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Ready Player One : Portrait en fuite d’une génération régressive

Déclaration : Ready Player One présente le jeu vidéo sous forme de caricature, de vue extérieure et superficielle plutôt que intérieure et vécue. Ready Player One n’est pas non plus le révélateur de la réalité de la réalité virtuelle (VR). Sans doute fidèle au livre, il est d’abord le condensé fétichiste et régressif de la culture pop des années 80-90. Ni moins, ni plus.

Mettons les choses au clair dès le départ, car l’enjeu était là. Ready Player One n’a pas la pertinence thématique ni même visuelle de A.I. et Minority Report. Il n’y a dans ce film épuisant de 2h20 aucune vision futuriste crédible, aucun vrai thème à débat sociétal ou philosophique. Ready Player One est un pur popcorn movie, un film de distraction sans autre enjeu que de proposer un grand ride en images de synthèse. Et d’essayer de faire passer le message : « Wouah la réalité virtuelle, oui mais Attention ». Oui, présenté de manière aussi simpliste que ça.
Le talent de Steven Spielberg, comme tout bon cinéaste, n’est pas à mettre en cause, puisqu’il consiste avant tout à épouser son sujet écrit. Et visiblement, le bouquin de Ernest Cline (sur ma table de chevet depuis un moment, mais pas lu, désolé) n’offre pas plus de profondeur que ce que l’on voit à l’écran. Cline est co-scénariste du film, il n’y a donc aucune raison de le croire trahi. Au contraire dirions-nous puisque, tout de même, la folie visuelle du film met en images ce que les mots de l’auteur ne font qu’évoquer.

Immersion de surface

La plus grosse surprise et peut-être sa plus grand déception, en plus d’une superficialité là où on pouvait espérer une vraie réflexion, consiste à suivre un film beaucoup plus en images de synthèse (CGI) qu’en prises de vues réelles. Spielberg n’a jamais fait tournoyer autant sa caméra que pour montrer tous les mondes de l’OASIS virtuelle (plus que dans les pires séquences de son Tintin). Sa caméra devenue folle fait des 360° autour des personnages avatars virtuels comme s’il fallait sans arrêt les dynamiser ou traduire un état intérieur excité du joueur/visiteur virtuel. En tant que gamer pratiquant, on peut qualifier cela d’insultant ou de trompeur. Le jeu vidéo ne se réduit pas à cet état d’hystérie permanent, sinon il ne concernerait que les plus jeunes et non plus les adultes (la moyenne d’âge du videogame player est à 35 ans de nos jours). Autre erreur d’appréciation à l’écran, parce que l’immersion en VR décuple les sensations et le ressenti : moins on en fait plus on supporte l’immersion et plus on y croit. Le monde virtuel fou-fou montré par Steven Spielberg est une vision infantile et en réalité impraticable de la VR. À moins que d’ici 30 ans (le récit se déroule en 2045), le genre humain accouche d’une humanité plus 2.0 qu’attendue. Le film ne le dit pas et, au contraire, montre des humains tout à fait semblables à aujourd’hui. Spielberg fait un amalgame du fond et de la forme entre le jeu vidéo (le plus clinquant et énervé) et l’immersion de la réalité virtuelle. Même si, nous sommes d’accord, plonger dans la réalité virtuelle, pour peu qu’elle soit agréable, donne envie d’y rester pour « ne plus revenir« . Il s’agit donc encore une fois après, par exemple, le plus mature Blade Runner 2049, d’un rétro futur. D’un futur naïf vu à partir, cette fois, des années 80… naïves. Même si le bouquin a été publié en 2011. Ce prisme gentillet d’un avenir techno dystopique ne présente ainsi pas une vision sérieuse de la société future comme le proposaient encore une fois A.I (écrit par Brian Aldiss dans les années 60 puis revisité par Stanley Kubrick) et Minority Report (écrit par Philip K . Dick lui dans les années 50). Tron : Legacy de Joseph Kosinski et bien sûr le Avatar de James Cameron en disent plus long sur ce futur mélange de la réalité physique et de la réalité virtuelle. L’erreur générique et démagogique de Ready Player One consiste à continuer à présenter les expériences en réalité virtuelle comme une fuite ludique et vaine de la réalité actuelle et non comme un portail vers une nouvelle évolution de l’homme.

Avec ou contre les jeux vidéo ?

Esthétiquement, le film est un fourre-tout de plus ou moins bon goût. Bien fignolées mais rarement attachantes ou singulières, les images de synthèse majoritaires oscillent et ne se décident pas entre cartoon à la Dreamworks animation, Final Fantasy le film (qui date tout de même de 2001) et Warcraft (le film), sans compter les survols de troupes innombrables au sol qui évoquent les pires travellings aériens factices du seigneur des Hobbits Peter Jackson. C’est à se demander qui commande les plans et la caméra dans les scènes d’action en CGI. Spielberg délègue-t-il ces plans là ? (la post production du film lui a en tous cas laissé assez de temps pour aller tourner le plus intellectuellement stimulant The Post). Parce que les rares scènes en images réelles de Ready Player One ressemblent d’avantage à sa grammaire cinématographique que le reste du métrage, surtout avec Janusz Kaminski toujours à la photo. Mis à part sans doute le visage aux grands yeux de l’héroïne interprétée par Olivia Cooke, les avatars virtuels des personnages réels restent tout de même assez quelconque (une affaire de goût, admettons) : des silhouettes élancées androgynes à la japonaise aux gros musclors à l’américaine. Nous sommes loin par exemple des fascinants Na’vi d’Avatar. Disons que d’un point de vu jeu vidéo, même avancé, tout cela est cliché et renvoie donc au petit procès en loucedé, ou alors involontaire, que Spielberg fait au jeu vidéo à travers ce film censé lui rendre hommage. Alors que les bons films de SF sont aussi désormais des films sur les interfaces, revoir Minority Report et puis Avatar, Ready Player One s’amuse beaucoup avec des projections holographiques speedées devant les joueurs virtuels sans que cela ne fasse avancer le schmilblick UX ni ne reflète la vérité des solutions déjà existantes en jeu vidéo et en VR.

Le théorème Kubrick

Pourquoi Spielberg a-t-il eu envie de faire ce film à 70 ans (le tournage a commencé en 2016) ? Pour reprendre la main sur les images de synthèse qu’il a lui même popularisé avec Jurassic Park ? Pour faire un pied de nez au cinéma de super-héros dont il dénonce l’hégémonie à Hollywood ? Sans doute un peu tout cela mais pas seulement. Avant d’aller lire toutes les interviews et attraper les making-of qui confirmeront ou pas ses intentions, une séquence particulière de Ready Player One explique assez clairement pourquoi le film, en plus d’autres raisons, s’est imposé à Spielberg. Elle restera sans doute dans les annales plus que toutes les autres mises bout à bout. Elle fonctionne d’ailleurs de manière quasi autonome, comme un niveau de jeu vidéo hors sujet (ou bonus, ou en DLC). En tout état de cause la séquence existe dans le flux du récit. Puisque l’essence du film consiste à revisiter tous les fondamentaux de la pop culture des années 80, du jeu vidéo balbutiant au cinéma alors insouciant (de John Hugues par exemple, cité à plusieurs reprises), Spielberg a dû prendre un plaisir singulier à piloter une séquence où les personnages (attention SPOILER ALERT) se retrouvent DANS une reconstitution du film The Shining de Stanley Kubrick. Faut-il rappeler brièvement le lien intime qu’ont développé Spielberg et Kubrick à la fin de sa vie ? Spielberg a réalisé A.I à la place de Kubrick, à la demande de Kubrick, après la mort de Kubrick, pour Kubrick. À cet anoblissement posthume du maître et à ce titre, sans doute seul Spielberg pouvait se permettre de recréer The Shining et de s’en moquer sans que la cinéphilie crie au tabou. Les personnages en CGI de Ready Player One se retrouvent catapultés dans l’hôtel célèbre où Jack Nicholson va perdre la tête. Toutes les scènes mythiques et flippantes y sont visitées et récrées (décors et personnages compris) avec un soin maniaque avant d’être détournées parce que bien sûr, il s’agit d’une version jeu vidéo qui part en sucette. Spielberg aime le jeu vidéo depuis longtemps, il a même participé à la création de plusieurs franchises (notamment Medal of Honor devenu par imitation la série à succès Call of Duty, excusez du peu), mais on est moins sûr qu’il apprécie ce que représente la VR. Le film tombe dans le travers de dénoncer facilement les travers de la réalité virtuelle car au fond, Spielberg s’inquiète surtout d’un incontrôlable concurrent au cinéma narratif classique. C’est donc tout à son honneur que de s’y frotter pour mieux l’absorber. Pour autant, sa vision reste distante, condescendante, un chouia péjorative et plutôt simpliste. Il abordera peut-être ce sujet une prochaine fois avec plus de maturité.

