison de se réabonner à ce service de streaming français spécialisé dans les séries françaises familiales.

Grâce à l’écriture percutante du créateur-scénariste-acteur, texan et cow-boy authentique, Taylor Sheridan, devenu à lui tout seul un énorme vivier créatif (scénariste des films Sicario, il s’occupe aussi des séries 1883 – formidable – et Mayor of Kingstown encore inédits en France), Yellowstone dresse un portrait néo-classique des cow-boys d’aujourd’hui en l’encrant dans les problématiques de la vie contemporaine.

Le bourru Kevin Costner chef de famille propriétaire du ranch et sa fille (très impressionnante actrice Kelly Reilly dans la peau d’une femme d’affaire intraitable, remarquée depuis 2002 avec L’Auberge Espagnole puis Les Poupées Russes de Cedric Klapisch mais aussi en junkie réhabilitée dans Flight avec Denzel Washington en 2012) défendent leur territoire et leur mode de vie traditionnel contre des multinationales cherchant à installer un aéroport et des complexes hôteliers.

Filmée dans le Montana aux abords du parc national de Yellowstone, la série fait goûter des modes de vie – cow-boys alias « garçons vachers », réserves indiennes, dressages de chevaux, rodéos… tout en offrant le spectacle fascinant des indémodables paysages du Nord Ouest américain.

*La saison 4 arrive finalement très vite sur Salto dès le 14 octobre!

De Taylor Sheridan, avec Kevin Costner, Kelly Reilly, Luke Grimes… Série en 10 épisodes de 45’ sur Salto.

François Bliss de la Boissière

(Chronique parue dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)


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Tout partout tout à la fois : Multivers kung-fu fou

Vous pensiez avoir compris la théorie des multivers avec les derniers films Marvel ? Erreur.

Ce film OVNI complètement kung-fu fou produit par les frères réalisateurs Joe et Anthony Russo (Avengers : Endgame) propose une version encore plus schizophrénique du concept des multivers. Actrice asiatique légendaire, Michelle Yeoh (qui sera dans les prochains films Avatar de James Cameron) se contente ici d’un rôle de mère de famille désabusée au petit commerce endettée. Sauf que tout bascule quand son mari comme possédé lui apprend que lui et elle, et le monde visible autour, appartiennent à une minuscule branche d’un univers cosmique constitué d’innombrables réalités parallèles.

S’en suit une multitude de quiproquos spatio-temporels où les protagonistes changent de personnalité et de lieux en une fraction de seconde. Tantôt victimes hurlantes tantôt champions d’arts martiaux, ils luttent pour reprendre le contrôle de l’une ou l’autre réalité. Un délire visuel et conceptuel cartoonesque, pas toujours de bon goût, qui emprunte aussi effets visuels et concepts des univers parallèles aux films Matrix.

Everything Everywhere All at Once (titre original aussi dingue) : De Daniel Kwan & Daniel Scheinert, avec Michelle Yeoh, Stephanie Hsu, Ke Huy Quan, Jamie Lee Curtis…

François Bliss de la Boissière

(Chronique parue dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)


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For All Mankind Saison 3 : Objectif Mars (Avis Express)

Pourquoi continuer à suivre cette série aux qualités inégales ? Parce que, revenue au premier plan de l’actualité, la conquête de l’espace fascine toujours.

Fidèle à l’idée d’un rétro futur alternatif et du high concept qui fait avancer de 10 années à chaque nouvelle saison, on retrouve nos pionnières astronautes dix ans après la saison 2, soit : en 1995. Celles-ci occupent désormais des postes à responsabilité qui vont très vite être remis en cause et les forcer à se réinventer un destin.

Car bien installés sur la Lune, les premiers touristes de l’espace font la fête en orbite et l’humanité prépare un premier voyage vers Mars. Conflits générationnels, politiques et technologiques freinent ou accélèrent les préparatifs. Valeur ajoutée : le brassage amusant des références passées, présentes et futures (gadgets, décors, start-ups commerciales contre NASA…).

De Ronald D. Moore, avec Joel Kinnaman, Shantel VanSanten, Jodi Balfour… Série en 10 épisodes de 60’ sur Apple TV+

François Bliss de la Boissière

(Chronique parue dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)

SILT : Echo de l’abysse (Avis express)

Grâce à un très beau noir et blanc et gris, Silt renouvelle l’exploration sous-marine périlleuse inaugurée par le célèbre Ecco Le Dauphin (1992, sur console Mega Drive de Sega).

Équipé d’une lampe torche, le petit plongeur se faufile au fond des abysses inconnus à travers plantes, roches, mystérieux temples engloutis et entités géantes (des « Goliaths ») définitivement mortelles. Pour survivre, le plongeur contrôle temporairement requins marteaux, poissons carnivores et autres créatures aptes à lui ouvrir le chemin.