Fétichisme et régression des années 80

Il faudra alors oublier sa conclusion bêta enfantine. Rappeler aussi grossièrement que la réalité est mieux que la réalité virtuelle parce que, oui, on peut… y manger de vrais repas et que les câlins charnels c’est mieux, ressemble à la conclusion dirigée d’un devoir de rédaction d’école secondaire. Malgré toute l’esbrouffe technologique qu’il déploie et le futur « dystopique » qu’il décrit à la marge, le film est foncièrement régressif. Et fétichiste. Des VHS aux consoles de jeux, des Gremlins à Doom et Street Fighter, de Gundam à l’anti daté Géant de fer tout y passe en un éclair, ou appuyé, et nécessitera des nombreux arrêts sur image. Encore une fois, il reflète certainement à la lettre le livre de « J’ai grandi à l’époque parfaite«  de Ernest Cline. On doit sans doute voir, dans ce fétichisme de la consommation et des loisirs qui aura accouché d’une génération sans âge adulte baptisée « geek », le désenchantement et l’inquiétude actuelle d’une population ayant grandi dans les années 80-90. Cette époque parenthèse post Vietnam, post hippie, post mai 68, post luttes pour la libération de la femme et pour les droits civiques et anté 9/11. Pubs, drogues et paillettes glam des années 80 synthé ont servi de récréation, de pause sans doute, dans le bouillonnement sanglant, politique et intellectuel permanent de la civilisation. La musique pop a succédé à la musique rock, la jouissance et le spleen à la rébellion, le blockbuster fantaisiste au cinéma de la rue du nouvel Hollywood. Spielberg en personne et ses troupes d’alors (Tobe Hooper, Joe Dante, Robert Zemeckis…) en ont été les maitres d’oeuvre involontaires (Jaws est considéré comme le premier « blockbuster » du cinéma, avant Star Wars). On peut donc voir aussi dans ce Ready Player One, une encyclopédie en mouvement, une compilation de tous les symboles de la culture populaire des années 80-90 dont Spielberg a été l’instigateur. Une carte postale rechapée et signée par un de ces GO (gentil organisateur) de vacances culturelles de cette époque.
En échouant à faire passerelle entre le passé et le futur, Ready Player One devrait servir à poser pour de bon la tragique question, au cinéma comme ailleurs : peut-on faire du neuf avec du vieux ? Doit-on continuer à tenter de faire du neuf avec du vieux ? On restera curieux de voir la réception du film par le jeune public qui, même fan de jeux vidéo, ne reconnaitra absolument aucune des références jeux vidéo et cinéma vintage qui font le sel et le sang du film. Le récit au premier degré suffira-t-il à retenir leur attention ?
Fétichiste moi-même, je retournerai voir le film en IMAX 3D pour remonter, pour la énième fois, le fil du jeu de piste culturel jusqu’à ma chambre à m’auto dorloter des années 80.

François Bliss de la Boissière


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Best of Films 2017 : l’horizon dans le rétroviseur

Le radotage du cinéma est passé de mode à tendance lourde en 2017. Lourde dans les deux sens : omnipotente et pénible. Où comment l’industrie du cinéma a transformé la nécessaire mémoire culturelle en tiroir caisse sans fond. Regarder en arrière est devenu un business. L’arrivée des femmes aux commandes sauvera-t-elle le cinéma et les hommes par la même occasion ?

Mes 10 films préférés de 2017 *

  1. Blade Runner 2049
  2. La La Land
  3. Dunkerque
  4. Borg McEnroe
  5. Mother!
  6. Les Gardiennes
  7. Les Figures de l’ombre
  8. Wind River
  9. Le Prix du succès
  10. Crash Test Aglaé

*Liste complète des 101 films sortis en 2017, vus en majorité en salle ou en numérique à domicile, est consultable ici

Témoin muet lové derrière sa douce modestie de surface, le singulier A Ghost Story témoigne et même symbolise l’incapacité de la culture pop du XXIe siècle à lâcher prise de son passé. Si jeune et déjà repliée sur elle-même. Le cinéma, en soi, de par son miracle technologique, a toujours été une histoire de fantômes, de théâtres d’ombres humaines capturées pour toujours par une lanterne magique. La tragicomédie humaine enregistrée et prête à être rejouer indéfiniment. Ce cinéma là avait commencé à témoigner de la vie humaine et de ses fantasmes. Depuis plusieurs années, le cinéma se transforme en miroir de lui-même. Malgré, ou à cause de ses moyens technologiques désormais sans limite, l’industrie piétine et peine à inventer un avenir neuf. Inspiration soufflée par le gouffre des possibles, ou cynisme financier surfant sur l’anxiété du monde, entrainent tous les moyens créatifs et techniques du cinéma à ruminer son propre passé. La Terre tourne apparemment trop vite pour le cinéma lui-même.

Be Kind Rewind (Soyez sympas, rembobinez)

Le culotté Mother! moebius de Darren Aronofsky confirme sur grand écran ce que le succès de la série Stranger Things a mis pour de bon au grand jour sur Netflix. Le cinéma « moderne » est devenu une cassette VHS folle qui se rembobine et se relance toute seule, encore, encore et encore. Personne n’appuie sciemment sur la touche Replay mais l’inconscient collectif si, et tout se rejoue en boucle. Pour le meilleur et le pire.
Quand le cinéma rejoue le titanesque match de tennis entre Björn Borg et John McEnroe, magnifie les tristes traces télévisuelles d’époque, réactualise un fait historique exemplaire et offre à la Suède la statue cinématographique que son héros méritait, on dit bravo. Une histoire édifiante a été inscrite au patrimoine cinématographique de l’humanité. Quand un tout jeune metteur en scène brasse les comédies musicales de l’âge d’or avec les bluettes musicales de Jacques Demy/Michel Legrand pour en faire un La La Land déchirant le coeur de la vocation d’artiste, on s’incline. L’intégrité artistique et la culture ont été valorisées. Quand Christopher Nolan fait vivre le siège de Dunkerque de manière si émotionnelle et donc inoubliable, et quand Xavier Beauvois réhabilite froidement le rôle des femmes des campagnes pendant la guerre de 14-18 dans Les Gardiennes, on dit chapeau et merci pour la mémorable double leçon d’histoire et de cinéma. Mais quoi dire devant les retours mercantiles d’Alien, de Kong, des Jedi et des Blade Runner ? Bon film (devinette il n’y en a qu’un parmi ces remakes/reboots/revisitations/fan service/melancolexploitation) ou pas, ce cinéma là n’a aucune autre raison d’être que financière. Ce n’est pas une nouvelle fraiche, c’est un coming out personnel de l’auteur de ces lignes qui condamne en bonne et dû forme la pratique. Le même auteur passionné de cinéma et de SF place l’hyper maîtrisé et haut de gamme Blade Runner 2049 en tête du podium 2017. Tout en critiquant ici-même l’objet qu’il représente. Il faudrait inventer un sobriquet pour qualifier le cinéma d’exploitation de la nostalgie. Il existe peut-être à Hollywood.

Me too

Et les femmes dans tout ça ? Curieusement, inattendu et non prémédité, c’est au genre féminin que profite ce regard en arrière de l’entertainment. Le scandale Weinstein oblige pour de bon à relire les filmographies, en particulier celles de Miramax et celles d’actrices aux carrières mystérieusement enlisées. L’enjeu est devenu réel et concret après avoir émergé sur pellicule. Il était temps. Depuis plusieurs années quelques films (Zero Dark Thirty par exemple) et surtout des séries exceptionnelles labourent le terrain (de Mad Men à Big Little Lies en passant par The Honorable Woman) et plantent des graines crues mais fertiles tel Masters of Sex et même l’ambigu The Girlfriend Experience. Millimètre par millimètre elles ont ouvert la porte au coming out libérateur des femmes du #MeToo et #Balancetonporc venu d’abord d’Hollywood la Babylone. Et la même année où les prédateurs sexuels masculins sont enfin dénoncés, des films magnifiques ou agaçants, tant pis, redonnent la parole et le pouvoir aux femmes.

Homo homini lupus est

Qui en doutait ? Si on leur donne l’occasion, ou plutôt si elles s’en saisissent, les femmes au pouvoir peuvent devenir des requins comme les autres. Demandez à la vraie Margaret Thatcher ou à la Claire Underwood de fiction de House of Cards. Et alors ? Quand les femmes seront vraiment les égales de l’homme dans toutes les pratiques de la société, il y a aura, comme chez les hommes, des monstres et des wonder women. Parmi les monstres, l’insupportable castratrice Miss Sloane interprétée par Jessica Chastain n’a rien à envier au premier parvenu masculin. L’intraitable Nathalie Baye chef de famille des Gardiennes en arrive à dominer les hommes à peine bons à guerroyer et courtiser. Comme dans Le Grand jeu de Aaron Sorkin avec la même Jessica Chastain, le Numéro Une de Tonie Marshall avec Emmanuelle Devos et dans une moindre mesure la Katharine Graham des Pentagon Papers incarnée par Meryl Streep (sortie en janvier), le cinéma place enfin avec succès les femmes au centre du jeu et parfois même aux commandes. Quitte à reprofiler au plus intime et remettre au centre avec le film Jackie une personnalité dont l’Histoire croit tout savoir.

Battle of the sexes

Parmi les wonder women, cachées derrière une facture cinématographique classique, Les Figures de l’ombre sont une révélation. Le film désamorce toutes les innommables problématiques et omissions de l’histoire américaine et met en lumière des femmes scientifiques qui ont concrètement et intellectuellement participé aux programmes de la conquête spatiale et de la conquête des femmes dans la société. Plus exemplaire et jouissif à regarder est impossible en 2017 au moment ou Elon Musk remet la conquête spatiale au goût du jour. Plus discret et sérieusement drôle, le Crash Test Aglaé français arrive lui aussi à éclairer d’une lumière salvatrice les femmes qui prennent leur destin en main. Car elles ont encore de la route à faire. Cela tombe bien, Crash Test Aglaé est un road movie. À travers un duel de tennis féminin/masculin Billie Jean King vs Bobby Riggs improbable et pourtant bien réel dans les 70s, Battle of the Sexes met ouvertement sur la table l’enjeu d’aujourd’hui comme d’hier, dans la société et dans le cinéma : les femmes ont tout à fait leur chance d’atteindre leur place légitime dans la société quand elles viennent sur le terrain des hommes. Les hommes accrochés à leur pouvoir de vieux singes peuvent s’en inquiéter.

Tout le monde redouble

Si l’industrie du cinéma regarde tant dans son rétroviseur c’est bien sûr parce que la civilisation humaine elle-même ne voit plus son avenir sereinement et se réfugie dans le passé. On se rassure comme l’on peut. Si le cinéma américain précédé par les séries du câble et du streaming, commence à laisser des femmes aux commandes devant et derrière la caméra*, c’est aussi parce qu’avec l’élection d’un Donal Trump notoirement machiste (entre autres qualités d’un autre âge), la société intellectuelle et culturelle américaine devient en partie militante.
Les cinéphiles et cinéphages passionnés se laissent aller à penser que le cinéma est une extension de la vraie vie, qu’il reflète la société. La preuve en VHS inusable cette année plus que les autres encore.

*La France a la chance et la fierté d’avoir de nombreuses femmes réalisatrices en activité. Présidente de Lucasfilm depuis 2012, Kathleen Kennedy contrôle d’une main de fer le destin des Jedi.

Coups de coeur

Des coups de coeur pour des films de série B super léchés, pas vraiment justifiables côté scénario mais dont la force de conviction, l’amour du cadre, l’envie d’en découdre avec des mythes de la pop culture tout en lui rendant hommage en font des moments goûteux de pur cinéma. Le Star Wars : The Last Jedi a les mêmes intentions et aurait sa place s’il n’était pas aussi foutraque et prétentieux simultanément.

  • Kong : Skull Island
  • Life : Origine Inconnue
  • Logan
  • Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2
  • Wonder Woman

et aussi…

  • A Ghost Story
  • Battle of the sexes
  • Good Time
  • Okja

Des films insupportables malgré eux et indéfendables…

  • Gold
  • Carbone
  • Atomic Blonde
  • Bright
  • La Momie
  • Split
  • The Lost City of Z
  • Les Fantômes d’Ismaël
  • Le Fidèle

François Bliss de la Boissière

Borg/McEnroe © Pretty Pictures

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Best of jeux vidéo 2017 : #Balancetonjeu

Trois jeux Nintendo dans un top 10 d’une année vidéoludique, ce n’était pas arrivé depuis… longtemps. À quoi s’ajoute une nouvelle console qui cumule le succès d’une portable avec celui d’une console de salon ? Après bien des inquiétudes d’entreprises et de bourse (virtuelle), tout est bien qui continue bien pour Nintendo. Et toute l’industrie s’en réjouit comme si Nintendo -le papa ou la maman centenaire que nous aimons tous- retrouvait la forme après un passage à vide que l’on croit à chaque fois définitif. Derrière ce quadruplé software/hardware Switch Nintendo, repérer dans un ordre non dispersé les réussites de l’année devient plus compliqué. Surtout qu’il y a eu des reports vers 2018, un ou deux crash spectaculaires de licences attendues, et beaucoup trop de jeux qui monopolisent les gamers en ligne pour se taper inlassablement dessus dans des arènes. Si on réintroduit dans une liste AAA des jeux indés qui méritent autant de A que l’on veut bien leur attribuer, alors l’année 2017 retrouve quelques couleurs. Les explications de ces choix sont incluses sous le podium, sans peur des gros jeux (de mots).

Mes 10 jeux préférés 2017

  1. Horizon Zero Dawn/Zelda : Breath of the Wild (ex aequo *)
  2. Super Mario Odyssey
  3. Dishonored : Death of the Outsider/Uncharted : The Lost Legacy (ex aequo)
  4. Splatoon 2
  5. Prey
  6. Little Nightmares
  7. Last Day of June
  8. Rime
  9. Gran Turismo Sport
  10. Lone Echo VR
Zelda Breath of the Wild

UNE pour tous, tous pour UNE

Est-ce que le jeu vidéo mérite oui ou non de s’inscrire, voire de participer, aux débats publics et sociétaux ? Est-il oui ou non particulièrement légitime et nécessaire de plébisciter en 2017 une héroïne de jeu vidéo qui ne soit pas, pour une fois, une poupée gonflable animée ? L’année où la voix des femmes harcelées, écartées des responsabilités et des carrières, réduites par les hommes à des objets de consommation sexuelle, est enfin entendue ? Oui je le crois. Et même si le studio Guerilla n’a évidemment pas prémédité de se retrouver porte étendard de la reconnaissance des femmes avec Horizon Zero Dawn dans le jeu vidéo ou ailleurs, on n’oubliera pas de si tôt la décision créative toujours risquée de mettre une héroïne en vedette d’un jeu, particulièrement d’une licence de jeu toute neuve. Alors : Ahoy Aloy ! On saluera également le studio Ninja Theory qui depuis 10 ans, de Heavenly Sword à Hellblade en passant par Enslaved : Odyssey to the West, s’obstine contre vent et marées commerciales à inventer des super héroïnes fortes et originales. Au-delà de ce thème qui s’impose naturellement en 2017, il existe d’autres repères pour faire cette fameuse liste de meilleurs jeux d’une année. Le jeu vidéo étant aussi depuis sa naissance adossé au progrès informatique, l’arrivée de nouvelles consoles en 2017 incite aussi à réévaluer le rapport incestueux que le jeu vidéo entretien avec les nouvelles technologies et la puissance de calcul.

Tutorial 2017

Mon top 2017 n’est pas particulièrement original mais son ordonnance passe ainsi par plusieurs filtres, ou exigences à peine négociables. Il explique aussi l’absence de quelques jeux japonais particulièrement chéris par le lectorat franco-japonais.
Le jeu est-il agréable à manipuler (la fameuse Nintendo’s touch restant la référence ultime tous jeux confondus) ? Le jeu s’adapte-t-il à tous les niveaux de joueurs, du hardcore au débutant (non Cuphead, pas vraiment Destiny 2) ? Le jeu a-t-il des mécaniques de jeu originales, in game et éventuellement dans l’UI (gestion des compétences etc) ? Le jeu est-il intuitif ou impose-t-il au joueur d’interminables leçons de gameplays et de mécaniques en guise de… « tutorial » (mea culpa) ? Le jeu a-t-il une direction artistique visuelle et sonore distincte, adaptée à son gameplay et à ce qu’il cherche à exprimer (bravo Last Day of June, Little Nightmares, Dishonored…) ? Pour adultes ou enfants, avec ou sans l’accord Pegi, le fond et la forme du jeu sont-ils dignes et honorables, respectent-ils par exemple, même dans la fiction, la Déclaration Universelle des droits de l’homme (respect de la dignité humaine, exploitation gratuite d’actes de barbarie…) ? Cela parait idiot mais quand on regarde, par exemple, la séquence choc barbare, gratuite et dégueulasse hors contexte du prochain The Last of Us II, on doit saisir à quoi je fais allusion. De même avec le fondamentalement réussi Wolfenstein II dont le grotesque et le gore pourrait, devrait, se passer d’exploiter crapuleusement la Croix gammée nazie. La transgression underground du premier Wolfenstein est devenu une exploitation mercantile collectivement irresponsable au pays des suprémacistes blancs légitimisés par la présidence Trump (quand ce n’est pas en France). Ce terrible et honteux symbole de l’extermination de millions de gens devrait rester dans les livres d’histoire et ne pas devenir un prétexte ludique. Oui, à bannir aussi des films qui en jouent comme d’un hochet à sensations fortes. Le jeu, enfin, est-il à la hauteur technique de ses ambitions visuelles ou de gameplay ? Pour notre plus grande satisfaction, le jeu vidéo continue de faire la course technologique en tête. Le repère technico-artistique aujourd’hui sur console de salon est donc calé à la résolution 4K et au 60 FPS. Pas une obligation, mais la barre est désormais à cette hauteur.
Tout cela bien sûr sans chercher à entamer ou condamner la liberté d’expression des créateurs. Le jeu vidéo comme tout autre moyen d’expression a le droit de transgresser et de se la jouer punk-rock. Mais ils proposent, et nous disposons.
L’année 2017 n’est pas un très grand cru du jeu vidéo en général et ce malgré une belle diversité. En revanche il s’agit bien d’une grande année Nintendo. Et cela peut suffire.

*Ex aequo pourquoi ?

Si seulement Horizon Zero Dawn et Zelda : Breath of the Wild fusionnaient leurs savoir-faire, on obtiendrait sans doute le jeu miracle. Visuellement et techniquement Horizon est un choc et une réussite totale. L’immersion dans un monde sauvage dont la beauté naturelle couple le souffle (breath of the wild !) s’apprécie dans Horizon et non pas dans le Zelda de la Switch portant le titre. Bien sûr que chaque petit module de gameplay bac à sable de Zelda est une merveille mais, il faut le dire, d’un point de vue structurel, Nintendo ne fait que recopier les open world d’Ubisoft (Far Cry, Assassin’s Creed…) et Rockstar. Ce Zelda souffre notamment du même pêché de remplissage des activités. Cela fait un peu de peine de voir l’innovateur Nintendo à la peine ou la traine sur ce terrain. Peut-être qu’il n’y a plus rien à inventer de ce côté là ? Nous verrons bien avec Red Dead Redemption 2 ou Days Gone. Si les personnages en cell shading de ce Zelda sont indiscutablement magnifiques et merveilleusement animés, tout l’environnement qui donne son titre et son ambition au jeu n’est pas à la hauteur technico-artistique requis. Il ne faut pas oublier que jusqu’à Wind Waker inclus, TOUS les jeux Zelda ont proposé une avancée technique et artistique exemplaire. En avance sur la concurrence même. Ce n’est plus le cas depuis Twilight Princess et ce n’est pas parce que Link peut chevaucher à volonté Hyrule dans Breath of the Wild et couper les arbres qu’il faut excuser des textures répétitives et des animations de la végétation datées d’il y a…. 10 ans ? Quand le framerate baisse affreusement au coeur de la forêt d’Hyrule à l’approche du Master Sword, la magie Nintendo, et de Zelda, fonctionnent déjà moins (oui, le Majora’s Mask de l’an 2000 ramait terriblement sur Nintendo 64 avec son Expansion Pak). Le prétexte du jeu également portable ne suffit pas à excuser le résultat hoquetant sur grand écran. Horizon Zero Dawn n’a évidemment pas une prise en main aussi fiable et fine que le Zelda de Nintendo, mais tout ce que fait l’héroïne Aloy est beaucoup plus en harmonie avec son personnage et son environnement. En 2006, Twilight Princess était sorti en même temps qu’un Okami qui lui avait fait de l’ombre artistiquement et même techniquement. Après cette rencontre cosmique et involontaire des loups, une nouvelle coincidence inexpliquée voit sortir Horizon Zero Dawn et Zelda : Breath of the Wild simultanément en 2017. Deux jeux s’appuyant sur le même genre de gameplay d’aventure-action-chasse, sur la même thématique d’un monde oublié et en ruines dominé par d’étranges machines. Comme en 2006, la comparaison n’est pas en faveur de Zelda en 2017.