Aventure immersive à l’ambiance fantastico-surréaliste et jeu de réflexion pas si facile, SILT se la joue aussi spectacle d’esthète en eaux profondes.

  • Supports (téléchargement) : PC, Xbox One & Series, PS4 & PS5, Switch
  • Genre : exploration/puzzle game
  • 1 joueur
  • Démo gratuite sur PC et Switch
  • PEGI : à partir de 16 ans
  • Fireshine Games

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)

Les Derniers jours dans le désert : À méditer (Avis Express)

Maître Jedi ou Jesus ? Les deux puisque juste avant de réendosser l’habit d’Obi-Wan Kenobi dans la nouvelle série Star Wars sur Disney+, l’acteur Ewan McGregor s’est glissé dans la peau d’un autre « saint homme » dont l’identité ne se confirme qu’à la fin du film.

Celui-ci revisite les 40 jours de jeûne et de prières que, selon la Bible, Jesus se serait imposé dans le désert. Seul au milieu d’un interminable désert rocailleux, il dialogue avec lui-même hanté par son double tentateur à ses côtés, il rencontre une famille isolée en détresse qu’il tente d’assister et se dirige vers Jérusalem où l’attend l’insoutenable crucifixion.

Un poème cinématographique, sobre, beau, contemplatif, à la lenteur nécessairement exigeante.

De Rodrigo Garcia, avec Ewan McGregor, Tye Sheridan, Ciaran Hinds…

François Bliss de la Boissière

(Publié  dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)

Revoir Paris : Décharge émotionnelle (Avis Express)

Les films Augustine et Maryland, ont démontré la force unique du cinéma de la réalisatrice française Alice Winocour. Qu’elle réussisse à faire partager avec tant de justesse et de respect l’indicible retour à la vie de survivants à un attentat au coeur de Paris ne surprend donc pas.

De l’amnésie absolue sous le choc, aux incompréhensions, reconstructions individuelles et solidarité collective, le film épouse le parcours émotionnel des survivants à un attentat hagards en quête de sens.

Aux côtés d’une Virginie Efira d’une grande justesse introspective à la recherche de sa mémoire perdue, la grouillante ville de Paris – oui avec ses lumières, mais elle aussi meurtrie, est un personnage à part entière. Pleurer est recommandé.

De Alice Winocour, avec Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin…

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)

Tokyo Vice Saison 1 : Signé Michael Mann

Michael Mann, l’immense réalisateur des années 90-2000 (Le Dernier des Mohicans, Heat, Miami Vice…) produit et réalise le pilote d’un récit adapté d’un livre-enquête sur le crime organisé à Tokyo.

On y suit un américain japanophile, Ansel Elgort, haute silhouette charismatique de Baby Driver et West Side Story (version 2021), apprenti journaliste recruté en 1999 par… concours dans un quotidien japonais !

Parmi toutes les découvertes de la culture japonaise de surface, police, comme underground, Yakuzas, il subit avec stupeur, et nous avec, le mode de fonctionnement tyrannique du journal qui reflète la terrible hiérarchisation de toute la société japonaise.

Sur le chemin du jeune reporter, le grand Ken Watanabe (Le Dernier Samouraï, Inception…), inspecteur de police vertueux et bougonnant, fera l’intermédiaire avec le monde à peine sous-terrain de la mafia japonaise.

Petit regret, après le premier épisode mis en scène par Michael Mann lui-même où son style caméra à l’épaule et montage fait des merveilles, les épisodes suivants deviennent formellement plus ordinaire. Au moins aucun des réalisateurs conviés n’a cherché à (mal) singer le style de Mann. Malgré tout, une passionnante immersion au coeur de Tokyo, sur les pas d’un jeune reporter culotté et sans peur.

De J.T. Rogers, avec Ansel Elgort, Ken Watanabe, Rinko Kikuchi… Série en 8 épisodes de 52’ sur Canal+.

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)


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The Quarry : À qui le mauvais tour ? (Avis Express)

Le genre « teen horror » (horreur avec et pour ados) fait le succès des films et des séries, alors pourquoi pas aussi en jeu vidéo ?

Quitte à s’éloigner du jeu vidéo traditionnel en devenant récit cinématographique aux interactions limitées à des choix narratifs.

D’un chapitre à l’autre, le joueur se glisse tour à tour dans la peau des jeunes moniteurs invités à un camp de vacances dans les bois. Mineure ou importante, chaque décision sauve ou entraine la mort mystérieuse des uns et des autres. Malgré les clichés éculés et la lenteur générale, le suspens fonctionne à peu près grâce au réalisme bluffant des visages de comédiens connus animés en motion capture. 

  • Supports : PC, Xbox One & Series, PS4 & PS5
  • Genre : aventure-horreur narrative cinématographique
  • 1 joueur, multijoueur coopératif en ligne
  • PEGI : à partir de 18 ans
  • Supermassive Games

François Bliss de la Boissière

(Chronique publiée dans le mensuel Comment ça marche, septembre 2022)