Et les autres ?

Je ne crois pas que l’on puisse faire le même procès technico-artistique de Breath of the Wild à Mario Odyssey, ni à Splatoon 2 d’ailleurs. Tel que ce Mario est organisé et présenté, il fonctionne de manière homogène. Pas de ralentissements, des environnements aux designs discutables (préférence personnelle pour le Royaume des champignons à la Terre) mais auto cohérents. Les textures sont par exemples remarquables quand bien même le photo réalisme, encore une fois, ne sied pas vraiment au petit père Mario. Une télé de qualité lissera les imperfections résiduelles liées à la définition (scintillements et jaggies). Si certains développeurs arrivent à créer des héritiers de Zelda dépassant le maître, personne à ce jour ne sait en revanche mieux faire un jeu Mario que Nintendo. Au bout des doigts, évidemment, Mario Odyssey est une merveille, de la joie interactive pure. Cette fois la légendaire magie Nintendo opère sans restrictions ou réserves.
Les chapitres additionnels de Dishonored et Uncharted montrent un bon exemple commercial et conceptuel. Vendus à part, sans que le jeu principal soit nécessaire (ni un level cap obligatoire), avec des gameplays adaptés aux joueurs découvrant éventuellement chaque série, le tout sans réduire la voilure ni l’ambition des jeux originaux ? Si le prix de vente est adapté (à 40€ à sa sortie Uncharted Lost Legacy était trop cher payé), voilà sans doute le meilleur avenir pour les DLC. Visuellement et architecturalement, Dishonored : The Death of the Outsider s’élève au même niveau de chef d’oeuvre consommé que Dishonored 2.
Avec son design toujours inspiré du Sega des années 2000, Splatoon 2 ne surprend pas mais la maîtrise du gameplay et du level design de chaque niveau du mode solo laisse pantois. Boudé apparemment par le public, le Prey de Arkane Austin au Texas manque de mises à jour et de rehauts visuels (une version optimisée 4K sur Xbox One X serait tellement la bienvenue), mais de base le jeu abrite une ambiance SF art déco formidable et un gameplay hyper sophistiqué. Pas aussi réussi que Dishonored mais pas très loin. De prime abord Little Nightmares semble prendre le chemin gaude-droite sombre de Limbo et INSIDE. En réalité, le jeu aux visuels inspirés de l’animation stop-motion à base d’argile dégage un gameplay différent qui tient compte de la profondeur notamment, et un propos bien à lui. La seule véritable similitude avec INSIDE est que l’on ne ressort pas de Little Nightmares indemne émotionnellement ni intellectuellement. Idem dans un tout autre registre avec Last Day of June. L’obligation de tourner beaucoup en rond et de subir la lourdeur inexorable des évènements en boucle et du gameplay donne tout son poids au drame auquel on participe activement. Quand le fond et la forme fusionnent, le jeu vidéo devient potentiellement un message à longue portée existentielle. Le tout mignon Rime héritier des visuels de Wind Waker marche aussi sur ce fil ténu entre poésie et game design. C’est en jouant alternativement à Gran Turismo Sport et Forza 7 que l’on reprend conscience (après des années d’errements et d’oubli) que la maîtrise technique de Polyphony Digital reste sans égal. Grâce à beaucoup de style, GT Sport en simili 4K sur PS4 Pro n’a absolument rien à envier au Forza 7 en vraie 4K sur Xbox One X (ou sur PC quand le jeu veut bien fonctionner). Qu’on se le dise, Gran Turismo a récupéré en 2017 sa couronne de simulateur de conduite. Laborieux, Project Cars 2 reste loin derrière ces deux là. Lone Echo sur Oculus Rift, enfin, est sous doute bien le seul jeu orginal en VR de 2017 à laisser sa marque. On est dans cette station spatiale, on est en apesanteur, on fait son boulot d’ouvrier de maintenance, on vise et on scanne son environnement, et on discute avec des humanoïdes dont la présence physique étourdit. Presque pas de surprise, le jeu a été conçu par le studio Ready at Dawn responsable du très chic (si si) et bien huilé The Order : 1886. La version VR vraiment réussie de Resident Evil VII confirme que, pour se retrouver au niveau requis des players, le jeu vidéo en réalité virtuelle, comme en aplat, doit être conçu par des talents confirmés du jeu vidéo traditionnel. Est-ce qu’il faut encore croire au potentiel de la VR, quitte à passer par l’AR intermédiaire avant ? Oui.

Two more things

À propos de la polémique absurde du jour : jeu = service = multiplayer = open world VS jeu solo et/ou narratif
Si l’on me suit sur twitter, et au cas où la sélection ci-dessus ne soit pas déjà assez explicite, on saura déjà que j’ai su apprécier la campagne malicieusement opportuniste du hashtag manifeste #SavePlayer1 de Bethesda. Et la controverse (justifiée évidemment) loot boxes made in 2017 ? Si j’en crois mes archives, elle est à l’ordre du jour depuis 2012…

Coups de coeur

  • La puissance de la Xbox One X et de tous les jeux « optimisés » 4K, Dolby Atmos
  • La réactivité de l’UI de la Switch, notamment connectée aux réseaux sociaux
  • What Remains of Edith Finch
  • Resident Evil VII VR
  • Metroid : Samus Returns
  • Hey! Pikmin
  • Sonic Mania
  • Gravity Rush 2
  • Mario + Lapins Crétins : Kingdom Battle
  • Monument Valley II

Déceptions

  • Destiny 2
  • 2 Dark
  • Farpoint PSVR
  • Mario Kart 8 Deluxe

Flop sans appel (malgré les discussions claniques pour/contre)

  • Mass Effect : Andromeda
  • Star Wars Battlefront II

Pas joué (mais je devrais)

  • Hob
  • Cuphead

François Bliss de la Boissière

Horizon Zero Dawn

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Guillermo Del Toro interview : 4 DVD Hellboy sinon rien

Le physique imposant du réalisateur mexicain trahit une boulimie qui se retrouve à toutes les étapes de son travail. Une envie vorace de cinéma pas très éloignée de Peter Jackson dont les 4 éditions DVD (pour un seul film !) de Hellboy stigmatise une surenchère excessive, mais sincère.

Guillermo del Toto / Time

Bliss : Les suppléments des DVD Hellboy sont si nombreux qu’on se demande si vous ne voulez pas devenir la référence… Quels sont vos DVD modèles, et avez-vous le final cut sur vos DVD ?

Guillermo del Toro : Je ne m’appuie pas sur le travail des autres pour créer mes DVD. Comme pour mes films, les livres ou les jouets dérivés, je me mets à la place du consommateur : « Qu’est-ce que j’aimerais avoir en tant que fan. Si j’ai assez aimé ce film pour l’acheter, je veux qu’il soit dans le meilleur emballage possible ». Pour les jeunes qui filment avec des caméras DV par exemple, les DVD sont souvent une école de cinéma informelle. Alors sur mes DVD j’essaie d’être ouvert et candide sur ce qui se passe. Le DVD de Blade II avec tous ses suppléments s’est bien vendu, le public a accueilli positivement certaines de nos expériences. Sur Hellboy on m’a laissé choisir le producteur du DVD et commencer aussitôt que je le voulais. On a travaillé dès la phase de pré production en scannant des documents, en filmant… Je n’ai jamais eu autant d’implication dans un DVD. En comparaison, Cronos (93), L’Échine du Diable (01) et Blade II (02) ont été faits de manière presque artisanale. D’ailleurs Mimic (97) ressortira en DVD en 2005, je vais remonter le film.

Bliss : Avec toutes ces éditions de Hellboy (4 en Zone 2, 2 en Zone 1) ne craignez-vous pas que le public se perde ou se lasse ?

Guillermo del Toro : Il y a six éditions de Zombie (Dawn of The Dead) de George A. Romero, plusieurs éditions du Seigneur des Anneaux la même année… Je crois que cela reflète le marché, que les gens sont complétistes. En ce qui concerne la version longue de Hellboy, à partir du moment où je me suis imposé six semaines supplémentaires de post production à remixer le film, à le réétalonner, à le reformater, et à retirer une copie du film pour le cinéma, c’est que c’est important pour moi. Alors je me fiche de savoir ce que les gens pensent.

Bliss : Pourquoi avoir inclus ces curieux dessins animés du garçon qui fait Boing-Boing au lieu de parler ?

Guillermo del Toro : Je suis un grand fan des films d’animation UPA (United Productions of America, connu dans les années 50, ndlr) qui appartiennent maintenant à la Columbia. Ces dessins animés n’ont jamais été édités sur Laserdisc ou DVD, seulement sur un très mauvais transfert VHS au milieu des années 80. Ce sont des cartoons très précieux pour moi, notamment à cause de leur cœur. Quand le personnage de Hellboy regarde ces dessins animés dans le film, j’essaie de montrer quel genre de type il est. Alors j’ai pensé que ce serait une touche décalée et un peu folle d’inclure trois ou quatre de ces cartoons dans le DVD. Ces dessins animés de UPA sont parmi les meilleurs jamais faits. UPA avait un design d’avant-garde à l’époque, très simple, très modernes, à l’opposé du style Disney. Loin aussi de Tex Avery qui était un magnifique animateur orienté gag. D’ailleurs j’adore le coffret DVD sorti en France et pas aux USA. Tex Avery est plus apprécié en France qu’aux USA. Le meilleur livre sur Tex Avery paru dans les années 80 est français. Si c’est mon DVD, en quelque sorte, j’ai envie d’y inclure ce que j’aime.

Bliss : Comment a été faite l’animation originale du comic book de Mike Mignola créée pour le DVD ?

Guillermo del Toro : Mignola a réalisé les dessins séparément, comme des cellulos (supports transparents pour les dessins animés, ndlr). Il a dessiné par exemple l’arrière plan, puis l’avant plan, et nous avons animé les différents éléments. Tous les dessins sont les siens et j’ai écrit toutes les biographies illustrées des personnages. Si vous voulez connaître des détails, comme le profil des personnages qui n’étaient pas dans le film, cela vous aide à mieux comprendre ou à d’avantage apprécier l’histoire.

Bliss : Que dites-vous aux réalisateurs qui dénigrent les suppléments des DVD ?

Guillermo del Toro : C’est une attitude peu généreuse à laquelle je n’adhère pas. En tant que fan, j’adore regarder derrière le rideau. Je n’aurais pas pu faire mes premiers courts métrages sans un magazine ou un livre sur la manière de faire un film. Si quelqu’un a assez de temps et de curiosité pour regarder, laissez le faire, laissez le y prendre du plaisir. Tout le monde devient un expert, c’est un phénomène inévitable. Vous n’arrêterez pas le mouvement. Les seuls trucs magiques qui restent au cinéaste ce sont les personnages et l’histoire. Beaucoup de gens ne regardent que le disque 1 de toutes façons alors même qu’ils ont acheté des versions 2 ou 3 disques. Et la plupart n’écoutent jamais les commentaires audio. Les heures que je passe sur un DVD, je le fais pour ceux qui regardent les bonus.

Bliss : De versions longues en Director’s Cut, les films deviennent sur DVD plus proches des souhaits du réalisateur que les versions salles, au point de se demander si, à terme, les films ne vont pas être directement édités pour le Home Cinéma…

Guillermo del Toro : Nous sommes arrivés à un point où le potentiel de commercialisation d’un DVD dicte la faisabilité d’un film. Alors oui, c’est possible. Est-ce souhaitable ? Je ne le pense pas. La mutation est lente mais avec les équipements Home Cinéma qui deviennent de plus en plus gros et les salles de cinéma de plus en plus petite…

Bliss : Le temps passé à réaliser un DVD ambitieux pourrait aussi être utilisé à faire un film. Spielberg, par exemple, attend sans doute de ne plus être capable d’aller sur un plateau de tournage pour faire des commentaires audio…

Guillermo del Toro : Oui, c’est un peu vrai, la réalisation de trois DVD pourrait faire l’équivalent du temps nécessaire pour réaliser un film. Mais ce n’est pas ce que je veux faire.

Propos recueillis et traduits en août 2004 par François Bliss de la Boissière

Lire également…
Ron Perlman Interview carrière : Hellboy, survivant de la guerre du feu

Guillermo del Toro Phto :
Christopher Wahl / Hollywood Reporter

(Publié partiellement en 2004 dans le mensuel Les Années Laser)


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Ron Perlman interview carrière : Hellboy, survivant de la guerre du feu

Dans la lointaine Guerre du Feu il courait après un feu encore divin. Dans Hellboy il interprète un démon humaniste jouant avec le feu de l’enfer. Lucide, Ron Perlman ne s’enflamme pas au moment où son nom s’inscrit enfin en haut de l’affiche.

Note : Rencontrer et interviewer Ron Perlman fut pour moi un grand moment de cinéphile. Hellboy le mettait enfin tout en haut de l’affiche et il est depuis devenu aussi star de plusieurs séries TV, mais dans les faits, avant 2004 et Hellboy, sa présence à l’écran n’était appréciée que par une poignée de spectateurs (et de réalisateurs) attentifs. Le petit regard malicieux de côté retenu depuis son personnage de La Guerre du feu ? Il appartient en propre à Ron Perlman. Derrière un physique imposant et un sourire carnassier, Ron Perlman dégage une intelligence aussi vive que sa franchise et son humour. Il se prétend forçat de l’acting, travailler pour payer son toit et faire manger sa famille, mais la longévité de sa carrière et un bon nombre de ses films prouvent surtout un talent durable et reconnu par les metteurs en scène (sa filmographie ici). Il a supporté la charge de mes questions avec beaucoup de sportivité, de malice et encore une fois, de franchise. Une liberté de parole et de pensée qu’il exerce sans détour sur twitter pour dénoncer, entres autres forfaitures, l’administration Trump des années 2017. Voir par exemple cette prise de parole lors d’une interview en août 2017. On recommande vivement de le suivre ici… Même si cela arrive bien tardivement, je suis content de mettre ici l’intégralité de cet entretien qui regorge de détails et d’anecdotes sur la collaboration de Perlman avec del Toro et Jean-Jacques Annaud. Même en français. On y entend aussi une personnalité qui mélange assez inhabituellement coolitude et détermination. J’étais le dernier à l’interviewer seul ce jour ce 5 août 2004, et alors qu’une attachée de presse nous faisait des signes pour, j’imagine, arrêter l’interview en cours, je me suis tourné candidement vers Ron Perlman pour lui demander…
– Vous pouvez m’accorder encore un peu de temps ?

– (Il regarde ma pile de feuilles avec une quarantaine de questions…) Oui, vous êtes ma dernière interview alors vous pouvez avoir le temps dont vous avez besoin.
– Vraiment ?
Ouais.
Et l’interview s’est arrêtée naturellement sur la meilleure réponse qu’il pouvait donner à ma dernière question…

Ron Perlman

Ron Perlman, l’interview intégrale Hellboy et carrière

Bliss : Depuis vos mémorables prestations des années 80 dans la Guerre du Feu et Le Nom de la Rose on vous attend en haut de l’affiche. Vous auriez pu jouer un aventurier, un highlander, ou même un vilain récurrent… Pourquoi tout ce temps ?

Ron Perlman : Oui, moi aussi je l’attendais. J’ai toujours été lent, plus lent que les autres. Je ne sais pas, ce n’est pas venu vers moi. Tout ce qui est venu à moi, est sur l’écran. Je n’ai jamais rien refusé parce ce que je n’ai pas assez de propositions pour avoir le luxe de dire non. La plupart du temps, je suis embarrassé de ce qu’il y a à l’écran. J’essaie juste de gagner ma vie, de mettre mes enfants à l’école. Jusqu’à ce jour, même avec Hellboy, Hollywood ne m’a jamais compris. Ils ont certainement une idée différente que vous et moi.

Bliss : Vous avez un statut d’acteur culte en France. Êtes-vous confortable avec cette image ?

Ron Perlman : Très. Franchement j’aurais aimé avoir plus d’opportunités, mais n’enlevons rien au fait que toutes les choses dont je suis le plus fier ont été réalisées par deux metteurs en scène français, Jean-Jacques Annaud pour la Guerre du feu et Le Nom de la rose, Jean-Pierre Jeunet pour La Cité des Enfants Perdus et Alien Resurrection, puis  un mexicain avec Guillermo Del Toro sur Hellboy. Je suis reconnaissant qu’ils soient rentrés dans ma vie et qu’ils m’aient invité à participer à leur si importants films. Vous savez, ils sont ma carrière, quand je regarde en arrière et le sentiment de satisfaction vient des travaux de ces trois types. Je suis à un point maintenant où j’ai beaucoup de paix intérieure et d’auto satisfaction d’avoir eu l’occasion de faire des alliances extraordinaires avec des gens très très brillants et que du bon boulot en soit sorti.

Bliss : Vous avez dorénavant joué aux deux extrêmes des possibilités du cinéma : il y a 23 ans presque tout nu dehors en hiver dans La Guerre du feu, et, dans Hellboy, en studio recouvert de maquillage des pieds à la tête et face à des écrans verts où seront incrustés des décors plus tard. Que préférez-vous ?

Ron Perlman : Del Toro n’utilise pas autant d’écrans verts que vous croyez. Il met toujours une vraie image dans le cadre. Il l’augmentera, l’améliorera. J’ai donc eu la chance de ne pas jouer Roger Rabbit dans un univers complètement imaginaire. C’était dur sur La Guerre du Feu, très dur. Mais je rentrais très satisfait du challenge chaque soir. Vous n’êtes pas supposé être confortable ou vous amuser tout le temps. C’est normal. La vie est comme ça. Après tout, les films sont en quelque sorte le miroir de la condition humaine. La Guerre du Feu a été vraiment très dur à faire et probablement l’expérience la plus satisfaisante de ma vie à ce jour. Parce que nous avons relevé le défi. Nous avons fait face à la difficulté. Et c’est ce dont vous gardez le souvenir.

Bliss : Vous avez commencé en interprétant un homme préhistorique, cela a aidé ou handicapé le début de votre carrière ?

Ron Perlman : Cela ne l’a certainement pas aidée. Écoutez, quand vous commencez en tant qu’acteur, vous ne savez pas si vous allez avoir ou pas une carrière.  Alors La Guerre du Feu était mon premier film et je fais toujours des films alors cela a du aider, cela m’a mis un pied dans l’industrie du cinéma. Est-ce que cela m’a conduit directement à un quelconque autre rôle ? Je ne sais pas, peut-être que oui, peut-être que non. Je vais vous dire à quoi cela m’a conduit directement : au Nom de la Rose (5 ans plus tard tout de même, ndlr). Parce que si je n’avais pas fait La Guerre du Feu je n’aurais certainement pas fait le Nom de la Rose et Enemy at the Gates. C’était le début de cette relation avec Jean-Jacques Annaud qui a été un élément très important dans ma carrière.

Bliss : Votre participation au Nom de la Rose s’est pourtant décidée de justesse…

Ron Perlman : Le rôle avait été donné à quelqu’un d’autre pour des raisons politiques (Annaud explique que cette coproduction européenne ne devait pas faire appel à des acteurs américains, sauf en cas de coup dur, ndlr). Tel que je l’ai compris, le film était une coproduction entre l’Allemagne et l’Italie. Alors à un moment donné le gouvernement italien qui y mettait de l’argent a demandé : qui sont les acteurs italiens dans le film ? Et Jean-Jacques a dit : euuuh, euuuuh, euuuh, on n’en n’a aucun. Alors ils ont dit : mais quels rôles sont encore disponibles ? Et il répond, eeeuuh, il voulait vraiment que je joue Salavatore mais il dit : eh bien le rôle de Salvatore est toujours libre. Alors ils ont dit : soit vous utilisez un acteur italien pour Salvatore soit on retire nos deux millions de dollars. Alors il a engagé un acteur italien qui a commencé a très mal se comporter. Il n’est pas venu à un essai de costume, il n’est pas venu pour une coupe de cheveux, il se conduisait comme un vrai imbecile. Alors finalement, 3 jours avant de commencer à tourner, Jean-Jacques reçoit un coup de fil lui disant que cet acteur refuse de se couper les cheveux (tous les acteurs ont du subir la tonsure des moines, ndlr) et réclame deux fois plus d’argent pour se les faire couper. Jean-Jacques a tourné son dos au type et dit : s’il ne sort pas du plateau dans les 5 minutes, je vais aller jusqu’à ma voiture, attraper un flingue et tuer cet enfoiré (mother fucker) (je paraphrase). Mais Bernd Eichinger qui produisait le film a calmé Jean-Jacques : il est engagé, il doit tourner dans trois jours. Et Jean-Jacques répond : il ne tourne pas dans trois jours, je ne tourne pas dans trois jours s’il joue Salvatore. Et Bernd Eichinger lui demande : tu as un 2e choix ? IL EST mon second choix, mon premier choix dort en ce moment à Los Angeles. Et il ouvre son carnet d’adresse et dit : voilà son numéro de téléphone. Et à 5h15 du matin, mon téléphone sonne. Une minute après l’incident en Allemagne. Et on me dit : on a besoin du numéro de téléphone de ton agent, nous sommes sur le point de te faire une offre pour Le Nom de la Rose, mais doit conclure le deal d’ici une heure parce que tu dois être dans un avion dans trois heures. Et à 5H15 du matin, l’affaire était conclue.

Bliss : Votre personnage de moine simplet du Nom de la Rose s’exprime dans une langue bizarre cosmopolite… Était-ce dans le scénario ?

Ron Perlman : Ce n’était pas écrit, non. Jean-Jacques n’en parle pas dans le DVD (non, ndlr) ? Arrivé sur le tournage il m’apprend : « Je n’ai pas mis les dialogues que je voulais dans le script pour ne pas effrayer les gens qui financent le film, mais je veux que Salvatore parle tout le temps. C’est à toi de jouer. » Le livre d’Umberto Eco a été traduit dans environ 88 langues. J’ai mis la main sur six exemplaires de langues différentes. J’ai cherché les pages où Salvatore parle et j’ai reconstitué des dialogues – ou plutôt un « écho de dialogues » – en utilisant les différentes langues. Puis j’ai pioché au hasard : un premier mot en allemand, puis un mot en italien, un autre en espagnol, un en français, et j’ai jeté du latin dans le mixe. Jean-Jacques ne savait pas ce que j’allais faire jusqu’au moment de tourner. Quand Salvatore s’est mit à parler, je l’ai vu sourire. Je crois qu’il était plutôt réjouit de la décoction.

Bliss : Rick Baker, le célèbre responsable des maquillages vous avait recommandé pour jouer dans la version de Tim Burton de la Planète des Singes. Pourquoi cela ne s’est-il pas fait ?

Ron Perlman : Burton ne le sentait pas. Je ne l’ai jamais rencontré. Il n’a même pas voulu que j’auditionne. Il a refusé même de me rencontrer. Rick voulait que je joue le rôle que Michel Clarke Duncan a fini par jouer (le gorille Colonel Attar, ndlr).

Bliss : Vous semblez avoir un certain flegme et même du recul par rapport à votre métier…

Ron Perlman : Vous savez je n’ai jamais commencé pour devenir une star de cinéma. Et j’ai toujours été très réaliste par rapport à ce qui était faisable ou pas. Et j’ai autant de satisfaction à jouer un super rôle dans une seule scène d’un film qu’un simple bon rôle dans 46 scènes d’un film. Plus de satisfaction même quelque fois parce que souvent le résultat est mieux. Tout ce qui se passe au-delà de ce paradigme est un cadeau. Hellboy a été cet incroyable cadeau qui – il faut que vous me croyez quand je vous le dit – je crois encore que je vais me réveiller un jour et découvrir que tout ça a été un rêve. Cela n’aurait pas du arriver, cela n’était fait pour arriver. C’était une chose impossible de convaincre un studio de signer un très gros chèque sur un type qui n’avait aucune référence en tant que movie star. Et soyons lucide, c’est leur logique d’assurance. Ils n’ont pas tant de choses que ça à leur disposition qui puissent leur garantir un succès excepté que l’illusion que si vous êtes déjà passé par là, si vous avez la trace que vous êtes une entité qui engrange de l’argent vos chances sont plus grandes. C’est la façon dont les choses se font. Je ne le prends pas personnellement, je ne crois pas que cela soit difficile à comprendre, ce n’est certainement pas une malédiction me visant, je ne crois pas que qui que se soit souhaite que je tombe malade (me souhaite du mal), c’est juste la réalité et je le crois vraiment…

Bliss : Vous pensez que del Toro fait partie des 4-5 meilleurs réalisateurs au monde. Qui sont les autres pour vous ?

Ron Perlman : Pour moi, le plus grand réalisateur de film est Francis Ford Coppola. Et même s’il n’a pas fait un film depuis longtemps et même quand il ne travaille pas, il est toujours le meilleur. Tant qu’il est vivant, il est le meilleur réalisateur sur Terre. Je crois que Paul Thomas Anderson est un cinéaste important (Magnolia, Punch Drunk Love, There Will Blood…, ndr).

Bliss : Vous n’allez jamais frapper à leurs portes ?

Ron Perlman : Non, je ne sais pas où sont ces portes, mais si je savais peut-être que je le ferais. J’aimerais travailler avec le réalisateur brésilien qui a fait La cité de Dieu (Katia Lund et Fernando Meirelles, ndlr), avec Pedro Almodovar. Je liste ici mes films préférés des 5 dernières années.

Bliss : Vous citez essentiellement des réalisateurs de films indépendants ou européens, guère de Hollywood…

Ron Perlman : Je n’ai pas vu un film hollywoodien que j’ai aimé depuis un bon moment. Ridley Scott se place juste après Francis (Coppola). Il est numéro 2, peut-être numéro 1, mais c’est proche, difficile de décider.

Bliss : Le fameux site Internet Movie Data Base indique que votre film favori est Nobody’s Fool (Robert Benton, 1994), pourquoi celui-là ?

Ron Perlman : C’est l’un de mes films préférés oui. Le film fait 2h, j’aurais pu le regarder pendant 7 heures d’affilées.

Bliss : A cause de Paul Newman ? Melanie Griffith ?
Ah oui ses seins (voir la fameuse, pour certains, scène ici) ! Ils sont bien dans ce petit flash. Non mais c’est tout le monde faisant un incroyable bon boulot, subtil, intelligent, rempli d’esprit et, il n’y a pas d’intrigue, c’est purement un film de personnages. C’est exactement le genre de film qui m’intéresse le plus.

Bliss : Pour en revenir à Hellboy, vous vous êtes entrainé physiquement avant le tournage ?

Ron Perlman : Oui, j’ai pensé qu’il était important que je sois dans la meilleure condition physique possible. Mais je n’ai pas eu à apprendre quelque chose en particulier comme une forme de combat spécifique ou autre comme Tom Cruise a fait pour Le Dernier Samouraï. J’ai juste été à la salle de gym parce que le tournage allait être long comme une course d’endurance : courir, sauter et frapper.

Bliss : N’avez-vous pas été frustré justement que l’on vous applique des muscles en plastique et un masque qui cache votre visage et vos expressions ? D’autant que l’idée est de montrer un Hellboy humain ?

Ron Perlman : Non non, pas quand on comprend la nature de que l’on doit exprimer et du physique que l’on doit incarner qui a été totalement inventé par Mike Mignola (auteur du comic book Hellboy, ndlr). En plus avec un metteur en scène vraiment énorme fan du travail de Mignola mon exercice consistait à rendre hommage à l’univers qu’il avait créé, pas à l’améliorer, ou à en profiter pour en faire plus ou pour y appliquer un rif de jazz en disant : « ceci est mon comic book film ». C’est ça l’exercice et le faire aussi purement et honnêtement que possible et rester dans cet esprit aussi spécial soit-il. J’adore le processus et jamais ça ne me dérange d’être recouvert, méconnaissable. Le personnage est montré à un point que j’ai ressenti comme étant le mieux concrétisé de tous ceux que j’ai pu jouer. A cause du cœur du type. Par là où tout passe, ce qui est le plus important. Il s’agissait d’introduire au monde un vrai et nouveau mythe, quelqu’un qui ne ressemble pas aux autres, qui n’a pas le même câblage que les autres mais qui a une profonde et magnanime présence. Un personnage poignant parce que la part d’humanité à laquelle il ne participe pas est celle où il aspire à participer justement, parce qu’il est un freak.

Bliss : Pourquoi ne pas avoir participé aux éditions spéciales de La Guerre du Feu et du Nom de la Rose parues en DVD en France ?

Ron Perlman : Mais j’ai travaillé sur La Guerre du Feu ! J’ai enregistré un commentaire audio (ce commentaire audio collectif des acteurs apparaît sur le Zone 1 mais pas sur le collector Zone 2, ndlr). Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas participé au Nom de la Rose, j’étais probablement assis à Hollywood à ne rien faire. Mais je ne savais même pas que c’était en DVD jusqu’à ce que quelqu’un me le mette sous le nez en me demandant de le signer.

Bliss : Êtes-vous obligé de participer à l’élaboration des suppléments d’un DVD, touchez-vous un cachet supplémentaire ?

Ron Perlman :  Je suis un membre de la Screen Actor’s Guild (Syndicat des acteurs professionnels créé en 1933, ndr), il existe une formule pour la participation à la vente d’un DVD, alors je suppose que à un moment je recevrais un chèque qui me dira si le DVD a été un succès. Cela ne me permettra pas de prendre ma retraite, ni de laisser de l’argent à mes grand enfants, mais ce sera un gentil chèque. Sinon je ne suis pas obligé de vous parler, je ne suis pas obligé de faire le DVD, la seule obligatoire sur mon contrat est de faire le film. Mais vous faites ces choses parce que vous êtes fiers du travail que vous avez accompli et vous voulez partager le produit avec le public. Ce n’est pas du tout à propos de l’argent, il s’agit d’enthousiasme, de fierté et de désir de vous assurer que vous aurez la plus grande audience possible.

Bliss : Néanmoins, tel qu’on le voit sur le DVD, pour le bien du futur documentaire, vous êtes filmé en permanence sur le plateau, même quand vous ne jouez pas. N’est-ce pas perturbant pour la concentration, le confort, on vous filme en train de tousser, de vous gratter ? On vous voit même roter ! L’espace de repos théorique avant les commandes Action et Coupez n’existe plus pour les acteurs à cause des making of des DVD…

Ron Perlman : Oui, le documentariste m’immortalise pour toujours… Et on espère que les grattements seront utilisés judicieusement. Je n’ai pas de contrôle sur le contenu du documentaire. Mais de toutes façons je n’ai pas le contrôle de la performance que je donne pour le film non plus. Ils se servent des outils que j’ai fourni quand ils ont filmé la scène et l’éditent pour servir leur vision de la scène. Ma vision de la scène quand je la joue peut-être très différente de celle du réalisateur et des monteurs. En fait j’ai vu une grande partie de mon travail utilisé totalement hors du contexte que je croyais être quand je peaufinais la performance. Et on se retrouve avec un produit final qui ne correspond pas à vos intentions initiales. Ça peut tout fiche en l’air et transformer tel type de performance en une performance complètement différente. Quelque fois cela la rend meilleure et parfois cela la rend absolument insupportable à voir.

Bliss : Les scènes coupées et les éventuelles prises alternatives présentes sur le DVD devraient vous soulager en montrant plus de votre travail, non ?

Ron Perlman : Oh il y a des choses que j’ai vu dans les documentaires qui me font grincer, comme de me voir fumer une cigarette entre deux prises ou avoir une conversation qui n’était pas censée être enregistrée. Certains aspects de moi sont révélés que j’aurais préférés ne pas montrer. Mais c’est le business. Vous priez et espérez être entouré de gens qui ont du goût et qui ne feront rien qui puissent compromettre le produit ou les gens impliqués. S’il y a deux personnes auquel je fais confiance comme à personne d’autres ce sont Jean-Jacques Annaud et Guillermo Del Toro. Comme Guillermo était impliqué dans tous les aspects du DVD, je n’ai pas besoin d’aller voir si je m’en sors bien dedans. Je sais que s’il a choisi c’est que ça doit être ok. Je lui fais confiance.

Bliss : Dans le making-of de Hellboy vous faites une blague au réalisateur en lui faisant croire que votre téléphone portable sonne pour lui. Vous avez eu du mal à avoir son attention pendant le tournage ?

Ron Perlman : J’ai toujours eu son attention. Je ne jouais pas Hellboy, nous le jouions ensemble. Guillermo jouait Hellboy en même temps que moi. Il est fasciné par le personnage au point d’y voir beaucoup de lui-même. Je n’étais qu’un instrument. Nous n’avons pas beaucoup répété et ça me va très bien. Quand nous avons effectivement un peu répété, je n’ai pas tout à fait révélé ce que j’allais faire quand la caméra allait tourner. Au début quand il a commencé à me diriger je lui ai dit : laisse moi le faire une fois que je sorte cette idée de ma tête et ensuite on peut modifier comme tu le veux. Et aussitôt filmé le premier essai il criait : « ok c’est bon ! » Ce n’était pas ce qu’il avait envisagé mais tout le monde aimait… De là est né cette incroyable appréciation mutuelle. Quand il était important pour lui d’avoir une scène jouée très précisément comme il le voulait pour le montage ou pour la forme de la séquence, il intervenait. Mais la plupart du temps il était très intéressé de voir ce qu’allait donner mon interprétation du personnage. Sa vision était très claire sur la page, c’est pourquoi je voulais une chance de le jouer comme je m’en rappelais la première fois que l’ai lu. Parce que c’était la meilleure description d’un personnage que j’ai jamais lu. La façon dont il bougeait, dont il parlait, dont il se déplaçait était d’une grande clarté dans mon esprit. Je ne cherchais pas à être un control freak, je voulais lui montrer ma réponse instinctive de ce que j’ai ressenti la première fois que l’ai lu. Et je n’y ai pas travaillé. Je ne me suis pas préparé. Putain je n’ai lu le script qu’une seule fois !

Bliss : Et le comic book ?

Ron Perlman : Le personnage était différent, mais le script… Sans me préparer, sans répéter, je voulais le jouer, putain, comme ça sortait. Et en général j’ai obtenu un sourire de lui, ou une tape sur l »épaule : « How the fuck did you come up with that ». La seule fois où nous avons eu une dispute c’est quand il a voulu changer quelque chose qu’il avait écrit. Je luis ai dit : non non non tu avais raison la première fois. Ce fut la seule fois où lui et moi avons vraiment été en désaccord. La plupart du temps nos discussions duraient 15 secondes. Mais cette discussion a duré et a fini par chauffer. Nous sommes allés déjeuner sans presque nous parler. Il était vraiment fâché contre moi. Et j’étais faché aussi. Je suis revenu de déjeuner et je lui ai dit : J’espère que tu comprends ce pour quoi je me bats, je me bats pour ta putain d’idée. « Je comprend je comprends » m’a-t-il répondu. Tu es le boss mais je me battrais jusqu’à ce que tu dises non.

Bliss : Comment cela s’est terminé ?

Ron Perlman : Nous l’avons fait à sa manière (rires).

Bliss : Étiez-vous concerné par le jeu avec l’iconographie religieuse de l’univers de Hellboy, notamment avec la sensibilité religieuse américaine ?

Ron Perlman : Non, pas du tout. C’est un démon après tout. Ces intentions sont de protéger le monde des autres démons. Alors il utilise ce qui est à sa disposition, les croix, l’ail. Ce sont juste des accessoires, des instruments de batailles. Si cela l’aide à sortir d’une situation alors il s’en sert. Je n’ai pas eu d’échos (sur des plaintes éventuelles). Je n’ai rencontré personne qui me dise « comment osez-vous utiliser l’église ou des icônes « sacrées ».

Bliss: Vous dites être prêt à jouer Hellboy jusqu’à la fin de vos jours… Même si c’est un autre réalisateur qui prend la relève ?

Ron Perlman : Je ferais bien de faire attention à ce que je dis (rires)… Heureusement c’est une décision que je n’ai pas à prendre puisque Guillermo est à bord pour faire le second. Quant à un 3e épisode, qui sait ?

Bliss : Comment expliquez-vous que l’on vous ai découvert en tout premier gardien du feu dans La Guerre du Feu et que 23 ans plus tard on vous redécouvre en tête d’affiche en héros des enfers invulnérable au feu ?

Ron Perlman : Je ne sais pas mais si nous n’arrêtons pas cette interview je fais définitivement finir par m’enflammer (rires).

Propos recueillis et traduits en août 2004 par François Bliss de la Boissière

Lire aussi…
Guillermo del Toro Interview : 4 DVD Hellboy sinon rien

Ron Perlman in Hellboy

Photo de Une : Perlman poses for a portrait with Ron Perlman impersonators at the Getty Images Portrait Studio powered by Samsung Galaxy at Comic-Con International 2015 at Hard Rock Hotel San Diego on July 9, 2015 in San Diego, California. (Photo by Maarten de Boer/Getty Images Portrait)

(Publié très très partiellement en 2004 dans le mensuel Les Années Laser)


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‘hésitez pas à lire ma Note d’intention.

Peter Gabriel prend du relief (Interview)

C’est au sommet du classieux restaurant Roof Gardens, propriété de Virgin à Londres, célèbre pour accueillir stars et after parties, que j’ai eu le grand plaisir de rencontrer en juillet 2011 un Peter Gabriel aimable, tranquillement au courant de toutes les dernières innovations technologiques. À commencer par la 3D qu’il fréquentait déjà dans les années 80.

Note : Fin 2011, Peter Gabriel s’apprête à sortir un concert récent filmé en 3D sur support Blu-Ray (voir test ci-dessous). Parce que je suis (presque) bilingue et apte à travailler le week-end comme tout bon journaliste indépendant, on m’a confié la responsabilité d’aller interviewer inhabituellement une star de la rock/pop toujours en activité. N’étant pas spécialement fan de l’ancien leader du groupe Genesis, il m’a fallu replonger dans sa discographie et son histoire. Je m’étais en revanche intéressé à ses expériences multimédia pionnières sur CD-ROM interactifs. Et j’étais évidemment admiratif de sa volonté renouvelée (voir son site) de continuer à coller aux nouvelles technologies en présentant un concert sur Blu-ray 3D.
Pour l’anecdote, outre le fait que, indéniablement et même à un âge avancé, Peter Gabriel dégage un charisme naturel inexplicable, j’ai appris quelques trucs et limites lorsqu’on interview une VIP de la musique. J’étais venu équipé d’un vrai bel appareil photo avec pour intention de revenir avec un portrait de Peter Gabriel publiable. Malgré mon insistance après l’interview, j’ai découvert qu’il n’était pas possible de faire une photo même convenable juste en passant. Peter Gabriel et son représentant ont élégamment mais fermement esquivé mes demandes. Si je devais faire une photo d’un musicien star qui contrôle son image, je devrais venir avec un photographe connu et prévoir sans doute un vrai photo shoot. Et non, il n’était pas question de proposer un selfie en sa compagnie. L’autographe narcissique ne fait pas partie de la panoplie des journalistes en activité, désolé. J’ai également découvert qu’un grand nombre des autres personnes conviées à l’interviewer peuvent être de vraies groupies plutôt que des journalistes avec un minimum de recul. Enfin, alors que la rencontre en tête à tête a bien duré 1 heure pour 47mn d’entretien, je me suis rendu compte que l’enregistrement audio ne pouvait pas être diffusé tel quel pour la bonne raison qu’on y entend Peter Gabriel grignoter sans arrêt des fruits secs (une grande corbeille de mignardises trônait au centre de la table qui nous séparait). A ce jour je ne sais toujours pas si Peter Gabriel était simplement gourmand, nerveux, ou que malicieux, il sabordait sciemment l’éventualité d’une diffusion audio de ses propos. J’étais là pour une interview à publier dans un magazine imprimé. Dont acte.

Bliss : Pourquoi avoir choisi la salle Hammersmith Apollo de Londres pour filmer votre concert ?

Peter Gabriel : Normalement je n’aime pas enregistrer en Angleterre parce que les audiences sont meilleures ailleurs. Londres s’est avéré plus pratique et moins cher pour le matériel 3D dont ils se servent tous les jours. Les musiciens aiment jouer dans des plus petites salles, mais je suis aussi heureux dans un endroit plus grand si l’acoustique est bonne. Le plus souvent dans les grandes salles le son est projeté dans tous les sens. Bercy, par exemple, a un bon son par rapport à sa taille. Dans un théâtre, évidemment, les matériaux qui absorbent, sièges, rideaux… gênèrent moins de réverbération et un meilleur son. Nous voulions utiliser la technologie 3D afin de donner un sens de l’espace sans faire appel à des grossiers effets 3D. Nous avons privilégié la profondeur et les perspectives.

Bliss : En DVD/BD les concerts proposent souvent des mixages 5.1 artificiels. Jusqu’où faut-il aller dans ce type de spatialisation ?

Peter Gabriel : Sur nos précédents mixes 5.1 nous avons vraiment exploré toutes les positions, mais c’est un danger parce que vous ne savez jamais comment le spectateur va écouter. Certains ont cinq haut-parleurs identiques répartis dans leur salon, d’autres ont deux ou peut-être trois bons haut-parleurs et deux mauvais à l’arrière… Mais généralement j’aime bien créer un mixage 5.1 et placer les éléments dans l’espace. Nous avons installé des micros dans le public et auprès de certains instruments de l’orchestre parce que je n’aime pas les effets agressifs des partitions à cordes hollywoodiennes. J’aime pouvoir entendre la présence des instruments, sentir leur chaleur…

Bliss : Pionnier de la musique digitale, vous revenez aux instruments acoustiques, pourquoi ?

Peter Gabriel : J’ai été un fan de l’analogique, puis 100 % digital et maintenant je suis quelque part entre les deux. Je crois possible le son naturel en digital. La technologie avance sur certains points mais on réalise ce qu’on perd aussi au passage. La musique analogique ressemble à une brume, un nuage que vous regardez en imaginant et entendant des choses qui ne sont pas là, votre cerveau peint des morceaux qui manquent. La musique digitale, elle, est découpée, précise, sèche et ne cache rien. Le numérique m’a séduit parce que le support ne se détériore pas. Et puis en analogique il est très difficile d’obtenir la dynamique étendue permise par le digital, par exemple lorsque la musique est très douce puis brusquement très bruyante. Pour résumer, à ma demande, le type qui s’occupe de mes masters met toujours plus de basses sur les disques. Une situation hybride analogique/digital nous donnera probablement les résultats les plus satisfaisants.

Bliss : Enregistrer ce concert en 3D était-il votre idée à vous ?

Peter Gabriel : Vous savez, je suis un grand fan de la 3D depuis 25 ans. J’ai même filmé trois vidéos en 3D mais personne ne pouvait les voir en dehors des cinémas parce qu’il n’y avait pas d’équipements à domicile. J’avais rencontré des pionniers de la 3D qui travaillaient pour Disney, un type qui avait développé une caméra 3D… J’ai été obsédé par la 3D pendant un moment. Cette fois-ci, au moment de décider de filmer le concert, quelqu’un m’a dit : est-ce que vous voulez envisager la 3D ? Ils n’ont pas eu à me demander plusieurs fois ! J’adorais la 3D et depuis Avatar le monde s’y est mis et vient à ma rencontre.

Bliss : Vous pensez que la 3D est là pour rester ?

Peter Gabriel : Nous voyons en trois dimensions comme nous écoutons en stéréo. Retournerons nous au mono ? Non. Mais peut-être que nous ne voulons pas porter des écouteurs tout le temps. La 3D va rester mais je crois que nous en sommes à ce stade là. Ils font déjà des essais d’écrans sans lunettes mais dont l’angle de vision est restreint. Cette première vague de 3D risque de passer et s’installera pour toujours quand il n’y aura plus besoin de porter des lunettes.

Bliss : Vous imaginez tous vos prochains projets en 3D par exemple ? Vous avez tourné en 3D native ?

Peter Gabriel : Si je trouve quelqu’un pour payer (rires), parce que cela coûte probablement 40 % plus cher, voire le double. Oui toutes les caméras étaient stéréoscopiques sauf une, en mono, que je manipule moi-même sur scène.

Bliss : Envisagez vous de rééditer vos 4 précédents DVD en Blu-ray* ?

Peter Gabriel : Nous aimerions tout avoir en Blu-ray, forcément c’est meilleur (rires) ! Alors nous essayons. Pour certains nous devrons rééditer à partir des documents originaux, ce qui sera lent et cher. Quelqu’un y travaille en ce moment.

Bliss : Vos concerts des années 80 et 90 et pourraient-ils un jour être publiés en DVD/BD ? En êtes vous propriétaire ?

Peter Gabriel : Nous n’avons pas beaucoup de documents vidéo originaux. Nous avons en revanche les concerts bien enregistrés sur console, donc cela pourrait sortir pour les fans sous une forme ou une autre dans le futur. J’ai eu la chance d’avoir un bon avocat à la fin des années 80 qui m’a permis de garder le contrôle ce que je faisais. Ce qui dans ce monde digital est un énorme avantage. Il faut juste que mon ingénieur, Dicky, ou quelqu’un d’autre, prenne le temps de faire le tri.

*(Secret World Live, Growing up Tour, Still Growing Up Live, Play)

Propos recueillis et traduits par François Bliss de la Boissière en juillet 2011

Peter Gabriel New Blood
Live in London in 3D
(Blu-ray 3D)

Note générale : 8/10

Réalisateur : Blue LEACH.
Inclus : Biko, Solsburry Hill, Don’t give up…

Concert enregistré les 23 et 24 mars 2011 au Hammersmith Apollo de Londres.

Notre avis : Dans la lignée de l’album concept Scratch My Back de 2010 utilisant uniquement orchestre symphonique et voix, Peter Gabriel livre ici, au sein de 46 musiciens, une performance acoustique plus proche d’un récital mélodique que d’un concert pop-rock. Un assagissement proche de l’assoupissement classique et prétentieux contrebalancé par une captation 3D dernier cri.

Apport HD : Empâtée.

Apport 3D : Troublant, dans tous les sens du terme.

Interactivité : Sur BD 2D, en HD et VOST : Confidences de Peter Gabriel avec coulisses non dénouées d’humour du concert et du projet 3D, hélas bien courtes.
Format : 1.78.
Versions sonores : 5.1 DTS HD Master Audio, 5.1 DD et stéréo PCM.
Sous-titres français et anglais, sur le bonus.
Inclut un livret de 8 pages.

Images : La plupart du temps épatante de profondeur (n&b superbe en 3D) et malgré les sérieux moyens techniques, la 3D native filmée live se cogne aux effets lumineux de la scène : la silhouette de Peter Gabriel devant l’orchestre souvent aplati semble ainsi ajoutée artificiellement (un comble), un faisceau lumineux peut faire loucher comme le moindre flou de la focal… Malgré ces hoquets expérimentaux, le spectacle relief s’impose haut la main devant une 2D HD neigeuse aux noirs bouchonnés.

Son : Musicalité splendide du DD, inhabituellement surdimensionné, et du DTS, capables de finesses et grandes profondeurs. Stéréo PCM anodine à côté.

Note technique : 8/10.
Couleurs et (un peu) N&B – 129’ – Eagle Vision – 1 BD 3D/2D + 1 BD 2D + 1 DVD – Régions multiples.

(Test : FBdelaB)

(Publié en octobre 2011 dans le mensuel Les Années Laser)

Photo Peter Gabriel © DR


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